Les représentations de Notre Seigneur Jésus-Christ dans l’histoire
Description
Le tissu
Les traces de blessures visibles sur le corps de l’homme du linceul concordent avec la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ
Que disent les sciences ?
Résolution atomique et rayons X
La morphologie
Sang
Tissu
Pollen
L’image
Les pièces de monnaie
Physique
Chimie
Deux hypothèses à écarter
Vraisemblance historique
Paléographie
Remarques diverses
La datation de 1988 n’est pas scientifique
Preuves par l’absurde
Synthèse
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Introduction
C'est à partir de 1898, date de sa photographie par Secundo Pia, que le linceul de Turin (Saint Suaire) piqua la curiosité des savants. La technique et les lois scientifiques propres à cet art permirent de comprendre, pour la première fois, que le linge ne pouvait être une peinture.
Le linceul de Turin se comportait comme un négatif qui, une fois photographié, révélait en positif le portrait authentique d'un homme flagellé, couronné d'épines, crucifié.
Le négatif est inconnu avant l’invention de la photographie au XIXe siècle.
Cette démonstration de l'authenticité de la relique fut confirmée par la médecine comme l'attestèrent brillamment les travaux du docteur Barbet dans les années 1930.
Mais c'est en 1978 que le Saint Suaire va être passé au crible des sciences exactes et de la plus haute technologie. Une équipe de trente-deux chercheurs américains se constitue alors pour la réalisation d'un projet bien précis : « déterminer au moyen d'expériences non destructrices, la composition chimique et le caractère de la ou des images empreintes sur le Suaire ».
Rogers, l'un des chercheurs du STURP (Shroud of Turin Research Project), exprime bien le sentiment général de ses collègues lors de leur arrivée à Turin avec plusieurs tonnes d'un matériel scientifique des plus sophistiqué : « J'étais réellement sûr à près de 150 % que nous allions entrer, passer 30 minutes à le regarder et décider que c'était un canular... sans qu'il vaille la peine de faire nos expériences... »
Histoire
Les pérégrinations du Linceul sont selon les périodes plus ou moins connues. Elles ont fortement influencé l’iconographie chrétienne dès le IVè siècle. Avant le Christ était représenté imberbe, type Apollon ou Orphée. Désormais, les représentations de Notre Seigneur Jésus-Christ présentent du divin Sauveur un visage allongé, la raie des cheveux au centre de la tête, les yeux globuleux, un V au sommet de l’arête du nez, un nez fort, des pommettes très accentuées, une barbe à deux pointes,…
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Les représentations de Notre Seigneur Jésus-Christ
La manière dont Notre Seigneur est représenté est presque la même dans le monde entier : un homme grand et élancé aux cheveux long et brun, portant une barbe et de grands yeux ainsi qu'un nez fin et long.
Gros plan du Christ Pantocrator du monastère Sainte Catherine au Mont Sinaï. VIe siècle. Mais qu'est-ce qui a permis de définir ces critères pour représenter Jésus puisque dans les Evangiles rien ne le décrit physiquement ?Qui ou quoi a pu servir de modèle et surtout a-t-il toujours été représenté de cette manière ?
Les premières représentations du visage du Christ
Pour trouver la première représentation du Christ, il faut remonter très loin, et chercher dans les catacombes creusées par les premiers Chrétiens.Dans les premiers temps, le Christ était représenté d'une manière symbolique par les milieux issus du paganisme mais aussi dans les milieux issus du judaïsme car la Loi de Moïse interdisait de représenter Dieu sous forme humaine afin d’éviter les risques de dérive idôlatres.
Au début du christianisme, Jésus n'était pas représenté sous forme humaine. Les chrétiens utilisaient seulement des symboles comme le poisson par exemple (ICTUS : Jésus Christ Fils de Dieu Sauveur en grec en prenant la première lettre de chaque mot) Ainsi, quand les chrétiens représentaient des scènes de la vie du Christ, son physique réel importait peu et on le voyait sous forme d'un homme imberbe avec des cheveux courts.
Lorsque les premières représentations humaines du Christ sont apparues, Jésus était représenté sous forme d'un jeune homme aux cheveux courts et sans barbe. Puis apparaît au milieu du IVe siècle, une peinture dans les catacombes de Rome totalement différente de ce qui se faisait jusque-là. C'est un portrait du Christ très proche de ce que l'on connaît actuellement, avec barbe, grand yeux, cheveux longs et nez fin. Pourquoi ce changement soudain ?
L'image peinte de Jésus retrouvée dans les catacombes par Isabelle Piczek. Peut-être la plus ancienne représentation du Christ telle qu'on la connaît actuellement. IVe siècle à Rome.
Il y a deux possibilités pour expliquer ce changement radical. Soit l'artiste a connu une tradition issue d’hommes qui ont vu Jésus de son vivant, soit il a vu une autre représentation du Christ avec la barbe, les cheveux longs et de grands yeux.Ce n'est qu'à partir du Vlème siècle que Sa représentation change dans tout l’univers chrétien avec comme exemple l’icône du Christ Pantocrator dans le monastère Sainte Catherine du Sinaï.
Les similitudes entre l'iconographie et le visage de l'homme du linceul
Ce sont donc les similitudes entre le linceul de Turin et les portraits traditionnels de Jésus qui ont poussé le professeur Paul Vignon, dès 1902, à effectuer une comparaison plus poussée entre le visage de l'homme du linceul et les différentes icônes représentant Jésus. Par la suite, plusieurs chercheurs ont affiné les recherches du professeur Vignon et ont trouvé seize marques caractéristiques du visage de l’homme du linceul dont les principales sont : Une ride transversale et un carré ouvert vers le haut du front, un “V” au-dessus du nez, le sourcil droit plus haut que le gauche, les pommettes très marquées, un espace sans poils entre la lèvre inférieure et la barbe, une barbe bifide, une ligne transversale sur la gorge, les yeux très grands, deux mèches de cheveux tombant sur le front.
Quinze points communs entre le visage de l'homme du linceul de Turin et les différentes icônes du Christ Pantocrator
Ensuite, Paul Vignon a cherché dans les représentations du Christ Pantocrator les similitudes entre ces marques et ces icônes.
Ainsi, les spécialistes s’accordent-ils à retrouver jusqu’à treize de ces seize marques sur le Christ Pantocrator de la coupole de Daphni et quatorze sur celui de l’abside de Cefalù en Sicile, qui datent respectivement des XIe et XIIe siècles.Et surtout jusqu'à 8 marques sur l'icône du Christ Pantocrator du monastère Sainte Catherine du mont Sinaï qui date, elle, du VIe siècle.
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Histoire du linceul
JÉRUSALEM
LE SOUDARÂ DE JÉSUS
Sous le nom de « soudarion » saint Jean (Jn 20, 3-7) désigne, non pas un petit mouchoir, ni une serviette, encore moins une “ mentonnière ” ! mais une grande pièce de drap, passant dans le sens de la longueur par-dessus la tête, epi tès kephalès, la couvrant donc, ainsi que le visage et tout le corps, dessus et dessous, jusqu'aux pieds. C'est ce même grand linge que les synoptiques désignent sous le nom de « sindôn ». Matthieu précise que ce “ linceul ” était « sans tache », kathara (Mt 27, 59), au moment où Joseph d'Arimathie l'a acheté pour ensevelir Jésus. Sans doute fait-il allusion aux « taches » que l'on y découvrit par la suite, et qui sont aujourd'hui l'objet de notre étude.
LA SAINTE VIERGE ET LE SAINT SUAIRE
L'Évangile selon les Hébreux, apocryphe rédigé en araméen vers la fin du Ier siècle, dans sa haute antiquité, toute proche des Évangiles canoniques, nous assure qu'au second siècle, époque où circulait déjà cet écrit, il y avait des chrétiens qui s'intéressaient au sort du linceul sépulcral du Sauveur et croyaient savoir chez qui il se conservait.
À savoir dans la communauté de Jérusalem, où Jacques fit office de « grand prêtre » jusqu'à son martyre en 62. Dans une version du Transitus, datée du début du VIe siècle, on lit : « Après l'Ascension, cette Vierge Immaculée avait coutume de porter l'image formée sur le Suaire qu'Elle avait reçue des mains divines, afin de toujours avoir sous les yeux et contempler le beau visage de son Fils. Chaque fois qu'Elle priait, elle disposait l'image au levant et priait ainsi vers Elle, en élevant les mains. » Cet apocryphe, qui se distingue de tous les autres par son caractère historique, témoigne que jusqu'au jour de son Assomption, en 63, Marie, que Jean avait prise chez lui (Jn 19, 27), demeura au centre de cette communauté (Ac 1, 14). Elle reçut donc le Saint Suaire rapporté du tombeau par Jean son “ fils ”, avec un infini respect, une grande tendresse et une merveilleuse dévotion, comme Elle avait reçu dans ses bras maternels le doux Corps immolé au pied de la Croix, avant son ensevelissement dans ce même Linceul.
SAINTE VÉRONIQUE
Et après la Très Sainte Vierge Marie ? Dans un écrit apocryphe, daté du VIe siècle, la Vindicta Salvatoris, “ Vengeance du Seigneur ”, qui traite du châtiment divin exercé contre les responsables de la mort de Jésus-Christ, « il est question non seulement de la sainte femme Véronique, mais du portrait du Christ que Véronique possédait. On apprend seulement que c'était un portrait sur un linge immaculé, in sindone munda ; que la sainte femme Véronique l'avait longtemps gardé par-devers elle, in domo sua. » [...] Nous sommes donc amenés à penser que la “ légende ” véhicule une tradition, en vertu de laquelle cette sainte femme conserva le Linceul du Seigneur découvert dans le tombeau vide au matin de Pâques par Pierre et Jean. C'est ce souvenir qu'évoque l'appellation traditionnelle de “ voile de Véronique ” désignant cette insigne relique elle-même, dont sainte Véronique reçut le dépôt sacré après l'Assomption de la Vierge Marie en 63, et qu'elle cacha à Panéas pendant la guerre juive (66-70).Il quitta Jérusalem en 70, lors de la destruction de la ville par Titus. Dès le IIIè siècle, donc, certaines représentations lui ressemblent : le Bon Pasteur, avec une barbe, les cheveux longs.. APRÈS SAINTE VÉRONIQUE Saint Épiphane de Salamine (315-403) se rendait à Béthel en pèlerinage. Parvenu à Anablatha, près de Jérusalem, il entra dans une église pour prier et vit le voile dans le vestibule. Il l'arracha, promettant au gardien de ce lieu de lui en envoyer un autre sans image et de bonne qualité. Comme nous l'avons montré à la suite du Père Pfeiffer, non seulement l'histoire du voile portant une image « quasi Christi », dans une église proche de Jérusalem, est une histoire vraie, mais encore elle s'explique tout à fait si l'on voit dans ce voile celui de Véronique, c'est-à-dire notre actuel Saint Suaire.
L'Évangile de Gamaliel (Ve siècle), qui a pour thème principal les miracles opérés par les linges funéraires du Seigneur, offre un exemple typique de ce genre littéraire. Ces témoignages littéraires accompagnent la tradition même qui nous a transmis ce Linge sacré, et qui constitue la principale preuve de son authenticité, ne l'oublions pas. Car si ce n'est pas le Suaire de Jésus-Christ, pourquoi nous l'aurait-on précieusement conservé ? En 544, Evagre le Scolastique dans son Histoire Ecclésiastique rapporte qu’Edesse fut délivrée des Perses par l’image du Christ, « œuvre de Dieu » : c’est la redécouverte du linceul.
CONSTANTINOPLE
Lorsqu'en 614, survint la conquête de la Palestine et la prise de Jérusalem par les Perses, les lieux saints furent pillés et les reliques du Christ volées. Et le Saint Suaire ? Sans doute fut-il aussi emporté à Constantinople avec les autres reliques de la Passion du Seigneur : la sainte lance, la sainte éponge, les clous et la couronne d'épines.
Un document prouve la présence du linceul du Christ à Constantinople au début du VIIIe siècle : L'umbella du pape Jean VII, à Saint-Pierre de Rome. Ce pontife, d'origine grecque, a régné de 705 à 707, au moment où Justinien II remontait sur le trône à Constantinople. [....] L'umbella de Jean VII, un dais liturgique aujourd'hui disparu, connu par la description et les dessins laissés par Jacques Grimaldi au XVIIe siècle lors de la démolition de l'oratoire du pape Jean VII, était un baldaquin de 2,75 m x 1,90 m environ, brodé de scènes évangéliques entourant un « Christ Jésus mort, étendu et déposé, le corps mis à nu ».
Umbella de Jean VII
L'auteur de l'umbella a très certainement imité la silhouette frontale du Saint Suaire, en commettant d'ailleurs l'erreur commune aux artistes qui ont pris cette sainte relique pour modèle : il a fait passer la main droite par-dessus la main gauche, imitant ce qu'il voyait sur le linge, en oubliant que l'image doit être inversée. Et, d'autre part, il n'a mis à cette main que quatre doigts, comme cela se trouve sur le Saint Suaire. Sous l'influence du Saint Suaire et comme l'atteste l'Umbella de Jean VII, on voit apparaître une nouvelle iconographie : « À partir d'un moment difficile à déterminer avec une précision absolue, mais qui doit être proche de 700, les images se mettent à parler avec insistance de la mort et de la résurrection du Christ ,de ce moment où l'aboutissement de sa vie humaine débouche sur la manifestation de sa divinité.
Conclusion : l'oratoire de Jean VII, à Saint-Pierre de Rome, ses mosaïques et son baldaquin brodé, consacrés à la conservation et à la vénération du “ Saint Suaire de Véronique ” au début du VIIIe siècle, sont des témoins de l'existence, à Constantinople, de l'authentique Suaire du Christ dont ce “ voile de Véronique ” était le truchement à Rome, à la même époque.
Saint Jean Damascène († 749), qui mentionne le Linceul dans son De Imaginibus, fut le protagoniste de l'Église au Concile qui condamna dès 730 l'iconoclasme. L'orthodoxie c’est-à-dire la foi droite triompha en 843, sous l'action de l'impératrice Théodora, veuve de l'empereur Théophile . L'artiste, c'est le Fils de Dieu fait homme, qui s'était déjà créé un corps dans le sein de la Vierge Marie, à dessein d'en faire l'image de la divinité, l'image de Dieu son Père. L'image qu'il crée sur le Saint Suaire est donc l'image de Dieu. Le 15 août 944 : arrivée du Suaire à Constantinople car Edesse était tombée aux mains des musulmans. C’est ce que raconte Constantion VII. Vers 1192-1195, une miniature du manuscrit Pray, du nom du savant jésuite qui le découvrit au XVIIIe siècle, conservé à la Bibliothèque nationale de Budapest, présente une mise au tombeau inspirée de la vision de ce même Suaire.
L’auteur de cette miniature avait examiné attentivement le Saint Suaire à Constantinople. Il a représenté le Christ entièrement nu, étendu sur une pièce de tissu toute en longueur.Les bras du Mort sont croisés et se recouvrent aux poignets, bras droit au-dessus du bras gauche, comme sur le Saint Suaire lorsqu'on l'observe en oubliant qu'il joue le rôle d'un miroir inversant l'image par rapport au Corps qu'il recouvre et qui lui fait face.
Les mains du Mort ne laissent voir que quatre doigts, très longs et l'index de même dimension que le médius : le pouce n'apparaît pas. Mais les mains de Nicodème aussi ! Le miniaturiste avait donc observé cette anomalie sur le saint Drap, sans la comprendre.
Enfin, détail observé par le Père Dubarle, le front porte une petite tache au-dessus de l'œil droit, correspondant à la tache de sang que l'on voit sur le Saint Suaire.
La scène inférieure représente la découverte du tombeau vide par les saintes femmes. Le panneau supérieur représente la face externe du Saint Suaire : dessiné en chevrons, imitant l'armure du tissu.
En 1201, Nicolas Mésaritès, gardien des reliques conservées à Sainte-Marie-du-Phare, la “ sainte chapelle ” du palais impérial, évoquait le mystère de la vie du Christ ressuscité, perpétué en ces lieux par la présence d'une relique particulièrement : « Ici il ressuscite et le Suaire avec les linges en sont la manifestation [...]. Ils sont en lin [...]. Ils bravent la corruption, parce qu'ils ont enveloppél'ineffable Mort, nu et embaumé après la Passion. » [...] À la veille de la mise à sac de la ville par les Croisés (avril 1204), le témoignage de Robert de Clari, qui a vu le « sydoines la ou nostres sires fut envelepes », est sans équivoque.
En attestant que « on i pooit bien veir le figure notre seigneur », il annonce déjà ce que seront les ostensions de la sainte Relique à Lirey cent cinquante ans plus tard. Car « le figure » désigne la silhouette tout entière.
ATHÈNES
Au témoignage de Robert de Clari, « ne ne seut on onques, ne grieu ne franchois, que chis sydoines devint, quand le vile fut prise », plus jamais personne, ni Grec ni Français, ne sut ce que ce suaire devint quand la ville fut prise, le 13 avril 1204. Nous savons aujourd'hui qu'il fut emporté à Athènes. L'année suivante, le neveu de l'empereur Isaac II Ange réclame au pape Innocent III, entre tous les trésors volés à son oncle, « ce qui est saint », les reliques et « parmi elles, objet sacré entre tous, le Suaire » qui est présentement « à Athènes » (1205). C'est de là qu'Agnès de Charpigny, épouse de Dreux de Charny, frère aîné de Geoffroy, seigneur de Lirey, apporta cette « saincte relique » en France.
LIREY
Au lendemain de l'Année sainte, du jubilé de 1350, qui attira d'immenses pèlerinages à Rome, où l'on vénérait le “ Voile de Véronique ”, un petit village de Champagne, Lirey, au diocèse de Troyes, attire lui aussi des foules innombrables venues du monde entier pour vénérer une Relique dont l'identité ne fait aucun doute. Un méreau, sorte de médaille en plomb telle qu'en portaient les pèlerins du Moyen Âge, aujourd'hui conservé au musée de Cluny, en apporte la preuve. Il montre deux porteurs de chape – dont les têtes ont disparu – soutenant ladite Relique : le Saint Suaire déployé dans toute sa longueur, comme s'ils le tiraient de sa châsse. Celle-ci est frappée des armes de Geoffroy de Charny, à dextre (à gauche pour le lecteur).
Par une lettre datée du samedi 28 mai 1356, dûment signée et scellée, Henri, élu et confirmé au siège épiscopal de Troyes depuis 1354, venait d'accorder au noble chevalier Geoffroy de Charny, seigneur de Savoisy et de Lirey, « assentiment, autorité et décision » au « culte divin » célébré en la collégiale fondée par ledit seigneur, pour autant, précisait l'évêque, « que nous avons été informé par de légitimes documents ». Cette approbation fut confirmée l'année suivante, après la mort dudit seigneur, par une bulle d'indulgence datée du 5 juin 1357, cosignée par douze évêques, en faveur de tous les pèlerins visitant l'église et vénérant les reliques qui s'y trouvaient, donc le Saint Suaire !
VILLERSEXEL
En 1418, le Saint Suaire fut transporté en Bourgogne par Marguerite de Charny, fille de Geoffroy II, dernière du nom, épouse de Humbert de Villersexel. En dépit des réclamations des chanoines de Lirey, la Relique fut conservée dans l'église de Saint-Hippolyte, exposée en divers endroits, et enfin cédée à la Maison de Savoie en 1453. L'authenticité du Linceul ne fut plus jamais contestée. Les Papes ne cessèrent de donner leur approbation au culte d'adoration qui lui est dû « en considération du Sang divin dont il est teint », comme disait Sixte IV.
CHAMBÉRY
À partir de 1502, la Relique réside dans la chapelle du château de Chambéry à laquelle ce pontife accorde le titre de “ Sainte Chapelle du Saint Suaire ”, avec indulgences et privilèges.
Ostension annuelle du 4 mai, jour de la fête du Saint Suaire, à Chambéry
Dans la nuit du 3 au 4 décembre 1532, un violent incendie éclata dans la sainte Chapelle du Saint Suaire. La foule accourut ; une seule pensée la préoccupait : sauver le Saint Suaire.
À l'admiration de tous, lorsque les braves qui venaient de le ravir à l'incendie l'eurent sorti de sa châsse et déployé aux regards de la foule émue, on constata qu'il était intact, sauf quelques points où le feu l'avait noirci et légèrement rompu.
« Cependant, aux dires de l'abbé Bouchage, les hérétiques, nouveaux ennemis déclarés des saintes Reliques, saisirent avec empressement la nouvelle de l'incendie de la Sainte Chapelle pour essayer de ruiner, dans le peuple savoyard et chez les pèlerins circonvoisins, la dévotion au Saint Suaire de Chambéry. « N'écoutant que la malice de leurs désirs, ils se persuadèrent, soi-disant, que l'auguste Relique avait péri, en répandant cette fausse nouvelle : “ Le Suaire que l'on montre n'est plus celui d'autrefois, disaient-ils, c'est une copie habilement faite, et rien de plus. ” Et comme le mensonge a le don de séduire bien des simples, la prétendue destruction du vrai Suaire prenait du crédit. Tellement que le duc se vit obligé de provoquer une reconnaissance indéniable de la vénérable Relique. Il s'adressa au Pape dans ce dessein, le priant de nommer un évêque pour rétablir solennellement l'identité du Saint Suaire de Chambéry. Clément VII acquiesça volontiers à cette demande de Charles III. »
Après avoir examiné le Saint Suaire, le cardinal, les évêques de sa suite et les autres témoins déclarèrent sous serment reconnaître le Saint Suaire qu'ils avaient vu et vénéré avant l'incendie. On dressa un acte de cette déclaration, avec une description de l'état de la Relique. Puis le cardinal porta le Saint Suaire en procession au monastère Sainte-Claire afin que les sœurs le racommodent aux endroits où le feu l'avait brûlé. Aussi le sauvetage miraculeux de la sainte Relique consacra-t-il pour deux cents ans la dévotion des peuples et des saints tels que saint François de Sales, envers cet objet sacré comme la dévotion par excellence de la restauration ("Contre-Réforme") catholique.
TURIN
En octobre 1578 une ostension du Saint Suaire a lieu à Turin où il avait été transporté à l'occasion du pèlerinage que saint Charles Borromée accomplit en action de grâces pour la délivrance de son diocèse atteint par la peste. La Relique ne retourna pas à Chambéry et devint le Saint Suaire de Turin.
Ostension du 4 mai 1613, à Turin, par saint François de Sales, devant le palais Madama.
Le 1er juin 1704, la Relique fut transportée dans la chapelle construite au chevet de la cathédrale Saint-Jean-Baptiste par Guarino Guarini. Là, le Saint Suaire va connaître près deux cents ans d'obscurité jusqu'à cette nuit du 28 au 29 mai 1898 où la photographie de la relique prise par Secundo Pia, révélait que le négatif de la photographie était en réalité la parfaite image positive d'un homme réel, magnifique, grand et bien proportionné, d'une beauté athlétique et d'une admirable prestance... Le chevalier Pia s'écria : c'est le Seigneur ! Le Fils du Dieu vivant...
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Description
Au premier coup d’œil
Le Linceul mesure 4,36 m x 1,10 m. Il a reçu deux empreintes : celles d’un corps mesurant 1,78 m, une frontale et une dorsale, imprimées de façon négative. On remarque très rapidement les brûlures de l’incendie de 1532 à Chambéry, de forme triangulaire, au nombre de douze, compensées par douze rapiéçages, accompagnées de deux lignes formées par l’eau qui servit pour éteindre l’incendie ainsi que des traces d’un incendie antérieur. On remarque en outre des coulées de sang en divers endroits : sang noir sous forme de caillots, et rose également. Ceci nous intéressera par la suite.Ce tissu est un sergé de lin à chevrons en arête de poisson, blanc à l’origine. Nous y distinguons le profil d’un homme de type sémitique, âgé de trente à trente-cinq ans.
Analyse
Selon le temps : une image d’une crucifixion romaine. Son support est un tissage de type archaïque.
Selon le lieu : une sépulture juive, l’homme est de type sémitique, les pollens indiquent l’origine géographique.
Selon l’action : un homme au visage majestueux, âgé de 30-35 ans, ayant subi un couronnement d’épines, une flagellation romaine, le portement de croix, la crucifixion, le coup de lance, le sang et l’eau, les jambes non-brisées, le corps laissé moins de trois jours, non-lavé, enveloppé dans un linceul blanc (de qualité).
Un dernier point : l’encryptage de l’image par Impression-Retrait-Sans-Contact (IRSC).
Le tissu
Il faut préciser d’abord que nous parlons bien de linceul, du latin "linteum", une pièce de lin qui servait à l'ensevelissement des morts et non de suaire, du latin "sudarium", mouchoir ou serviette pour essuyer la sueur qui était déposée parfois sur la tête du défunt avant de le recouvrir du linceul. Dans les recherches qui vont suivre, un grand nombre des résultats viennent de l'équipe du STURP (Shroud of Turin Research Project).
De quoi est fait ce linceul justement et quelle est sa description ? Le linceul de Turin est un tissu de lin jauni par le temps, d'une longueur de 4,41 mètres et de 1,13 mètre de largeur. D’une densité moyenne de 20 à 23 milligrammes/cm2, c’est un tissu léger, tissé en sergé 3 lie 1, à chevrons en arête de poisson avec des fils à torsion en Z.
Le linceul de Turin avant sa restauration en 2002
Son épaisseur d’environ 0,3 mm en fait un tissu beaucoup plus fin et souple qu’on ne l’imagine souvent.Il est constitué de deux parties: l’une mesurant 4,35 m sur 1,00 m (92 % de la surface), l’autre mesurant 3,8 m sur 9 cm (8 % de la surface) : la bande latérale.
On a longtemps pensé que cette bande latérale avait été découpée puis recousue au linceul. La parfaite continuité aux rayons X des fils de part et d’autre de la « couture » indiquerait plus probablement qu’il y a en fait continuité et que la « couture » qui semble les joindre est en fait une sorte de repli, de tube fait dans on ne sait quel but, peut-être pour faciliter la prise en main lors des ostensions. Les dimensions du linceul correspondraient exactement à 8 x 2 coudées juives.
Maintenant, qu'ont trouvé les scientifiques et quelles sont leur conclusions ? Première découverte, le lin a été blanchi avant son tissage alors qu'à partir du VIIIe siècle, le lin était généralement blanchi après être tissé. C’est important pour la suite de l’étude. On peut voir aussi sur le linceul en dehors de l'image, différentes traces :
- Des traces de brûlures provoquées par un incendie survenu en 1532 et de larges taches faites par l’eau utilisée pour éteindre ce feu.
- Avant 2002 et sa restauration, il y avait des pièces de tissu de lin cousues au niveau des trous provoqués par l’incendie de 1532 et une toile dite de “Hollande” recouvrant la totalité du linceul sur la face arrière, la partie où il n’y avait pas d’image visible, et ceci afin de le renforcer. Les Clarisses de Chambéry étaient les ouvrières de ce travail minutieux.
Un mode de tissage très ancien
Plusieurs experts en textiles anciens se sont aussi intéressés au linceul. On a souvent pensé que le linceul était en trop bon état pour dater de 2000 ans. En fait, de nombreux tissus de lin vieux de 3000 ou 4000 ans, le plus souvent de l’Egypte ancienne, exposés dans les musées sont dans un aussi bon état de conservation que le linceul.
Le type de tissage est aussi très particulier, complexe et extrêmement rare. De plus, nous avons vu que les fils sont tordus en « Z » alors que presque toujours le sens de torsion est en « S ». Tout ceci est-il compatible avec les techniques connues dans l’antiquité ? Voici, à titre d’exemple, ce que conclut l’expert John Tyrer : « Il semble par conséquent très douteux que le linceul de Turin a été produit dans l’Egypte antique mais, tenant compte de la diffusion des idées au début de l’ère chrétienne et de la haute technologie disponible dans l’ancien monde, il serait raisonnable de conclure que des textiles de lin avec torsion des fils en « Z » et une technique de tissage identique à celle du suaire de Turin ont pu être produit au premier siècle en Syrie ou en Palestine ». Une donnée importante provient de la comparaison du linceul avec la toile de Hollande et les patches cousus au linceul en 1534 qui sont d’authentiques tissus de lin médiévaux historiquement datés.
Voici ce qu’écrit le même John Tyrer en étudiant attentivement les radiographies X prises en 1978 qui permettent une analyse détaillée des fils et du tissage : « (…) Les patches et la toile de Hollande sont des tissus à tissage simple et sont de bien meilleure qualité que le linceul. Ils semblent contenir beaucoup moins de fautes de tissage alors que le linceul, en comparaison, est un produit beaucoup plus grossier. Il est plein de fautes de tissages sur les fils de chaîne comme sur les fils de trame (…). L’impression que j’en garde est qu’il s’agit d’une fabrication beaucoup plus « crue » et probablement plus ancienne que la Toile de Hollande et les patches. Ceci, je pense, situe le linceul de Turin à une autre époque que le Moyen-âge, bien plus que tout ce que j’ai pu constater d’autre à propos de ce tissu. » Ce type de constatation est partagé par les autres experts ayant pu examiner le linceul, en particulier Mme Flury-Lemberg.
En 1973 le professeur G. RAES a pu découper deux morceaux contigus du tissu dont un bout dans la bande latérale et l'autre dans le corps du linceul. Outre le fait que le linceul (corps principal et bande latérale) est fait de lin, il fit une découverte qui prendra tout son sens par la suite : des fibres de coton sont présentes du côté du corps du linceul et aucune du côté de la bande latérale. C’est à partir de cette observation qu’on en a déduit que le linceul, dans son ensemble contenait du coton mêlé au lin. Nous verrons qu’il n’en est rien et que les choses sont bien plus complexes. Ceci montrera le danger de généraliser à partir d’un petit échantillon. Un deuxième point notable est le fait que nulle part on ne trouve de fibres de laine sur le linceul. Ce qui permet de faire une remarque intéressante.Si le linceul avait été tissé au Moyen-Âge en Europe, on aurait dû trouver très vraisemblablement une contamination par des traces de laine car le métier à tisser utilisé aurait dû en contenir. A l’inverse, le mélange des textiles végétaux et animaux comme la laine est interdit dans le loi juive ce qui rend donc possible l'hypothèse d'un tisserand juif. Une autre découverte importante provient du mode de piquage utilisé pour une couture presque invisible située le long du repli reliant le corps du linceul et la bande latérale.
Celle-ci est, selon Mme Flury-Lemberg, éminente experte chargée de cette partie de la restauration de 2002 qui la découvrit à cette occasion, identique à celles que l’on trouve dans des restes de tissus retrouvés dans la forteresse de Masada en Israël et datant du Ier siècle. Ce type de couture est très particulier et l'Europe du Moyen-âge ne semble pas le connaître. L'analyse textile permet donc de montrer que le tissu et le mode de tissage du linceul non seulement ne sont pas incompatibles avec un tissu antique du Moyen-Orient mais que certains détails (les nombreuses fautes de tissage, la couture type « Masada », le mode ancien de blanchiment, l’absence de fibres de laine) rendent possible une telle origine.
http://www.shroud.com/78conclu.htm http://www.shroud.com/78team.htmAlan D. Adler, Concerning the side strip of the Shroud of Turin, Acheiropoietos, non fait de main d’homme, Actes du iiie Symposium scientifique international du CIELT, Nice, 1997, Paris, 1998.John Tyrer, Looking at the Turin Shroud as a textile, Textile Horizons, December 1981.British Society for the Turin Shroud (BSTS), Newsletter 8, Octobre 1984.
Observons le Saint Suaire en suivant la Passion selon les mystères douloureux