Nouveaux détails à propos du sort des échantillons prélevés sur le Linceulle 21 avril 1988 Jan Wilson rapporte dans la B.S.T.S. Newsletter nº 43 de juin-juillet 1996 que, lors d’un séjour à Los Angeles (U.S.A.), le Dr Piero di Pasquale, journaliste très connu de la télévision italienne, a interrogé le Professeur Garza Valdes sur l’origine des échantillons du Linceul étudiés au Texas (fibres et caillots de sang). Valdes, embarrassé, conseilla à di Pasquale de s’enquérir auprès du Professeur Giovanni Riggi à Turin.
Voici ce que di Pasquale rapporte (traduit de l’anglais par l’auteur) :« J’ai téléphoné à Riggi en Italie et la première question qu’il m’a posée a été : “Comment m’avez-vous découvert ?” Il confirma alors que c’était bien lui qui avait fourni les échantillons à l’équipe de l’Université du Texas. Mais où et comment ces échantillons avaient-ils été récoltés ? Dans les rapports de 1988 il n’y avait aucune mention ni d’échantillons de sang, ni de chutes de tissu. »Pasquale se trompe sur ce dernier point. Voici ce que dit le rapport de Riggi (écrit en français en 1990) : « Le véritable et propre prélèvement fut effectué en dessous de celui, déjà cité, fait par M. Raes, dans l’angle supérieur gauche, sur une zone qui certainement appartient au corps principal du tissu, c’est-à-dire celle qui contient l’image. Le découpage effectué est triangulaire, en escalier, et il comprend une petite portion du bord inférieur de la bande supérieure que l’on ne peut pratiquement pas voir dans cette zone mais qui existe sous la couture qui relie cette même bande au corps principal. » [Testore dit la même chose dans son rapport.]« Pour cette raison, le morceau de tissu prélevé au départ [dimensions 8,1 x 1,6 cm environ, poids 0,54 g – pour compliquer il indique 0,497 g pour le mêmeéchantillon dans son schéma…] a subi une réduction de ses dimensions [environ 7 x 1 cm, poids 0,300 g, Testore a confirmé] pour pouvoir éliminer les parties, reliées par les coutures, du bord de droite et de la bande supérieure. Le fragment restant, de forme rectangulaire, fut divisé en deux parties dont le poids était d’environ 0,150 g [chacune avait donc environ 3,5 x 1 cm]. L’une d’entre elles a subi un triple découpage… aboutissant à environ 0,053 g pour chaque échantillon. »Il ne dit rien du sort de l’autre morceau « d’environ 150 mg », mais qui apparaît très clairement dans son schéma (D), son poids est indiqué : 141 mg, c’est ce qu’il appellera la réserve (« Riserva »). Et, si son poids n’atteint par 150 mg, c’est parce qu’un morceau (A’) en a été découpé et a été ajouté à l’échantillon envoyé à Tucson.
Nous avons vu que Testore avait rectifié la description du prélèvement [1], qui ne correspond pas exactement à ce qu’en a dit Riggi.
Pour l’essentiel, si le poids total de chaque échantillon était bien de quelque 52-53 mg, un des échantillons, celui de Tucson, était en deux morceaux et la retaille analysée n’était pas de 7 x 1 cm comme l’a publié Nature, mais de 3,5 x 1 cm.Di Pasquale poursuit (traduction de l’anglais par l’auteur) :« Je me suis donc rendu à Turin dans le but d’obtenir plus de détails de la part de Riggi. Voici sa déclaration détaillée : “Nous avons commencé à travailler sur le Linceul le 21 avril 1988 dès cinq heures du matin, et avons prélevé un échantillon de lin de 8 cm de long sur un demi cm. de large (sic). Nous avons découpé cet échantillon en deux. Une moitié a été remise au cardinal Ballestrero, Custode du Linceul à l’époque [2].
L’autre a été divisée en trois parties égales et qui ont été remises aux représentants des laboratoires de Zurich, Oxford et Turin, afin qu’ils opèrent la détermination de l’âge radiocarbone”. »
Riggi se trompe. Les échantillons n’ont pas été remis aux directeurs des laboratoires présents alors à Turin mais ont été envoyés à leurs laboratoires respectifs. Il se trompe également sur les dimensions de la retaille. Peut-être n’a-t-il pas très bonne mémoire ? Il a également donné différentes versions du découpage à Bonnet-Eymard qui ont été interprétées par la C.R.C., par Salet et par le C.I.E.L.T. comme des preuves de sa perfidie.
Mais di Pasquale savait que l’opération du prélèvement avait pris fin vers une heure de l’après-midi, alors que le Linceul était resté hors de sa châsse jusque vers 20 h. 30. Que s’était-il passé pendant ce temps ? Riggi lui répondit : « C’est alors que nous avons prélevé les échantillons de sang, afin de pouvoir découvrir les caractères génétiques de l’Homme du Suaire. »Riggi dit alors à di Pasquale qu’il avait prélevé ses échantillons à l’aide de deux mini-scalpels dans la partie inférieure des marques laissées par la couronne d’épines de l’image dorsale. Riggi souligne qu’il n’a pas procédé en secret mais devant une vingtaine de techniciens et de membres du clergé.
De plus, l’opération a été enregistrée par vidéo.Mais Riggi n’a pas mentionné cette opération dans son rapport. Il y est dit que, dans l’après-midi, il a procédé à la recherche microscopique des acariens mais qu’il n’en a pas trouvé. En revanche il a décelé la présence de nombreuses poussières. A propos des traces de sang, il a fait simplement remarquer : « L’analyse microscopique des zones couvertes de sang ne révèle pas une grande quantité de cette substance ; pratiquement tout le sang incrusté sur l’étoffe se trouve dans les interstices entre les fils de la trame et du chevron ; il est probable qu’il en existait de plus grandes quantités à l’origine et qu’elles furent réduites par frottement de l’étoffe, vu la manière dont elle est enroulée pour la conservation. »Le Professeur Gonella, interrogé par les journalistes de Famiglia Cristiana, est resté également muet à propos des prélèvements de sang opérés par Riggi. Voici ce qu’il a déclaré (traduction de l’italien par l’auteur : « L’après-midi, nous avons procédé à des examens visuels dans le but d’étudier la nature du tissu, en présence de deux experts textiles, un Italien et un Français (…). »
Les journalistes l’interrogent : « Mais alors, les prélèvements opérés par Riggi ? »« Il ne s’agit pas de prélèvements véritables. Il a seulement récolté des microfragments… Sur les films réalisés alors, on voit clairement Riggi qui avec une bande adhésive récolte du matériel [il n’est pas question de mini-scalpels]. C’était des particules de sang libre et de la poussière.— Que voulez-vous dire ?— C’était des particules de sang qui n’étaient plus fixées au tissu, sans doute suite aux nombreuses ostensions qui ont conduit à plier et déplier de nombreuses fois le Linceul. »Et plus loin, après que Gonella ait déclaré que tout avait été fait avec l’autorisation du cardinal Ballestrero, les journalistes l’interrogent à nouveau :« Quels prélèvements avez-vous conservés ?— Je le répète, il ne s’agissait pas de prélèvements mais d’extraction de matériel libre ou marginal. De toute façon, c’est Riggi qui a tout conservé. Au terme de tous les examens faits précédemment, les chercheurs ont toujours conservé le matériel qui y était relatif ! »Interrogé à propos de ces échantillons par di Pasquale, Riggi dit qu’il les avait remis au cardinal Ballestrero, mais que celui-ci les avait refusés et les avaient rendus à Riggi, lui remettant aussi la « Riserva ». Si Riggi dit vrai (et une confirmation de la part du cardinal Ballestrero ne serait pas inutile), le mépris du Custode envers sa relique aura des conséquences incalculables. A l’issue du prélèvement, l’essentiel de l’échantillon se trouvait entre les mains d’un simple laïc : non seulement les chutes (497 - 300 = 197 mg), mais aussi la fameuse « Riserva » (141 mg), soit 338 mg, alors que la bande analysée par les laboratoires A.M.S. atteignait quelque 159 mg à peine… De plus, et sans rien dire – mais avec l’aval de Gonella et de Ballestrero – il avait opéré le prélèvement convoité par tous : le sang.
Le sang du Christ…Il fallait voir, à l’issue du symposium de Rome, des vieillards quasi hystériques debout dans la salle de conférences le réclamer à grands cris.
Plus tard en énumérant ses projets de recherche Van Cauwerberghe écrivait en 1995 dans son hommage au Professeur Lejeune : « Il reste enfin un très grand sujet, qui attire fortement l’attention du conseil scientifique du C.I.E.L.T., c’est l’étude génétique du sang séchétrouvé sur le Linceul. C’était le projet du Professeur Lejeune. »
Pour en revenir à Garza Valdes, il écrivit le 21 avril 1993 au cardinal Salderini pour qu’il l’autorise à examiner le Linceul. Celui-ci ayant refusé, il s’adressa à Gonella qui lui recommanda de contacter Riggi. Le 18 mai 1993 Valdes était chez Riggi, y examinait les fils à l’aide d’un microscope portatif et y découvrait le vernis bioplastique qu’il recherchait. Valdes (qui semble disposer de crédits importants) partit avec des échantillons du Linceul et offrit à Riggi les services de l’University of Texas Health Science Center à San Antonio, Texas, pour l’étude du sang. Peu après, Riggi traversait l’Atlantique et apportait lui-même à San Antonio les échantillons, qui furent examinés par Stephen J. Mattingly, professeur de microbiologie, et par le professeur-assistant Victor U. Tryon, directeur du centre universitaire des technologies avancées pour l’étude de l’A.D.N [3]
On vérifia qu’il s’agissait bien de sang humain (déjà identifié en Italie, il appartient au groupe AB, avait précisé le Professeur Bruno Barberis). On sait que le Professeur Hall, d’Oxford, avait dit qu’il s’agissait de sang de cochon… Victor Tryon y découvrit les chromosomes X et Y, preuve que son possesseur était du sexe mâle. Et ce sang – vieux de 2 000 ans – était tout frais… Le Dr Tryon a affirmé vouloir poursuivre l’étude génétique dans le but de vérifier s’il est compatible avec une origine ethnique définie (juive ?) et si les chromosomes proviennent uniquement de la mère (les résultats de cette analyse sont d’une importance qui n’échappera à personne). Toutefois, il souhaiterait recevoir l’autorisation d’une « commission scientifique interdisciplinaire » (en réalité, il espère que le pape va l’autoriser).On sait que le cardinal Salderini, dans son allocution télévisée du 5 septembre, s’est formellement opposé à ces analyses, faisant en outre remarquer que l’origine des échantillons fournis par Riggi n’avait pas été authentifiée, ce qui est malheureusement vrai [4].Remarquons que le Professeur John Jackson du S.T.U.R.P [5], qui a examiné le Linceul de très près en 1978, également interrogé, par les journalistes de FamigliaCristiana, a affirmé qu’il n’y avait pas trouvé de vernis bioplastique et qu’il ne croyait pas que ce vernis put être la cause de la dérive de l’âge C14. Il pensait en revanche que les phénomènes thermiques décrits par Kouznetsov à Rome pourraient l’être et recherchait une explication théorique pour ceux-ci [6].Tryon laisse sous-entendre que, même s’il n’obtient pas d’autorisation, il procèdera quand même aux tests projetés. N’a-t-il pas acheté la marchandise ? Business is business et science is power après tout.Où est le temps où saint Louis construisait la Sainte Chapelle afin d’y entourer de vénération les reliques de la Passion du Christ ?De son côté, le cardinal Salderini, choqué par l’avidité et par le mépris des scientifiques pour les choses saintes, a rappelé dans son allocution télévisée que le Linceul conservé à Turin – qui était bien celui du Christ, a-t-il précisé alors – était avant tout un objet de vénération et accessoirement un objet d’étude pour les scientifiques. Puisse-t-il être entendu ! Marie-Claire Van Oosterwyck-Gastuche * Revue bibliographique – Molinari Ida et Chiara Alberto (1996), « Inafferabile sindone », Famiglia Cristiana nº 4, p. 24-26.– Riggi di Numana G. (1990), Prélèvement d’un morceau de tissu du Saint Suaire de Turin. Actes du symposium scientifique sur le Linceul de Turin, Paris, 1989, Les Cahiers du Linceul, p. 29-44, 106 p.– Testore F. (1990), Le Saint Suaire – Examen et prélèvement effectués le 21 avril 1988, ibidem, p. 45-69.– Van Cauwenberghe A. (1995), « Le Mot du Président », dans Nouveaux regardssur le Linceul de Turin, Éd. C.I.E.L.T., p. 2-3, 56 p.– Van Oosterwyck-Gastuche M‑C(1997), « Preuves de la dérive des taux de radiocarbone dans la retaille prélevée sur le Linceul en 1988 », Le Sel de la terre 20, printemps 1997.– Wilson Jan (1996), « Cloak and Dagger with Shroud DNA samples », B.S.T.S. Newsletter nº 43, juin-juillet 1996, p. 4-8.
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[1] — Van Oosterwyck-Gastuche, 1997, voir fig. 2 a, 2 b et 2 c.
[2] — Le témoignage de Riggi rejoint celui de Gonella, voir Van Oosterwyck-Gastuche, 1997.
[3] — A.D.N. : « Acide désoxyribonucléique » constituant de la « double hélice » qui renferme le code génétique, spécifique à chaque individu.
[4] — La Revue Internationale du Linceul de Turin (nº 2, 1994, p. 14) a déformé les propos du cardinal. On y lit : « Nous rappelons que le custode du Linceul, le cardinal Salderini, dénie toute authenticité aux échantillons de tissu qui ont été remis au professeur Garza Valdes. »
[5] — Équipe de 40 scientifiques américains qui ont fait des études approfondies sur le Saint Suaire en 1978. (NDLR.)