Explication de cet point central de notre vie spirituelle.
Histoire, doctrine, mystère et combat de la foi
La sainte Messe traditionnelle, appelée aussi messe tridentine, messe grégorienne, rit romain traditionnel ou encore messe de saint Pie V, constitue le trésor liturgique le plus précieux de l’Église latine.
Elle n’est pas seulement une cérémonie religieuse parmi d’autres : elle est l’expression visible de la foi catholique dans toute sa profondeur doctrinale, mystique et sacrificielle.
Pendant près de deux millénaires, des générations innombrables de saints, de martyrs, de moines, de prêtres, de familles chrétiennes et de peuples entiers ont été nourris spirituellement par cette liturgie. Dans ses paroles, ses gestes, son silence, son orientation, son chant, son latin sacré et son atmosphère surnaturelle, elle transmet la foi catholique intégrale.
La messe traditionnelle n’est pas d’abord une question de goût esthétique ou de sensibilité personnelle. Elle touche au cœur même du christianisme : le renouvellement non sanglant du Sacrifice du Calvaire, la présence réelle et substantielle de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans l’Eucharistie, la rémission des péchés et la communication des grâces de la Rédemption.
Préambule : doctrine
La messe est le sacrifice du Corps et du Sang de Notre Seigneur Jésus-Christ offert sur l’autel par les mains du prêtre, sous les apparences du pain et du vin. Le sacrifice de la messe est le même que celui de la croix. Il n’y a, entre la messe et la croix, que deux différentes modales :
1° Sur la croix, Jésus s’est offert lui-même ; sur l’autel, il s’offre par le ministère du prêtre ;
2° Sur la croix, Jésus s’est offert d’une manière sanglante ; sur l’autel, il s’offre d’une manière non sanglante.
Jésus a institué le sacrifice de la messe, la veille de sa Passion, le soir du jeudi saint, au cours de la dernière Cène, c’est-à-dire du repas pascal des Juifs, et il faut se souvenir que l’immolation de l’agneau pascal était la préfiguration du sacrifice de Jésus, l’ « Agneau de Dieu », qui lui donnait son sens et sa valeur. Mais, alors que l’agneau pascal était une figure, l’eucharistie est une réalité. Prenant le pain, Jésus le donne à ses disciples, en disant : « Ceci est mon Corps. » Prenant le calice contenant le vin, Jésus dit : « Ceci est le calice de mon Sang, le Sang de, la nouvelle alliance, répandu pour vous et pour un grand nombre en rémission des péchés. Faites cela en mémoire de moi. » Par ces dernières paroles, Jésus donne à ses apôtres l’ordre et donc le pouvoir de renouveler ce qu’il vient d’accomplir ; et l’on ne peut douter du sens réaliste des paroles ceci est mon Corps ; ceci est le calice de mon Sang ; surtout si on les rapproche du discours sur le pain de vie (Jean, VI), prononcé un an plus tôt : « Je suis le pain de vie descendu du ciel ; si quelqu’un mange de ce pain, il vivra pour l’éternité, et le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde. » Et à l’objection des Juifs : « Comment celui-ci peut-il nous donner sa chair à manger ? », Jésus répond en insistant sur le réalisme de sa promesse : « En vérité, en vérité, je vous le dis : si vous ne mangez la chair du Fils de l’Homme et si vous ne buvez son sang, vous n’avez pas la vie en vous. Celui qui dévore ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle, et moi je le ressusciterai au dernier jour. » Nous traduisons littéralement, avec intention, l’expression d’un réalisme saisissant, employée par Jésus ; à l’objection des Juifs, il répond en forçant les termes ; il emploie non plus le verbe « manger », mais le verbe : « dévorer », coupant court à toute interprétation symbolique. Les Juifs l’entendent bien ainsi, qui répliquent : « Ce langage est dur, et qui peut le supporter ? » Et Jésus, abandonné par beaucoup de ses disciples à la suite de ce discours, met les douze apôtres en demeure de se prononcer : « Vous aussi, voulez-vous partir ? » Et saint Pierre lui répond au nom de tous : « Seigneur, à qui irions-nous ? Vous avez les paroles de la vie éternelle. » La foi à la présence réelle de Jésus sous les apparences du pain et du vin est la pierre de touche de notre fidélité, de notre appartenance à l’Église : il faut croire cela ou s’en aller. Ce bref rappel de foi doit suffire pour aborder notre étude de la messe ; nous y reviendrons dans notre commentaire du canon et de la communion.
On offre la messe à Dieu seul, car c’est un acte d’adoration ; mais la messe peut être célébrée en l’honneur de la Sainte Vierge ou des saints. On offre le sacrifice de la messe pour les vivants et pour les morts. Les quatre fins du sacrifice sont : l’adoration, l’action de grâces, la propitiation pour les péchés et la demande de grâces.
I — L’origine apostolique de la Messe
La Messe ne fut pas inventée au Moyen Âge ni au concile de Trente. Elle plonge ses racines dans les paroles mêmes de Notre-Seigneur Jésus-Christ lors de la Cène.
Le Jeudi Saint, avant sa Passion, le Christ prit le pain et le vin et prononça ces paroles éternelles :
« Ceci est Mon Corps… Ceci est Mon Sang… Faites ceci en mémoire de Moi. »
Par Ses paroles, Il institua :
le sacerdoce catholique,
l’Eucharistie,
et le Sacrifice de la Nouvelle et Eternelle Alliance.
Les Apôtres reçurent mission de perpétuer ce mystère jusqu’à la fin des temps.
Ainsi, dès les premiers siècles, les chrétiens se réunissaient pour :
écouter la parole de Dieu,
offrir le sacrifice eucharistique,
communier au Corps du Christ.
Au fil des siècles, sous l’action du Saint-Esprit, le rite romain se développa organiquement. Les prières, les gestes et les cérémonies furent lentement enrichis par la foi de l’Église.
La liturgie traditionnelle n’est donc pas une construction artificielle.
Elle est le fruit vivant de la Tradition apostolique.
II — Le concile de Trente et saint Pie V
Au XVIe siècle, la "réforme" protestante attaqua violemment la Messe catholique.
Luther, Calvin et les autres déformateurs rejetaient principalement :
le sacrifice de la Messe,
le sacerdoce catholique,
la présence réelle,
la transsubstantiation,
l’idée même d’autel sacrificiel.
Face à cette crise, le concile de Trente (1545-1563) proclama solennellement la doctrine catholique sur la Messe.
Le pape saint Pie V publia ensuite le Missel romain de 1570, codifiant le rite traditionnel romain déjà célébré depuis des siècles.
Il ne créa pas une nouvelle messe : il fixa juridiquement le rite antique afin de protéger l’Église contre les altérations doctrinales.
La bulle Quo Primum accorda à ce rite une stabilité exceptionnelle, la Messe traditionnelle devenait le rempart liturgique de la foi catholique.
III — La Messe est le Sacrifice du Calvaire rendu présent
La doctrine centrale de la Messe est celle-ci :
la Messe est le renouvellement non sanglant du Sacrifice de la Croix.
Le Christ ne meurt plus physiquement. Son Sacrifice sanglant fut accompli une fois pour toutes au Calvaire. Mais à chaque Messe :
ce même Sacrifice devient réellement présent,
sous les apparences du pain et du vin,
par le ministère du prêtre.
Le prêtre agit in persona Christi :
au nom et dans la personne même du Christ.
Lorsque le prêtre prononce les paroles de la consécration :
« Ceci est Mon Corps »« Ceci est le calice de Mon Sang »
la substance du pain et du vin disparaît :
c’est la transsubstantiation.Notre-Seigneur Jésus-Christ devient alors :
réellement,
substantiellement,
corporellement présent,
avec :
Son Corps,
Son Sang,
Son Âme,
Sa Divinité.
IV — Pourquoi Dieu a-t-Il voulu ce moyen ?
Pourquoi Notre Seigneur répand-Il les grâces de la Rédemption principalement par la Messe ?
Parce que la Messe rend présent le Sacrifice rédempteur lui-même.
Les quatre buts de la messe sont :
le pardon des péchés par la propitiation,
l'adoration parfaire
la demande de grâces
action de grâces en remerciement.
Le Calvaire est la source infinie de toutes les grâces :
sanctification,
conversion,
lumière intérieure,
force spirituelle.
Or la Messe applique ces mérites aux âmes.
Elle est comme un canal surnaturel reliant :
le Calvaire,
le Ciel,
et les fidèles sur la terre.
Chaque Messe répand sur le monde :
des grâces de conversion,
des grâces de persévérance,
des grâces de protection,
des grâces pour les mourants,
des grâces pour les âmes du purgatoire.
C’est pourquoi les saints considéraient la Messe comme :
le centre du monde,
le soleil de l’Église,
le cœur surnaturel de la civilisation chrétienne.
V — Le caractère intemporel de la Messe traditionnelle
La Messe traditionnelle donne une impression d’éternité.
Pourquoi ?
Parce qu’elle ne cherche pas à refléter :
une époque,
une culture passagère,
une mode,
une psychologie moderne.
Elle tend au contraire vers l’intemporel.
Tout en elle exprime :
l’adoration,
le mystère,
le sacré,
le silence,
la transcendance.
Le prêtre n’est pas tourné vers l’assemblée comme un animateur.
Il est tourné vers Dieu.
L’autel n’est pas une table ordinaire : il est le lieu du sacrifice.
Le silence liturgique rappelle que l’on entre dans le mystère divin.
La Messe traditionnelle semble hors du temps parce qu’elle participe déjà à la liturgie céleste.
VI — La langue liturgique : le latin
Le latin possède une importance immense dans la liturgie catholique.
Il est :
stable,
précis,
universel,
sacré.
Contrairement aux langues modernes, il ne change plus de sens. Cela protège la doctrine contre les altérations progressives du langage.
Le latin unit également les catholiques :
de tous les pays,
de toutes les générations,
de toutes les époques.
Il crée aussi une séparation entre :
le monde profane,
et l’action sacrée.
Dans la Messe traditionnelle, le latin rappelle que la liturgie n’est pas une conversation ordinaire :
elle est l’entrée dans le mystère divin.
VII — Le déroulement de la Messe traditionnelle
La Messe traditionnelle se compose essentiellement :
des prières préparatoires,
de la liturgie des catéchumènes,
de l’Offertoire,
du Canon,
de la Communion.
L’autel et le prêtre
Le sacrifice de la messe ne peut se célébrer n’importe comment ni n’importe où.
L’Église en a fixé minutieusement le rite. Certes, il existe plusieurs rits catholiques ; les rits orientaux sont nombreux, anciens et très vénérables, nous ne pouvons les étudier ici ; ils ne concernent qu’un petit nombre de catholiques et un nombre plus important de chrétiens dits « orthodoxes » qui, quoique séparés de Rome, hélas, depuis tantôt mille ans, ont conservé le dépôt de la foi et de vrais évêques, donc de vrais prêtres et de vrais sacrements.
Ce qui ne veut pas dire que les catholiques peuvent assister aux messes orthodoxes, qui sont de vraies messes. Sauf exception gravement motivée, cela leur est interdit ; et même si, par exception, ils assistent à une messe schismatique, par exemple pour le mariage ou l’enterrement d’un parent ou d’un ami, il leur est strictement interdit d’y communier.
La même réserve vaut évidemment pour les messes latines célébrées par quelques prêtres schismatiques. En Occident même, il existe quelques rites particuliers propres à quelques ordres religieux : Dominicains, Chartreux ou à quelques diocèses : Milan, Lyon, Tolède. Nous noterons très brièvement, au passage, les principales particularités de ces rites. Rome a été, c’est un fait historique indéniable, l’apôtre des nations ; le rite romain est devenu le rite, non seulement de l’Europe occidentale, mais de l’Amérique, de l’Afrique et de l’Extrême-Orient.
La messe est un sacrifice ; elle doit donc être célébrée sur un autel.
Il existe des autels fixes, en pierre, entièrement consacrés et inamovibles ; et, en bien plus grand nombre, des autels dits mobiles, non qu’on puisse les transporter d’un endroit à un autre, la table de ces autels est normalement fixe, mais elle peut être en bois ou en autre matériau et seule est consacrée une pierre d’autel insérée au milieu de cette table. L’autel fixe et la pierre d’autel contiennent dans une cavité appelée « tombeau », fermée par un sceau, des reliques de saints, en souvenir de la coutume antique de célébrer la messe sur les tombeaux des martyrs. L’autel est, par respect, recouvert de trois nappes blanches.
Au milieu de l’autel, on doit poser une croix, avec le crucifix, rappelant que le sacrifice de l’autel est le même que celui de la croix ; et, de chaque côté de la croix, trois chandeliers avec des cierges. On allume deux cierges pour la messe basse ; quatre au moins pour la messe conventuelle lue et la messe chantée sans ministres ; six pour la messe solennelle.
Nous venons de nommer plusieurs sortes de messes la distinction est uniquement dans le plus ou moins de solennité et les circonstances de la célébration. La messe basse ou messe lue est une messe qui n’est pas chantée : toutes les parties doivent en être dites intégralement par le prêtre ; elle est dite : messe privée, si elle est célébrée sans autre assistance que celle du servant. La messe, comportant des dialogues, ne doit pas normalement être célébrée, sauf cas de force majeure, sans l’assistance d’une personne. Une femme ne peut servir la messe, mais peut la répondre, en se tenant à distance de l’autel.
La grand’messe ou messe chantée est la messe dont certaines parties sont chantées. Doivent être chantées par le prêtre : les Dominus vobiscum, les oraisons, l’épître, l’évangile, la préface avec son dialogue, le Pater, le PaxDomini,les post-communions, l’Ite missa est ou Benedicamus Domino ;par la chorale ou les fidèles : les réponses des dialogues, l’Introït, le Kyrie, le Gloria in excelsis,le Graduel, l’Alleluiaou le trait, la prose, le Credo, l’antienne d’offertoire, le Sanctus, l’Agnus Dei, l’antienne de communion. Si les chants propres sont trop compliqués pour l’assistance, bien sûr il y a cause excusante ; dans ce cas, il convient de les psalmodier, au moins recto tono. La messe solennelle, obligatoirement chantée, est célébrée avec diacre et sous-diacre ; le sous-diacre chante l’épître, le diacre l’évangile et l’Ite missa est ; elle comporte les encensements.
La messe, pontificale est la messe solennelle célébrée par un évêque ou un abbé mitré ; la messe papale est la messe solennelle célébrée par le pape. La messe conventuelle lue ou chantée, est la messe de communauté célébrée, en conjonction étroite avec l’office, par les chanoines, religieux et religieuses astreints à l’office de chœur. Dans les cathédrales et collégiales des servies par un chapitre de chanoines, elle est appelée messe capitulaire. C’est la messe conventuelle qui est décrite, directement par les rubriques de saint Pie V et de saint Pie X.
La messe dialoguée est une pratique très récente. Elle ne s’est introduite qu’à partir de 1920. Rome, longtemps réticente, ne l’a autorisée qu’en 1937, et plus complètement en 1958. Les fidèles peuvent répondre, avec le servant, chaque fois qu’il y a dialogue entre le prêtre et l’assistance ; il n’y a aucune difficulté pour ce premier degré. Là où Rome s’est montrée réticente avant de céder, à regret, devant le fait accompli, c’est à l’égard de la pratique, toute nouvelle, de faire réciter aux fidèles, avec le prêtre, le Gloria, le Credo, le Sanctus et l’Agnus. A la grand’messe, ces chants sont exécutés par les fidèles ; à la messe basse, la règle était qu’ils fussent dits uniquement par le prêtre. Rome a permis : on peut donc réciter ces chants, avec le prêtre, à la messe basse ; ce peut être très utile dans certains cas, surtout pour les enfants. Mais il ne faut pas imposer la messe dialoguée à une assistance qui n’en veut pas. Nous traiterons en son lieu de la question délicate du Pater.
Si la messe est dialoguée, les assistants devront faire très attention de bien répondre tous ensemble, d’une seule voix. La messe ne peut être célébrée que par un prêtre validement ordonné.
L’Église lui impose des règles minutieuses. Le prêtre est tenu, pour célébrer, de porter par dessus la soutane, qui est son habit normal, les ornements suivants :
l’amict : rectangle de lin ou de toile blanc muni de longs cordons : le prêtre, après l’avoir posé sur sa tête, le descend sur les épaules et l’attache en croisant les cordions sur la poitrine et en les nouant à la taille ;
l’aube : longue robe blanche, de toile ou de lin, tombant jusqu’aux pieds, avec ou sans dentelle ; le cordon, blanc, ceinture de l’aube ;
l’étole, longue bande étroite ; le diacre la porte sur l’épaule gauche, les extrémités, retenues par le cordon, pendant à droite ; le prêtre la croise sur la poitrine et l’attache avec le cordon ; l’évêque (qui prend la croix pectorale sur l’aube) laisse l’étole pendre droite ;
le manipule : fixé au bras gauche ; il est porté également par le diacre et le sous-diacre ;
la chasuble est un vêtement ample, muni d’un trou pour passer la tête ; elle est dite gothique, si elle retombe largement sur les bras ; romaine, si elle est échancrée ; les deux formes sont également permises ; c’est une pieuse coutume, mais non une règle, d’orner la chasuble d’une grande croix, l’étole et le manipule de trois petites croix.
Pour célébrer, le prêtre doit obligatoirement se servir d’un calice et d’une patène en argent, dorés à l’intérieur, ou en or ; la patène, qui porte l’hostie, est posée sur le calice ;
entre la coupe du calice et la patène, on intercale un purificatoire, de lin blanc, plié en trois ;
sur la patène, on pose une pale (carton recouvert d’une étoffe de lin blanc) : le tout est entièrement recouvert d’un voile de la couleur du jour, sur lequel on pose une bourse, de même couleur, contenant un corporal de lin blanc, plié.
Arrivé à l’autel, le prêtre déplie le corporal sous le calice.
L’étole, le manipule, la chasuble, le voile et la bourse du calice, la dalmatique et la tunique que revêtent le diacre et le sous-diacre, sont de la couleur convenant à la messe ; il y en a cinq obligatoires : blanc, aux fêtes du Seigneur, de la Sainte Vierge, des anges, des saints qui ne sont pas martyrs, et aux temps de Noël (jusqu’au 13 janvier) et de Pâques ; rouge, à la Pentecôte, aux fêtes de la croix et du Précieux Sang, des apôtres et des martyrs ; vert, les dimanches et aux féries après l’Épiphanie, et après la Pentecôte ; violet, aux temps de pénitence : Avent, carême, Septuagésime, quatre-temps (ceux de la Pentecôte exceptés), vigiles, rogations, messes votives pour demander diverses grâces ; noir le vendredi saint et aux messes des morts.
Les pays hispanophones ont conservé l'autorisation de célébrer les messes de la Sainte Vierge en ornements bleus.
Le violet peut s’adoucir en rose aux dimanches de Gaudete (3e de l’Avent) et de Laetare (4e de carême). Les ornements de drap d’or et d’argent sont tolérés, pour les fêtes, en remplacement du blanc, du rouge et du vert. On peut recouvrir le devant de l’autel d’un antipendium, qui doit être de la couleur de l’office du jour. Le tabernacle où le Saint-Sacrement est effectivement conservé doit être revêtu d’un conopée, qui peut être soit toujours blanc, soit de la couleur de l’office du jour (violet pour noir). Il n’y a pas lieu de changer le conopée ni l’antipendium pour la célébration d’une messe basse autre que la messe conforme à l’office du jour. Pour la messe conventuelle ou pour une grand’messe, on peut faire ce changement, mais ce n’est pas une obligation.
Les prières au bas de l’autel
La Messe commence par le psaume Judica me Deus.
Le prêtre demande purification et protection avant d’approcher l’autel.
Puis vient le Confiteor : la confession des péchés.
Le prêtre reconnaît humblement son indignité avant d’offrir le Sacrifice.
Toute la Messe commence donc par :
la pénitence,
l’humilité,
la purification.
L’avant-messe
La messe se compose de deux parties bien distinctes, encore qu’indissolublement liées. La première partie, faite de prières, de chants et de lectures, est une préparation au saint sacrifice.
Elle est appelée : avant-messe, ou encore : messe des catéchumènes, parce que, dans les premiers siècles, on faisait sortir les catéchumènes (c’est-à-dire les candidats au baptême) avant la partie sacrificielle de la messe, réservée aux baptisés. Jamais l’Église n’a admis qu’on célèbre l’avant-messe en la séparant de la messe. Jamais non plus, elle ne l’a appelée « liturgie de la parole » ; les lectures constituent à peine le cinquième de l’avant-messe, et elles n’en sont pas l’élément le plus important ; en outre, elles sont, comme tout le reste, orientées vers le saint sacrifice. Il importe de se garder des conceptions protestantes actuellement répandues dans l’Église. La « parole » n’est pas une fin en soi. Pas d’avant-messe sans messe ; mais pas davantage de messe sans avant-messe : l’Église n’a jamais admis qu’on ampute le saint sacrifice de sa première partie.
1° Les prières graduelles
La grand’messe commence au chant de l’Introït ou chant d’entrée.
La messe a longtemps commencé par l’Introït ; c’est pourquoi le prêtre fait le signe de croix en le lisant. Mais, au cours du moyen âge, des prières préparatoires, récitées en bas des degrés de l’autel, se sont introduites, et elles se sont fixées vers le XIVe siècle ; elles sont appelées : prières en bas de l’autel ou prières graduelles.
A la grand’messe, elles sont recouvertes par le chant de l’Introït ; seuls les servants y répondent. A la messe basse, l’assistance entière peut répondre.
Le prêtre fait d’abord le signe de croix en prononçant les paroles : In nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti. Amen.Puis il récite le psaume 42 Judica me, encadré par l’antienne Introïbo ad Altare Dei. Psaume et antienne sont dialogués entre le prêtre et les servants ou les fidèles.
Aux messes du temps de la Passion et aux messes des morts, on ne dit que l’antienne Introïbo une seule fois ; le psaume 42 est omis.
De toute évidence, le psaume a été choisi pour ce verset : Introïbo ad Altare Dei, qui s’applique si bien à la messe. Le psaume 42 est la troisième strophe du psaume 41 Quemadmodum desiderat cervus ad fontes aquarum. Œuvre d’un prêtre juif exilé à Babylone, ce poème exprime l’ardent désir de l’exilé de retrouver l’autel de Dieu, la joie de sa jeunesse. Dieu seul peut lui accorder la grâce de ce retour. Psaume de désir, d’appel et de confiance en Dieu, le psaume. 42 convient admirablement à nous disposer à la messe.
Il est suivi du verset Adjutorium nostrum in nomine Dominiet d’un double confiteor : celui du prêtre ; et, après une absolution déprécatoire en faveur du prêtre prononcée par le servant ou les fidèles, le confiteor des fidèles. Prêtre et fidèles se reconnaissent coupables devant Dieu, la Sainte Vierge et les saints ; le prêtre ajoute : « et à vous, mes frères » ; les fidèles : « et à vous, mon père » ; et sollicitent l’intercession de ceux qui ont reçu leur aveu.
Le prêtre donne deux absolutions déprécatoires, la première : Misereatur, adressée aux fidèles ; la seconde : Indulgentiam valable pour lui-même comme pour les fidèles.
Suivent trois versets : Ostende…, Domine, exaudi…, Dominus vobiscum, qui introduisent la prière que le prêtre prononce à voix basse en montant à l’autel et qui est une demande de purification : Aufer a nobis, quaesumus…
Monté à l’autel, le prêtre le baise au milieu, en invoquant les saints, spécialement ceux dont les reliques sont conservées dans l’autel : Oramus te, Domine… (Naturellement, toutes les prières de la messe se trouvent dans un missel qu'il est conseillé de prendre avec soi, et l’on s’efforcera d’en pénétrer le sens.)
Dans les rites dominicains et lyonnais, les prières graduelles sont notablement différentes ; le psaume Judicame n’y figure pas ; et le confiteor lui-même est différent. A la messe solennelle, le prêtre, après avoir baisé l’autel, l’encense une première fois.
2° L’Introït
Comme son nom l’indique, l’introït est le chant qui accompagne l’entrée du prêtre ; c’était primitivement un psaume, avec antienne : celle-ci est devenue l’élément principal de ce chant ; elle n’est plus suivie que d’un seul verset de psaume et du Gloria Patri (omis aux messes des morts et du temps de la Passion) ; puis l’antienne est répétée.
Ce chant a donné leur nom à des messes de commun ; on dit la messe Statuit, la messe In medio ; voire à des dimanches ; les calendriers les plus profanes, jusqu’aux années 1960, annonçaient les dimanches de Reminiscere, Oculi, Laetare (2e,3e et 4e de carême) et de Quasimodo (1eraprès Pâques).
Beaucoup d’introïts sont des chefs-d’œuvre de grégorien, et ils sont, en général, d’exécution facile. Citons, parmi les plus célèbres : Puer natus est, de Noël ; Ecce advenit, de l’Épiphanie ; Nos autem,du jeudi saint et des fêtes de la sainte croix ; Resurrexi, de Pâques ; Viri Galilaei, de l’Ascension ; Spiritus Domini, de la Pentecôte ; Cibavit, du lundi de Pentecôte et de la Fête-Dieu ; Gaudeamus, composé pour sainte Agathe, mais repris pour d’autres fêtes, notamment la Toussaint ; Salve Sancta Parens, du commun de la Sainte Vierge, œuvre de Sedulius, poète chrétien du Ve siècle ; Requiem, de la messe des morts.
Les mélodies de ces introïts et de bien d’autres mettent admirablement en valeur le sens des textes. Il faut s’efforcer le plus possible de les chanter. Même à la messe basse, l’introït a son importance ; il nous met, dès le début de la messe, dans la pensée de la liturgie du jour. Il faut donc le lire avec soin et s’en pénétrer.
3° Le Kyrie
L’introït est suivi immédiatement du Kyrie eleison qui, sous sa forme actuelle (trois invocations répétées chacune trois fois), est de saint Grégoire le Grand qui a voulu, en introduisant dans la liturgie romaine ces invocations grecques, marquer l’union des Églises d’Orient et d’Occident, à une époque où, déjà, l’Église orientale tendait à s’éloigner dangereusement de Rome. « Seigneur, ayez pitié de nous. »
C’est un appel poignant aux trois personnes de la sainte Trinité. Le graduel romain donne trente et une mélodies du Kyrie, remontant, pour un bon nombre, aux Xe,XIe et XIIe siècles. Ce sont des merveilles de chant grégorien, entre lesquelles on n’a que l’embarras du choix. Les Kyrie, Gloria, Sanctus et Agnus sont groupés, dans le graduel romain, en dix-huit messes attribuées à telles ou telles fêtes : ainsi, aux fêtes solennelles, aux fêtes anciennement doubles, aux fêtes de la Sainte Vierge : (IX et X), aux dimanches ordinaires (XI), d’Avent et de carême (XVII), du temps pascal (I), etc.
Il est bon de respecter cette attribution, mais elle n’est pas obligatoire ; il est même permis de prendre, au cours d’une même messe, des pièces provenant de différentes messes. C’est une question d’opportunité et de possibilité d’exécution. La plus connue de toutes ces messes est la plus récente : la messe VIII, dite messe des anges, complétée par le Credo III. Il faut se garder de deux excès : celui qui consiste à rejeter la messe des anges, sous prétexte qu’elle est trop récente ou « pas vraiment grégorienne », ou trop souvent chantée. Si on ne la chante plus, elle disparaîtra rapidement, et, avec elle, chez beaucoup de fidèles, les derniers souvenirs de chant grégorien ; il faut donc la maintenir précieusement. Mais il ne faut pas ne chanter que la messe des anges. Si modestes que soient les possibilités de chanter en un lieu donné, on peut toujours élargir le répertoire ; et introduire peu à peu le chant de plusieurs messes grégoriennes. En France, on ne chantait guère, au début du siècle, que les messes de Dumont qui, soit dit en passant, ne sont pas à dédaigner. La messe des anges n’est devenue populaire, vers 1930 ou plus tard, que parce qu’on a fait un effort pour l’apprendre aux fidèles.
Cet effort est aujourd’hui à faire pour apprendre aux fidèles et surtout aux jeunes un répertoire de grégorien qui ne soit pas trop restreint. Il est souhaitable que les assemblées même les plus modestes apprennent progressivement à chanter au moins les messes I, VIII, IX, XI et XVII. Si l’on a davantage de ressource, il faut en apprendre d’autres. Signalons la messe IV, trop peu connue, comme étant à la fois très belle et facile. Quant au chant polyphonique, il suppose une chorale importante et bien exercée. Si on a le bonheur d’en posséder ou d’en pouvoir former une, il faut utiliser les trésors de la polyphonie, sans négliger ceux du chant grégorien. Ce que nous venons de dire à propos du Kyrie vaut évidemment pour le Gloria, le Credo, le Sanctus et l’Agnus Dei, voire pour le chant du propre.
4° Le Gloria in excelsis
Ce chant de louange, d’origine orientale, commence par l’acclamation des anges en la nuit de Noël : Gloire à Dieu au plus haut des cieux et, sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté ; il continue par une quintuple acclamation à Dieu le Père, suivie d’une assez longue strophe de supplication et de louanges à Jésus-Christ, et se termine par une brève mention (accompagnée d’un signe de croix) de la sainte Trinité.
A la différence du Kyrie, qui se dit à toutes les messes, le Gloria ne se dit qu’aux messes ayant un caractère festif. On l’omet à toutes les messes célébrées en ornements violets ou noirs ; à la messe des dimanches après l’Épiphanie et après la Pentecôte, reprise en semaine ; à la plupart des messes votives. On le dit toutefois à la messe votive des saints anges et, le samedi seulement, aux messes votives de la Sainte Vierge, ainsi qu’aux messes votives privilégiées, telle celle du Sacré-Cœur le premier vendredi du mois. On le dit à toutes les messes festives, même à celles des saints simplement commémorés à laudes ou mentionnés au martyrologe du jour.
Le graduel romain contient dix-neuf mélodies pour le Gloria in excelsis. Il en est de très simples (XII, XV), mais la plupart sont assez ornées et magnifiquement adaptées aux paroles de ce chant de louanges. Toutes sont d’exécution facile (à part le VII et les Gloria « ad libitum », y compris l’ambrosien, qui n’est simple qu’en apparence). Le Gloria doit traduire l’élan et l’enthousiasme de nos cours pour Dieu très grand et très bon, rédempteur des hommes. Il donne à la messe son caractère de louange ; son absence est une marque d’austérité. L’Église fait souligner par une sonnerie de cloches les Gloria du jeudi saint et de la vigile pascale : dans le premier cas, c’est la dernière sonnerie et le dernier chant de fête avant le grand deuil de la mort du Christ. Deux jours plus tard, c’est l’allégresse de la résurrection. A Noël, le Gloria est le chant propre de la fête ; primitivement, on ne le chantait que ce jour-là.
5° Le Dominus vobiscum
Après le Gloria (ou le Kyrie, si le Gloria est omis), le prêtre baise l’autel, se retourne, et, les bras étendus, chante : Dominus vobiscum. Les fidèles répondent : Et cum spiritu tuo. Ce souhait sera répété sept fois au cours de la messe (huit, en comptant celui qui termine les prières graduelles, ajoutées au moyen âge). Le prêtre ne peut rien souhaiter de mieux aux fidèles que la présence et l’aide du Seigneur. Les fidèles lui retournent son souhait avec une admirable délicatesse : « et avec votre esprit ». Le mot : esprit, sans majuscule, ne désigne pas directement le Saint-Esprit, mais l’œuvre du Saint-Esprit dans l’âme du prêtre, la marque, le sceau, l’empreinte du Saint-Esprit en lui : le caractère sacramentel, qui a fait de lui un séparé, un consacré, un prêtre pour l’éternité. Par ce mot, les fidèles reconnaissent le caractère spécifique du prêtre, qui le distingue d’eux, ainsi que son rôle irremplaçable à la messe : les fidèles y assistent, y participent ; le prêtre seul la célèbre.
6° Les oraisons
Le Dominus vobiscum (que l’évêque, après le Gloria, remplace par : Pax vobis) introduit l’oraison ou collecte de la messe, précédée d’un oremus, invitation à prier.
Ce que nous allons dire de la collecte vaut aussi pour la secrète et la postcommunion, qui rentrent dans la catégorie des oraisons. Les oraisons se différencient des autres pièces du propre de la messe par deux caractéristiques : ce sont des prières strictement sacerdotales, que seul le prêtre peut chanter ; ce sont des compositions ecclésiastiques, et non des extraits des livres sacrés. Les oraisons contiennent très souvent des réminiscences bibliques mais, comme les prières d’offertoire et le canon, elles sont l’œuvre d’auteurs anonymes, qu’on pourrait croire inspirés, tellement ils ont réussi cette rédaction si délicate, et l’Église a fait siennes ces compositions.
Les oraisons sont, pour la plupart, anciennes ; on les trouve dans les sacramentaires léonien (VIe siècle), grégorien (composé vers 790) et gélasien (VIIe-VIIIe siècles) : mais ces sacramentaires sont des recueils d’oraisons déjà anciennes : beaucoup doivent remonter à l’antiquité. Naturellement, on en a ajouté, à toute époque, pour les messes nouvelles. Celles du propre du temps (dimanches, fêtes, féries de carême et des quatre-temps) sont presque toutes anciennes.
Les oraisons sont très courtes : une seule phrase, comportant très souvent une relative, mais n’employant que de vingt à vingt-cinq mots dans le cas des oraisons anciennes, un peu plus dans quelques oraisons plus récentes : elles sont faites pour être chantées sur un récitatif simple ; il en existe quatre : ton festival, ton férial, ton solennel ancien, ton simple (ce dernier, réservé à l’office, ne s’emploie, à la messe, que pour l’oraison sur le peuple qui termine les messes fériales de carême). Ces tons comportent un mètre marqué dans le texte de l’oraison par deux points ; et un flexe, marqué par un point et virgule. Dans cette rédaction si concise et bien cadencée, ce sont des richesses incomparables de doctrine et de piété que l’Église emploie pour sa prière.
Aussi l’oraison est-elle le point culminant de l’avant-messe. Elle débute toujours par une formule de respect envers Dieu, telle que : Omnipotens sempiterne Deus…,continue par une relative qui rappelle le, mystère du jour, et s’achève par une demande de grâces, comportant parfois une proposition finale ou consécutive. Elle se termine par la formule : PerDominum nostrum Jesum Christum Filium tuum : qui tecum vivit et regnat inunitate Spiritus Sancti, Déus, per omnia saecula saeculorum. L’assemblée répond : Amen. 203:118Si l’oraison s’adresse à Notre-Seigneur Jésus-Christ, la formule finale est :Qui vivis et regnas cum Deo Patre inunitate… etc.
Ces formules soulignent la médiation de Jésus, qui nous mérite toute grâce. Et ce sont les grâces les plus précieuses que demandent pour nous les oraisons ; grâces en rapport avec la fête célébrée ou le temps liturgique en cours. Comme le faisait remarquer avec insistance le père Emmanuel de Mesnil-Saint-Loup, les oraisons des dimanches après la Pentecôte contiennent toute la théologie de la grâce. Elles datent probablement de l’époque de l’hérésie pélagienne et de son grand adversaire, saint Augustin, le docteur de la grâce. En préparant et en suivant la messe, on attachera toujours à l’oraison la plus grande attention et la plus grande importance.
L’oraison de la messe est d’ailleurs reprise à laudes, tierce, sexte, none et vêpres du jour ; avec, pour les vêpres, deux exceptions notables : en carême, on reprend aux vêpres l’oraison sur le peuple, qui a été dite à la fin de la messe. Les mercredis et vendredis des quatre-temps d’Avent et de septembre, on dit l’oraison de la messe du jour jusqu’à none, mais on reprend aux vêpres celle du dimanche précédent. L’oraison, la secrète et la postcommunion de la messe du jour sont souvent suivies de mémoires ; c’est-à-dire de l’oraison, de la secrète et de la postcommunion d’une ou plusieurs autres messes assignées à ce même jour.
Il y a des mémoires fixes, par exemple celle de saint Félix de Nole à la messe de saint Hilaire, le 14 janvier ; il y a des mémoires mobiles, variant chaque année, et provenant de la rencontre du temporal et du sanctoral. La mémoire du dimanche et des féries d’Avent, de carême et des quatre-temps se fait à toutes les messes, même des fêtes les plus solennelles ; tandis que la mémoire d’un saint s’omet aux grandes fêtes. Les mémoires sont introduites par un oremuset se terminent par la grande conclusion, mais cet oremuset cette conclusion restent uniques, quel que soit le nombre des mémoires.
La réponse du peuple : Amen (ainsi soit-il) est un mot hébreu, que les psaumes traduisent par : Fiat, mais que le Nouveau Testament et la liturgie emploient tel quel. C’est un acquiescement à la prière du prêtre, prononcé par tous ; dans d’autres cas (à la fin du Gloria, du Credo, du Pater), c’est une conclusion qui fait corps avec la prière. Bien dire : Amen, c’est prier deux fois, enseigne le catéchisme du concile de Trente.
L’épître
L’oraison est suivie d’une lecture tirée de l’Ancien Testament ou des livres du Nouveau Testament autres que les évangiles et appelée épître. Elle est annoncée par la formule : Lectio epistolae…, Lectio Actuum Apostolorum, Lectio libri…, suivie immédiatement du texte, chanté recto tono ou sur un récitatif simple. A la messe solennelle, ce chant est réservé au sous-diacre. A la messe chantée sans ministres, l’épître peut être chantée par un sous-diacre en surplis, un lecteur (au sens strict), ou le servant de messe s’il en est capable. Sinon, le prêtre la chante lui-même. A la messe basse, rappelons-le, le prêtre est tenu de tout dire lui-même.
Les messes des quatre mercredis des quatre-temps, du mercredi de la 4e semaine de carême et du mercredi saint ont deux oraisons (la première précédée de la formule : Flectamusgenua. Levate.) et deux épîtres. Les samedis des quatre-temps ont six oraisons (dont cinq précédées de Ftectamus genua) et six épîtres. Dans ce cas, la ou les cinq premières lectures sont chantées par un lecteur sur le ton de la prophétie ; la dernière seulement est chantée par le sous-diacre. La tradition romaine a toujours considéré les lectures de la messe (épîtres et évangile) comme étant d’abord un acte de culte, s’adressant à Dieu, comme tout le reste de la messe, et ce n’est que secondairement qu’elles constituent un enseignement donné aux fidèles.
C’est pourquoi épîtres et évangile ont toujours été chantés en latin. A la messe papale, on les chante en latin et en grec. Le concile de Trente a recommandé aux curés d’en donner ensuite la traduction et l’explication aux fidèles ; cette recommandation, en ce qui concerne l’épître, était restée lettre morte ; il faut avouer que les épîtres, celles de saint Paul surtout, sont très difficiles à comprendre à l’audition et malaisées à expliquer. Pie XII en a autorisé (sans l’imposer) la lecture en français aussitôt après la lecture ou le chant en latin. L’explication ne peut être donnée qu’au cours du sermon, après l’évangile.
A défaut d’explications données par le prêtre, les fidèles auront à cœur d’approfondir, avant ou après la messe, le sens de l’épître du jour ; et, au cours même de la messe, de la suivre des yeux sur leur missel. Notons ici qu’à la messe basse, on ne doit en aucun cas chanter des cantiques ni exécuter des pièces d’orgue pendant toute la durée de l’avant-messe, laquelle doit être dite en entier à haute voix (à l’exception des deux oraisons qui suivent les prières graduelles et du Munda cor, qui précède l’évangile). Les fidèles doivent entendre ce que le prêtre dit à haute voix, et avoir la possibilité de répondre, s’ils le veulent. A la fin de l’épître, en répond : Deo gratias.
8° Le graduel, l’alleluia, le trait, la prose
L’épître est suivie au moins d’un chant, le plus souvent de deux, exceptionnellement de trois chants. Lorsqu’il y a deux ou six épîtres, chacune est suivie d’un chant. Sauf au temps pascal, le premier chant qui suit l’épître est le graduel, composé de deux versets qui se chantent sur une mélodie ornée, d’exécution souvent assez difficile, mais de grande valeur.
Citons le graduel Christus factus est, du jeudi saint et de l’exaltation de la sainte croix, et le graduel Haec dies,de Pâques. Plaçons ici une observation : si on peut chanter le graduel, l’alléluia ou le trait, et la prose, s’il y en a une, on doit les chanter intégralement, sur la mélodie ornée qui est la leur. La seule chose qui dispense de ce chant, c’est l’impossibilité réelle de l’exécuter convenablement. Dans ce cas, et dans ce cas seulement, on psalmodiera le graduel et les chants qui le suivent, soit recto tono, soit, mieux, sur le ton des psaumes. On entend parfois des fidèles objecter qu’ « il ne faut pas faire attendre le prêtre ». Mais la règle est précisément que le prêtre doit attendre etaller s’asseoir pendant le graduel et ce qui suit, comme pendant le Kyrie, le Gloria et le Credo.
A la grand’messe, pendant toute l’avant-messe, le prêtre attend et s’assoit pendant les chants, l’introït excepté. C’est seulement à partir de l’offertoire que vaut la règle : « on ne doit pas faire attendre le prêtre ».On ne doit pas non plus se laisser détourner de chanter le graduel et ce qui suit par la crainte d’allonger la messe. Sauf en quelques cas exceptionnels, l’allongement sera de cinq minutes, et ce n’est pas du temps perdu. Le graduel est généralement suivi d’un Alléluia. Ce mot hébreu signifie : Louons Dieu. On le chante deux fois, sur une mélodie ornée, avec un prolongement sur le dernier a. Puis vient un verset, sur une mélodie apparentée, qui se termine par le même prolongement sur les deux ou trois dernières syllabes du texte ; enfin, on répète une fois Alléluia. Ce chant est un des plus beaux de la messe ; les mélodies en sont admirables ; il faut faire tous ses efforts pour apprendre à les chanter. Parmi les plus beaux, citons les alleluias Dominus regnavit, de Noël ; Vidimus stellam, de l’Épiphanie ; Ascendit et Dominus in Sina, de l’Ascension ; Caro mea de la Fête-Dieu ; Assumpta est, de l’Assomption ; Venite ad me, de la Toussaint ; et celui du 5e dimanche après la Pentecôte, qui fut longtemps l’unique alleluia du 6e mode ; la mélodie en a été reprise pour l’alléluia de saint Benoît, au propre bénédictin, et pour celui du Cœur Immaculé de Marie. Au temps pascal, à partir du samedi in albis, le graduel est supprimé, et on chante deux alleluias, en signe de joie.
Au contraire, de la Septuagésime au jeudi saint, et aux messes des morts, l’alléluia est supprimé, et remplacé par le trait, chant comportant plusieurs versets, généralement de trois à cinq.
Les traits sont faciles à chanter, et il faut prendre le temps de les moduler. Deux sont d’une longueur exceptionnelle : le trait Qui habitat,du 1er dimanche de carême, qui reproduit treize versets (sur seize) du psaume 90 ; et le trait Deus, Deus meus, des Rameaux qui utilise quatorze versets (sur trente-quatre) du psaume 21. L’exécution de ces traits, en chant modulé, demande une dizaine de minutes, mais ils en valent la peine : ce sont des merveilles de chant grégorien. Heureuses les trop rares paroisses où l’on a le bon esprit de les chanter ! L’admirable trait du mercredi, des cendres Domine, non secundum (qui demande, lui aussi, à être chanté au moins ce jour-là) se répète aux messes des lundis, mercredis et vendredis de carême. Aux autres féries de carême et à celles du temps de la Septuagésime, il n’y a pas de trait, mais seulement le graduel. De même, aux féries d’Avent, on ne reprend pas l’alléluia. Au moyen âge s’était introduit le chant de proses ou séquences après celui de l’alléluia ou du trait. Il y en avait un grand nombre.
Le missel de saint Pie V n’en a retenu que quatre, celles qui étaient le plus répétées : Victimae Paschali, de Pâques ; Veni, Sancte Spiritus, de la Pentecôte ; Lauda, Sion, Salvatorem, de la Fête-Dieu (toutes trois répétées pendant une octave), et Dies irae, de la messe des morts. Par la suite, on a réintroduit le Stabat Mater, pour les deux fêtes des Sept-Douleurs. Ces cinq proses, aussi belles que faciles à chanter, doivent être, en bonne règle, alternées entre la chorale et toute l’assistance. Nous avons, dans ce paragraphe, traité surtout du chant de ces pièces qui suivent l’épître, et tenté de réagir contre les habitudes de paresse et de facilité qui portent à les éliminer ou à les expédier. Même à la messe basse, il faut apporter à ces textes toute l’attention qu’ils méritent. De grâce, qu’on forme les enfants de chœur à les lire dans leur paroissien avant d’aller transporter le missel d’autel de droite à gauche ; ils auront largement le temps de faire ce transport pendant que le prêtre récite le Munda cor.
9° L’évangile
Vers la fin du dernier chant qui suit l’épître, le prêtre, incliné au milieu de l’autel, récite le Munda cor, prière préparatoire à l’évangile, et demande à Dieu la bénédiction.
A la messe solennelle, c’est le diacre qui récite le Munda cor, et demande la bénédiction au prêtre ; et il se rend à gauche du sanctuaire, encadré par deux acolytes portant des flambeaux allumés et accompagné par le thuriféraire portant l’encensoir dans lequel le prêtre a versé l’encens. A la messe chantée sans ministres, les acolytes peuvent se placer à l’extrémité gauche de l’autel, où le missel a été porté pour l’évangile. On ne peut faire les encensements à la messe chantée sans ministres qu’en vertu d’indults, accordés aux diocèses et qui permettent ces encensements, par exemple « aux grandes fêtes » ou « une fois par mois ». Le diacre ou le prêtre chante : Dominus vobiscum. Réponse :Et cum spiritu tuo ; puis annonce l’évangile : Initium ou Sequentia Sancti Evangelii secundum Matthaeum ou Marcum ou Lucam ou Joannem. Réponse :Gloria tibi, Domine.
A l’annonce de l’évangile, tous, prêtre, ministres et fidèles (les acolytes exceptés) se tracent trois petits signes de croix sur le front, les lèvres et le cœur, pour demander à Dieu de graver son évangile dans l’esprit, dans la parole et dans le cœur. Puis, s’il y a lieu, le diacre (ou le prêtre) encense le livre. On voit que l’Église témoigne un grand respect à l’évangile : position debout, annonce solennelle, signes de croix, lumières, éventuellement encens. Il faut se garder d’un excès : certains disaient déjà, dans les années 1960 : « L’évangile est encensé comme le Saint-Sacrement. » Il y a là un énorme sophisme : le Saint-Sacrement est encensé à genoux, en signe d’ADORATION ; l’évangile est encensé debout en signe de VÉNÉRATION. Le diacre ou le prêtre chante l’évangile sur un récitatif plus solennel que celui de l’épître ; le graduel romain en indique trois. Après le chant latin de l’évangile, le prêtre ou le diacre peut le répéter en français. A la fin de l’évangile, on répond :Laus tibi, Christe,et le prêtre baise l’évangile en disant : Per evangelica dicta deleantur nostradelicta. Le chant de l’évangile est donc un sacramental, qui a la vertu d’effacer les péchés véniels ou de nous purifier plus complètement des péchés mortels déjà pardonnés.
Comme nous le disions de l’épître, l’évangile est d’abord un acte de culte avant d’être un enseignement. Mais il est aussi un enseignement, auquel il faut attacher la plus grande importance.
Il faut réprouver l’idolâtrie du « Livre » dans laquelle tombent certains novateurs ; on ADORE le Saint-Sacrement, on VÉNÈRE l’évangile. Il n’en est pas moins vrai que, comme le dit l’Imitation : « La sainte eucharistie et les saintes écritures sont les deux nourritures de mon âme. »
11° Le Credo
Le dimanche, aux fêtes et octaves du Seigneur, de la Sainte Vierge, des saints anges, de saint Joseph, des apôtres et des docteurs de l’Église, l’avant-messe se termine par le chant du Credo, c’est-à-dire du symbole de Nicée-Consantinople. Face à l’hérésie d’Arius qui, réduisant le Fils, Jésus-Christ, au rang de créature, détruisait le mystère de la sainte Trinité, les trois cents évêques réunis à Nicée, guidés par le légat du pape, Hosius de Cordoue, et conseillés par le diacre saint Athanase d’Alexandrie, accumulèrent les expressions marquant la divinité de Jésus : « Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles, Lumière de Lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré, non pas fait. » Et ces expressions, les évêques favorables à l’arianisme, dont le chef de file était Eusèbe de Nicomédie, les acceptaient toutes, trouvant toujours moyen d’en éluder le sens propre pour y insinuer l’arianisme. C’est alors qu’Hosius de Cordoue, appuyé par saint Athanase, proposa l’expression :homoousion tô Patei,consubstantiel au Père, que le concile adopta malgré la vive opposition d’Eusèbe de Nicomédie et de ses partisans. Le terme sur lequel devait se briser l’hérésie était trouvé.
Consubstantiel, cela veut dire que le Fils est, non seulement « de même nature » (deux hommes sont de même nature, ils ne sont pas consubstantiels), mais : la même et unique substance que le Père, ainsi qu’il l’a dit lui-même : Ego et Pater unum sumus.« Unum », au neutre, qu’on ne peut traduire en français que par : « Le Père et Moi, nous sommes un seul être. » Pour éviter l’excommunication, Eusèbe de Nicomédie n’eut d’autre ressource que la fourberie : avant de signer le symbole, il ajouta au mot : « homoousion » un iota (i) à peine perceptible qui affadissait ce mot en « homoiousion », de même nature. Sous le couvert de cette falsification, il put rester dans l’Église et continuer à y insinuer l’hérésie ; il fallut, pour en triompher, des luttes interminables et des martyrs. Mais le symbole était là pour témoigner, aux pires moments, de la foi de l’Église. Si nos frères orientaux, séparés de l’Église depuis le Xe siècle, ont gardé intact le dépôt de la foi, c’est parce qu’ils se sont accrochés au symbole de Nicée, qu’eux aussi chantent à la messe.
Le symbole de Nicée s’arrêtait aux mots Et in Spiritum Sanctum. Ce fut le premier concile de Constantinople qui ajouta la finale, en affirmant la divinité du Saint-Esprit contre Macedonius. La version latine du symbole n’est pas la traduction étroitement littérale du texte grec. Le grec dit : « nous croyons » et emploie toute une série de participes. Le latin dit « je crois » et emploie des phrases à l’indicatif ; il présente, en outre, trois différences notables :
1° Avant « Lumière de Lumière », les mots : « Deum de Deo », qui ne correspondent à rien dans le grec.
2° Une nuance appréciable dans l’énoncé du mystère de l’Incarnation : le grec dit que le Fils de Dieu s’est incarné du Saint-Esprit et de la Vierge Marie, plaçant la Sainte Vierge sur le même plan que le Saint-Esprit et montrant par là qu’elle a consenti librement à l’Incarnation. Le latin dit non pas : et, mais :ex Maria Virgine, marquant davantage la subordination de la Sainte Vierge au Saint-Esprit dans l’acte même de l’Incarnation ; il y a là deux aspects complémentaires du même mystère.
3° Les Grecs n’ont pas fait de difficultés pour ces nuances ; ils en ont fait beaucoup, en revanche, pour la dernière différence : le mot Filioque,ajouté au VIe siècle dans le texte latin pour préciser que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. Au concile de Florence enfin, les Grecs acceptèrent cette addition. Hélas, l’union fut éphémère… Notons que les deux textes, le grec et le latin, ont la même valeur dogmatique. Le Credo de la messe est une solennelle profession de foi. Quelle impression de l’entendre chanter par toute une foule, à Lourdes ou à Rome. Saint Louis était tellement ému par le rappel du mystère de l’Incarnation qu’il s’agenouillait à : Et incarnatus est…Cet usage du saint roi s’étendit rapidement et fut adopté par la papauté lors de l’exil d’Avignon. Il faut l’observer pieusement. Le prêtre et les ministres, s’ils sont déjà assis avant Et incarnatus est…,s’inclinent simplement ; ils ne vont s’agenouiller qu’aux messes de l’Annonciation et de toute l’octave de Noël. Le graduel romain ne donne que six mélodies pour le Credo. La seule qui soit populaire est la troisième, composée au XVIIIe siècle pour compléter la messe des anges.
Il serait bon de populariser le Credo I, appelé « authentique », qui est d’une facture bien meilleure, sans, bien entendu, abandonner le Credo III. Il est souhaitable aussi que les chorales apprennent et chantent de temps en temps les quatre autres. En France, nous avons le Credo royal, de la 1remesse de Dumont, qui mérite d’être conservé ou même réintroduit. Ce chant du Credo est un des grands moments de la messe ; il faut toujours en faire un grand acte de foi.
La messe des fidèles
1° L’offertoire
L’Offertoire traditionnel est extrêmement riche doctrinalement. Le prêtre offre déjà :
l’hostie,
le calice,
comme devant devenir le Corps et le Sang du Christ.
Les prières parlent explicitement :
de sacrifice,
d’expiation,
d’oblation,
de propitiation.
Par exemple :
« Suscipe, Sancte Pater… »
Le prêtre offre l’hostie immaculée pour :
ses péchés,
ceux des fidèles,
les vivants,
les morts.
Puis :
« Offerimus tibi, Domine… »
Le calice est offert pour le salut du monde.
Enfin :
« Veni Sanctificator… »
Le Saint-Esprit est invoqué afin d’accomplir le mystère sacré. Tout l’Offertoire prépare déjà le Sacrifice du Calvaire rendu présent.
Après le Credo ou, s’il n’a pas été dit, après l’évangile ou le sermon, le prêtre baise l’autel, se retourne, chante Dominus vobiscum, puis :Oremus A ce moment, commence la messe des fidèles ; le prêtre n’attend plus, ne quitte plus l’autel et se consacre entièrement à l’offrande du saint sacrifice. Les moralistes considèrent qu’aux dimanches et fêtes d’obligation, il y a faute grave à arriver après le début de l’offertoire ; cette opinion est d’une extrême indulgence, si l’on réfléchit à l’importance de l’avant-messe et à sa longueur, qui est d’une demi-heure au moins, avec un petit sermon : arriver volontairement avec une demi-heure de retard à une messe qui dure une heure un quart, c’est faire preuve d’un sans-gêne voisin de la grossièreté. Après Oremus, le prêtre lit et le chœur chante l’antienne d’offertoire. C’est un chant généralement très court, d’une mélodie ornée, qui a son importance, puisqu’il nous rappelle, au seuil de l’action sacrée, la pensée liturgique du jour. On fera l’effort de l’apprendre et de le chanter, et on ne cèdera pas à la tentation de le remplacer par une pièce d’orgue, encore moins par un cantique. Rappelons que les cantiques sont interdits à la grand’messe. L’offertoire chanté, il reste du temps pour une pièce d’orgue de longueur moyenne. A la messe basse, l’orgue peut jouer pendant tout l’offertoire ; ou bien on peut chanter un cantique en rapport avec ce moment de la messe ou la fête du jour.
Ayant lu l’offertoire, le prêtre découvre le calice. (En quelques diocèses, le servant sonne la clochette pour marquer le début de la messe des fidèles.) Puis, il fait les gestes d’offrande, accompagnés de prières à voix basse, qui se sont introduites progressivement entre le VIIIe et le XIe. siècle. On voudra bien en lire le Texte dans le Missel. Suscipe, Sancte Pater… :le prêtre élève la patène sur laquelle est posée l’hostie en la présentant à Dieu par cette prière du vine ou IXe siècle qui exprime les intentions générales pour lesquelles le saint sacrifice est offert. Deus qui humanae substantiae…Le prêtre verse dans le calice une quantité suffisante de vin (en bonne règle, les trois-cinquièmes du contenu de la burette), puis une petite quantité d’eau, qu’il bénit en commençant cette prière qui rappelle le mystère de l’Incarnation et demande « que nous soyons rendus participants de la divinité de celui qui a daigné participer à notre humanité ». L’addition d’eau au vin de la messe est déjà attestée par saint Justin (100-166) ; il se peut qu’elle remonte à Notre-Seigneur lui-même. La quantité d’eau doit être inférieure au cinquième de celle du vin ; c’est dire que, même avec le minimum de vin exigé en cas de pénurie (quinze gouttes), on peut ajouter plus d’une goutte d’eau ; mais une goutte suffit dans tous les cas. Dans cette addition d’eau, on peut voir le symbole de nos petites offrandes unies à la grande offrande du Christ et celui de l’union du Christ et de son Église (saint Cyprien). Offerimus tibi…
Le prêtre élève le calice et le présente à Dieu « pour notre salut et celui du monde entier ». In spiritu humilitatis…Le prêtre, incliné au milieu de l’autel, prie Dieu d’agréer, ce sacrifice, en utilisant une prière du prophète Daniel (III, 39-40) qui insiste sur les dispositions intérieures ; privés de tout culte rituel pendant la captivité de Babylone, les Juifs y avaient découvert l’importance du culte en esprit et en vérité. Veni, Sanctificator…Le prêtre demande à Dieu de bénir le sacrifice préparé pour son saint nom. A la messe solennelle, le prêtre bénit l’encens en invoquant saint Michel, avec des réminiscences de Luc I, 11 ; Éphésiens V, 2 ; et Philippiens, IV, 18. Puis il encense l’hostie et le calice en disant : Incensum istud… (réminiscence de l’Apocalypse, VIII, 4). Il encense ensuite la croix et tout l’autel en utilisant trois versets, légèrement adaptés, du psaume 140 : Dirigatur, Domine, oratio mea… Enfin il rend l’encensoir au diacre en exprimant un souhait Accendat innobis…, inspiré de Luc XII,
Après l’encensement ou le Veni, Sanctificator,le prêtre vient à l’extrémité droite de l’autel : un servant lui verse un peu d’eau sur les doigts ; un autre (ou le même) lui présente le linge appelé manuterge, et il s’essuie les doigts. Ce faisant, il dit les versets 6 à 12 du psaume 25 : Lavabo inter innocentes manus meas…,et y ajoute le Gloria Patri (sauf aux messes des morts et du temps de la Passion). Suscipe, Sancta Trinitas…Revenu au milieu de l’autel, le prêtre conclut l’offertoire par cette magnifique prière à la sainte Trinité, qui rappelle le souvenir des mystères de la vie de Notre-Seigneur et invoque l’intercession de la Sainte Vierge et des saints (le mot : istorum désigne les saints dont les reliques sont contenues dans l’autel). Notons que dans les rites dominicains et lyonnais, les prières et les gestes d’offertoire sont notablement différents. Dans le rite dominicain, le vin et l’eau sont versés dans le calice avant la messe, et l’offertoire s’en trouve raccourci d’autant. Orate, Fratres…Ayant baisé l’autel, le prêtre se retourne une dernière fois vers les fidèles, avant le Canon, pour les inviter à la prière ; les mots : ut meum ac vestrum sacrificium…ont été ajoutés par Rémi d’Auxerre (mort en 908). La réponse : Suscipiat…assez tardive (elle n’existe pas dans le rite dominicain), marque bien le rôle unique du prêtre dans l’offrande du saint sacrifice.
2° La secrète, la préface et le sanctus
Ces trois prières marquent la transition entre l’offertoire et le Canon. La secrète est une oraison, propre à la messe du jour, qui demande à Dieu d’agréer les offrandes, en y ajoutant souvent une mention du mystère ou du saint du jour. Elle est suivie des mémoires, comme la collecte. Il est probable que cette prière qui, jusqu’au VIIIe siècle, était la seule prière sacerdotale d’offertoire, s’intitulait primitivement oratio super secreta,prière sur les offrandes mises à part.
Les offrandes de pain et de vin faites par les fidèles dépassant souvent les besoins, on en mettait à part ce qui était nécessaire au saint sacrifice, et le prêtre les offrait par prière. Le mot : Secreta, isolé, est devenu un féminin singulier et a entraîné la récitation à voix basse de ces oraisons, dont la première et la dernière se terminent par la grande conclusion : Per Dominum…
A la fin de la dernière, le prêtre sort de son silence pour chanter :Peromnia saecula saeculorum.Réponse :Amen. Cette conclusion amorce le dialogue de la préface, qui se continue par un Dominus vobiscum, puis par le Sursum corda, réponse : Habemus ad Dominum, déjà mentionné au Ier siècle dans la Lettre de saint Clément et dans la Didaché. Cette invitation à élever nos cœurs vers Dieu est donc à peu près certainement d’origine apostolique, si elle n’est pas de Notre-Seigneur lui-même. Accueillons-la et répondons-y avec tout l’élan de nos cœurs, au moment on va s’accomplir le saint sacrifice. Celui-ci est une eucharistie, une action de grâces, la seule digne de Dieu. Aussi le prêtre continue-t-il : Gratias agamus Domino Deo nostro.Réponse : Dignum et justum est.L’ensemble de ce dialogue de la préface était constitué avant le IVe siècle. Le prêtre chante alors la préface qui, reprenant la dernière réponse des fidèles, commence par : Vere dignum et justum est…
La préface est ainsi appelée parce qu’elle précède immédiatement le Canon de la messe ; elle rappelle sur un ton lyrique la sainte obligation de louer Dieu pour ses bienfaits, par Jésus-Christ Notre-Seigneur, en union avec toute la hiérarchie des anges. La préface commune, qui s’en tient à ce schéma, est la plus employée. Dans le haut Moyen Age, il y avait un très grand nombre de préfaces propres (267 dans le sacramentaire léonien, qui est du VIe siècle). Le sacramentaire gélasien (VIIe siècle) n’en contenait plus que 54. Dès le VIIIe siècle, on n’avait conservé que les dix préfaces propres qui figurent dans le missel de saint Pie V ; à savoir, outre la préface commune, celles de Noël, de l’Épiphanie, du carême, de la croix, de Pâques, de l’Ascension, du Saint-Esprit, de la sainte Trinité, de la Sainte Vierge et des apôtres.
Benoît XV a introduit les préfaces de saint Joseph et des défunts ; Pie XI, les préfaces du Christ-Roi et du Sacré-Cœur. La plupart des diocèses de France ont les préfaces de l’Avent, du Saint-Sacrement (il en existe deux), de la dédicace et de tous les saints.
Depuis le XVIe siècle, la préface de la sainte Trinité (composée au Ve siècle) se dit tous les dimanches qui n’ont pas de préface propre. La préface et son dialogue se chantent sur un récitatif qui en souligne le caractère lyrique. Il en existe trois variantes :
1° le ton férial, usité aux messes des morts, des féries, des fêtes simples et aux messes votives ordinaires ; on prendra bien garde, dans ce cas, de répondre : Habemus ad Dominumet : Dignum et justum est,avec une seule note sur chaque syllabe ;
2° le ton festival, usité pour les dimanches, les fêtes d’un rite supérieur à simple, et les messes votives pro re gravi ;
3° le tonus solemnior,facultatif et d’exécution difficile, pour les grandes fêtes. Toutes les préfaces se terminent par la mention des anges, au chant desquels nous nous unissons « en disant » (dicentes). Vient alors le chant du ciel, le Sanctus,qui se trouve aussi, à cette même place, dans les liturgies orientales. Il est emprunté à la vision d’Isaïe (VI, 3). Le Dieu trois fois saint y est appelé : Dieu des armées, ce qui désigne à la fois les armées célestes (les astres, et les anges) et les armées du peuple élu. Le texte liturgique a gardé le mot hébreu : Sabaoth,que la Vulgate traduit ici par exercituum,ailleurs par : virtutum.Le chant d’Isaïe dit simplement : « La terre est pleine de votre gloire » ; la liturgie dit : « le ciel et la terre » ; et le chant s’achève par : hosanna in excelsis.Là encore, le mot hébreu, qui est une acclamation enthousiaste, n’a pas été traduit. Comme cette acclamation avait été appliquée à Jésus, lors de son entrée triomphale à Jérusalem, le chant d’Isaïe est aussitôt suivi du chant qui salua cette entrée triomphale : Benedictus qui venit…Le graduel romain contient vingt-et-une mélodies du Sanctus. La plus simple (XVIII, usitée aussi à la messe des morts) est un récitatif qui fait suite à celui de la préface. Les autres sont plus ou moins ornées, splendides, dignes du chant de la cour céleste. La plus belle est peut-être le Sanctus IV, malheureusement peu connu.
C’est de tout cœur, avec élan, avec enthousiasme qu’il faut unir nos voix à celle des anges pour acclamer, comme il le mérite, le Dieu trois fois saint et le rédempteur qu’il nous a envoyé. Le servant marque le Sanctus en sonnant trois coups et un roulement.
3° Le Canon
Le Canon est le cœur de la Messe. Pendant des siècles, il fut considéré comme intouchable. Le silence du Canon manifeste :
le mystère,
la crainte sacrée,
l’adoration.
Le prêtre multiplie :
les signes de croix,
les génuflexions,
les baisers de l’autel.
Chaque geste exprime :
le sacrifice,
la présence réelle,
l’immolation mystique du Christ.
Après le Sanctus, le prêtre entre dans le silence sacré pour accomplir la grande action du saint sacrifice. Toute la partie de la messe qui va du Sanctus à la communion est englobée dans le missel romain sous le titre : Infra Actionem.
L’ « acte », c’est évidemment le sacrifice. On a donné aux prières et aux gestes qui l’accompagnent le nom grec de « Canon », règle. Le saint sacrifice ne peut s’accomplir que selon une règle bien fixée, minutieuse, invariable. L’Orient a connu et connaît encore divers formulaires appelés anaphores, pour l’acte du sacrifice. L’Occident n’a qu’un seul formulaire : l’antique et vénérable Canon romain. Sans doute, il n’est pas l’œuvre d’un rédacteur unique ; il s’est constitué au cours des trois ou quatre premiers siècles ; l’Église primitive sentait le besoin d’entourer la consécration, le récit efficace de l’institution, par des prières et des gestes invariables, qui en souligneraient le sens. Le soi-disant Canon d’Hippolyte (IIIe siècle), qu’on a voulu, à notre époque, opposer au Canon romain, n’a eu qu’une existence éphémère ; et il n’est pas inutile de rappeler qu’Hippolyte, s’il est mort martyr, n’en avait pas moins été antipape ; son œuvre rappelle non son martyre mais son usurpation ; elle est d’ailleurs bien médiocre. Les éléments principaux du Canon romain sont antérieurs, et de beaucoup, à la composition d’Hippolyte, et ce qui a été ajouté ensuite ne dépare pas l’apport des tout premiers siècles. Nous présentons brièvement chaque prière du Canon, en renvoyant au missel pour la lecture et l’étude du texte.
Te igitur…Le T initial évoque la croix ; le signe de croix qui marquait ce début est aujourd’hui anticipé au Benedictus. Le mot :
igitur,
donc, se rapporte aux considérants de la préface : Au Dieu très clément, le prêtre demande, par Jésus-Christ, d’agréer le sacrifice qu’il va offrir pour l’Église catholique, en union avec le pape et l’évêque (qu’il nomme) et tous ceux qui sont fermement attachés à la foi catholique : on a gardé ici le mot grec : orthodoxis, en y ajoutant une paraphrase latine. Memento des vivants. Le prêtre recommande ici les personnes qui lui sont chères, les assistants, ceux pour qui le sacrifice est offert, et tous leurs besoins.
Communicantes…
Cette prière s’articule sur deux participes présents ; elle exprime à la fois la communion avec la Sainte Vierge, les apôtres, les martyrs et tous les saints, et la vénération qui leur est due. Douze martyrs antiques sont nommés, dont cinq papes ; les deux plus récents, saint Sixte et saint Laurent, ont subi le martyre en 259 ; ce qui nous donne la date approximative de la composition du communicantes : seconde moitié du IIIe siècle. A Noël, à l’Épiphanie, le jeudi saint, à Pâques, à l’Ascension et à la Pentecôte, on ajoute, au début du communicantes, une incise rappelant le mystère du jour.
Hanc igitur…Le prêtre étend les mains sur, le calice et l’hostie en disant cette prière (la coutume, en France, est de marquer ce geste par une sonnerie) ; c’est une demande à Dieu d’agréer favorablement ce sacrifice de notre servitude.
Saint Grégoire le Grand (590-604) a ajouté l’incise finale : diesque nostros…C’est la dernière addition faite au Canon romain, alors fixé depuis longtemps. On remarquera que le Communicantes et le Hanc igitur se terminent par un : Per Christum Dominum nostrum. Amen qui leur donne une certaine autonomie. A Pâques et à la Pentecôte, on ajoute au début du Hanc igitur une incise relative aux nouveaux baptisés ; le jeudi saint une incise rappelant l’institution, ce jour-là, du saint sacrifice.
Quam oblationem…Une dernière fois, le prêtre, multipliant les signes de croix, demande à Dieu d’agréer cette offrande (du pain et du vin) et d’en faire le Corps et le Sang de Jésus.
4° La consécration
Au moment de la Consécration le Ciel touche la terre. Le prêtre prononce les paroles du Christ. La transsubstantiation s’opère. Le Christ devient présent :
vivant,
glorieux,
réellement là sur l’autel.
Le prêtre s’agenouille immédiatement. Les cloches sonnent. Les fidèles adorent.
L’Hostie est élevée :
comme le Christ élevé sur la Croix.
Le Calice est élevé :
comme le Sang répandu pour la rémission des péchés.
Saint Paul, saint Matthieu, saint Marc et saint Luc nous ont laissé de l’institution de la sainte eucharistie, quatre récits concordants pour l’essentiel, mais comportant de nombreuses variantes de détail. L’Église ne s’assujettit ici à aucun des quatre récits et ne cherche pas davantage à les fondre en un seul. Tout en les serrant d’assez près pour l’essentiel, elle nous donne, de l’institution, un récit qui résulte probablement d’une tradition très ancienne, Nous savons seulement, par le Liber Pontificalis, que le pape saint Alexandre Ier (119-130) a fixé le début du récit : Qui pridie quam pateretur…,et nous avons tout lieu de penser que la formule entière de la double consécration s’est trouvée ainsi définitivement établie ne varietur (pour ne jamais changer), en cette première moitié du IIe siècle.
Le jeudi saint, on dit : Qui pridie quam pronostra omniumque salute pateretur, hoc est hodie… ;accepit panem insanctas ac venerabiles manus suas… ; le prêtre prend l’hostie dans ses mains ; et elevatis oculis in coelum ad te, Deum Patrem suum omnipotentem… ;
le prêtre lève les yeux au ciel ; aucun des quatre récits de l’institution ne mentionne que Jésus ait levé les yeux au ciel à ce moment-là ; mais il l’avait fait lors de la résurrection de Lazare (Jean XI, 41) ; et lors de la multiplication des pains (Marc VI, 41) ; 205:130une tradition orale et liturgique aura conservé le souvenir du même geste au moment de l’institution de l’eucharistie ; …tibi gratiasagens, benedixit (le prêtre fait un signe de croix sur l’hostie), fregit deditque discipulis suis, dicens : Accipite et manducate ex hoc, omnes 𒊹
HOC EST ENIM CORPUS MEUM.
Bien que les paroles consécratoires se rattachent évidemment au récit de l’institution, le missel romain les en distingue nettement par un point, un alinéa et une impression en grosses capitales. En les prononçant, le prêtre, s’identifiant à Notre-Seigneur qui, par le caractère indélébile du sacrement de l’Ordre, l’a rendu participant de son sacerdoce, accomplit réellement ce qu’il dit. Par la vertu des paroles consécratoires, la substance du pain est entièrement transsubstantiée en celle du Corps de Jésus. Jésus est là, présent entre les mains du prêtre, sous les apparences inchangées du pain. Le prêtre fléchit le genou pour l’adorer, élève l’hostie lentement, assez haut pour que les fidèles puissent la voir ; le servant sonne la clochette ; à la messe solennelle, le thuriféraire à genoux encense l’hostie. Les fidèles sont invités à la regarder avec adoration et amour ; c’est une pieuse coutume de dire à voix basse, en la regardant, les paroles de l’apôtre saint Thomas : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »
Le prêtre repose l’hostie sur le corporal et refait la génuflexion. On remarquera que la formule consécratoire ne retient pas les mots : quod pro vobis tradetur (datur),que saint Paul et son disciple saint Luc placent dans la bouche de Notre-Seigneur. Il en est de même dans la liturgie grecque de saint Jean Chrysostome. Saint Matthieu et saint Marc sont les témoins de l’antiquité de la formule sobre retenue par la liturgie. Simili modo,postquam coenatum est, accipiens et hunc praeclarum calicem (réminiscence du psaume XXII, 5) in sanctas ac venerabiles manus suas, (le prêtre prend le calice), item tibi gratias agens, benedixit, (le prêtre fait un signe de croix sur le calice) deditque discipulis suis dicens :Accipite et bibite ex eo omnes 𒊹
HIC EST ENIM CALIX SANGUINIS MEI, NOVI ET AETERNI TESTAMENTI, (MYSTERIUM FIDEI), QUI PRO VOBIS ET PRO MULTIS EFFUNDETUR IN REMISSIONEM PECCATORUM.
Le prêtre fait la génuflexion, en ajoutant : Haec quotiescumque feceritis, in meimemoriam facietis.
Puis, il élève le calice, le repose et refait la génuflexion. Le servant sonne la clochette ; à la messe solennelle, le thuriféraire à genoux encense le calice, que tous regardent, en adorant le Précieux Sang de Jésus. Jésus est désormais présent sous les deux espèces du pain et du vin, tout entier sous chacune d’elles, car il est désormais vivant et glorieux. Il n’y a plus en lui de séparation possible ; mais sa présence sous les deux espèces séparées renouvelle mystérieusement son sacrifice accompli une fois pour toutes sur la croix. Jésus est sur l’autel en état de victime : mystère de foi qu’il nous faut croire de toute notre âme et dont il nous faut vivre.
L’insertion de l’exclamation Mysterium Fidei dans la formule consécratoire remonte à l’antiquité.
En revanche, les génuflexions et les deux élévations ne se sont introduites qu’au XIe siècle, en protestation contre l’hérésie de Béranger de Tours qui fut le premier à attaquer la présence réelle.
Donc enlever la première génuflexion comme dans la messe de Paul VI est un signe grave d'une diminution volontaire de l'expression de notre foi dans le saint sacrifice de la messe.
Pendant mille ans, nul hérétique n’avait osé s’attaquer à ce dogme, et l’Église n’avait pas éprouvé le besoin d’extérioriser sa foi, que nul ne contestait, en la présence de Notre-Seigneur sur l’autel.
Du jour où ce dogme était attaqué, il devenait indispensable de manifester par des signes extérieurs la foi et l’adoration dues à Jésus dans l’eucharistie. L’élévation de l’hostie, introduite par l’initiative de prêtres fervents, se généralisa.
A Paris, elle fut rendue obligatoire par une ordonnance de l’évêque Eudes de Sully (1196-1208) à l’encontre des erreurs des chanceliers Pierre Le Mangeur et Pierre Le Chantre, qui prétendaient que l’hostie n’était consacrée qu’après l’achèvement de la formule de consécration du vin. L’élévation entraînait les génuflexions. L’élévation du calice suivit, avec un certain retard, parce qu’on n’en voyait pas le contenu. Au XVe siècle, les deux élévations et les quatre génuflexions étaient devenues d’usage universel, et Rome eu fit une règle en 1502.
5° La suite du Canon
Unde et memores…
Le prêtre rappelle le souvenir de la bienheureuse Passion, de la résurrection et de l’Ascension de Jésus et prie Dieu d’agréer cette victime pure et sainte.
Cette prière, appelée parfois anamnèse (mémorial), est pleine de réminiscences bibliques : Pierre II, 9 ; I Paralipomènes, XXIX, 13 ; Jean VI, 35 et 59. Supra quae… :c’est une demande d’acceptation du sacrifice, avec rappel des sacrifices d’Abel, d’Abraham et de Melchisédech. Les derniers mots :sanctum Sacrificium, immaculatam Hostiamont été ajoutés par saint Léon le Grand, pape de 440 à 461.
Supplices terogamus…Le prêtre prie Dieu d’ordonner que ce saint sacrifice soit porté sur l’autel céleste « par les mains de son saint ange » : au sens strict, cet ange ne peut être que Notre-Seigneur lui-même ; ce qui n’exclut pas le ministère secondaire des anges à la messe. La seconde moitié de cette prière est une préparation à la communion. C’est une des parties les plus anciennes du Canon : « C’est à peine, disait Innocent III, si l’entendement humain peut en pénétrer le sens. »
Memento des morts : Le prêtre prie pour les défunts et nomme ceux qui lui sont chers ou lui ont été recommandés. La pause indiquée par les lettres N.et N. s’est trouvée renvoyée après les mots : in somno pacis.Nobis quoque peccatoribus…
Le prêtre prononce à haute voix, en se frappant la poitrine, les trois premiers mots de cette prière qui demande pour nous « une petite place » en compagnie des saints, dont une liste, complémentaire de celle du Communicantes, est donnée ici saint Jean-Baptiste, saint Étienne, les deux apôtres surnuméraires saint Mathias et saint Barnabé, puis quatre martyrs et sept femmes martyres ; il semble que sainte Félicité, nommée ici, soit la martyre romaine, mère des sept frères martyrs ; l’homonymie avec sainte Félicité de Carthage aura entraîné la mention de sainte Perpétue. Saint Alexandre, nommé un peu plus haut, peut être un des sept fils de sainte Félicité ; mais, plus probablement, il s’agit du pape saint Alexandre Ier (119-130) qui a fixé le début du récit de l’institution (voir plus haut). La dernière en date des saintes nommées, sainte Lucie, a subi le martyre en 303. Cette prière est une des plus récentes du Canon.
Elle est suivie de deux doxologies, beaucoup plus anciennes, qui soulignent le rôle de médiateur de Notre-Seigneur : c’est par lui que Dieu nous donne et sanctifie tous ses dons. C’est par lui, avec lui et en lui crue tout honneur et toute gloire sont rendus à Dieu le Père en l’unité du Saint-Esprit. Ces deux doxologies sont marquées par de nombreux signes de croix tracés, d’abord par la main du prêtre sur l’hostie et le calice, puis avec l’hostie en dehors et au-dessus du calice ; la seconde doxologie s’achève par la petite élévation de l’hostie et du calice, beaucoup plus ancienne que les deux grandes élévations et destinée non à montrer l’hostie et le calice aux fidèles (le prêtre ne les soulève que légèrement), mais à les présenter à Dieu. Il ne faut pas exagérer l’importance de ce rite ; la coutume de le marquer d’un coup de sonnette est très récente et l’insistance des réformateurs modernes à le « remettre en valeur » cache la volonté de diminuer d’autant l’importance unique de la consécration.
Le prêtre termine le Canon en chantant : Per omnia saecula saeculorum. En répondant : Amen, les fidèles s’associent extérieurement au saint sacrifice offert par le prêtre. Bien entendu, ils s’y sont associés en silence par leur prière intense, que l’Amen final extériorise à la fin du Canon.
La coutume en France, depuis le XVe siècle, était de chanter : O Salutaris Hostia après la consécration ; on peut la reprendre une fois de temps en temps, mais mieux vaut le silence. L’orgue peut jouer, d’un jeu très doux, pendant tout le Canon ; ce qui ne peut que favoriser la prière silencieuse du prêtre et des fidèles.
6° Le pater et son embolisme
Dans la liturgie romaine, depuis saint Grégoire le Grand, le chant du Pater suit immédiatement le Canon, alors qu’au IVe siècle il suivait le baiser de paix et précédait la communion. En la fixant à cette place, saint Grégoire s’est manifestement inspiré de la liturgie grecque. Mais alors qu’en Orient, le Pater est une prière des fidèles seuls (le prêtre continue la messe pendant son chant), en Occident le Pater a toujours été, à la messe, une prière sacerdotale, précédée d’un invitatoire :Oremus,praeceptis…Le prêtre seul chante le Pater jusqu’à : Et ne nos inducas intentationem ;et les fidèles répondent : Sed libera nos a malo.
Ce partage est inscrit dans les deux mélodies très anciennes (ton férial et ton festival) sur lesquelles est chanté le Pater. Ce fut donc une initiative fort audacieuse que de faire dire le Pater par toute l’assistance à certaines messes dialoguées. Lorsque la messe dialoguée fut autorisée à retardement en 1937, le Pater ne fut pas compris dans les chants que les fidèles étaient autorisés à dire avec le prêtre. C’est seulement en 1958 que cette autorisation fut donnée, et seulement pour les messes lues ; le Pater restait réservé au prêtre à la messe chantée.
En 1965, au moment où la langue vulgaire envahissait tout, le chant collectif en fut permis ; et, à cette date, le chant collectif en latin fut, dans bien des cas, le seul moyen de s’opposer au chant en langue vulgaire. On peut donc garder cet usage là où il subsiste ; mais l’idéal est certainement d’en revenir à la tradition constante de l’Église romaine qui réserve le Pater de la messe au prêtre, en n’accordant aux fidèles que la dernière demande.
Nous ne commenterons pas ici le Pater, la meilleure des prières, puisque enseignée par Notre-Seigneur lui-même. Le Panem nostrum quotidianum da nobis hodie s’applique évidemment à la sainte eucharistie, et le Pater entier aux quatre fins du saint sacrifice : adoration, action de grâces, demande de pardon, demande de grâces. Après la réponse des fidèles, le prêtre ajoute : Amen à voix basse et récite (à voix basse également, sauf le vendredi saint) le Libera nos…, appelé « embolisme » du Pater : c’est une paraphrase ou un développement de la dernière demande : « délivrez-nous du mal » ; le : da propitius pacem… annonce le baiser de paix.
En disant la finale : Per eumdem Dominum…, le prêtre fait la génuflexion, prend l’hostie, la brise en deux d’abord, puis en détache un petit morceau. Il achève à haute voix : Peromnia saecula saeculorum. Réponse : Amen. Puis tenant le petit morceau d’hostie, il fait trois signes de croix au-dessus du calice en chantant : Pax Domini sit semper vobiscum. Réponse : Et cum spiritu tuo. Alors le prêtre laisse tomber dans le calice le petit morceau d’hostie, en disant à voix basse : Haec commixtio et consecratio… Le mot consecratio, placé après : commixtioa peut-être ici le sens d’achèvement ; c’est là le dernier rite avant la communion. La fraction du pain était primitivement un geste pratique : on donnait la communion avec des morceaux d’une très grande hostie. Il n’a plus aujourd’hui qu’une portée symbolique.
7° L’Agnus Dei et la préparation à la communion
Le pape Sergius (687-701) a introduit ici le chant d’un triple Agnus Dei, emprunté aux paroles de saint Jean-Baptiste (Jean I, 29 et 36) : les deux premiers se terminent par : miserere nobis ; le troisième par : dona nobis pacem. (A la messe des morts, on dit trois fois : dona eis requiem,et la dernière fois on ajoute : sempiternam.)
Le graduel romain reproduit vingt mélodies de l’Agnus Dei, qui permettent d’en varier le chant. Même les plus ornées sont d’exécution assez facile. Le Pax Domini et le dona nobis pacem ont annoncé clairement le baiser de paix, mais ils demandent la paix au sens le plus large. La prière qui suit (qu’on omet les jeudi et samedi saints et à la messe des morts) insiste sur ce don de la paix et de l’unité pour l’Église. A la messe solennelle, le prêtre donne à ce moment-là le baiser de paix au diacre et au sous-diacre : celui-ci va le donner au plus digne des clercs présents, qui le donne à son voisin, et ainsi de suite ; celui qui donne la paix dit : Pax tecum ; celui qui la reçoit répond : Et cum spiritu tuo. A l’époque de saint Louis, on donnait encore le baiser de paix aux simples fidèles. Il a dû tomber en désuétude au XIVe, siècle ; le missel de saint Pie V ne le prévoit que pour les clercs à la messe solennelle, aux messes d’ordination et, si l’on veut, à la messe conventuelle. Il faut s’en tenir à cette règle, sans chercher à ressusciter pour les laïcs un geste qui a sa beauté, mais qui n’aboutirait aujourd’hui qu’à provoquer le rire et la dissipation. Deux belles prières préparatoires à la communion prennent place ici depuis le IXe siècle. Elles demandent pour nous la purification de tout péché. La première s’appuie sur une parole de l’apôtre saint André au moment de son martyre : « et a te numquam separari permittas » ; la seconde sur une réminiscence du récit de l’institution de la sainte eucharistie par saint Paul : non mihi proveniat in judicium et condemnationem (cf. 1 Corinthiens, XI. 29).
8° La communion
Le saint sacrifice arrive à sa conclusion normale, voulue par Jésus : la communion du prêtre célébrant, seule obligatoire, et celle de tous les fidèles qui le veulent. 205:136Le prêtre fait la génuflexion, prend la grande hostie dans la main gauche, avec la patène entre ses doigts, et ayant dit Panem caelestem accipiam et nomen Domini invocabo (adaptation du psaume CXV, 13), il se frappe trois fois la poitrine en disant à chaque fois cette adaptation de la parole du centurion (Matthieu, VIII, 8) : Domine non sum dignus ut intres sub tectum meum, sed tantum dic verboet sanabitur anima mea. L’usage, en France, est de sonner à chaque fois la clochette. Puis, prenant l’hostie dans la main droite, le prêtre trace avec elle un signe de croix, en disant : Corpus Domininostri Jesu Christi custodiat aninam meam in vitam aeternam. Amen. Et il se nourrit, avec respect et piété, du Corps de Notre-Seigneur. Après un moment (une à deux minutes) de recueillement silencieux, ayant découvert le calice et refait la génuflexion, le prêtre ramasse avec la patène les particules d’hostie qui peuvent se trouver sur le corporal et les fait, du doigt, tomber dans le calice. Il prend le calice de la main droite en disant les versets 12 et 13 du psaume 115 (Credidi) : quidretribuam… Calicem salutaris…, et le verset 4 du psaume 17 : Laudans invocabo… Puis,traçant un signe de croix avec le calice en disant : Sanguis Domini nostri Jesu Christi custodiat animam meam in vitamaeternam. Amen, il consomme le précieux sang ainsi que la parcelle d’hostie qu’il y avait ajoutée. S’il doit y avoir des communions de fidèles, ceux-ci s’approchent de la sainte table. Le servant récite le confiteor (et les communiants peuvent le dire avec lui). Le prêtre ouvre le tabernacle, en sort le ciboire et le découvre (avec deux génuflexions), puis se retourne et récite sur les communiants le Misereatur et (avec un signe de croix sur eux) l’Indulgentiam à la deuxième personne du pluriel.
Ce confiteor et ces deux absolutions déprécatoires, malheureusement supprimés par Jean XXIII en 1960, signe de la révolution moderniste rampante, sont un sacramental très efficace pour l’ultime purification de l’âme des communiants. (Songeons à nos distractions et négligences, si fréquentes, pendant la messe !)
Puis le prêtre refait la génuflexion, prend le ciboire de la main gauche, se retourne, et, prenant une petite hostie de la main droite, il la montre aux communiants en disant : Ecce Agnus Dei, ecce qui tollit peccata mundi (Jean I, 29). Puis il répète pour eux trois fois : Domine, non sum dignus… Les communiants le disent avec lui, en se frappant la poitrine.
Enfin, le prêtre donne la communion aux fidèles qui se sont approchés en disant pour chacun et en traçant un signe de croix avec l’hostie Corpus Domini nostri Jesu Christicustodiat animam tuam in vitam aeternam. Amen. Chaque communiant, à genoux, reçoit avec respect l’hostie sur la langue, l’avale au plus vite, et se retire. Un plateau de communion doit être tenu sous le menton de chaque communiant soit par lui-même, soit par un servant, afin de recueillir l’hostie, si elle venait à tomber. A la messe solennelle, c’est la patène qui est ainsi tenue par le diacre sous le menton des communiants. En outre, la table de communion doit être recouverte d’une nappe, qui recevrait l’hostie au cas où elle tomberait hors du plateau.
On voit, par toutes ces précautions, de quel respect l’Église entoure la sainte eucharistie. Le communiant doit s’en pénétrer. Communier, c’est recevoir Jésus dans la sainte eucharistie. On ne reçoit pas Jésus comme un vulgaire morceau de pain. Il y a des dispositions morales indispensables à la communion. Saint Pie X les rappelle dans son décret recommandant la communion fréquente et même quotidienne. Les dispositions de l’âme indispensables pour communier sont :
1° L’état de grâce, ce qui implique le recours au sacrement de pénitence pour les péchés mortels ;
2° l’intention droite et pieuse, ce qui veut dire qu’on doit communier par amour pour Jésus et pour devenir meilleur. En outre, des dispositions corporelles sont exigées : une tenue décente, des marques extérieures d’adoration, donc normalement la position à genoux ; un décret de 1942 exigeait qu’en outre le communiant fasse la génuflexion avant et après la communion ; enfin, dans la législation actuelle, une heure de jeûne avant la communion, ce qui est vraiment le minimum ; il serait indécent de consommer de l’alcool ou des liqueurs (ou, pour les enfants, de se gaver de friandises et de mâcher du chewing-gum) dans la matinée ou l’après-midi qui précède la communion : pour s’en abstenir, point n’est besoin de défense positive ; il suffit d’un peu de délicatesse. Il n’y a, pour les fidèles, aucune obligation de communier à la messe ; c’est une erreur grave que de dire « Cela ne ressemble à rien d’assister à la messe sans communier », ou : « Ce n’est pas la peine de dire la messe, si personne n’y communie ». La communion du prêtre célébrant suffit à l’intégrité du saint sacrifice. Il n’en reste pas moins que Notre-Seigneur désire, d’un grand désir, se donner à tous ses fidèles, s’ils sont bien disposés.
L’Église a rappelé, au concile de Trente, à une époque où l’on communiait très peu, qu’elle désirerait (optaret) que les fidèles communient. dignement chaque fois qu’ils assistent à la messe. Saint Pie X a exprimé, avec plus de force encore, ce désir. « Que chacun s’éprouve donc, dit saint Paul (c’est-à-dire : qu’il se mette dans les conditions voulues) et qu’ainsi il mange de ce pain et boive de ce calice. »
Nous sommes invités, non contraints. Que chacun réponde de son mieux à l’appel de Jésus en évitant à la fois le scrupule, qui écarte sans raison de la sainte table ; et la routine, qui porte à communier sans ferveur. Les communiants doivent garder un grand recueillement et se plonger dans une prière silencieuse, un cœur à cœur avec Jésus appelé communément action de grâces. Il faut éviter tout ce qui pourrait les en distraire. Une pièce d’orgue peut grandement faciliter le recueillement pendant la communion. Mais nous avons vu des organistes se priver de communion, même le jour de Pâques, pour tenir leur instrument ! C’est un manque de discernement : l’organiste, comme tout fidèle, a droit à la communion.
9° L’action de grâces liturgique.
La communion est suivie de rites de purification accompagnés et suivis d’une brève action de grâces liturgique. Le prêtre, ayant replacé le ciboire dans le tabernacle, tend le calice au servant qui y verse environ la moitié du vin restant dans la burette ; s’il y a un ciboire à purifier, le mieux est de verser cette première ablution dans le ciboire et de la reverser ensuite dans le calice. En tous cas, avant d’absorber cette première ablution, le prêtre doit faire tomber dans le calice toutes les particules d’hosties se trouvant sur la patène, le plateau de communion, éventuellement les ciboire, lunule et custode à purifier. Il accompagne la première ablution d’une prière : Quod ore sumpsimus… remontant au moins au VIIe siècle.
Ayant absorbé la première ablution, le prêtre s’avance vers l’extrémité droite de l’autel, en tenant le calice de telle sorte que les doigts ayant touché l’hostie se trouvent au-dessus de la coupe ; le servant verse sur les doigts du prêtre le reste de vin et d’eau ; le prêtre dit alors une seconde prière du VIIe siècle : Corpus tuum… Puis il s’essuie les doigts avec le purificatoire, absorbe la seconde ablution, s’essuie les lèvres et essuie le calice avec le purificatoire. Il remet purificatoire, patène, pale et voile sur le calice, plie le corporal, le remet dans la bourse et place celle-ci sur le calice ; le servant reporte le missel de gauche à droite.
Pendant ce temps, le chœur chante l’antienne de communion : pièce généralement très courte, d’une mélodie assez ornée ; c’est parfois un chant eucharistique, plus souvent un chant en rapport avec la liturgie du jour, parfois emprunté à l’évangile. On peut, si on en a le temps, y ajouter un ou plusieurs versets de psaume, et répéter l’antienne. Le prêtre vient la lire à son tour dans le missel. Puis il revient au milieu, baise l’autel, se retourne pour un Dominus vobiscum et revient à droite chanter la ou les postcommunions, qui sont les oraisons d’action de grâces en rapport avec la liturgie du jour ; elles suivent les mêmes règles que la collecte. Aux féries de carême, on y ajoute une oraison sur le peuple, précédée d’un Oremus, Humiliate capita vestra Deo. Les fidèles, à genoux, s’inclinent profondément pendant cette oraison. Les communiants doivent normalement s’associer à l’action de grâces liturgique et aux dernières prières de la messe ; ils reprendront ensuite leur action de grâces personnelle.
10° Les rites de Conclusion
Le prêtre revient au milieu, baise l’autel, se retourne, chante Dominus vobiscum, puis : Ite, missa est. (A la messe solennelle, c’est le diacre qui chante : Ite, missa est.) Les fidèles répondent : Deo gratias. Ici, le mot missa signifie : congé, renvoi. C’est donc une formule de congédiement. Comment ce mot : missa en est-il arrivé à désigner l’action même dont il marque le terme, la messe ?
Aucune explication satisfaisante n’a pu être trouvée de ce changement de sens.
Si le Gloria in excelsis n’a pas été dit, l’Ite, missa est est remplacé par : Benedicamus Domino. Aux messes des morts, il est remplacé par : Requiescant in pace. Réponse Amen, et la bénédiction est omise. L’Ite, missa est ou le Benedicamus Domino et la réponse : Deo gratias se chantent le plus souvent sur la mélodie du premier Kyrie. Jusqu’au Xe siècle, la messe se terminait par cette formule de renvoi. Peu à peu, la dévotion des prêtres et des fidèles y a ajouté quelques compléments. Placeat tibi,Sancta Trinitas… Cette belle prière, demandant à la sainte Trinité d’agréer le saint sacrifice et de nous le rendre propice, figure déjà dans des missels du Xe siècle. Saint Pie V l’a fixée à cette place, entre l’Ite, missa est et la bénédiction. La bénédiction a d’abord été un privilège de l’évêque. A partir du Xe ou XIe siècle, le prêtre a pris l’habitude de la donner aussi. L’évêque fait précéder sa bénédiction des versets : Sit Nomen Domini benedictum et Adjutorium nostrum in nomine Domini, et bénit de trois signes de croix.
Après la bénédiction (ou le Placeat, à la messe des morts, qui ne comporte pas de bénédiction), le prêtre va à l’extrémité gauche de l’autel et lit le commencement de l’évangile selon saint Jean. Cette pratique du XIIIe siècle est devenue une règle en 1502. Cette page sublime d’évangile qui nous rappelle l’éternité et la divinité du Verbe et son incarnation clôt admirablement la messe ; on fait la génuflexion à : Et Verbum caro factum est. Une rubrique du missel de saint Pie V (malheureusement supprimée en 1955) prescrit de remplacer l’évangile selon saint Jean par l’évangile du dimanche ou d’une férie de carême et des quatre-temps ou d’une vigile ou du lundi des Rogations si, en ces jours, on dit la messe d’une fête. Ainsi se trouvent sauvegardés les grands évangiles des dimanches et féries majeures, auxquels l’Église attache une grande importance. On ne dit, à la fin de la messe, l’évangile d’une fête de saint commémorée que si ce saint est nommé dans l’évangile ; c’est le cas de saint Pierre, saint Gabriel, saint Jean, sainte Marie-Madeleine, sainte Marthe, saint Jean-Baptiste et saint Raphaël. A la fin du dernier évangile, on répond toujours : Deo gratias.
Il est de la dernière indécence, de la part des fidèles, de quitter l’église avant la fin de la messe. Ceux qui ont communié doivent normalement rester quelques instants pour achever leur action de grâces. Le missel contient un choix important de prières pour la préparation à la messe et pour l’action de grâces ; elles n’ont rien d’obligatoire, mais elles sont très belles. Les prières après la messe basse ne font pas partie de l’action de grâces et n’ont aucun rapport direct avec la messe ; elles ont été instituées par Léon XIII, en raison de la situation créée au pape par l’invasion des États pontificaux. Après le traité du Latran (1929) qui mettait fin à cette situation, elles ont été maintenues par Pie XI à l’intention de la conversion de la Russie. Cette intention garde toute sa valeur. Ces prières se composent de trois Ave Maria, du Salve Regina, d’une longue oraison, d’un exorcisme à saint Michel et d’une triple invocation au Sacré-Cœur. On ne dit jamais ces prières après une messe chantée ou une messe conventuelle ; on peut les omettre après une messe basse présentant un certain caractère de solennité. La messe finie, Jésus reste le plus souvent présent dans le tabernacle ; il est bon, si on le peut, de venir le visiter. Après la communion, il faut garder le recueillement, vivre avec Jésus que nous avons reçu, faire fructifier les grâces qu’il nous a données.
Nous sommes faibles ; la communion est pour nous, non une récompense, mais un remède, un réconfort, une nourriture pour nos âmes, une semence d’éternité, une promesse de résurrection. La dernière, si émouvante, sera le viatique qui nous préparera immédiatement au passage redoutable de cette vie mortelle à la vie qui ne finira pas. Après les purifications nécessaires, nous y retrouverons Jésus, non plus sous les voiles de la sainte eucharistie, mais face à face dans la vision béatifique.
La Communion
La Communion n’est pas un simple symbole. Elle est :
la réception réelle du Christ,
union intime avec Dieu,
nourriture surnaturelle de l’âme.
Mais saint Paul avertit :
« Celui qui mange et boit indignement mange et boit sa condamnation. »
C’est pourquoi l’Église exige :
l’état de grâce,
la confession des péchés mortels,
le jeûne eucharistique,
le respect,
l’adoration.
Dans la Messe traditionnelle :
on reçoit la communion à genoux,
sur la langue.
Cette attitude manifeste :
l’humilité,
l’adoration,
la foi dans la présence réelle.
Être en état de grâce
Communier en état de péché mortel constitue un sacrilège grave. L’âme doit être purifiée par :
la confession,
le repentir,
la conversion.
La confession auriculaire est donc intimement liée à la Messe. Les saints se préparaient longuement avant de communier.
Ils savaient qu’ils recevaient le Roi des rois.
VIII - La Messe et les saints
La Messe traditionnelle a nourri :
saint Thomas d’Aquin,
saint François d’Assise,
saint Ignace de Loyola,
le Curé d’Ars,
Padre Pio,
sainte Thérèse de Lisieux,
d’innombrables martyrs.
Des civilisations entières furent bâties autour d’elle :
cathédrales,
universités,
monastères,
œuvres de charité,
arts sacrés.
La liturgie traditionnelle a façonné la chrétienté.
IX- Le combat depuis les années 1960
Après le 2e concile du Vatican apparut une réforme liturgique majeure. Beaucoup de fidèles eurent le sentiment :
d’une rupture,
d’une perte du sens du sacré,
d’une diminution du silence,
d’un affaiblissement du langage sacrificiel.
De nombreux prêtres et fidèles voulurent conserver la liturgie traditionnelle. Parmi eux :
Mgr Marcel Lefebvre,
Mgr de Castro Mayer,
des communautés religieuses,
des familles,
des jeunes générations.
Ils considéraient défendre :
non une nostalgie,
mais un trésor doctrinal et spirituel.
Le combat pour la Messe traditionnelle devint alors :
un combat pour la foi,
pour la transmission,
pour la continuité catholique.
X - Lex orandi, lex credendi
L’Église enseigne :
Lex orandi, lex credendi.
« La manière de prier façonne la manière de croire. »La liturgie transmet donc la foi. Les gestes, les paroles, les silences et les symboles enseignent :
qui est Dieu,
ce qu’est le sacrifice,
ce qu’est l’Eucharistie,
ce qu’est le sacerdoce.
La Messe traditionnelle exprime puissamment :
l’adoration,
le sacrifice,
la transcendance,
la présence réelle.
XI — Notre attitude à la Messe
Le fidèle doit assister à la Messe :
avec foi,
silence intérieur,
recueillement,
esprit de sacrifice,
amour de Dieu.
La Messe n’est pas un spectacle. On vient :
adorer,
offrir,
réparer,
supplier,
remercier.
Le fidèle s’unit intérieurement au prêtre et au Christ Victime. Les saints recommandaient :
de suivre le missel,
méditer la Passion,
offrir ses peines,
prier pour les âmes,
adorer longuement après la communion.
XII — La beauté liturgique
La beauté de la Messe traditionnelle n’est pas décorative. Elle est théologique. Les :
cierges,
encens,
chants,
ornements,
gestes,
architecture,
silence,
manifestent la gloire de Dieu.
La liturgie catholique cherche à refléter la beauté céleste.
XIII — La Messe et l’éternité
La Messe unit :
la terre,
le purgatoire,
le Ciel.
Les anges assistent invisiblement au Saint Sacrifice. Les saints adorent avec nous. Chaque Messe ouvre mystérieusement l’éternité. Le fidèle qui entre profondément dans la Messe traditionnelle comprend peu à peu :
la grandeur de Dieu,
la gravité du péché,
l’amour du Christ crucifié,
la réalité du Ciel.
XIV — Conclusion
La Messe traditionnelle demeure l’un des plus grands trésors de l’Église catholique. Elle transmet :
la foi des Apôtres,
le sacrifice du Calvaire,
la présence réelle,
l’adoration divine,
la continuité de la Tradition.
Dans un monde agité, bruyant et changeant, elle apparaît comme :
un refuge,
une lumière,
une porte ouverte sur l’éternité.
Elle rappelle sans cesse que le christianisme n’est pas seulement une morale ou une idéologie :
il est la rencontre réelle avec le Dieu vivant rendu présent sur l’autel. Le fidèle qui découvre profondément la Messe traditionnelle découvre souvent :
le silence intérieur,
la beauté sacrée,
la profondeur doctrinale,
et le mystère du Christ crucifié.
Car au cœur de cette liturgie se tient toujours :
Notre-Seigneur Jésus-Christ,
Prêtre éternel,
Victime immolée,
Roi glorieux,
présent réellement pour le salut des âmes et la gloire de Dieu.