29 Jan
29Jan


Source : http://salve-regina.com


La Révélation

Art.1 La Révélation en elle-même

Introduction :

     Nous avons vu qu’au cœur de l’homme se trouvait une loi lui dictant les prémisses des principales vérités religieuses, ses devoirs essentiels envers Dieu. Ce en quoi on pouvait conclure que la religion naturelle était sinon un devoir, au moins au besoin. Mais si l’homme peut aussi par lui-même élaborer les pratiques cultuelles traduisant ses sentiments envers la divinité, en fait, constatant que toutes les religions qui se partagent l’humanité revendiquent leur origine divine, il est nécessaire de nous demander si Dieu a parlé sur ce point. En outre, il est certaines vérités que la raison seule n’aurait pas pu deviner sans le secours divin (ex: la Trinité). Enfin, si la religion naturelle suffit si Dieu s’en tient à demeurer créateur, elle demeure insuffisante pour connaître un Dieu qui veut appeler l’homme à une vie surnaturelle et donc l’appeler à d’autres devoirs. Ceci ne peut se faire que par mode de révélation.Nous chercherons donc à savoir si Dieu s’est révélé; autrement dit, quelle est la nature de la révélation, sa possibilité et sa nécessité puis nous établirons alors l’obligation que nous avons de rechercher si elle existe et où elle se trouve.

Mais avant tout, il s’agit de bien définir la notion de surnaturel.

Le surnaturel

Les Erreurs :

Le surnaturel n’est pas “ce qui dépasse la nature” (car : qu’est-ce que la nature ?); ce n’est pas nécessairement ce qui intéresse la religion humaine (l’immortalité de l’âme, l’existence de Dieu sont improprement des vérités surnaturelles). Enfin, ce n’est pas ce qui dépasse les possibilités et les exigences d’une nature sans en dépasser une autre : ceci est simplement préternaturel (l’immortalité, l’exemption de souffrances,…).

Définition :

Est surnaturelce qui est d’ordre exclusivement et spécifiquement divin et dépasse donc toutes les possibilités actives et toutes les exigences de toutes les natures créées”. Ex : la vision béatifique.

Deux remarques:

1°/ Le surnaturel convient à la nature humaine :

- L’inquiétude intellectuelle de l’homme.

C’est cette tension permanente vers un état meilleur au-delà du désir actuel. C’est s’élever de la beauté corporelle à la beauté de l’âme : atteindre le beau par soi. C’est donc déjà un désir surnaturel d’un objet spécifiquement divin et exclusivement propre à Dieu. La connaissance de l’homme étant ordonnée à la connaissance des essences et étant capable de remonter au fait de l’existence divine. Et si l’esprit humain cherche à percer le mystère intime de l’essence divine, demeurant disproportionné à son objet, aura besoin du don gratuit du surnaturel.

- Le surnaturel est pour la volonté une limite en quelque sorte négative.

De même quant au bien recherché par la volonté, l’amour. Il y a un amour qui porte vers une possession toujours plus intime - mais qui ne peut aboutir à la perfection - de la réalité parfaite, Dieu lui-même. Ceci ne pourra se faire que par une initiative gratuite de Dieu appelant l’homme à son amitié. D’où le sentiment de l’insatisfaction de l’amour humain qui renferme dans sa nature une exigence absolue.

2°/ Le surnaturel dépasse la nature humaine :

La connaissance positive du surnaturel échappe à la raison.

Si chacun des termes d’une propostion surnaturelle est compréhensible, la démonstration intrinsèque ne l’est pas quant à elle. Tout au plus, la raison pourra affirmer que les termes ne sont pas contradictoires (ex: la Trinité), voire convenants.

La vie surnaturelle ne peut être qu’un don de la charité divine.

Seule la Foi peut nous instruire de la réalité de Dieu et seul Dieu peut nous donner cette perfection de notre être naturel. 

  • Seule la révélation peut donc donner à l’homme la réponse surnaturelle.

Notion et Objet de la révélation

Définition étymologique :

“Revelare” : enlever un voile d’un objet qui nous empêche de le voir [re(movere)velum], faire connaître.

Définition réelle :

D’une façon générale, c’est la manifestation d’une chose cachée ou inconnue. Elle humaine ou divine. Mais de façon particulière et qui nous intéresse :« C’est la communication faite par Dieu - moyennant un instrument humain - de jugements (d’informations certaines) touchant des réalités divines dont la connaissance, le désir, la présence en nous et la possession sont propres à nourrir, à promouvoiret à transformer la vie religieuse. »

Explication et conséquences de cette définition :

La Nature de la révélation :

C’est une parole de Dieu, la communication par Dieu d’un jugement qu’Il porte sur une sujet. 

Les différentes Sortes de révélation :

Ce sont toujours des instruments humains.Quant au sujet auquel elle s’adresse :- La révélation est médiate : quand Dieu nous la transmet par un intermédiaire (aux juifs par Moïse);- La révélation est immédiate quand il nous la fait connaître directement (ex : à Moïse).Quant à la façon dont elle s’exerce :Elle est sensible (par nos sens extérieurs : ex : mot écrit sur un mur), imaginative (par nos sens intérieurs : ex : un songe) ou intellectuelle (formulée par l’esprit : c’est l’inspiration).

L’Objet de la révélation :

Ce sont les réalités divines concernant la nature de Dieu ou ses rapports avec les hommes :- Les vérités corroborant la loi de la conscience (les préceptes naturels : ex : l’existence de Dieu, l’immortalité de l’âme, honorer ses parents). C’est le Décalogue;- Les vérités compréhensibles mais introuvables par la raison seule (les préceptes positifs : ex : la consécration d’un jour à Dieu);- Les vérités dépassant la raison humaine (les mystères : ex : la Trinité).

La Certitude de la révélation :

Les jugements sont à prendre comme étant certains, faciles et vrais en vertu de l’autorité de Celui qui parle.

L’Effet de la révélation :

Il a pour but de nourrir notre vie religieuse de vérités utiles en la développant et en la transformant.

Les erreurs concernant la nature de la révélation :

  • Elle n’est pas ce commerce entretenu avec l’Être suprême surtout par la prière (selon les protestants libéraux et Kant).

  • Elle n’est pas non plus la prise de conscience acquise par l’homme ses rapports avec Dieu (les modernistes comme Loisy).

Possibilité de la révélation selon son objet

Selon les différentes natures des vérités, cette révélation est possible et ceci contrairement à ce que prétendent les athées, les matérialistes et les panthéistes d’une part et les déistes et les rationalistes d’autre part.Constatons avant tout que tous les peuples ont cru à une révélation.

La révélation ne répugne pas :

En effet, la révélation des vérités naturelles est possible. Dieu peut influer sur elles aussi bien que tout homme chargé de nous instruire pourrait le faire (Lui qui est l’auteur de la création et qui nous maintient dans l’être peut très bien intervenir). De notre coté, en vertu de l’acceptation de l’autorité divine, nous le croyons.La révélation des préceptes positifs est également possible, Dieu voulant simplement faire connaître des volontés particulières.Enfin, la révélation des mystères peut poser quelques difficultés quant à leur convenance; nous allons le voir.Ainsi, la révélation ne répugne pas et même elle convient :

Elle ne répugne pas du coté de Dieu :

Elle est physiquement possible dans le sens où Dieu agit hors des lois de la nature mais pas contre ces lois. De plus, le fait de se révéler ne provoque aucun changement en Dieu : il a “prévu” de la faire. Elle est moralement possible dans le sens où elle ne va pas contre les attributs divins (justice, charité, unité, sagesse, majesté). Car enfin, pourquoi Dieu - qui nous a créés - ne pourrait-il pas nous parler ? Ainsi, Dieu veut nous rapprocher de Lui en nous élevant au-dessus de notre nature en nous donnant comme une participation à sa vie par la connaissance de l’existence de mystères qui demeurent malgré tout mystères puisque nous n’en comprenons pas pour autant la nature intime.

Elle ne répugne pas du coté de l’homme :

Car l’homme a besoin de Dieu ainsi que de son assistance dans l’ordre naturel et surnaturel. Pour cela Dieu peut lui perfectionner l’intelligence et mouvoir la volonté. La liberté demeure malgré tout, même si nos facultés ne sont pas totalement indépendantes. En outre, l’homme ne peut rejeter un mystère puisqu’il n’est pas absurde. (Cf. Présence eucharistique).

Elle ne répugne pas du coté de l’objet révélé quel qu’il soit :

Il faut malgré tout encore distinguer les différents objets de la révélation comme nous l’avons déjà fait : Dieu peut nous révéler…… les vérités corroborant la loi de la conscience (les préceptes naturels : ex : l’existence de Dieu, l’immortalité de l’âme, honorer ses parents). C’est le Décalogue accessible à la raison;… les vérités compréhensibles mais introuvables par la raison seule (les préceptes positifs : ex : la consécration d’un jour à Dieu); Dieu notre créateur et donc notre maître est législateur;… les vérités dépassant la raison humaine (les mystères : ex : la Trinité, la Rédemption). C’est sans doute là où réside la difficulté et où va s’arrêter notre étude.

Le Problème et la Définition du Mystère :

Ce que Dieu peut dire en s’adressant aux hommes peut demeurer un mystère, mais c’est cependant possible : ainsi, même si ces mystères sont introuvables par la raison et demeurent incompréhensibles (connaissance incomplète), ils sont cependant intelligibles (compréhension relative et analogique et non pas réalité dépourvue de sens !). C’est un peu comme s’il y avait trop de lumière, et que nous n’y voyions alors plus rien !Le mystère est “une vérité cachée et secrète dont la connaissance dépasse absolument ou relativement la raison”. 

Notre attitude face aux mystères :

Avant la révélation, on ne peut rien dire sur leur possibilité ou leur existence, puisqu’ils échappent à la raison. Si après la révélation, ils sont, si donc ils sont possibles (ex: le mystère de la Trinité), nous ne comprenons toujours pas comment ils sont possibles ! Les termes du mystères sont compréhensibles mais leur lien demeure caché : ex : la Trinité, c’est trois personnes égales en une même nature. Si les termes de personnes et de nature peuvent être compris, nous ne comprenons pas leur lien entre eux.

Et s’il n’y a rien d’impossible à l’existence des mystères, c’est-à-dire des vérités surnaturelles incompréhensibles, il n’y a rien d’impossible non plus quant à leur révélation : en termes humains, Dieu peut formuler des vérités surhumaines, laissant obscurs d’ailleurs les liens entre les termes qui eux sont clairs.

La révélation n’est pas inconvenante :

Contrairement à ce qu’on peut croire, la révélation de vérités naturelles (connaissables par la raison) ne constitue pas quelque chose de superflue, et celle des vérités surnaturelles n’est pas un obstacle à la raison. Bien au contraire : la révélation apportant de nouvelles vérités (morales et dogmatiques) perfectionne l’intelligence quant au sens de la vie ! De plus, elle favorise l’intimité avec Dieu.

Nécessité de la révélation

Il faut encore distinguer selon l’objet de la révélation : vérités naturelles ou surnaturelles.

Pour les vérités naturelles ou dans le cas d’une religion naturelle :

Thèse : Il y a une nécessité morale. En effet, pour que l’humanité toute entière puisse connaître avec certitude, aisément, complètement et sans mélange d’erreurs, toutes les vérités naturelles et les préceptes moraux naturels, la révélation est moralement et relativement nécessaire.

Explication : En soi, la raison aurait été capable de trouver ces vérités, mais étant données les circonstances, il lui est moralement et relativement impossible de le faire. Et ceci en raison de la faiblesse des facultés humaines (i.e. les circonstances actuelles du péché originel), des occupations et des difficultés de la vie (temps, loisirs, études, talents,…). Cette nécessité demeure morale et relative car bien que les vérités naturelles soient proportionnées à l’intelligence, il lui est très difficile de les connaître avec les qualités de certitude et d’universalité requise. L’expérience nous le prouve : le monde païen avait perdu la révélation primitive (avant la révélation) et cela se voyait dans ses mœurs et ses croyances.Une religion naturelle et sans révélation est donc insuffisante.

Argument historique : on a vu les Grecs et les Romains tomber dans les plus graves erreurs sur la religion (polythéisme, idolâtrie,…). Et même si certain philosophes ont pu élaborer des doctrines sages, ce n’est pas le cas des civilisations.

Argument psychologique : si le genre humain s’est généralement trompé dans la solution de la question religieuse, il doit y avoir une cause permanente d’erreur : ce ne peut être que la faiblesse relative de la raison. Nous pouvons donc présumer que la connaissance certaine de ces vérités se fait par mode de révélation, ou tout au moins par un secours spécial, puisque la Providence ne peut nous faire défaut dans les choses aussi nécessaires.

  • Les Erreurs : les traditionalistes et les fidéistes (du xixème siècle) ont prétendu que la raison ne peut arriver à connaître aucune vérité religieuse ! Les rationalistes au contraire prétendent que la raison peut par ses propres forces arriver à la connaissance de la religion naturelle.

Pour les vérités surnaturelles ou dans le cas d’une religion surnaturelle :

Thèse : Il y a une nécessité absolue. En effet, si Dieu veut appeler l’homme à une fin surnaturelle, s’il veut que l’homme connaisse en conséquence des vérités surnaturelles touchant sa nature et ses rapports avec la création, la révélation est absolument nécessaire.

Explication : Il y a nécessité absolue parce qu’il n’y a pas proportion entre les vérités à connaître [divines] et la faculté de connaissance [humaine]. En effet, l’homme étant destiné au bonheur - qui est de contempler Dieu - cette fin dépasse les exigences de la nature humaine. Dieu lui en donc les moyens.

De ces deux thèses, il y a obligation de rechercher si une telle religion surnaturelle existe. En effet, si Dieu nous fait un don, nous ne sommes pas libre de le refuser. ou de l’accepter. Comment cela peut-il se faire ?

Art.2 Les Preuves de la Révélation : le Miracle & la Prophétie

Généralités

Autrement dit, ce sont les Critères de la Révélation ou les Motifs de sa Crédibilité.Dieu pouvait parler; il devait parler; nous devons donc dire qu’il a parlé; Or toutes les religions se disent révélées par Dieu. Comme elles se contredisent, une seule est la bonne (car Dieu ne peut avoir révélé deux jugements opposés) et il s’agit de savoir laquelle puisque elle seule nous permet d’atteindre notre fin dernière.

- Il n’y a qu’une seule religion révélée véritable puisqu’il n’y a qu’une seule vérité sur un même point (dogmatique ou moral); En outre, Dieu - étant unique - ne peut que vouloir être servi d’une seule et unique manière.- Comme seule une religion est bonne, dans l’ignorance ou le doute, nous avons le devoir de rechercher laquelle est la vraie et ceci par des signes certains, les miracles & la prophétie, motifs de crédibilité.

Sans quoi, nous sommes déraisonnables, nous injurions Dieu et nous sommes en danger pour notre salut.

Remarque préliminaire :

Il faut donc pour cela un motif direct de crédibilité qui doit prouver et exiger la vérité d’une révélation. Et seul le miracle peut le faire, car rien dans l’ordre de la nature ne peut le faire puisque ce qui est dans la nature ne peut prouver ce qui est en dehors. En outre ce motif doit être en dehors de la révélation (constatable expérimentalement) mais propre à Dieu (voulu par Lui).

Espèces

Les critères intrinsèques à la doctrine ou probables :

Ce sont ceux qui sont inhérents à la doctrine elle-même.

Négatifs :

Ce sont des signes qui dénotent :- la fausseté d’une doctrine (ex: une doctrine qui va contre la raison : le polythéisme, la mortalité de l’âme,…). (¹ dépasser la raison = un mystère). Ces critères permettent donc de déterminer les fausses religions. - l’exemption d’erreur, ce qui est nécessaire mais insuffisant pour prouver son authenticité.

Positifs :

Ce sont des signes qui démontrent la divinité de la religion qui les possèdent.Ce sont des signes qui sont des effets de la religion (moral, intellectuel,…) et qui en montrent une certaine transcendance (reconnaissance d’une intervention divine).

Les critères extrinsèques à la doctrine ou certains :

négatifs :

La malhonnêteté de l’intermédiaire permet de conclure à la fausseté de son affirmation.

positifs :

La vertu permet au contraire de conclure à la vérité de l’affirmation (sainteté,…).Les actes sont considérés comme prophétiques (miracles intellectuels) ou miraculeux (miracles purement physiques ou les miracles moraux : une conversion inattendue).

Le Miracle

Il s’agit donc d’une étude spéculative du miracle : c’est-à-dire du miracle en soi et non des miracles existants, lesquels seront étudiés pour montrer que le Christ était vraiment Dieu.

Nature

C’est un motif externe, positif et direct.Définition : miraculum vient de miraculi : être surpris. C’est donc tout ce qui est merveilleux et excite la surprise et ceci en raison de la cause inexplicable ordinairement.- Au sens large, c’est un phénomène insolite dont la cause est un agent surhumain. Si l’agent est un ange ou un démon, on l’appellera prodige ou prestige.- Au sens strict, le miracle est un fait sensible et certain qui déroge aux lois constantes et connues de la nature et n’est pas possible sans une intervention spéciale de Dieu.

Conditions :- Il faut que le fait soit sensible, c’est-à-dire constaté; et ceci pour qu’il remplisse la fonction de signe. Ainsi, par exemple, la justification de l’homme par la grâce n’est pas un miracle au sens strict, car cette opération ne tombe pas sous les sens. Les deux termes en quelque sorte sont sensibles et constatable; c’est leur succession immédiate et donc anormale qui est miraculeuse.

- Il faut que le fait soit certain, c’est-à-dire connu par de nombreux témoins et examiné. (¹ fraude, supercherie).Quelques critères d’analyse :

Circonstances :

Prodige métaphysique ou

Miracle :

- Sujet : .................

Système nerveux détraqué,…

équilibré et sage

- Message : ...........

Affabulation, immoral, contradictoire,…

Nourrisant, confirmation de la doctrine, moral,…

- Lieu : .................

Silence, obscurité, en privé…

en public, quotidien,…

- Instrument : .......

Magie,…

aucun (prière et foi).

- But : ..................

satisfaire la curiosité, le mer­veilleux, orgueil, argent, gloire,…

Le salut des âmes, la pénitence,…

- Comment : .........

Fraude, magie, mensonge…

Humilité, droiture, sincérité,…

- Quand : .............

Réitération à volonté, bavardage,…

Sobriété, irrégularité, discrétion, tempérance,…

- Il faut que le fait soit extraordinaire (absolument ou relativement) : De façon absolue, c’est-à-dire en dehors des lois naturelles et sur­na­turelles, inexplicable par une cause créée qui n’est pas proportionnée. Les prodiges opérés par les démons ne sont donc pas des miracles car ils sont surnaturels par rapport à nous, mais naturels par rapport à eux). Le fait se réalise par la non-application de la loi, c’est-à-dire dérogeant aux lois constantes et connues de la nature (ainsi, l’ignorance des causes ne suffit pas [ex : électricité]). Il s’agit précisément de la non application des lois connues (et non pas l’application de lois naturelles encore inconnues) par l’intervention d’une cause libre de force supérieure. (Ex.: une voix humaine arrêtant une tempête).De façon relative, c’est un fait qui serait ordinairement possible dans d’autres conditions avec les seules forces de la nature mais qui dans les conditions envisagées ne l’est pas. (Ex.: le stratère dans la bouche du poisson péché par saint Pierre sous l’ordre de Jésus).

- Il faut par conséquent que le fait soit produit par Dieu (au sens strict [direct] ou au sens large [intermédiaire]): car Lui seul peut déroger aux lois et dépasser les forces créées, Lui qui en est l’auteur.Ce dépassement de l’ordre de la nature se fait à des degrés divers :- miracle quant à la substancedu fait : jamais possible sans Dieu : l’ubiquité;- miracle quant au sujet : jamais possible pour le sujet en question (vie, vue,…);- miracle quant au mode : jamais possible sans surpasser les conditions défavorables (guérison).

Exemples : La Présence eucharistique n’est pas un miracle au sens strict et absolu car elle n’est ni sensible ni extraordinaire (elle s’explique très bien philosophiquement). La Création n’est pas un miracle non plus car elle est antérieure aux lois (et donc pas en dehors).

Remarque : le miracle n’est pas une conséquence de la Foi comme si la Foi était nécessaire pour croire au miracle ou comme si la Foi causait le miracle devenant une sorte de disposition subjective où l’esprit triompherait de la matière. Ainsi, il faut de dire comme les Protestants libéraux que le miracle est un fait extraordinaire procédant de lois naturelles encore inconnues, mais où le sens religieux voit une manifestation de la bienveillance divine à notre égard.

Possibilité

Adversaires :

Les athées, les panthéistes pour qui il ne peut y avoir d’intervention personnelle en dehors de la nature. Les déistes pour qui le miracle va contre l’immutabilité divine.

Thèse :

Rien ne s’oppose à la possibilité du miracle : ni du coté de la nature, ni du coté de Dieu.

du coté des lois de la nature :

- Dieu peut même agir contre les lois qui bien que nécessaires demeurent contigentes pour Dieu (les évolutionnistes seront d’ailleurs d’accord sur la mutabilité des lois!); il peut également agir en dehors car tout le monde reconnaît que si les lois sont nécessaires leur application ne l’est pas (ex: un obstacle empêche la chute d’un rocher, tout comme une digue enpêche un raz-de-marée !).

du coté de Dieu :

- bien qu’immuable, Dieu a voulu de toute éternité le changement dans la création par son intervention : en fait, c’est la création et non pas Dieu qui change !- bien que sage, Dieu ne “retouche” pas son œuvre : Il manifeste simplement sa puissance à l’homme devenu aveugle devant le spectacle de la splendeur de la nature devenu habituel et Il manifeste sa bonté et sa miséricorde pour mieux se faire connaître.

Constatation

Remarque : les adversaires des miracles ne les nient pas d’ailleurs mais déclarent ne pas les connaître ! En outre, comme nous ne connaissons pas toutes les causes, ils affirment qu’il est impossible de dire si les phénomènes observés sont en dehors des causes… Or la science a pour rôle de déterminer si les faits sont conformes ou non aux lois de la nature.Sans trop donner de détails, il faut simplement dire que le témoin doit être bien informé (compétence) quant aux trois conditions du miracle (réalité du fait : sensible, observable, constatable : il est historique; extraordinaire, disproportion entre les causes et les effets puis causépar Dieu : œuvre de nature éclatante, morale, bonne,… : il est théologique; enfin, il conforte une doctrine exigeante ce qui ne se fait pas dans la précipitation : il est apologétique) et sincère (probité) quant à l’état psychologique du témoin.

Le cas de Lourdes par exemple : toutes les objections n’ont pu être retenues (63 miracles) :- l’eau aurait des propriétés curatives particulières… Or des analyses ont été faites ! et les miraculés n’ont pas tous utilisé de l’eau.- Il paraît selon certain que toute cellule cérébrale actionnée par une idée actionne les fibres nerveuses qui doivent réaliser cette idée… Bref il suffirait de vouloir une chose pour qu’elle se réalise… Or vouloir réparer des lésions physiologiques est assez insurmontable, et pourtant !- La nature aurait des forces inconnues…Or si l’ignorance des lois n’est pas synonyme de leur absence, malgré cela, les lois - même si elles sont inconnues - doivent demeurer. Or à Lourdes elles ne s’appliquent qu’à certains !Remarque : si le progrès de la science a fait reculer le merveilleux, elle ne l’a pas fait disparaître : un résurrection demeurera toujours en dehors du cours normal des choses.

Valeur probante du miracle pour appuyer l’autorité d’une doctrine

Le miracle réalisé dans le cadre d’une doctrine la conforte.

preuve par la raison :

Une intervention divine favorisant une doctrine montre que Dieu la ratifie, sinon Il nous tromperait.

preuve par le consentement universel :

Tous les peuples ont cru à l’existence de miracles opérés par Dieu en faveur d’une doctrine. Autrement dit, toutes le religions ont cherché à se fonder par les miracles en les attribuant à leur fondateur.

Annexe : pourquoi Dieu opère-t-Il des miracles ?

Les miracles qu’a opérés Notre-Seigneur Jésus-Christ, sont des œuvres divines, qui apprennent à l’esprit de l’homme à s’élever jusqu’à la connaissance de Dieu par le spectacle des choses visibles. Car, comme la nature divine ne peut être vue des yeux du corps et que, d’ailleurs, les grands prodiges que Dieu opère dans le gouvernement et l’administration de l’univers ont perdu toute valeur à nos yeux, à raison même de leur répétition continuelle, au point que presque personne ne daigne prendre garde aux merveilles vraiment étonnantes de la puissance divine, qui éclate dans le moindre grain de blé, Dieu, dans sa miséricorde, s’est réservé la faculté d’opérer, à des moments opportuns, certains miracles, en dehors du cours habituel et régulier de la nature, afin que ces miracles, non par leur supériorité intrinsèque, mais bien par leur caractère insolite, vinssent faire une forte impression sur ceux pour lesquels les prodiges journaliers avaient perdu leur valeur. A vrai dire, en effet, c’est un plus grand prodige de gouverner le monde entier que de rassasier cinq mille hommes avec cinq pains, et cependant, personne n’admire le premier de ces prodiges, tandis que le second remplit les hommes d’étonnement, non parce qu’il est plus grand, mais parce qu’il est plus rare. Car qui donc nourrit maintenant le monde entier, si ce n’est celui qui fait sortir d’abondantes moissons de quelques grains de sable ? C’est bien en Dieu qu’il a agi dans un cas comme dans l’autre. C’est par la même puissance qui Lui sert a produire des moissons par la multiplication des quelques grains qui ont servi de semence que ses mains ont pu multiplier les cinq pains. (Saint Augustin, Traité xxiv sur l’Evangile de Saint Jean).

Remarque : le miracle moral est une série d’actes visibles (martyrs, conversions, vocations, héroïcité…) qui procèdent de la volonté aidée par la grâce.

La Prophétie

Nous n’entendons pas dans ce paragraphe l’étude de l’annonce de Jésus-Christ par l’Ancien Testament (Jésus-Christ prophétisé) et de l’accomplissement des prophéties (Jésus-Christ prophète), ce qui sera fait pour prouver la divinité du christianisme; mais il s’agit ici de l’étude de la Prophétie en soi (le miracle intellectuel). Elle est donc un miracle particulier avec des caractéristiques propres.

Nature

Définition :

 signifie prédiction. Au sens large, il s’agit de la prédiction d’un évènement futur (ex: une éclipse). C’est la connaissance d’un fait inconnaissable naturellement. Au sens strict, il s’agit de la prévision certaine et l’annonce de choses futures qui ne peuvent être connues par les causes naturelles. Le Prophète est le porte-parole de Dieu.

Conditions :

- la prévision doit être certaine (¹ oracles païens :“Le tyran sera tué à l’extérieur de Rome” dirent les oracles à Maxence qui allait combattre Constantin ! ¹ “Cette nuit même avant que le coq ait chanté deux fois, tu m’auras renié trois fois”);- la prévision ne peut être connue que par des causes surnaturelles.

Possibilité

Elle est prouvée par - la croyance universelle : tous les peuples faisant appel à la prophétie pour défendre la vérité de leur croyance;

- la raison : qui nous dit que Dieu connaît l’avenir (omniscience) et peut nous le révèler (comme toute vérité cachée).

En outre, la prophétie ne va pas contre la liberté car par elle Dieu meut notre volonté selon sa condition.

Constatation en vérifiant

- la réalité de la prophétie : (avec ses conditions : cf. supra);- l’accomplissement de la prophétie : (plus ou moins longtemps à l’avance).

Valeur probante pour autoriser une doctrine

Et ceci n’est pas superflu: l’argument du rejet du miracle comme inutile va presque contre la Foi en en effet, le Concile Vatican I écrit : «Pour que la soumission de notre Foi fut en accord avec la raison, Dieu a voulu joindre aux secours intérieurs de l’Esprit-Saint des preuves extérieurs de sa révélation, à savoir des faits divins, et surtout les miracles et les prophéties, lesquels en montrant abondamment la toute-puissance et la science infinie de Dieu sont des signes très certains de la révélation divine et sont appropriés à l’intelligence de tous ».

Remarquons enfin que la prophétie constitue une preuve importante car elle est une des plus frappantes, nous mettant en contact avec l’éternité divine et l’action de sa Providence.

Art.3 Les Sources de la Révélation : l'Ecriture Sainte

Après avoir établi la nécessité de la révélation et en avoir défini les critères (notamment le miracle), il faut désormais s’attarder sur une source de la révélation à savoir l’Ecriture Sainte, l’autre étant la Tradition abordée quant à elle lors de l’étude sur l’Eglise.Quand nous aurons prouvé que cette source est un fait historique (c’est-à-dire qu’elle est vraie, intègre et authentique), nous pourrons utiliser le contenu de ce témoignage pour établir avec certitude que le Christ est légat divin et qu’Il l’a prouvé par ses miracles et les prophéties qu’Il a accomplies ou annoncées.

Il s’agit donc de traiter de la valeur historique des Evangiles. Tout homme de bonne foi, qui accepte l’histoire, doit reconnaître les Evangiles comme authentiques, intègres et vrais.Nous allons tenter de le montrer.Il sont authentiques, c’est-à-dire de l’époque et des auteurs prétendus;

intègres, c’est-à-dire sans aucune altération substantielle;

véridiques, c’est-à-dire que les auteurs sont compétents et les faits sont certains.

A chaque fois, dans la façon de procéder, nous avancerons des arguments internes et externes.

  • Internes, c’est-à-dire que ce sont des informations tirés des évangiles eux-mêmes (styles, idées, auteurs,…);

  • Externes, c’est-à-dire des témoignages d’auteurs (chrétiens, hérétiques, païens) sur le Christ.

Mais avant tout, il faut savoir que des rationalistes se sont interrogés sur le motif de la présence du merveilleux dans les Evangiles, et partant du principe que tout miracle est impossible historiquement - c’est-à-dire que le miracle ne peut appartenir à l’histoire - deux grandes théories ont été développées et par les protestants libéraux, les modernistes et par des juifs, à savoir le système de l’idéalisation et la théorie comparatiste.

Sans plus attendre, avant d’exposer les preuves de l’historicité des Evangiles, réfutons dans leurs grandes lignes ces théories.

Le système de l’idéalisation :

Défendu par Renan et Loisy (19è s.), il s’agit de l’idéalisation lente, progressive et inconsciente de la vérité historique concernant l’histoire de la part des premiers chrétiens et ceci sous l’influence de leur foi ardente et de leur enthousiasme pour le Christ. Réponse: s’il y a imagination, elle ne peut être que stérile, car certains faits des Evangiles (le Christ fuyant ses détracteurs, présenté comme buveur, séducteur,…) étant des détails gênants n’auraient pas été rapportés. De plus, la naissance et l’enfance du Christ n’ont pas la valeur des mythologies de cette époque (demi-dieux, polythéisme,…). Enfin, trente années semblent peu pour idéaliser une doctrine qui s’attache à un dogme et une morale et qui se trouve de ce fait loin d’une dégradation de l’idée de Dieu. Une seule personne n’aurait pas suffit.Donc, la rigueur du culte de la tradition rend impossible une altération substantielle de la figure et de la doctrine du Christ (étant données par exemple les mises en garde de saint Paul sur l’observance de la doctrine : Tit.3,10 «Quant à l’homme de parti, après un 1er et un second avertissement, romps avec lui. »). Terminons avec cette théorie que l’amour des chrétiens pour le Christ était tel qu’il était cause de l’authenticité (respect du message et de la personne) plutôt que l’altération. Nous le reverrons.

La théorie comparatiste :

Défendue par Salomon Reinach, juif du début du siècle, elle a pour a priori la négation du surnaturel. Elle prétend que tous les éléments extraordinaires n’appartenant pas à l’histoire ont été tirés des mythologies et des autres religions.Réponse : l’originalité justement du christianisme est prouvée par l’histoire (doctrine et vie du Christ rapportées par les auteurs païens) et les différences d’avec les autres religions (judaïsme, mythologie, orient), même si demeurent inévitables des points communs avec toutes les croyances de cette époque (en raison de la révélation primitive et la tendance à l’homme de croire ce qui lui est connaturel).

Conclusion :

Quoiqu’il en soit, leurs explications n’appartiennent pas à l’histoire (ils ne peuvent le prouver); ils sont plutôt une négation métaphysique du surnaturel, ce qui est un a priori idéologique devant lequel les faits doivent plier : il n’y a pas plus anti-scientifique. C’est pour cela que Renan disait : « Que les Evangiles soient en partie légendaires, c’est ce qui est évident, puisqu’ils sont pleins de miracles et de surnaturel »… « Ce n’est pas parce qu’il m’a été démontré préalablement que les Evangiles ne méritent pas créance absolue que je rejette les miracles qu’ils racontent; c’est parce qu’ils racontent des miracles que je dis “les Evangiles sont des légendes; ils peuvent contenir de l’histoire, mais certainement tout n’y est pas historique” ». Le syllogisme de Renan est le suivant : M: Si ce fait (ex: la tempête apaisée) était historique, ce serait un miracle; m: Or, il n’y a pas de miracle. Ccl : Donc, le fait n’est pas historique.

Authenticité :

Aujourd’hui : Nous savons que les Evangiles ont été écrits par saint Matthieu et saint Jean : témoins oculaires ainsi que saint Marc et saint Luc, disciples respectifs de saint Pierre et saint Paul.A l’époque : dès les premiers siècles, l’Eglise attribuait déjà les Evangiles à leurs auteurs officiels. Les témoignages sont incessants et unanimes. Remarquons d’ailleurs que ce doit être à nos détracteurs de prouver leurs arguments (c’est l’argument de prescription : possession vaut titre). Or il ne l’ont jamais fait !

Nous disons qu’ils sont authentiques, c’est-à-dire écrits par les auteurs témoins de leur récits (et non pas le fruit de la conscience collective). Est donc authentique « un texte composé par l’auteur auquel on l’attribue et à son époque ».Remarque : depuis la dernières guerre, on date assez tardivement les Livres du Nouveau Testament; or c’est un a priori, certainement pour permettre aux critiques de dire que la doctrine émane de la conscience collective des premiers chrétiens et non du Christ et des Apôtres. Nous pouvons avancer des arguments pour défendre les vrais auteurs et la date des textes.

Les arguments externes :

Témoignage général de toute l’Eglise primitive :

  • Il y a eu un développement rapide du christianisme. 

Tacite, à propos de l’incendie de Rome en 64, écrit : « Néron supposa des coupables (…); réprimé sur le moment, cette détestable superstition perçait de nouveau, non seulement, en Judée où le mal avait pris naissance, mais encore à Rome ».Pline le Jeune, gouverneur d’une Province d’Asie mineure, écrit à Trajan en 112 : « Le christianisme est professé par un grand nombre de personnes de tout sexe, de tout âge, de tout rang; il a gagné comme une contagion non seulement les villes mais les bourgs et les campagnes; les temples sont abandonnés et l’on ne vend plus de victimes ». 

  • Il y a unanimité sur l’origine apostolique des Evangiles, malgré l’existence de communautés indépendantes et les peuples de cultures diverses. Alors qu’il aurait été logique de n’acce­pter que celui dont elles avaient eu la prédication (Par exemple Saint Marc en Egypte).

Tertullien (160-240) écrit vers 200 « une croyance admise uniformément par de nombreuses Eglises ne provient pas d’une erreur, mais de la tradition ».

Témoignages particuliers du 2ème siècle :

Papias de Hiérapolis, vers 130 écrit (d’après Eusèbe de Césarée [265-340], Histoire ecclésiastique,iii,39) : « Et voici ce que disait l’Ancien : Marc ayant été interprète de Pierre, écrivit exactement mais toutefois sans ordre, ce dont il se souvenait de ce qui avait été dit ou fait par le Christ : en effet, il n’avait pas entendu le Seigneur et ne l’avait pas accompagné, mais plus tard, comme je l’ai dit, Pierre, qui donnait ses enseignements selon les besoins, mais sans faire de mise en ordre des paroles du Seigneur; de sorte que Marc n’a pas commis de faute en écrivant ainsi certaines d’entre elles, comme il s’en souvenait. Car il avait seulement ce but, de ne rien omettre de ce qu’il avait entendu et de ne rien dire de faux à ce sujet » (…) « Matthieu donc écrivit ensemble les paroles en langage hébraïque, et chacun les traduisit comme il en était capable ». SaintJustin (165) parle des ‘‘deux apôtres [Matthieu & Jean] et des deux disciples [Marc & Luc]’’ : « Dans les mémoires que je dis avoir été écrits par les apôtres (du Christ) et par leur disciples, il est rapporté qu’une sueur de sang a découlé de Lui, tandis qu’Il priait ». (Adversus Tryphonum,163). « Car les Apôtres, dans les mémoires qui nous viennent d’eux et qu’on appelle Evangiles, rapportèrent le commandement que Jésus leur fit, lorsque, ayant pris le pain et rendu grâce, il dit : Faites ceci en mémoire de moi; ceci est mon corps; et que de même, ayant pris le calice et rendu grâce, il dit : Ceci est mon sang » (Première Apologie).Le Canon de Muratori (texte écrit vers 180, du nom de celui qui en découvrit le texte au xviiiè siècle dans la bibliothèque de Milan) affirme (dans sa partie non mutilée) : « Ce troisième Evangile est de Luc, le médecin, compagnon de Paul…; le quatrième est de Jean, parmi les disciples ».Saint Irénée (140-202) (Adversus Hæreses,iii,1,1) écrit vers 180 : ‘‘Parmi les Hébreux, Matthieu mit par écrit dans leur propre langue l’Evangile, pendant que Pierre et Paul prêchaient à Rome et fondaient l’Eglise. Après leur départ, Marc, disciple et interprète de Pierre, mit aussi par écrit la prédication de Pierre. A son tour, Luc, compagnon de Paul, publia en un livre l’Evangile prêché par celui-ci. Enfin Jean, le disciple du Seigneur, celui qui reposa sur sa poitrine, donna lui aussi son Evangile, tandis qu’il résidait à Ephèse, en Asie’’Clément d’Alexandrie (150-211) d’après Eusèbe de Césarée (Histoire ecclé­sias­tique,vi,14) : « Clément…, au sujet de l’ordre des Evangiles, rapporte une tradition des Anciens des premiers temps, dont voici le contenu : il disait qu’ont été écrits d’abord ceux des Evangiles (Matthieu, Luc) qui comportent les généalogies et celui de Marc a vu le jour ainsi : alors que Pierre prêchait en public la Parole et que, par l’Esprit, il proclamait l’Evangile, les assistants, qui étaient nombreux, supplièrent Marc, parce qu’il l’accom­pagnait depuis longtemps et se souvenait de ce qui avait été dit, de mettre par écrit ses paroles; il le fit, et donna l’Evangile à ceux qui l’en avaient prié; l’apprenant, Pierre n’intervint ni pour l’empêcher ni pour l’encourager. Quant à Jean, le dernier, voyant que dans les Evangiles les choses corporelles avaient été montrées, poussé par ses amis, et inspiré divinement par l’Esprit, il fit un Evangile spirituel ».Origène d’Alexandrie (185-254) a écrit (d’après Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique,vi,14) : « J’ai appris de la tradition… qu’en premier avait été écrit l’Evangile selon Matthieu, qui fut d’abord publicain, puis apôtre de Jésus-Christ, qui le publia, composé en écriture hébraïque, pour les croyants venus du judaïsme; le second est celui de Marc, qui le fit selon ce que Pierre lui avait exposé; le troisième est celui selon Luc, l’Evangile qui se recommande de Paul, et qui a été fait à l’intention des païens; après eux, celui de Jean ».Tertullien (Contre Marcion,iv,2) écrit : « Nous avons établi avant tout que l’ins­tru­ment évangélique a pour auteurs les Apôtres auxquels le Seigneur lui-même imposa la charge de promulguer l’Evangile. Si des disciples d’apôtres furent auteurs, ils ne sont point isolés, mais en communion avec les Apôtres; car la prédication des disciples pourrait devenir suspecte de vaine gloire, si elle n’était garantie par l’autorité des maîtres, bien plus, de l’autorité du Christ qui conféra le magistère aux Apôtres. Ainsi, d’entre les Apôtres, Jean et Matthieu nous ont communiqué la foi; d’entre leurs disciples, Luc et Marc la renouvellent ».

Les auteurs des trois premiers siècles défendent également l’authenticité (saint Clément, pape; saint Ignace d’Antioche; saint Polycarpe); Au IVème siècle, Constantin, saint Eusèbe ou Saint Jérôme font mention des évangélistes; les hérétiques et les païens (Marcion qui - faute de nier l’existence d’un évangile - préfère le fausser; mais il est dénoncé; Julien l’apostat). De leur coté, nous le verrons, le juif Flavius Josèphe ou le païen Celse confirme les miracles du Jésus-Christ.

Enfin, rappelons-nous la vision d’Ezéchiel tout simplement qui prophétisa les quatre évangélistes… Ez. I,10 : « Quant à la forme de leurs faces, ils avaient une face d'homme [Mtt], et tous les 4 avaient une face de lion [Mc] à droite, et tous les 4 avaient une face de taureau [Lc] à gauche, et tous les 4 avaient une face d'aigle [Jn]. ». On leur attribue les 4 évangélistes.

Conclusion : Tous les auteurs du deuxième siècle, catholiques et hérétiques, infidèles et païens, rendent hommage à l’authenticité du Nouveau Testament. Un tel accord, s’ajoutant à celui de toutes les Eglises est d’autant plus décisif qu’il s’agit d’un fait important alors facile à constater (évidence pour cette époque) et que les intérêts étaient très divers (mais accord sur cette question).

Les arguments internes :

Ils examinent les Evangiles en eux-mêmes. Ils sont toutefois moins probants.Rappel :






Auteur

Origine

Lecteurs

Langue

Message & remarques sur l’auteur

I

Matthieu, palestinien, publicain.

juive

juifs

hébraïque

Jésus est le Messie prophétisé.L’auteur se place du point de vue des juifs.

II

Marc, palestinien.

juive

romains

grecque (hébraïsmes)

Jésus est Fils de Dieu et roi.Saint Pierre explique les coutumes juives.

III

Luc, médecin.

grecque

gentils

grecque (littéraire)

Evangile de la Miséricorde. Médecin, il décrit les miracles. Il a le même style que les Actes

IV

Jean

juive

gentils

grecque

et la même doctrine que saint Paul (affinités).

(hébraïsmes)

L’auteur se présente comme témoin oculaire.

La langue : Les nombreux sémitismes trahissant l’origine palestinienne de la majorité des auteurs. « Raca », « Ephphatha », « Talita coumi », « Eloi, Eloi, lama sabachthani », « Rabboni »... termes araméens conservés littéralement dans les manuscrits d’Evangile en Grec. Ils sont familiarisés avec la culture de la Palestine.Les institutions : Les querelles doctrinales sont soulevés contre les Pharisiens et non pas les hérétiques, docètes ou gnostiques; il n’y a aucune persécution (seulement annoncée). Ne parler ni d’évêques, ni de rites précis est signe d’archaïsme.Histoire : La rupture de 70 (ruine de Jérusalem) n’est pas évoquée mais annoncée.Il n’y a aucune mention non plus de l’opposition publique entre les différentes castes juives, de 50 à 75. En outre, cette histoire est encore très sémite et peu universelle. Enfin, le Actes des Apôtres achèvent l’histoire de Saint Paul au moment où celui-ci attend à Rome l’issue de son procès, vers 62. Or, les Actes sont postérieurs au troisième Evangile du même Saint Luc, puisqu’il commence par cette phrase: « J’ai fait mon premier livre, Théophile, de tout ce que Jésus a fait et enseigné  ».Ainsi, les Evangiles ne font aucun effort de synthèse, mais constituent un ensemble d’histoires et d’anecdotes dispersées, alors que dès Saint Paul on lit dans ses Epîtres de véritables synthèses doctrinales.

Intégrité :

Nous nous demandons si nos Evangiles sont identiques aux originaux ou s’ils sont une corruption.Ils sont intègres, car ils n’ont pas été falsifiés, ni aux origines, ni par la suite en ce qui concerne les dogmes ou la substance.

  • L’identité entre nos Evangiles et ceux du IIIème siècle est une constatation de fait;

  • L’identité entre nos Evangiles (ou ceux du IIIème siècle) et les originaux est une hypothèse que nous devons prouver.

* Constatation du fait : si les originaux ont tous disparu, nous avons cependant des copies datant de l’époque de Constantin (début du ivème siècle : Codex Vaticanus (350), Codex Sinaïticus (350)) qui concordent avec les textes qui nous sont parvenus; les traductions arabes, syriaques, arméniennes sont également conformes; enfin, les citations par les Pères sont également concordantes (Saint Augustin (380) rapporte quelque 29000 citations).« Des 200 000 variantes que pouvaient fournir l’étude des manuscrits, des versions et des Pères, il n’y en pas plus d’une centaine qui méritent attention; et sur cette centaine, il en est une douzaine au plus qui ont une certaine gravité, sans qu’aucune ne mette le moins du monde en péril la pureté de la doctrine » (Vigouroux).= Donc, il n’y a aucune preuve des altérations, conformité des versions entre elles et conformité des manuscrits avec notre texte actuel.

* Preuve de l’hypothèse : La corruption est impossible car :1/ les apôtres ne l’auraient pas permise;2/ les disciples des apôtres respectaient trop les récits de leurs maîtres pour la permettre; il y avait en effet un culte rigoureux de la tradition. cf. St Paul (Tit.iii,10) et St Jean (II Jn.v,10). Ainsi, dans la guérison de l’infirme à la piscine aux cinq portiques de la porte des Brebis (de Béthsaïde) (Jn.vi,1-19). Les copistes et les théologiens chrétiens se sont battus pour conserver le mot “grabat” et non le mot “lit”.Nous voyons que seul le Christ - alors considéré comme envoyé de Dieu - a pu faire que ses paroles fussent regardées comme de l’or pur et que l’on préféra mourir plutôt que l’en laisser perdre une parcelle. Renan écrira « Pour s’être fait adorer à ce point, il faut que Jésus ait été adorable. Nous ne saurions rien de Lui, si ce n’est la passion qu’Il inspira à son entourage, que nous devrions affirmer encore qu’il fut grand et pur. La foi, l’enthousiasme de la première génération chrétienne ne s’expliquent qu’en supposant, à l’origine de tout le mouvement, un homme de proportions colossales ».3/ par la suite, le nombre considérable de copies (entre 30 et 60 000 vers le IIème siècle) ne l’aurait pas permise.4/ Des éléments ne pouvaient être connus que des contemporains du Christ et furent oubliés par la suite.Exemple : Jean V,1-19 : la guérison de l’infirme à la piscine aux cinq portiques de la porte des Brebis (de Béthsaïde). Saint Jean parle des “Brebis” (et non de la Porte) comme nous on parle de la Concorde (et non de la Place). Il l’a donc connue et on sait qu’elle a été détruite en 70. Ainsi, on en avait perdu le souvenir au point de mettre son existence en doute. Or au 20è siècle, l’archéologie a retrouvé les traces de ces cinq portiques.= Donc, la corruption demeure impossible car il y eut (nous l’avons vu), une diffusion rapide des manuscrits; altérer aurait été profaner; et les païens ou les juifs surveillaient.

Remarque : Cependant, s’il y a identité entre les manuscrits quant à la substance des faits, il y a parfois divergence voire contradiction (qui demeure apparente) quant aux circonstances en raison des erreurs des copistes. Il faut alors remarquer que les manuscrits que nous possédons sont contemporains des originaux, considérés relativement aux autres manuscrits d’autres auteurs :Comparatif :Euripide, Catulle : ………………………… 1600 ans;Sophocle (Tragédies), Eschylle, Aritophane :1400 ans;Platon : …….……………………………… 1300 ans;Démosthène : ………………………………1200 ans;Cicéron : ………………………………….... 900 ans;Ancien Testament (Isaïe): ………………..… 400 ans; => [Qumran: datant du 4è s. av. JC :Nouveau Testament (Codex) : ……………...300 ans;» même texte que d’autres

Nouveau Testament (Papyri) : ……………100 ans;versions du 10è s. après JC]. Les adversaires ont toujours une critique : s’il y a des divergences, ils critiquent la réalité des faits rapportés et s’il y a convergence trop forte, ils critiquent l’historicité du texte ! Alors, dans « L’introduction aux études d’histoire » de Langlois & Seignobos (1905), on peut lire : “la tendance est de regarder la concordance comme une confirmation d’autant plus probante qu’elle est plus complète; il faut au contraire adopter la règle paradoxale que la concor­dance prouve davantage quand elle est limitée à un petit nombre de points. Ce sont les points de concordance de ces affirmations divergentes qui constituent les faits historiques scientifiquement établis ».

Véracité :

Ils sont vrais, car ce sont des écrits dignes de foi. Il ne s’agit ni d’une épopée, ni d’une légende. Les faits sont sensibles, remarquables voire marquants par leur aspect miraculeux.- Les auteurs sont des témoins oculaires, ou presque;- De plus, ils ont toutes les raisons d’être fidèles car ils sont vertueux; leurs récits vont contre l’amour propre; les évangélistes n’avaient rien à gagner à tromper (cela ne leur a évidemment pas évité les persécutions); et enfin, ils sont morts pour cette doctrine.- Le caractère public de l’évangélisation ne pouvait pas leur permettre d’inventer, datant d’une époque proche des événements vécus (par comparaison, il est difficile aujourd’hui d’inventer des faits sur la guerre de 1914). Les événements étaient connus de beaucoup et pas seulement des rédacteurs. (Cf. Luc.I,1-3).

Preuves internes

Les témoins sont bien informés & sincères.

Les témoignages sont authentiques, indépendants et convergents.

- Authenticité : nous l’avons vu : ce sont les œuvres des témoins oculaires du Christ (et non l’œuvre de la puissance créatrice d’une communauté comme l’Iliade, la Chanson de Roland prouvés comme légendaires).- Indépendance : divergences notables (buts, époques, styles, soucis,…);- Convergence : pour l’essentiel de la doctrine chrétienne : le Christ est digne, pur, prodigieux, humble, bon. L’accord entre les manuscrits n’est possible que par l’existence d’une source historique unique.En outre, les évangiles sont la seule explication raisonnable de l’histoire du premier siècle.

Preuves externes

Les écrits des auteurs profanes - bien qu’en désaccord - confirment la doctrine évangélique :

Celse (178) parle du Christ qui fit des miracles par magie;Lucien (170) se moque de la conversion soudaine des grecs;Tacite, vers 117, dans ses Annales raconte comment une multitude de gens furent poursuivis par Néron, accusés d’avoir provoqué l’incendie de Rome. Il déclare “que le peuple les appelait chrétiens. L’auteur de la secte, le Christ, avait été condamné au supplice, sous le règne de Tibère, par le procurateur Ponce Pilate”;Suétone, au début du premier siècle, dans sa vie des douze césars, raconte que l’empereur Claude a expulsé vers l’an 50 les juifs de Rome qui étaient toujours “excités par un certain Christus”;Pline le Jeune, vers 113, dans une lettre à l’empereur Trajan, évoque cette nouvelle religion qui chante des cantiques “au Christ comme à un dieu”;Basilide, hérétique (120) écrit que « pour le Sauveur, tout s’est passé comme il est écrit ».Flavius Josèphe, à la fin du premier siècle, évoque les grands traits du christianisme (même si son texte a probablement été falsifié par la suite par des chrétiens. Et c’est d’ailleurs la preuve qu’une falsification est décelable.Le silence relatif peut s’expliquer car devant le foisonnement des sectes, on peut comprendre la difficulté à déceler la particularité du christianisme; en outre, une fois connue, la meilleure façon “mondaine” de ne pas adhérer au christianisme, était de l’ignorer.

Les premiers chrétiens par leur martyre confirment également l’historicité :

Saint Ignace d’Antioche (Épître aux Tralliens) écrit « Si Jésus-Christ n’a souffert qu’en apparence, c’est donc pour rien que je meurs ». Et il est mort martyr.L’archéologie : La découverte de nombreux monuments en Palestine évoqués par les récits des évangélistes.

Preuves par l’absurde :

Sur le fond: si les évangélistes avaient voulu altérer le message du Christ par intérêt personnel, ils l’aurait fait de façon à ce qu’ils obtiennent un pouvoir politique rapidement en prêchant un Messie conquérant et temporel et non pas le martyre qui était sûr !Sur la forme : inventer des faits qui vont au-dessus et non contre la raison aurait été vraiment judicieux de la part d’hommes peu instruits.Enfin, les textes, même si l’exégèse dévoile une structure charpentée de façon extraordinaire (et donc inspirée), font preuve de naturel, simplicité, précision et certitude.Nous remarquons donc que les adversaires du christianisme ne remettent pas en cause les faits (miracles,…) mais leurs causes (pour eux, il s’agit de la magie) parce que leur postulat de départ a priori est que le miracle n’existe pas. Alors c’est surtout Bultmann qui au XIXème siècle a tenté de séparer le Christ de l’Histoire de celui de la Foi. Mais en vain.

Conclusion:

Remarque : Que dirait-on si nous ne possédions de l’Evangile qu’un texte unique, attribué lui aussi, par une tradition plus ou moins contestable, à quelques disciples de Jésus, texte qu’un des premiers Papes aurait fait retoucher ou revoir, pour condamner ensuite au feu toute autre édition que la sienne ? N’objecterait-on pas qu’en supprimant toute rédaction indépendante ce Pontife autoritaire a supprimé du même coup la possibilité d’arriver à une certitude scientifique, par une comparaison minutieuse des traductions ?Pour le Coran, on sait que « Mahomet meurt en 632. L’un de ses secrétaires, Zeid ibn Tabit, réunit en un volume ses révélations et ses propos… Son livre est remis au beau-père du Prophète, Abou Bekr. A quelque temps de là, on constate des divergences dans les exemplaires d’Emesse, de Damas, de Basrah et de Koufah. La calife ordonne à Zeid de détruire les autres exemplaires » !

Défendre les Saintes Ecritures, c’est comme préserver la clef de voûte de l’Eglise. Les sources de la Révélation sont les Ecritures et la Tradition. Si l’une des deux sources était faussée, alors, Dieu aurait manqué sa mission, ayant lui-même été trompé par les hommes ! Souvenez-vous de l'hérésietique Loisy, le père du modernisme : « Jésus-Christ est venu prêcher le Royaume de Dieu et c’est l’Eglise qui est venu » ! Mais Notre Seigneur a prêché la nécessité de croire et d'être baptisé pour entrer dans Son Eglise qu'Il a fondée sur le fondement de Ses apôtres.



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