22 Jan
22Jan

     Nous avons l'honneur de publier un résumé et des notes de lecture de l'ouvrage du père Calmel, dominicain du XXe siècle fidèle à la Tradition, Les mystères du royaume de la grâce.


Préface

     Saint Vincent de Lérins, dans son Commonitorium, et le concile du Vatican Ier dans De Fide au chapitre IV, déclarent qu'il faut persister dans une foi définie ayant le même sens et la même formulation que lors de la définition, "in eodem sensu eademque sententia".

Au contraire, le moderniste est un apostat et un traître car il réinterprète les dogmes, il ne veut pas de la Divinité de Notre Seigneur car il ne veut rien de précis, de fixe dans la notion de Divinité. Le contenu de tout le dogme est pompé de l'intérieur. Les sacrements sont alors constamment exposés à la nullité, à être douteux à cause des nouvelles paroles et des nouveaux gestes.

Le but des modernistes est d'instaurer une église universelle syncrétiste, c'est satanique. Il n'est pas d'autre Eglise pour être sauvé que celle des vingt conciles doctrinaux.


La théologie prépare à goûter les mystères dans leur surnaturelle saveur. Si le théologien, dans toute une part de son intelligence, est en accord avec les erreurs modernes (cf le Syllabus et Pascendi), alors sa théologie pâtira de cette déviation cachée.

Il faut nous enraciner dans une expérience honnête et chrétienne de l'homme et de la cité. Alors la théologie est une amie lumineuse et sage qui éclaire, protège et réconforte la poésie et l'ordre temporel chrétien. Le thomisme véritable a en horreur tout ce qui se rattache de près ou de loin à la Révolution. Il existe une amitié entre saint Louis et saint Thomas, voilà une salutaire leçon pour tous les temps.

Le raisonnement par analogie permet d'acquérir une certaine intelligence des mystères, sans jamais en diminuer l'élévation.


De nos jours, le monde et le démon, la contre-Eglise, pour lesquels Notre Seigneur n'a point prié, prétend établir un appareil de trahison à l'intérieur de l'Eglise.


"Royaume de la grâce" pour suggérer à la fois l'architecture visible et les arrière-plans cachés de l'ordre surnaturel.


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I. SANCTA TRINITAS UNUS DEUS


     Le signe de la Croix, le Gloria Patri, le Per Dominum Nostrum des sacrements, les Préfaces de la messe, le Batême de Jésus, son discours après la Cène et l'envoi en mission des apôtres, nous révèlent le grand mystère de la Sainte Trinité.

Notre vie habituelle doit se passer en compagnie du Père et de son Fils, avec le Saint Esprit.


Ce mystère dépasse à l'infini les forces naturelles de notre entendement. Surélevé par la foi, notre esprit est devenu capable de tenir ce mystère pour absolument vrai. 

Notre Seigneur voyait face-à-face et en pleine clarté dès le premier instant de l'existence de son âme humaine ce que nous croyons, comme Il le révèle en saint Jean 8, 38 : "Ego, quod vidi apud Patrem meum loquor".

La vie intime de Dieu nous est révélée gratuitement et par grâce, ainsi seulement pouvons-nous la connaître. (St Matth 11,27). 

Les connaissances naturelles (personne, majesté, unité, père, fils, amour) cessent d'être le but de notre considération, mais descendent au rang de moyens pour saisir les réalités divines (St Jean 1,18). 

Le symbole de saint Athanase et le concile de Florence (1442) nous enseignent qu'il est un seul vrai Dieu, tout-puissant, immuable et éternel, un dans l'essence, trône dans les Personnes : le Père inengendré, le Fils engendré du Père, le Saint-Esprit procédant du Père et du Fils. 


UNITE

⚜ le Père est tout entier dans le Fils, tout entier dans le Saint-Esprit.

⚜ le Fils est tout entier dans le Père, tout entier dans le Saint-Esprit.

⚜ le Saint-Esprit est tout entier dans le Père, tout entier dans le Fils. 

Ils possèdent la même éternité, la même grandeur, la même puissance. 

LE PERE 

Tout ce qu'est et tout ce qu'a le Père, Il le tient de lui seul. 

LE FILS

Tout ce qu'est et tout ce qu'a le Fils, Il le tient du Père. 

LE SAINT-ESPRIT 

Tout ce qu'Il est et tout ce qu'Il a, Il le tient du Père et du Fils. 


Le Père et le Fils sont un seul principe de l'Esprit-Saint. 

Le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont un seul principe des créatures. 

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LE VERBE

     Il partage une même sagesse, un même amour, une même éternité avec le Père. C'est une génération toute spirituelle qui fait naître le Fils du Père. L'essence divine demeure intacte et inchangée. 

Psaume 2 : "Dominus dixit ad me" : le Fils est subsistant et unique. 

Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Ia, q28 a3 ad 1 : les relations sont subsistantes, elles constituent les Personnes. Même question, a4 ad 5 : ces relations ne se confondent pas entre elles. 

Les termes de "nature", "personne" et "relation" sont homogènes aux textes inspirés, et indispensables pour entendre correctement ces termes. 

Saint Jean 10, 30 : "Moi et le Père sommes un". Dans saint Matthieu 26, 62-64, Notre Seigneur affirme qu'Il est le Christ, le Fils de Dieu, au Sanhédrin. 

La Très Sainte Trinité se manifeste lors du baptême de Notre Seigneur : "Celui-ci est Mon Fils bien aimé, écoutez-Le", et lors de Sa Transfiguration, où la nuée lumineuse représente le Saint Esprit selon saint Thomas (IIIa, q45, a4 ad2 et a2 ad3). 

Lors de l'Annonciation, saint Gabriel Archange fit connaître à Notre Dame la distinction des Personnes divines. 


Lors du discours après la Cène, l'Homme-Dieu expose clairement la distinction des Personnes, dans saint Jean aux chapitres 14 à 17. 

⚜ "Je suis dans le Père et le Père est en Moi" 

⚜ "Le Père vous donnera un autre Paraclet (...), l'Esprit de vérité". 

⚜ "Le Paraclet (...) vous enseignera toutes choses et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous aurai dit". 

⚜ "cet Esprit de vérité (...) ne parlera pas de Lui-même (...) Il recevra ce qui est à Moi et vous l'annoncera". 

⚜ "Mais Je ne suis pas seul, parce que le Père est avec Moi". 

⚜ "Père, ceux que vous M'avez donné, je veux que là où Je suis ils soient aussi avec Moi, afin qu'ils voient Ma gloire, celle que Vous M'avez données parce que Vous M'avez aimé avant la création du monde". 


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     Préface du saint sacrifice de la messe, missel romain traditionnel : "in essential unitas", "in persons proprietas". 

La personne est une "substance individuelle de nature raisonnable" (Boèce). 

La même substance divine, absolument inchangé, appartient au Fils comme communiquée par le Père et reçue du Père, par une procession de l'ordre de la connaissance. 

La même substance divine, absolument inchangé, appartient au Saint-Esprit comme communiquée par le Père et le Fils, et cela par une procession de l'ordre de l'amour. 

C'est pour nous donner accès à la béatitude de la Très Sainte Trinité que "le Verbe s'est fait chair et qu'Il a habité parmi nous" (Dernier Evangile de la messe romaine traditionnel, Prologue de saint Jean), que s'étant offert pour nous en sacrifice sanglant, Il a voulu demeurer avec nous jusqu'à Sa Parousie, continuant de s'offrir en sacrifice et de se donner en communion sous les espèces du pain et du vin. 

"future gloire nabis pignes datur"


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     La même et identique essence est communiquée du Père au Fils, puis du Fils à l'Esprit Saint. Ces relations, distinctes entre elles, sont, chacune, identiques à l'essence. 

L'essence divine appartient : 

  1. Au Père comme principe du Fils, "disant" le Verbe.

  2. Au Fils comme reçue du Père et expression parfaite du Père.

  3. Au Saint Esprit, comme don d'amour entre le Père et le Fils. 

Ce mystère n'est pas démontrable. Il nous a été relevé pour nous donner un juste sentiment du salut du genre humain, réalisé par le Fils incarné et par le don du Saint-Esprit.

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     Les hérétiques ariens ou modernistes ont prétendu mettre le dogme trinitaire à la portée de l'esprit des contemporains et assurer le succès de la religion au milieu du monde. Si peu que se relâchent les formules rigoureuses du Concile de Nicée, du symbole de saint Athanase ou du décret aux Jacobites, c'est toute la foi catholique qui s'écroule.


Si les noms de Père, Fils, Saint Esprit ne désignent pas, en toute propriété de termes, la Trinité des Personnes au sein de l'unité divine, alors il n'y a plus de religion catholique.

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     Avec le modernisme, une méthode perfide et diabolique a été mise en place pour détruire notre foi par l'équivoque (pensez à la messe protestantisée, aux formules à double sens ou qui pèchent par omission dans le Vatican II, or Dieu hait la langue double!) de la réinterprétation, ou en faisant planer un silence intentionnel dans les formules de prière, et en modifiant les attitudes liturgiques et les rites, de façon calculée pour se rapprocher du protestantisme et, de fait, de l'incroyance rationaliste. 

Depuis le Vatican II, les marques d'adoration données depuis toujours à Notre Seigneur comme immédiatement après les deux consécrations lors de la sainte messe, par la génuflexion du prêtre, lors de la communion, en passant devant le tabernacle, ont été abolies. Cela conduit à une diminution de notre Foi, inacceptable. 


     Quelle riposte ? 

Ne pas mettre le doigt dans l'engrenage de cette transformation des rites et des formulaires, qui a pour but caché mais certain de vider les dogmes de leur signification (cf Loisy, Teilhard qui veut "rectifier" la foi, Vanutelli moderniste souterrain dans son testament, ceux qui deviendront cardinaux et voulaient dans les années 1950 "démanteler les bastions" entendre l'édifice de la foi avec ses définitions des papes et des conciles, et les dénonciations fortes du pape saint Pie X dans Pascendi, du cardinal Billot dans les années 1920, puis de Mgr Lefebvre, de Mgr Tissier de Mallerais...), de faire craquer les protections traditionnelles des sacrements, pour instaurer une religion oeucuménique. 

Nous devons chercher à mieux connaître les mystères pour en goûter les fruits, et persévérer dans l'oraison.


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     Le principe de distinction des Personnes divines se tient non du côté de la substance, comme chez les anges et les hommes, mais de la relation, en tant que subsistante. L'union hypostatique sera possible pour le Fils sans le Père, encore qu'Ils soient un...


     La Trinité a, dans l'histoire du Salut, été révélée en même temps que l'Incarnation rédemptrice. Dieu s'est révélé à la Très Sainte Vierge Marie afin de se donner à nous. C'est donc pour nous faire vivre de la vie de Sa Trinité, dans le Christ Jésus, par Lui et avec Lui, qu'Il s'est révélé. 


     Notre foi, maintenue et garantie par l'Eglise dans ses Conciles, ses Pères et ses Docteurs, doit devenir le principe d'une communion, aussi mystérieuse que réelle, à la vie du Père, du Fils et du Saint Esprit.


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