Le 4 janvier 1995, le colloque du C.I.E.L.T. (Centre International d’Études sur le Linceul de Turin) connut un succès sur le plan de l’audience : 1 200 personnes sont venues ; certaines ont dû s’asseoir dans des salles où l’on ne voyait pas les conférenciers !Monsieur van Cauwenberghe, en tant que président honoraire du C.I.E.L.T., conduisit la séance qui devait comporter trois parties :1°) Un point sur la datation au carbone 14 confrontée avec le manuscrit de Pray.2°) La description des projets du professeur Lejeune pour l’étude du sang se trouvant sur le linceul.3°) Un compte rendu d’expériences de traitement d’images sur des photos du linceul censées donner une carte d’identité du Christ.
I — La datation au carbone 14 et le manuscrit de Pray
Madame Yvonne Bongert, historienne, exposa ce qu’elle avait découvert sur le manuscrit de Pray. Ce manuscrit hongrois fut découvert au XVIIIe siècle par le jésuite Pray. C’est un sacramentaire qui a vu le jour entre 1192 et 1195 dans un monastère bénédictin, sous le règne de Bella III (1173-1196). (A cette époque des liens étroits existaient entre la Hongrie et la France.)Ce qui nous intéresse dans ce manuscrit, ce sont ses cinq illustrations :— le Christ en croix ;— la descente de croix ;— l’onction du corps du Christ ;— la visite des saintes femmes ;— le Christ en majesté.En particulier on constate que :— Sur l’onction du corps du Christ, le corps est nu, les mains sont croisées sur le pénis, les pouces rétractés. La représentation du corps nu est singulière dans l’iconographie religieuse (sauf pour les scènes de baptême). La position du corps sur le linceul n’est pas propre au codex Pray : on la trouve dans de nombreuses représentations orientales postérieures, mais aussi à Berzé-la-Ville. Là, il s’agit d’un saint ayant subi le supplice du gril (c’est étonnant qu’il ait la même position que l’homme du linceul car on ne voit pas pourquoi un homme ayant subi le supplice du gril aurait les pouces rétractés). Cette illustration présente donc des similitudes avec le linceul, mais cela ne suffit pas à prouver que l’auteur de l’illustration ait vu le linceul.— Sur lavisite des saintes femmes, le linceul est représenté plié de telle sorte que l’on voit en partie le dessus, reconnaissable aux chevrons, très grossis et stylisés, et la doublure du dessous ornée d’une croix. Le dessus comporte quatre petits ronds disposés en L [1].
En reconstituant le pliage du linge, le professeur Lejeune a montré que ces ronds se placent exactement là où quatre ronds identiques, disposés de la même manière, figurent près du visage du Christ sur le linceul de Turin. Ces ronds sont des traces de brûlure, d’encens sans doute, en tout cas, antérieurs à l’incendie de 1532 puisqu’ils sont reproduits sur un dessin daté de 1516 et conservé à Lierre en Belgique. Ils suffisent à établir, à l’instar d’empreintes digitales, l’identité de l’actuel linceul de Turin avec le sindon ou suaire de Constantinople.
Sur leChrist en majesté, trois clous sont plantés sur un bras du patibulum, ce qui suppose que les deux pieds étaient cloués avec le même clou, conformément au linceul.Les traces de clous sont visibles dans le poignet droit (comme sur le linceul) et dans la paume gauche (on ne voit pas le poignet gauche sur le linceul).En conclusion, l’auteur des illustrations a vu le linceul de Turin déplié. Pour l’artiste, il ne faisait aucun doute qu’il s’agissait du linceul du Christ. Il reste maintenant à dater les illustrations. Il n’est pas sûr en effet qu’elles soient contemporaines du manuscrit. Celui-ci est constitué de différents cahiers, la reliure date de 1855. Les illustrations se trouvent sur une feuille de parchemin pliée en deux comportant le texte et les neumes du début de l’Exultet. D’après la paléographie du texte et le style des illustrations (dessins au trait avec à plats bleus et rouges), on ne saurait descendre au-delà de la deuxième moitié du XIIe siècle. Une datation postérieure à la fin de ce siècle est exclue. Cela prouve donc l’existence du dessin au plus tard en 1200. Monsieur Henri Carcelle, musicologue, expliqua ensuite comment on pouvait dater les neumes. Sur le parchemin du manuscrit de Pray sont tracées quatre lignes noires, les signes sont des points et des virgules.
La notation des neumes par points et virgules remonte au VIIIe siècle, c’était seulement un aide-mémoire destiné aux moines connaissant les mélodies par cœur, cela donnait la relation entre plusieurs sons successifs et présentait l’avantage d’être rapide à écrire.
Aux Xe et XIe siècles, Odon de Cluny, et d’autres, déplorent le manque d’exactitude : on ajoute une ligne rouge avec la lettre F (fa). Les notes se placent ainsi au-dessus ou en-dessous de la ligne. Ensuite, on ajoute une ligne verte ou jaune pour le do. Vers 1026, sous l’impulsion de Guido d’Arezzo, on ajoute une troisième ligne pour le la et une quatrième ligne pour le ré. A partir de 1100, la notation des neumes sur quatre lignes noires est répandue partout. A la fin du XIIe siècle, on abandonnera la forme primitive des neumes pour les remplacer par des notes carrées, qui sont utilisées partout au XIIe siècle.En conclusion la notation des neumes utilisée sur le parchemin du manuscrit de Pray est abandonnée à la fin du XIIe siècle, ce qui confirme qu’il date d’avant 1200. La datation du linceul au carbone 14, qui donne une fourchette comprise entre 1260 et 1390, est donc remise en cause.
II — Les études du sang du linceul
En introduction, le professeur Nominé rappela que des expériences menées en 1981 ont montré que les taches dites « de sang » présentes sur le linceul se comportent comme des taches de sang vis-à-vis de réactifs chimiques. Cela ne prouve cependant pas qu’il s’agisse de sang humain. Pour cela, il faudrait analyser l’A.D.N. et c’est le projet qu’avait le professeur Lejeune. Le docteur Marie Peters, une des ses proches collaboratrices, prit alors la parole pour rendre hommage au professeur Lejeune et à son action en faveur des enfants handicapés. Elle expliqua ensuite que l’analyse de l’hémoglobine montrait que celle-ci était de type humain. Pour être sûr qu’il s’agit de sang humain, il faudrait faire des analyses plus fines (« déplier » l’hémoglobine). L’hémoglobine, étant une protéine, est sujette au vieillissement ; cela pourrait peut-être permettre une datation. L’A.D.N. se trouve seulement dans les globules blancs. Dans une goutte de sang séché, il y a probablement assez de globules blancs pour repérer s’il s’agit de sang humain et voir s’il y a un chromosome Y. Le professeur Lude, médecin légiste à Strasbourg, donna des détails techniques sur les expériences possibles. En conclusion, l’étude d’une goutte de sang présente sur le linceul devrait permettre de prouver qu’il s’agit bien de sang humain. Les expériences restent à faire…
III — Expériences de traitement d’images
Monsieur Kaplan rapporte tout d’abord ce que pensait le révérend père Dubois, mariste. Il distinguait trois groupes de lettres latines et grecques de part et d’autre de la sainte Face :— IN NECE (en latin) pour « In Necem ibis » : Dans la mort tu iras. Il s’agirait de la sentence prononcée par Pilate.— ZARE (en grec) pour « nazaréen » : identifie le condamné.— REZW (en grec) pour « j’atteste » : formule sacramentelle utilisée par les huissiers de langue grecque. Saint Matthieu rapporte en effet que les grands prêtres avaient demandé à Pilate de sceller le linceul.Monsieur Kaplan n’était pas convaincu par la lecture du révérend père Dubois car, d’après lui, les lettres n’étaient pas très visibles et pouvaient être confondues avec les lignes du tissu. Il eut l’idée qu’un tissu est une activité programmée, donc reproductible. Par un traitement informatique, on devrait pouvoir « soustraire » la trame du tissu et ainsi voir mieux les lettres.D’autre part, on remarque que ces lettres sont visibles sur deux bandes sombres de part et d’autre du visage. Jusqu’ici ces bandes sombres ont été interprétées comme un vide entre le bord du visage et les cheveux. Or elles sont parallèles. Monsieur Kaplan, à la suite du révérend père Dubois, émet l’hypothèse que ces bandes sont les traces de coups de pinceaux passés pour pouvoir mieux écrire sur le tissu.
Ces coups de pinceaux et ces lettres sont-ils de la même époque que l’image du linceul ? Cela reste à prouver. Si c’est le cas, cela pourrait correspondre au passage du chapitre 27, v. 62 à 66 de saint Matthieu, où il est écrit que les grands prêtres « fermèrent la tombe, dont ils scellèrent la pierre, et laissèrent une garde ». Cela expliquerait également pourquoi, en allant au tombeau, Jean « vit et crut » (Jn 20, 8) : un corps ne peut sortir naturellement des scellés.Monsieur Kaplan a demandé à une équipe d’ingénieurs d’Elf-Aquitaine, spécialisés dans le traitement d’images, et à une équipe d’élèves de l’École Supérieure d’Optique de mener des expériences sur des clichés du linceul.Monsieur Alonso, ingénieur d’Elf-Aquitaine, expliqua comment mettre en évidence ces écritures, d’abord en inversant l’image. Monsieur Marion de l’École Supérieure d’Optique décrivit en détail des expériences de traitement d’images où, par des modifications de contraste, son équipe a tenté de mieux voir les inscriptions sur le linceul. Sur une troisième bande placée sous la barbe on peut distinguer les lettres NR qui pourraient être le milieu de INRI.Sur les diapositives que nous avons vues le 4 janvier, il n’était guère facile de distinguer les lettres. On pouvait apercevoir CE (de IN NECE). La « soustraction » de la trame du tissu n’a pas été faite. Bref, il faudra mener encore des expériences pour vraiment mettre en évidence les inscriptions.
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En conclusion, monsieur Olivier Pourrat, historien, fit une synthèse des recherches du C.I.E.L.T. et donna des objectifs :— sur la méthodologie (protocoles, publications dans des revues scientifiques…) ;— sur les travaux à effectuer.A propos du Carbone 14, il a rappelé qu’« il a été montré comment les résultats de la datation en carbone 14 ne peuvent plus raisonnablement être admis à l'heure actuelle pour des raisons à la fois– méthodologiques (“Shroud dating still questioned”, Nature 349, 1991, p. 558),– technologiques montrant la possibilité du “rajeunissement” d'un lin ancien sous l'effet d'une irradiation par des neutrons (travaux J.B. Rinaudo) ou par exposition à la chaleur (D. Kouznetsov, ce dernier modèle expérimental étant pour l'instant contesté) ou, enfin, par la présence sur le linceul d'une colonie d'un champignon du type Lichénotelia, dont il a été montré qu'il pouvait fausser la datation pour le carbone 14 de divers objets archéologiques,– enfin déontologiques (les auteurs de l'article de Nature ayant fui tout débat de type scientifique, ce qui est suffisamment inhabituel pour être signalé). » Enfin, monsieur Raffard de Brienne annonça le prochain symposium du C.I.E.L.T. pour 1998, anniversaire de l’ostension de 1898 qui provoqua tant de découvertes. Le C.I.E.L.T. a demandé au Saint-Siège qu’en 1998 ait lieu une nouvelle ostension du linceul.
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Impressions de Turin - Le IIIe symposium international d’études sur le Linceul :« Le Linceul et la science.Bilans et programmes au seuil du IIIe millénaire », 5-7 juin 1998
Le symposium s’est déroulé dans une ambiance scientifique de très haut niveau, dans une atmosphère de faste, de courtoisie et de raffinement extrêmes, qui rappelaient que Turin n’était pas seulement une ville universitaire, mais aussi une ville royale.L’ouverture solennelle eut lieu dans l’après-midi du 5, en présence du président de la République italienne M. Octavio Scalfaro, qui s’était auparavant longuement recueilli devant le Saint Suaire, du président du Symposium, le Professeur Baima Bollone, du cardinal Saldarini et de personnalités turinoises.Quant aux scientifiques, ils avaient vécu une terrible agonie. Ils avaient été informés que les communications seraient sévèrement triées et, jusqu’au dernier moment Turin, était resté muet. Une personnalité proche du C.I.E.L.T. [1] ayant même pris la peine de me faire savoir que je ne serais pas autorisée à parler, j’eus l’heureuse surprise d’apprendre, par un coup de fil en dernière minute, du Professeur Baima Bollone, que, non seulement j’étais autorisée à parler à Turin, mais qu’en plus mes communications y étaient très appréciées [2]et que j’y étais très bienvenue.
Plus tard, à Turin, le Professeur me confia que son secrétariat avait littéralement croulé sous les projets de communications (plus d’une centaine contre une cinquantaine à Rome) et que, pour ne décevoir personne, il avait décidé de laisser parler tout le monde. Malheureusement, dans ces conditions, le temps de parole était devenu très réduit, il ne resta plus de temps pour les discussions, ni pour les tables rondes. C’était peut-être voulu ? Car le symposium se termina sans bilan, sans programme.
Les séances se déroulant simultanément dans deux salles, il était matériellement impossible d’assister à tout et ma relation sera donc très incomplète. En particulier, les thèmes religion et datation étant traités simultanément dans deux salles différentes, j’ai manqué les conférences religieuses. Je veux simplement signaler que toutes les études ont confirmé l’authenticité du Linceul, et que les traces de l’existence historique du Saint Suaire avant son apparition à Lirey se sont multipliées. Le visage du Christ a été retrouvé en Cappadoce sur des fresques très anciennes et dans la catacombe de Domitille sur une fresque datant de 55 de notre ère (Rex Morgan).
On a pu identifier le « mandylion » d’Édesse, serviette conservant l’impression du visage du Christ, remis au roi Abgar par l’apôtre Thaddée, qu’on avait confondu avec le Saint Suaire. Il est bien distinct du « sindonium » ou « sydoine » qui est le Suaire conservé à Turin, dont on a retrouvé la trace à Édesse, puis à Byzance (de Dompsure).
Les taches de sang du Suaire d’Oviedo (une petite serviette) se retrouvent aux mêmes endroits que celles répertoriées sur la sainte Face du Suaire de Turin et appartiennent au même groupe sanguin (AB).
Or, on peut suivre l’histoire de ce linge depuis le Ier siècle de notre ère et il se trouve en Espagne depuis le VIIe siècle (Heras et Villalain). Il y eut de nombreuses communications portant sur les plaies du Christ : on n’a pas fini de les dénombrer, et on frémit en pensant à la somme de souffrances qui en ont résulté.Mais les communications les plus fascinantes furent celles qui ont rattaché la production de l’image non pas à l’imprégnation de myrrhe et d’aloès (il y eut des communications sur ce sujet) mais à l’apparition d’une lumière plus brillante que le soleil, émanant de l’Homme du Linceul. Un conférencier évoqua celle qui rayonna du Christ au Thabor, ou sur le chemin de Damas.
Un autre démontra que l’image imprimée sur le Linceul était celle d’un homme debout – montant vers le ciel (Lavoie). Les conférenciers ne pouvaient s’empêcher de citer les Écritures. Et comment ne pas y reconnaître la marque du Ressuscité ? L’image continue de livrer ses secrets. Et ma recension est très incomplète !Il y eut deux interventions dissonnantes.La première fut celle d’Upinsky lors de la session plénière sur l’épistémologie qui suivait l’ouverture du symposium et qui était présidée par le Professeur Baima Bollone. Il commença par déclarer que tout ce qui avait été fait de valable sur le Linceul était l’œuvre des Français. Il cita Vignon, Barbet, etc. ; dit que le C.I.E.L.T. était à l’origine des symposia et que celui de Rome – dont il avait été le directeur scientifique, rappelait-il – avait conclu à l’authenticité, voulant ignorer la reculade de Nice. Il entreprit de refaire sa démonstration déjà présentée à Paris, puis à Rome, et qui durait plus d’une heure, alors que son temps de parole n’était que de huit minutes, tout en émaillant ses propos d’attaques contre les hommes d’Église. Le but de son intervention était de réclamer des autorités compétentes la reconnaissance de l’authenticité de la relique. Certes, l’intention était louable, mais le ton l’était moins. Il s’exprima avec l’arrogance du « scientifique de haut niveau », en termes agressifs et grossiers devant le Professeur Baima Bollone, Docteur en médecine, professeur d’Université, dont les études sur le sang du Linceul font autorité. Il dépassa largement son temps de parole, sans vouloir écouter Baima Bollone qui cherchait à le faire taire de façon très courtoise.La conférence de Garza Valdès fut l’autre moment pénible de ce symposium. Ce chercheur de San Antonio (Texas) s’était procuré, on s’en souvient, des fragments du Linceul conservés par Riggi, qui étaient imprégnés de sang, et avait projeté de faire l’étude de son A.D.N. dans le but de vérifier si le Christ était bien né d’une vierge [3]. Le cardinal Saldarini, outré du procédé, avait interdit toute communication sur ces objets, qui devaient être restitués à l’évêché (ils ne le furent pas) et dont l’authenticité, ajoutait-il, n’était pas garantie.
Or, Garza Valdès vint à Turin et présenta une communication sur le sang (mais pas sur l’A.D.N.). Il fit remarquer que les traces de sang récoltées par Riggi au niveau de la nuque et provoquées par les épines, étaient imprégnées de fibrilles de bois de chêne (quercus), alors que les reliques connues de la Sainte Croix étaient en pin. Il suggéra donc que le barreau transversal était en chêne. Un prélat intervint alors, au nom de l’évêché, pour lui signifier que sa communication n’avait pas été autorisée et que l’origine des échantillons était douteuse. Il n’y eut aucune allusion au caractère sacrilège de la mesure. Cependant Garza Valdès avait parlé… De nouvelles preuves du manque de signification scientifique de la date médiévale.
Je pense que ma communication intitulée « Le Saint Suaire et le radiocarbone ; un verdict contesté : l’âge médiéval du Linceul de Turin » y fut pour beaucoup. En citant tout simplement les publications des carbonistes, je montrais que les meilleurs appareils opérantentests aveugles étaient incapables de déterminer une date correcte sur tissus.
Le Professeur Tite avait été obligé de recourir, pour la datation du Linceul, à de faux tests aveugles,les calculs statistiques ayant servi à éliminer les données embarrassantes. La tactique utilisée a été décrite par Gove lui-même dans son livre Relie Icon orHoax. Carbon dating the Turin Shroud (1996). Ma communication, qui connut un franc succès, avait ceci de particulier qu’elle avait déjà été refusée à Rome par M. Souverain, puis à Nice par M. Alonso [4]. Ce dernier me félicita longuement. Quant à sa propre communication, elle reprenait – sans me citer – un grand nombre des éléments de la mienne, qu’il avait refusée à Nice « au nom de la science », et concluait à son tour au caractère suspect de la date médiévale, qu’il avait d’ailleurs garantie à l’issue du symposium de Nice.Autre point remarquable : les nouveaux tests thermiques réalisés par Moroni, Barbesino et Bettinelli ont confirmé l’influence de la température sur les taux de radiocarbone. Les expériences projetées par le Professeur Jackson sur le même sujet n’avaient pas encore été réalisées, ce chercheur n’ayant pas eu le temps de fabriquer sa chambre de réaction, me confia-t-il [5].
Toutefois, celui-ci avait démontré, à Nice, par des calculs, que les incréments mesurés par les chercheurs russes à Moscou avaient bien un fondement physique [6]. Ces travaux sont venus démentir point par point les affirmations du C.I.E.L.T. dans ce domaine et, en revanche, confirmer les miennes. Les scientifiques furent unanimes à reconnaître la réalité des incréments isotopiques dûs à la température et à dire que les Russes les avaient mal interprétés [7].Le Dr Kouznetsov n’avait pu venir à Turin, certaines activités extra-scientifiques l’en ayant ampêché [8]. M. Berthault, qui avait financé mes recherches à Moscou et imposé le « scoop Kouznetsov » à Rome avec l’aide d’Upinsky, s’était également abstenu. Les partisans de l’infaillibilité du radiocarbone étaient également absents : comme à Rome, en 1993, aucun carboniste n’assista au congrès. Évin, qui avait pourtant annoncé sa venue, était introuvable. Il en allait de même des partisans du « sosie » et des « théologiens » genre Maldamé ou Odile Celier. C’est dans la logique des choses…
Le symposium se termina par un dîner de gala dans le cadre prestigieux du pavillon de chasse des ducs de Savoie. Le lendemain, les congressistes assistèrent à la messe solennelle concélébrée au « Duomo » par le cardinal Saldarini et les prêtres congressistes, devant le Saint Suaire, dans le nouveau rite issu de Vatican II. Les congressistes, assis, contemplaient le Saint Suaire sans marque de vénération particulière. La messe fut dite en italien, le Pater en latin et quelques scientifiques triés sur le volet firent part au Tout-Puissant de leurs bonnes résolutions à l’égard de l’objet de leurs études, en français, en anglais et en allemand. Le cardinal Saldarini, qu’on sent inquiet, invoqua le Saint-Esprit afin qu’il inspire les scientifiques et leur adjura de vénérer l’image qui rappelait les souffrances du Christ.On sait que le Pape, pour qui les scientifiques doivent avoir conservé leurs auréoles, a autorisé de nouveaux prélèvements après l’an 2000. Où s’arrêtera-t-on ? A Turin, on se souvient avec amertume que le Saint Suaire a été légué au Vatican à la condition expresse qu’on n’en enlève pas un seul fil. On est loin du compte !Je termine en souhaitant à mon tour que les gens d’Église reconnaissent enfin l’authenticité de la sainte relique et puissent transmettre au monde entier le véritable message du Linceul : il n’y a aucune contradiction entre science et religion.
M.-Cl. van Oosterwyck-Gastuche
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* Revue bibliographique
• Alonso M., « Quelques doutes de nature scientifique sur la validité de la datation de 1988 », Symposium de Turin, 5-7 juin 1998.
• Gove H., Relic. Icon or Hoax – Carbon datingtheTurin shroud, éd. I.O.P., 1996, 336 p.
• Moroni M., Barbesino F. et Bettinelli M., « L’Incendio di Chambéry del 1532 : esperimenti di simulazione termica », Symposium de Turin, 5-7 juin 1998.
• Van Oosterwyck-Gastuche M.-Cl., « Le Saint Suaire et le radiocarbone, Preuves de la dérive des taux de radiocarbone dans la retaille prélevée sur le Linceul en 1988 », Le Sel de la Terre 20, 1997, p. 31-54.
• Van Oosterwyck-Gastuche M.-Cl., « Le Saint Suaire et le radiocarbone II – Un verdict contesté : l’âge médiéval du Linceul de Turin », Symposium de Turin, 5-7 juin 1998.
• Wilson J., « From Connecticut, USA, Russian scientist Dr Kouznetsov arrested », BSTSNesletter nº 47, 1998, p. 7-8.
• Garza Valdès L., « Wood remnants in the blood of the occipital region of the man on the Shroud of Turin », Symposium de Turin, 5-7 juin 1998.
• Upinsky A.-A., « Le statut scientifique du Linceul de Turin : authentification officielle et décryptage », Symposium de Turin, 5-7 juin 1998.
• Jackson J. et Propp K., « On the evidence that the radiocarbon date of the Turin Shroud was significantly affected by the 1532 fine », Actes du IIIe symposium scientifique international, Nice 1997, p. 61-82.
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[1] — Centre International d’Étude du Linceul de Turin, présidé par M. Raffard de Brienne.
[2] — Et notamment celle publiée dans Le Sel de la Terre 20 (1997).
[3] — La différence entre les codes génétiques masculins et féminins ne se marque que dans le dernier couple de chromosomes : le XX des femmes devient XY chez les hommes. Il est donc normal que le code génétique du Christ comporte le couple XY, et comme le chromosome Y est normalement apporté par le père, les spécialistes (impies) ne manquent pas d’y voir la preuve d’une naissance non-virginale. Mais la science peut-elle déceler une intervention divine à ce niveau ?
[4] — Je fus interviewée par divers journalistes et par la radio-télévision brésilienne. On peut trouver l’essentiel de ma communication dans mon interview par Édith Libman de Radio-Lumières (1995).
[5] — Ces recherches ont, une fois de plus, été financées par M. Berthault.
[6] — J’ajoute que j’avais communiqué mes propres données à Jackson avant le symposium de Nice. Il va confirmer mes conclusions, sans toutefois me citer ! (Jackson et Propp, 1997)
[7] — Voir van Oosterwyck-Gastuche, Le Sel de la Terre 20, 1997, p. 31-54.