11 Feb
11Feb

En 10 ans, de 1970 à 1980, ce sont un million de Français qui cessent de pratiquer dans l’Eglise catholique en France tous les ans.


Janvier 1970

Déclaration de fidélité à la messe traditionnelle par le Père Calmel

          « Je m’en tiens à la messe traditionnelle, celle qui fut codifiée, mais non fabriquée, par saint Pie V, au XVIème siècle, conformément à une coutume plusieurs fois séculaire. Je refuse donc l’Ordo Missae de Paul VI.Pourquoi ? Parce que, en réalité, cet Ordo Missae n’existe pas. Ce qui existe c’est une révolution liturgique universelle et permanente, prise à son compte ou voulue par le pape actuel, et qui revêt, pour le quart d’heure, le masque de l’Ordo Missae du 3 avril 1969. 

     C’est le droit de tout prêtre de refuse de porter le masque de cette révolution liturgique. Et j’estime de mon devoir de prêtre de refuser de célébrer la messe dans un rite équivoque.

     Si nous acceptons ce rite nouveau, qui favorise la confusion entre la messe catholique et la cène protestante –comme le disent équivalemment deux cardinaux et comme le démontrent de solides analyses théologiques– alors nous tomberons sans tarder d’une messe interchangeable (comme le reconnaît du reste un pasteur protestant) dans une messe carrément hérétique et donc nulle. Commencée par le pape, puis abandonné par lui aux Eglises nationales, la réforme révolutionnaire de la messe ira son train d’Enfer. Comment accepter de nous rendre complices ?

     Vous me demanderez : en maintenant, envers et contre tout, la messe de toujours avez-vous réfléchi à quoi vous vous exposez ? Certes. Je m’expose, si je peux dire, à persévérer dans la voie de la fidélité à mon sacerdoce, et donc à rendre au Souverain Prêtre, qui est notre Juge Suprême, l’humble témoignage de mon office de prêtre. Je m’expose encore à rassurer des fidèles désemparés, tentés de scepticisme ou de désespoir. Tout prêtre en effet qui s’en tient au rite de la messe codifié par saint Pie V, le grand pape dominicain de la contre-réforme, permet aux fidèles de participer au saint sacrifice sans équivoque possible ; de communier, sans risque d’être dupe, au Verbe de Dieu incarné et immolé, rendu réellement présent sous les saintes espèces. 

     En revanche, le prêtre qui se plie au nouveau rite, forgé de toutes pièces par Paul VI, collabore pour sa part à instaurer progressivement une messe mensongère où la présence du Christ ne sera plus véritable, mais sera transformée en un mémorial vide ; par le fait même le sacrifice de la Croix ne sera plus réellement et sacramentellement offert à Dieu ; enfin la communion ne sera plus qu’un repas religieux où l’on mangera un peu de pain et boira un peu de vin ; rien d’autre ; comme chez les protestants. 

     – Ne pas consentir à collaborer à l’instauration révolutionnaire d’une messe équivoque, orientée vers la destruction de la messe, ce sera se vouer à quelles mésaventures temporelles, à quels malheurs en ce monde ? Le Seigneur le sait dont la grâce suffit. En vérité la grâce du Cœur de Jésus, dérivée jusqu’à nous par le saint sacrifice et par les sacrements, suffit toujours. C’est pourquoi le Seigneur nous dit si tranquillement : celui qui perd sa vie en ce monde à cause de moi la sauve pour la vie éternelle.Je reconnais sans hésiter l’autorité du Saint Père. J’affirme cependant que tout pape, dans l’exercice de son autorité, peut commettre des abus d’autorités. 

     Je soutiens que le pape Paul VI commet un abus d’autorité d’une gravité exceptionnelle lorsqu’il bâtit un rite nouveau de la messe sur une définition de la messe qui a cessé d’être catholique. « La messe, écrit-il dans son Ordo Missae, est le rassemblement du peuple de Dieu, présidé par un prêtre, pour célébrer le mémorial du Seigneur. » Cette définition insidieuse omet de parti-pris ce qui fait catholique la messe catholique, à jamais irréductible à la cène protestante. Car dans la messe catholique il ne s’agit pas de n’importe quel mémorial ; le mémorial est de telle nature qu’il contient réellement le sacrifice de la Croix, parce que le corps et le sang du Christ sont rendus réellement présents par la vertu de la double consécration. Cela apparaît à ne pouvoir s’y méprendre dans le rite codifié par saint Pie V, mais cela reste flottant et équivoque dans le rite fabriqué par Paul VI. De même, dans la messe catholique, le prêtre n’exerce pas une présidence quelconque ; marqué d’un caractère divin qui le met à part pour l’éternité, il est le ministre du Christ qui fait la messe par lui ; il s’en faut de tout que le prêtre soit assimilable à quelque pasteur, délégué des fidèles pour la bonne tenue de leur assemblée. Cela, qui est tout à fait évident dans le rite de la messe ordonné par saint Pie V, est dissimulé sinon escamoté dans le rite nouveau.

     La simple honnêteté donc, mais infiniment plus l’honneur sacerdotal, me demandent de ne pas avoir l’impudence de trafiquer la messe catholique, reçue au jour de l’Ordination. Puisqu’il s’agit d’être loyal, et surtout en une matière d’une gravité divine, il n’y a pas d’autorité au monde, serait-ce une autorité pontificale, qui puisse m’arrêter. Par ailleurs la première épreuve de fidélité et d’amour que le prêtre ait à donner à Dieu et aux hommes c’est de garder intact le dépôt infiniment précieux qui lui fut confié lorsque l’évêque lui imposa les mains. C’est d’abord sur cette preuve de fidélité et d’amour que je serai jugé par le Juge Suprême. J’attends en toute confiance de la Vierge Marie, la Mère du Souveraine Prêtre, qu’elle m’obtienne de rester fidèle jusqu’à la mort à la messe catholique, véritable et sans équivoque. Tuus sum ego, salvum me fac.

R.Th. Calmel O. P.


     Les études comparant le nouvel ordo missae avec la saint Messe codifiée et fixée à perpétuité par saint Pie V dans sa Bulle Quo primum temporede 1570, concluent à la protestantisation de la messe et donc à son invalidation par vice d’intention, et par conséquent à la perte des fruits surnaturels de la messe. La nouvelle messe copie la messe de Luther, disait Mgr Lefebvre en 1975 dans sa conférence de Florence, publiée dans La Messe traditionnelle, trésor de l’Eglise. La même année, le cardinal Willebrands déclarait au conseil œcuménique des églises : « Nous devons réhabiliter Luther ». Oh Eminence, le même Luther qui qualifiait la saint Messe d’abominable ? Qui écrivait « Quand la Messe sera renversée, je pense que nous aurons renversé toute la Papauté. » L’abolition de la Saint Messe, Sacrifice perpétuel, est en bonne voie lorsque l’on constate Jean-Paul II déclarer « Le recul du temps permet de mieux comprendre la personnalité et l’œuvre du réformateur allemand et de lui rendre justice. » (Paderborn, 21 juin 1996), ou encore François qui expose une statue du moine apostat en plein cœur du Vatican. Toutes les célébrations conciliaires où le rôle de l’assemblée est exalté, où sont privilégiés les concepts de repas, de mémorial, de sacrement, où l’intention de faire ce qu’a toujours fait l’Eglise, condition sine qua non de sa validité, non seulement n’est plus exprimée par les paroles de l’Offertoire et du Canon, puisque les mots-clefs oblation, sacrifice, victime, propitiation ont bien souvent disparu pour complaire aux protestants, mais encore est attaquée par les nouveautés de matière et de forme et par les innovations liturgiques du président d’assemblée. Nous devons nous rappeler, ou apprendre, comme catholiques romains, de la nécessité de la Passion expiatoire, et du sacrifice propitiatoire de Notre Seigneur Jésus-Christ au calvaire dont les fruits nous sont communiqués par le Saint Sacrifice de la messe, source de la sainte Eucharistie, elle-même source des sacrements et de la prière véritable. Or l’intention du prêtre est par nature invisible, elle est douteuse si, non exprimée, l’ambiance de la liturgie festive conciliaire, ses fantaisies, son atmosphère non seulement n’inspirent pas le recueillement si nécessaire pour recevoir avec fruits les grâces du sacrifice et du sacrement, mais laissent douter positivement de sa valeur, alors nulle et contraire à celle de la sainte Eglise.



1er novembre 1970

Mgr François Charrière, évêque de Genève, Fribourg et Lausanne approuve les statuts de la Fraternité Saint-Pie-X.


25 décembre, Noël 1970

Mgr Nestor Adam, évêque de Sion, accepte l'ouverture d'un séminaire à Écône. Admirons le symbolisme : Mgr Adam, portant le nom du premier homme déchu mais racheté par Jésus-Christ, autorise la venue de la grâce de la Tradition, le jour de la naissance de l’Homme Dieu, dans son diocèse afin de perpétuer la nouvelle Sion, l’Eglise catholique, afin que la rédemption de Notre Seigneur puisse continuer de s’opérer dans les âmes.


10 février 1971

       Approbation épiscopale 

Lettre du cardinal John Wright, préfet de la Congrégation pour le Clergé, louant la Fraternité Saint-Pie-X, seule réponse à la demande de Mgr Lefebvre de voir sa fondation devenir de droit pontifical.


29 juin 1972

   Aveu pontifical de taille

Paul VI : « Par quelque fissure, la fumée de Satan est entrée dans le temple de Dieu…On ne se fie plus à l’Eglise… Le doute est entré dans nos consciences, et il est entré par des fenêtres qui devaient être ouvertes à la lumière. » Très Saint Père, l’attachement à la Tradition et aux traditions qui maintiennent notre foi ne sont-elles pas un garant pour notre âme de rester ouverte à la lumière de Dieu ?


10 septembre 1972  

 Un protestant pourrait-il assister à une messe catholique désormais ?

Article de R. Mehl dans Le Monde, p.12 : « SI l’on tient compte de l’évolution décisive de la liturgie catholique, de la possibilité de substituer d’autres prières liturgiques au canon de la Messe, de l’annulation de l’idée que la Messe constitue un sacrifice (…), il n’y a plus de raisons pour que les Eglises de la Réforme interdisent à leurs fidèles de participer à l’Eucharistie dans l’Eglise romaine. »


11 novembre 1974

Mgr Albert Descamps et Mgr Guillaume Onclin, visiteurs apostoliques au séminaire d'Écône. Ils tiennent des propos inacceptables, contraire à la doctrine catholique, aux séminaristes. S'ensuit la déclaration de Mgr Lefebvre de fidélité à la sainte foi catholique.


21 novembre 1974

Déclaration de Mgr Lefebvre dans la revue Itinéraires :

     Nous adhérons de tout cœur, de toute notre âme à la Rome catholique, gardienne de la foi catholique et des traditions nécessaires au maintien de cette foi, à la Rome éternelle, maîtresse de sagesse et de vérité.

     Nous refusons par contre et avons toujours refusé de suivre la Rome de tendance néo-moderniste et néo-protestante qui s’est manifestée clairement dans le concile Vatican II et après le concile dans toutes les réformes qui en sont issues.

     Toutes ces réformes, en effet, ont contribué et contribuent encore à la démolition de l’Église, à la ruine du Sacerdoce, à l’anéantissement du Sacrifice et des Sacrements, à la disparition de la vie religieuse, à un enseignement naturaliste et teilhardien dans les Universités, les Séminaires, la catéchèse, enseignement issu du libéralisme et du protestantisme condamnés maintes fois par le magistère solennel de l’Église.

     Aucune autorité, même la plus élevée dans la hiérarchie, ne peut nous contraindre à abandonner ou à diminuer notre foi catholique clairement exprimée et professée par le magistère de l’Église depuis dix-neuf siècles« S’il arrivait, dit saint Paul, que NOUS-MÊME ou un Ange venu du ciel vous enseigne autre chose que ce que je vous ai enseigné, qu’il soit anathème. » (Gal 1, 8.)N’est-ce pas ce que nous répète le Saint-Père aujourd’hui ? Et si une certaine contradiction se manifestait dans ses paroles et ses actes ainsi que dans les actes des dicastères, alors nous choisissons ce qui a toujours été enseigné et nous faisons la sourde oreille aux nouveautés destructrices de l’Église.

     On ne peut modifier profondément la lex orandi sans modifier la lex credendiÀ messe nouvelle correspond catéchisme nouveau, sacerdoce nouveau, séminaires nouveaux, universités nouvelles, Église charismatique, pentecôtiste, toutes choses opposées à l’orthodoxie et au magistère de toujours.

     Cette Réforme étant issue du libéralisme, du modernisme, est tout entière empoisonnée ; elle sort de l’hérésie et aboutit à l’hérésie, même si tous ses actes ne sont pas formellement hérétiques. Il est donc impossible à tout catholique conscient et fidèle d’adopter cette Réforme et de s’y soumettre de quelque manière que ce soit.

     La seule attitude de fidélité à l’Église et à la doctrine catholique, pour notre salut, est le refus catégorique d’acceptation de la Réforme.

     C’est pourquoi sans aucune rébellion, aucune amertume, aucun ressentiment nous poursuivons notre œuvre de formation sacerdotale sous l’étoile du magistère de toujours, persuadés que nous ne pouvons rendre un service plus grand à la Sainte Église Catholique, au Souverain Pontife et aux générations futures.

     C’est pourquoi nous nous en tenons fermement à tout ce qui a été cru et pratiqué dans la foi, les mœurs, le culte, l’enseignement du catéchisme, la formation du prêtre, l’institution de l’Église, par l’Église de toujours et codifié dans les livres parus avant l’influence moderniste du concile en attendant que la vraie lumière de la Tradition dissipe les ténèbres qui obscurcissent le ciel de la Rome éternelle.

     Ce faisant, avec la grâce de Dieu, le secours de la Vierge Marie, de saint Joseph, de Saint-Pie-X, nous sommes convaincus de demeurer fidèles à l’Église Catholique et Romaine, à tous les successeurs de Pierre, et d’être les « fideles dispensatores mysteriorum Domini Nostri Jesu Christi in Spiritu Sancto ». Amen.


Rome s'agite : les modernistes en place ne veulent pas d'un séminaire traditionnel. 


21 janvier 1975 

Réunion, à Rome, de la commission cardinalice présidée par le cardinal Gagnon. 


24 janvier 1975 

Lettre de Mgr Pierre Mamie, évêque de Genève, Fribourg et Lausanne, au cardinal Arturo Tabera Araoz, préfet de la Congrégation pour les religieux demandant l'autorisation de supprimer la Fraternité Saint-Pie-X. 


13 février et 3 mars 1975 

Mgr Lefebvre comparaît devant la commission cardinalice à Rome. 


25 avril 1975 

Réponse du cardinal Arturo Tabera Araoz à Mgr Pierre Mamie. 


6 mai 1975 

Sentence de la commission présidée par le cardinal Gabriel-Marie Garrone, préfet de la Congrégation pour l’Éducation catholique qui affirme éhontément que la Déclaration de fidélité du 21 novembre 1974 est "en tous points inacceptable". Y compris donc : "Nous adhérons de tout cœur, de toute notre âme à la Rome catholique, gardienne de la foi catholique et des traditions nécessaires au maintien de cette foi, à la Rome éternelle, maîtresse de sagesse et de vérité."   

Lettre de Mgr Mamie à Mgr Lefebvre annonçant la suppression de la Fraternité.




30 mai 1975

Déclaration de Mgr Lefebvre sur la suppression de la Fraternité Saint-Pie-X :

     « Il convient de rappeler qu'avant cette procédure et depuis la fondation de la Fraternité et de son séminaire et surtout son succès auprès des jeunes et sa réputation mondiale, des campagnes de presse étaient déclenchées, contenant des calomnies odieuses comme celle de « Séminaire sauvage », retenue par l'Episcopat français suivi de l'Episcopat suisse, alors que l'évêque de Fribourg savait parfaitement qu'il n'en était rien.Il était évident que des démarches étaient faites alors auprès de Rome pour notre suppression. 

     Or, le 9 novembre, une lettre de la nonciature de Berne nous annonçait qu'une Commission désignée par le Pape et composée des trois cardinaux préfets des congrégations intéressées : Religieux, Education catholique, Clergé, nous envoyait deux visiteurs apostoliques : S. Exc. Mgr Descamps et Mgr Onclin.

     Le lundi 11 novembre à 9 heures du matin les deux visiteurs se présentèrent. Durant trois jours ils interrogèrent dix professeurs, vingt élèves sur les 104 et moi-même. Ils sont partis le 13 novembre à 18 heures sans qu'aucun protocole de visite n'ait été signé. Nous n'avons jamais eu la moindre connaissance de la relation qu'ils ont faite.Persuadé que cette visite était le premier pas accompli en vue de notre suppression, désirée depuis longtemps par tous les progressistes, et constatant que les visiteurs venaient avec le désir de nous aligner sur les changements opérés dans l'Eglise depuis le Concile je décidai de préciser ma pensée devant le Séminaire.

     Je ne pouvais adhérer à cette Rome que représentaient des visiteurs apostoliques qui se permettaient de trouver normale et fatale l'ordination de gens mariés, qui n'admettent pas une vérité immuable, qui émettent des doutes sur la manière traditionnelle de concevoir la Résurrection de Notre-Seigneur. C'est là l'origine de ma déclaration, il est vrai, rédigée dans un sentiment d'indignation, sans doute excessive.Deux mois et demi ont passé sans aucune nouvelle. 

     Le 30 janvier 1975, j'étais invité par lettre signée par les membres de la Commission à venir à Rome « m'entretenir » avec eux « des points qui laissent quelque perplexité ».Répondant à cette invitation, je me suis rendu le 13 février 1975 à la congrégation de l'Education catholique. Leurs Eminences les cardinaux Garrone, Wright et Tabera accompagnés d'un secrétaire m'ont invité à prendre place avec eux autour d'une table de conférence, S. Em. le cardinal Garrone m'a demandé si je ne voyais pas d'inconvénient à ce que la conversation soit enregistrée et le secrétaire a installé le magnétophone. Après m'avoir dit la bonne impression recueillie par les visiteurs apostoliques, il n'a plus été question ni le 13 février, ni le 3 mars de la Fraternité et du séminaire. Il n'a été question que de ma déclaration du 21 novembre 1974 faite à la suite de la visite apostolique. Avec véhémence, le cardinal Garrone m'a reproché cette déclaration, allant jusqu'à me traiter de « fou », me disant que « je me faisais Athanase » et cela pendant vingt-cinq minutes. Le cardinal Tabera renchérit, me disant que « ce que vous faites est pire que ce que font tous les progressistes », que « j'avais rompu la communion avec l'Eglise », etc.

     Me trouvais-je devant des interlocuteurs ? ou plutôt des juges ? Quelle était la compétence de cette Commission ? On m'affirmait seulement qu'elle était mandatée par le Saint-Père et que c'est lui qui jugerait. Il était clair que tout était jugé.J'ai essayé en vain de formuler des arguments, des explications qui indiquaient le sens exact de ma déclaration. J'affirmais que je respectais et respecterai toujours le Pape et les évêques, mais qu'il ne me paraissait pas évident que critiquer certains textes du Concile et les réformes qui s'en sont suivies équivalait à une rupture avec l'Eglise, que je m'efforçais de déterminer les causes profondes de la crise que subit l'Eglise et que toute mon action prouvait mon désir de construire l'Eglise et non de la détruire. Mais aucun argument n'était pris en considération. Le cardinal Garrone m'affirmait que la cause de la crise se situait dans les moyens de communication sociale.

     A la fin de la séance du 13 février, comme à la fin de celle du 3 mars, j'ai eu l'impression d'avoir été trompé: on m'invitait pour un entretien et en fait j'avais à faire à un tribunal décidé à me condamner. Rien n'a été fait pour m'aider à un compromis ou à une solution amiable. Aucun écrit ne m'a été donné pour préciser les accusations, aucune monition écrite. Seul l'argument d'autorité accompagné de menaces et d'invectives m'a été présenté pendant cinq heures d'entretien.A la suite de la deuxième séance, j'ai demandé la copie de l'enregistrement. Le cardinal Garrone m'a répondu qu'il était bien juste que j'aie une copie, que c'était mon droit et en fit part à son secrétaire. J'envoyais le soir même une personne munie des appareils nécessaires. Mais le secrétaire affirme qu'il ne s'agissait que d'une transcription. J'allais moi-même le lendemain demander cette copie. Le secrétaire se rendit alors chez le cardinal et revint me dire que c'était bien d'une transcription qu'il s'agissait. Elle m'était promise pour le lendemain soir. Pour m'assurer qu'elle était prête, je téléphonai le lendemain matin. Le secrétaire me dit alors qu'il n'était pas question de donner une transcription mais que je pouvais venir la voir de 17 h à 20 h. Devant de tels procédés, je me suis abstenu.

     Ainsi donc, après ce simulacre de procès fait d'une visite soi-disant favorable avec de légères réserves et de deux entretiens qui n'ont porté que sur ma déclaration pour la condamner totalement sans réserve, sans nuances, sans examen concret et sans qu'il me soit remis le moindre écrit, je recevais coup sur coup une lettre de S. Exc. Mgr Mamie supprimant la Fraternité et le séminaire avec l'approbation de la Commission cardinalice, puis une lettre de la Commission confirmant la lettre de Mgr Mamie sans que soit formulée une accusation formelle et précise sur des propositions données. Et la décision, dit Mgr Mamie, est « immédiatement exécutive ».Je devais donc immédiatement renvoyer du séminaire 104 séminaristes, 13 professeurs et le personnel, et cela deux mois avant la fin de l'année scolaire ! Il suffit d'écrire ces choses pour deviner ce que peuvent penser les personnes qui ont encore un peu de sens commun et d'honnêteté. Nous étions au 8 mai de l'année de la réconciliation !

     Le Saint-Père a-t-il vraiment eu connaissance de ces choses ? Nous avons peine à le croire. »


29 juin 1975

Lettre de Paul VI à Mgr Lefebvre : « Le deuxième concile du Vatican ne fait pas moins autorité, il est même sous certains aspects plus important que celui de Nicée ».


8 septembre 1975

Lettre manuscrite de Paul VI à Mgr Lefebvre :

          « À notre frère dans l’épiscopat, Marcel Lefebvre, ancien archevêque-évêque de Tulle.

     La conscience de la mission que le Seigneur nous a confiée nous a conduit, le 29 juin dernier, à vous adresser une exhortation, pressante et fraternelle à la fois. Depuis cette date, nous attendons chaque jour un signe de votre part, exprimant votre soumission — mieux que cela: votre attachement et votre fidélité sans réserve — au Vicaire du Christ. 

     Rien n’est encore venu. Il semble que vous n’ayez renoncé à aucune de vos activités et que vous formiez, même, de nouveaux projets.Peut-être estimez-vous que vos intentions sont mal comprises ? Peut-être croyez-vous le Pape mal informé, ou objet de pressions ? Cher Frère, votre attitude est si grave à nos yeux que — nous vous le répétons — nous l’avons nous-même attentivement examinée, dans toutes ses composantes, avec le souci premier du bien de l’Église et une particulière attention aux personnes. 

     La décision que nous vous avons confirmée par notre précédente lettre, c’est après mûre réflexion et devant le Seigneur que nous l’avons prise.Il est temps, désormais, que vous vous prononciez clairement. Malgré la peine que nous éprouverions à rendre publiques nos interventions, nous ne pourrions plus tarder à le faire si vous ne nous déclarez bientôt votre entière soumission. 

     De grâce, ne nous contraignez pas à une telle mesure, ni à sanctionner ensuite un refus d’obéissance.

     Priez l’Esprit Saint, cher Frère, il vous montrera les renoncements nécessaires et vous aidera à rentrer dans la voie d’une pleine communion avec l’Église et avec le Successeur de Pierre. Nous-même, l’invoquons sur vous, en vous redisant notre affection et notre affliction. »


24 septembre 1975

Réponse de Mgr Lefebvre à Paul VI :

          « Très Saint-Père,Si ma réponse à la lettre de Votre Sainteté est tardive, c’est qu’il me répugnait de faire un acte public qui aurait pu faire penser que j’avais la prétention de traiter d’égal à égal vis-à-vis du Successeur de Pierre.

     Par contre, je m’empresse, sur les conseils de la Nonciature, d’écrire ces quelques lignes à Votre Sainteté pour lui exprimer mon attachement sans réserve au Saint-Siège et au Vicaire du Christ. Je regrette vivement qu’on ait pu mettre en doute mes sentiments à cet égard et que certaines de mes expressions aient été mal interprétées.

     C’est à son Vicaire que Jésus-Christ a confié la charge de confirmer ses frères dans la foi et qu’il demande de veiller à ce que chaque évêque garde fidèlement le dépôt, selon les paroles de saint Paul à Timothée.

     C’est cette conviction qui me guide et m’a toujours guidé dans toute ma vie sacerdotale et apostolique. C’est cette foi que je m’efforce, avec le secours de Dieu, d’inoculer à la jeunesse qui se prépare au sacerdoce.

     Cette foi est l’âme du catholicisme, affirmée par les Évangiles : « Sur cette pierre, je fonderai mon Église. »Je renouvelle de tout cœur ma dévotion envers le Successeur de Pierre, « Maître de vérité » pour toute l’Église « columna et firmamentum Veritatis ». »


21 avril 1976

Lettre de Mgr Giovanni Benelli, substitut de la Secrétairerie d’État, à Mgr Lefebvre, lui demandant d'accepter le Nouvel Ordo :

          « Monseigneur,Il y a maintenant un mois que nous nous sommes rencontrés. En vous présentant mes vœux à l’occasion des fêtes pascales, je voudrais vous redire combien je suis heureux de ce que notre rencontre se doit déroulée dans la clarté, et aussi combien se fait chaque jour plus vive l’attente de votre retour à cette communion effective avec le Pape Paul VI, que la célébration de la Résurrection demande et que cet entretien avait laissé espérer. Vous vous souvenez certainement, en effet, de la démarche envisagée comme la plus propre pour parvenir à cet heureux résultat. Après avoir réfléchi, seul devant Dieu, vous écrivez au Saint-Père pour lui dire votre acceptation du concile Vatican II et de tous ses documents, affirmer votre plein attachement à la personne de Sa Sainteté Paul VI et à la totalité de son enseignement, en vous engageant, comme preuve concrète de votre soumission au successeur de Pierre, à adopter et à faire adopter dans les maisons qui dépendent de vous, le missel qu’il a lui-même promulgué en vertu de sa suprême autorité apostolique.Comment ne comprendrais-je pas ce qu’une telle démarche peut avoir de coûteux ? Peut-être cela explique-t-il que vous hésitiez encore à franchir le pas. Peut-il cependant exister une autre voie ? Je m’adresse à vous comme un frère, avec espoir et confiance : ce pas est possible ; il faut le faire pour le bien de toute l’Église et de ceux qui nous regardent de l’extérieur, et je désire tout faire pour vous y aider.Nous avons fêté Pâques il y a quelques jours. Le Christ Sauveur indique la route. Pour s’unir à Lui, il n’y a pas d’autre chemin que de tout remettre entre ses mains. Je prie de tout cœur afin que vous y parveniez, et que vous procuriez ainsi, à son vicaire sur la terre, la joie profonde qu’il attend avec impatience.

     Croyez, Monseigneur, à mes sentiments fraternellement dévoués. » 


24 mai 1976

Discours de Paul VI devant le consistoire : « L’adoption du nouvel Ordo Missae n’est certainement pas laissée à la libre décision des prêtres ou des fidèles... Le nouvel Ordo a été promulgué pour prendre la place de l’ancien ».


22 juin 1976

Lettre de Mgr Lefebvre à Paul VI :

          « Très Saint-Père

     Que Votre Sainteté veuille bien comprendre la douleur qui m'étreint et ma stupéfaction en entendant, d'une part, les appels paternels que Votre Sainteté m'adresse et, d'autre part, la cruauté des coups qui ne cessent de nous frapper, dont le dernier atteint surtout mes chers séminaristes et leurs familles à la veille de leur sacerdoce, auquel ils se sont préparés depuis cinq et six années.

     Votre Sainteté me connaît depuis 1948 et sait parfaitement quelle est la foi que je professe, qui est celle de son Credo, et connaît également ma profonde soumission au successeur de Pierre, que je renouvelle dans les mains de Votre Sainteté.

     Le trouble et la confusion répandus dans l'Eglise ces dernières années que Votre Sainteté dénonce dans son discours au dernier Consistoire, sont précisément la raison des graves réserves que nous faisons sur une adaptation périlleuse de l'Eglise au monde moderne.Mais je suis intimement persuadé être en pleine communion de pensée et de foi avec Votre Sainteté. 

     Je supplie donc Votre Sainteté de nous permettre un dialogue avec des envoyés choisis par elle, parmi les cardinaux qui nous connaissent depuis longtemps, et la grâce de Dieu aidant, il ne fait pas de doute que les difficultés s'aplaniront.

     Espérant que cette suggestion agréera à Votre Sainteté, je l'assure de mon entière disponibilité, de ma respectueuse et filiale affection in Christo et Maria. »


25 juin 1976

Lettre de Mgr Benelli à Mgr Lefebvre lui demandant de renoncer aux ordinations prévues :

          « Monseigneur,

     Le Saint-Père vient de recevoir votre lettre du 22 juin. Il me charge de vous transmettre sa pensée à ce sujet. Certes, comme je vous l’avais dit moi-même en avril dernier dans une lettre fraternelle, ce qui vous est demandé requiert de votre part une obéissance courageuse, d’autant plus que vous avez volontairement poursuivi votre chemin dans ce qui était manifestement une impasse. 

     Mais vous ne sauriez qualifier de « cruauté » l’attitude du Saint-Siège qui ne fait que prendre acte de votre propre comportement et adopter les mesures que celui-ci appelle.Le 19 mars, je vous avais dit très franchement ce qui, dans vos jugements négatifs sur le Concile, dans vos propos fréquents sur les organismes du Saint-Siège et leurs directives en application du Concile, dans votre façon de procéder à l’encontre de la responsabilité des autres évêques dans leurs diocèses respectifs, était inadmissible pour Sa Sainteté, contraire à la communion ecclésiale et dommageable pour l’unité et la paix de l’Église. 

Il vous était seulement demandé d’admettre clairement votre tort sur ces points nécessaires pour toute âme catholique, après quoi on aurait étudié la façon la meilleure de faire face aux problèmes pendants posés par vos œuvres.

     Or non seulement vous ne l’avez pas fait depuis plus de trois mois, malgré vos promesses, mais vous avez continué dans la même ligne, prenant même de nouvelles initiatives dans plusieurs régions d’Europe et d’Amérique. Ce scandale public ne pouvait qu’attirer l’admonestation publique du Saint-Père, le 24 mai dernier

     Vous avez remarqué d’ailleurs que le Saint-Père s’oppose avec la même fermeté aux abus qui se font dans l’autre sens, en marge et à l’encontre du vrai sens conciliaire, et que vous prétendez être à l’origine de votre attitude. Or même après cet appel sévère, mais paternel et ouvert à l’espérance, vous vous obstinez et voulez ordonner des prêtres dans le même esprit, sous votre propre responsabilité, indépendamment des Ordinaires des lieux, dans le cadre d’une Œuvre que l’autorité ecclésiastique compétente a juridiquement suspendue.

     Le Saint-Père me charge aujourd’hui même de confirmer la mesure qui vous a été intimée en son nom, de mandata speciali : vous abstenir actuellement de conférer des séminaristes ordinands : c’est justement l’occasion de leur expliquer, ainsi qu’à leurs familles, que vous ne pouvez les ordonner au service de l’Église contre la volonté du Pasteur suprême de l’Église. Il n’y a rien de désespérant dans leurs cas : s’ils sont de bonne volonté et sérieusement préparés à un ministère presbytéral dans la fidélité véritable à l’Église conciliaire, on se chargera de trouver ensuite la meilleure solution pour eux, mais qu’ils commencent d’abord, eux aussi, par cet acte d’obéissance à l’Église. Ils n’ont d’ailleurs pas manqué d’être prévenus à temps. 

     En cas de transgression, ils doivent savoir qu’ils s’exposent à la peine canonique prévue au can. 2374 ; et si, témérairement, ils ne voulaient pas en tenir compte, ils s’exposent à l’irrégularité (cf. can. 985, §7), tandis que l’Ordinant encourrait la suspension pour un an ab ordinum collatione, selon le can. 2373 §1 et 3, même indépendamment du précepte qui lui a été communiqué récemment par l’intermédiaire du nonce apostolique.Le R. P. Dhanis, consulteur de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et professeur à l’université pontificale grégorienne, vous portera cette lettre. Encore que tout soit bien clair, il va sans dire qu’il est prêt à donner telle ou telle explication que vous pourriez souhaiter.

     Veuillez agréer, Monseigneur, l’assurance de ma prière à vos intentions en cette grave circonstance, et de mon dévouement en N.S. »



29 juin 1976

Malgré l'interdiction de Rome, Mgr Lefebvre ordonne de nouveaux prêtres à Écône, son sermon :

     « Mes bien chers amis, mes bien chers confrères, mes bien chers frères, qui êtes venus de tous les pays, de tous les horizons, c’est une joie pour nous de vous accueillir et de vous sentir si près de nous en ce moment, si important pour notre Fraternité et aussi pour l’Eglise. Je pense, en effet, que si des pèlerins se sont permis de faire le sacrifice de voyager nuit et jour, de venir de régions très éloignées pour participer à cette cérémonie, c’est qu’ils avaient la conviction qu’ils venaient assister à une cérémonie d’Eglise, participer à une cérémonie qui réjouira leur cœur, parce qu’ils auront ainsi la certitude, en rentrant chez eux, que l’Eglise catholique continue.


Les pressions de Rome

     Oh! je le sais bien, les difficultés sont nombreuses dans cette entreprise que l’on nous dit être téméraire. On nous dit que nous sommes dans une impasse. Pourquoi? Parce que de Rome nous sont venus, surtout depuis trois mois, en particulier depuis le 19 mars, fête de saint Joseph, des objurgations, des supplications, des ordres, des menaces, pour nous dire de cesser notre activité, pour nous dire de ne pas faire ces ordinations sacerdotales. Elles ont été pressantes ces derniers jours: depuis douze jours, spécialement, nous ne cessons de recevoir des messages ou des envoyés de Rome, nous enjoignant de nous abstenir de faire ces ordinations. Mais si, en toute objectivité, nous cherchons quel est le motif véritable qui anime ceux qui nous demandent de ne pas faire ces ordinations, si nous recherchons leur motif profond, nous trouvons que c’est parce que nous ordonnons ces prêtres, afin qu’ils disent la messe de toujours. Et c’est parce que l’on sait que ces prêtres seront fidèles à la messe de l’Eglise, à la messe de la Tradition, à la messe de toujours, qu’on nous presse de ne pas les ordonner. Je n’en veux pour preuve que ce fait: six fois depuis trois semaines, six fois on nous a demandé de rétablir des relations normales avec Rome et, comme témoignage, de recevoir le rite nouveau et de le célébrer moi-même. On est allé jusqu’à m’envoyer quelqu’un qui m’a offert de concélébrer avec moi dans le rite nouveau, afin de manifester que j’acceptais volontiers cette nouvelle liturgie, et qui m’a dit que, de ce fait, tout serait aplani entre nous et Rome. On m’a mis dans les mains un missel nouveau, en me disant: « Voilà la messe que vous devez célébrer et que vous célébrerez désormais dans toutes vos maisons.» On m’a dit également que, si en cette date, aujourd’hui, ce 29 juin, devant toute notre assemblée, nous célébrions une messe selon le nouveau rite, tout serait aplani alors entre nous et Rome. Ainsi il est clair, il est net que c’est sur le problème de la messe que se joue tout le drame entre Ecône et Rome.


La nouvelle messe, symbole d'une foi nouvelle

     Avons-nous tort de nous obstiner à vouloir garder le rite de toujours? Certes, nous avons prié, nous avons consulté, nous avons réfléchi, nous avons médité pour savoir si vraiment c’est nous qui étions dans l’erreur ou si réellement nous n’avions pas de raison suffisante de ne pas nous soumettre à ce nouveau rite. Eh bien, justement, l’insistance que mettent ceux qui nous sont envoyés de Rome pour nous demander de changer de rite, nous fait réfléchir, et nous avons la conviction que précisément ce rite nouveau de la messe exprime une nouvelle foi, une foi qui n’est pas la nôtre, une foi qui n’est pas la foi catholique.Cette nouvelle messe est un symbole, une expression, une image d’une foi nouvelle, d’une foi moderniste, car si la Sainte Eglise a voulu garder tout au cours des siècles, ce trésor précieux qu’elle nous a donné du rite de la sainte messe canonisée par saint Pie V, ce n’est pas pour rien. C’est parce que dans cette messe se trouve toute notre foi, toute la foi catholique: la foi dans la Sainte Trinité, la foi dans la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, la foi dans le Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui a coulé pour la rédemption de nos péchés, la foi dans la grâce surnaturelle, qui nous vient du Saint Sacrifice de la messe, qui nous vient de la Croix, qui nous vient par tous les sacrements. Voilà ce que nous croyons en célébrant le Saint Sacrifice de la messe de toujours. Cette messe est une leçon de foi, indispensable pour nous en cette époque où notre foi est attaquée de toutes parts. Nous avons besoin de cette messe véritable, de cette messe de toujours, de ce Sacrifice de Notre-Seigneur Jésus-Christ.


C'est la notion protestante de la messe qui s'introduit dans la Sainte Eglise

     Or, il est évident que ce rite nouveau, sous-tendu – si je puis dire – suppose une autre conception de la religion catholique, une autre religion. Ce n’est plus le prêtre qui offre la messe, c’est l’assemblée. Cela est tout un programme. Désormais, c’est l’assemblée aussi qui remplace l’autorité dans l’Eglise: c’est l’assemblée épiscopale qui remplace le pouvoir des évêques, c’est le conseil presbytéral qui remplace le pouvoir de l’évêque dans le diocèse, c’est le nombre qui commande désormais dans la Sainte Eglise, et cela est exprimé dans la messe précisément en ce que l’assemblée remplace le prêtre, à tel point que maintenant beaucoup de prêtres ne veulent plus célébrer la sainte messe quand il n’y a pas d’assemblée. Tout doucement, c’est la notion protestante de la messe qui s’introduit dans la Sainte Eglise. Et cela est conforme à la mentalité de l’homme moderne, à la mentalité de l’homme moderniste, cela lui est absolument conforme. Car, c’est l’idéal démocratique qui est fondamentalement l’idéal de l’homme moderne: pour lui, le pouvoir est dans l’assemblée, l’autorité est dans les hommes, dans la masse, et non pas en Dieu. Nous, nous croyons que Dieu est tout-puissant, nous croyons que Dieu a toute autorité, nous croyons que toute autorité vient de Dieu: Omnis protestas a Deo. Nous ne croyons pas, nous, que l’autorité vient du peuple, que l’autorité vient de la base, comme le veut la mentalité de l’homme moderne. Or, la nouvelle messe n’en est pas moins l’expression de cette idée que l’autorité se trouve à la base et non plus en Dieu. Cette messe n’est pas une messe hiérarchique, c’est une messe démocratique, et cela est très grave. C’est l’expression de toute une nouvelle idéologie: on a fait entrer l’idéologie de l’homme moderne dans nos rites les plus sacrés. Et c’est cela qui corrompt actuellement toute l’Eglise, car par cette idée de pouvoir accordé à la base dans la sainte messe, on détruit le sacerdoce, on est en train de détruire le sacerdoce.


Le vrai sacerdoce - Nouveau sacerdoce

     Le prêtre n’aura plus un pouvoir personnel, ce pouvoir qui lui est donné par son ordination, comme vont le recevoir dans un instant ces futurs prêtres. Ils vont recevoir un caractère qui va les mettre au-dessus du Peuple de Dieu. Ils ne pourront jamais plus dire après cette cérémonie qu’ils sont des hommes comme les autres. Ce n’est pas vrai: ils ne seront plus des hommes comme les autres, ils seront des hommes de Dieu. Ils seront des hommes qui participent à la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ en participant à son caractère sacerdotal. Car Notre-Seigneur Jésus-Christ est prêtre pour l’éternité, prêtre selon l’ordre de Melchisédech, parce que la divinité du Verbe de Dieu a été infusée dans cette humanité qu’Il a assumée. Et c’est au moment où Il a assumé cette humanité dans le sein de la Très Sainte Vierge Marie que Jésus est devenu prêtre.La grâce à laquelle ces jeunes prêtres vont participer n’est pas la grâce sanctifiante, à laquelle Notre-Seigneur Jésus-Christ nous fait participer par la grâce du baptême ; c’est la grâce d’union, cette grâce d’union unique à Notre-Seigneur Jésus-Christ. C’est à cette grâce qu’ils vont participer, car c’est par sa grâce d’union à la divinité de Dieu, à la divinité du Verbe, que Notre-Seigneur Jésus-Christ est devenu prêtre, que Notre-Seigneur Jésus-Christ est roi, que Notre-Seigneur Jésus-Christ est juge, que Notre-Seigneur Jésus-Christ doit être adoré par tous les hommes. Par la grâce d’union, grâce sublime, grâce que jamais aucun être ici-bas n’a pu concevoir, cette grâce de la divinité même, descendant dans une humanité qui est celle de Notre-Seigneur Jésus-Christ, l’oignant en quelque sorte comme l’huile qui descend sur la tête et qui consacre celui qui la reçoit, l’humanité de Notre-Seigneur Jésus-Christ était pénétrée par la divinité du Verbe de Dieu et c’est ainsi qu’il a été fait prêtre, qu’il a été fait médiateur entre Dieu et les hommes, et c’est à cette grâce-là que vont participer ces prêtres, c’est elle qui les mettra au-dessus du peuple de Dieu. Eux aussi, ils seront les intermédiaires entre Dieu et son peuple. Ils ne seront pas seulement les représentants du peuple de Dieu, ils ne seront pas les mandatés du peuple de Dieu, ils ne seront pas seulement les présidents de l’assemblée. Ils seront prêtres pour l’éternité, marqués de ce caractère pour l’éternité. Et personne n’a le droit de ne pas les respecter. Même si eux, ils ne respectaient pas ce caractère, ils l’ont toujours en eux, ils l’auront toujours en eux.Voilà ce que nous croyons, voilà quelle est notre foi et voilà ce qui constitue notre Saint Sacrifice de la messe. C’est le prêtre qui offre le Saint Sacrifice de la messe. Les fidèles participent, certes, à cette offrande de tout leur cœur, de toute leur âme, mais ce ne sont pas eux qui l’offrent. La preuve: le prêtre, quand il est seul, offre le Sacrifice de la messe de la même manière et avec la même valeur que s’il y avait mille personnes qui l’entouraient ; son sacrifice a une valeur infinie car il n’est autre que le sacrifice de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Voilà ce que nous croyons, et c’est pourquoi nous pensons que nous ne pouvons pas accepter ce rite nouveau, qui est l’œuvre d’une idéologie autre, d’une idéologie nouvelle.


On a cru attirer le monde en prenant ses idées

     On a cru attirer à l’Eglise les gens qui ne croient pas, en prenant leurs idées, en prenant les idées de l’homme moderne, de cet homme moderne qui est un homme libéral, un homme moderniste, un homme qui accepte la pluralité des religions, mais n’accepte plus la royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Cela, je l’ai entendu par deux fois des envoyés du Saint-Siège, qui m’ont dit que la royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus-Christ n’était plus possible en notre temps, qu’il fallait accepter définitivement le pluralisme des religions, que l’encyclique Quas primas sur la royauté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, cette encyclique si belle qui a été écrite par le pape Pie XI, ne serait plus écrite aujourd’hui par le pape. Voilà ce que m’ont dit les envoyés officiels du Saint-Siège.Eh bien, nous ne sommes pas de cette religion, nous n’acceptons pas cette nouvelle religion. Nous sommes de la religion de toujours, nous sommes de la religion catholique, nous ne sommes pas de cette religion universelle, comme ils l’appellent aujourd’hui. Ce n’est plus la religion catholique. Nous ne sommes pas de cette religion libérale, moderniste, qui a son culte, ses prêtres, sa foi, ses catéchismes, sa bible – sa bible œcuménique. Nous ne les acceptons pas, nous n’acceptons pas la bible œcuménique. Il n’y a pas de bible œcuménique, il y a la Bible de Dieu, la Bible de l’Esprit-Saint, qui a été écrite sous l’influence de l’Esprit-Saint! C’est la parole de Dieu, nous n’avons pas le droit de la mélanger avec la parole des hommes! Il n’y a pas de bible œcuménique qui puisse exister, il n’y a qu’une parole, la Parole du Saint-Esprit. Nous n’acceptons pas les catéchismes qui n’affirment plus notre Credo. Et ainsi de suite, nous ne pouvons pas accepter ces choses-là. C’est contraire à notre foi, nous le regrettons infiniment, cela nous est une douleur immense, immense, de penser que nous sommes en difficulté avec Rome à cause de notre foi! Comment est-ce possible? C’est une chose qui dépasse notre imagination, que jamais nous n’aurions pu penser, que jamais nous n’aurions pu croire, surtout dans notre enfance, alors que tout était uniforme, que l’Eglise croyait en son unité générale, qu’elle avait la même foi, les mêmes sacrements, le même Sacrifice de la messe, le même catéchisme. Voilà que, tout à coup, tout cela est dans la division, dans le déchirement.


La nouvelle religion, cause de déchirements

     Je l’ai dit à ceux qui sont venus de Rome: Des chrétiens sont déchirés dans leur famille, dans leur foyer, parmi leurs enfants, ils sont déchirés dans leur cœur à cause de cette division dans l’Eglise, de cette nouvelle religion que l’on enseigne et que l’on pratique. Des prêtres meurent prématurément, déchirés dans leur cœur et dans leur âme de penser qu’ils ne savent plus que faire: ou se soumettre à l’obéissance et perdre en quelque sorte la foi de leur enfance et de leur jeunesse, et renoncer aux promesses qu’ils ont faites au moment de leur sacerdoce, en prêtant le serment anti-moderniste, ou alors avoir l’impression de se séparer de celui qui est notre Père, le pape, de celui qui est le Successeur de Pierre. Quel déchirement pour les prêtres! Des prêtres, beaucoup de prêtres sont morts prématurément de douleur. Des prêtres sont maintenant chassés de leurs églises, persécutés, parce qu’ils disent la messe de toujours! Nous sommes dans une situation vraiment dramatique! Alors, nous avons à choisir entre une apparence – je dirais – d’obéissance – car le Saint-Père ne peut pas nous demander d’abandonner notre foi, c’est absolument impossible – et la conservation de notre foi. Eh bien, nous choisissons de ne pas abandonner notre foi. Car en cela, nous ne pouvons par nous tromper. L’Eglise ne peut pas être dans l’erreur dans ce qu’elle a enseigné pendant deux mille ans, c’est absolument impossible. Et c’est pourquoi nous sommes attachés à cette tradition qui s’est exprimée d’une manière admirable et d’une manière définitive, comme l’a si bien dit le pape saint Pie V, dans le Saint Sacrifice de la messe.


Ils nous porteront une condamnation, mais elle sera invalide

     Demain, peut-être, notre condamnation paraîtra dans les journaux à cause de ces ordinations d’aujourd’hui, c’est très possible. Probablement, je serai frappé moi-même d’une suspense, ces jeunes prêtres seront frappés par une irrégularité qui, en principe, devrait les empêcher de dire la sainte messe; c’est possible. Eh bien, je fais appel à saint Pie V, qui a dit dans la Bulle Quo primum qu’à perpétuité, aucun prêtre ne pourra encourir une censure, quelle qu’elle soit, parce qu’il dit cette messe. Et par conséquent, cette censure, cette condamnation, s’il y en avait une, ces censures, s’il y en avaient, seront absolument invalides, contraires à ce que saint Pie V a affirmé solennellement dans sa Bulle: qu’à perpétuité, que jamais, qu’en aucun temps, on ne pourra infliger une censure à un prêtre parce qu’il dira cette sainte messe. Pourquoi? Parce que cette messe est canonisée, il l’a canonisée définitivement. Or, un pape ne peut pas enlever une canonisation. Le pape peut faire un nouveau rite, mais il ne peut pas enlever une canonisation. Il ne peut pas interdire une messe qui est canonisée, cela n’est pas possible. Or, cette sainte messe a été canonisée par saint Pie V. Et c’est pourquoi nous pouvons la dire en toute tranquillité, en toute sécurité et même être certains qu’en disant cette messe, nous professons notre foi, nous entretenons notre foi et nous entretenons la foi des fidèles. C’est la meilleure manière de l’entretenir, et c’est pourquoi nous allons procéder dans quelques instants à ces ordinations.


Conclusion

     Certes, nous souhaiterions avoir une bénédiction, comme on en avait autrefois, du Saint-Siège: on avait des bénédictions, venant de Rome, pour les nouveaux ordinands. Mais nous pensons que le Bon Dieu est là qui voit toutes choses et qu’Il bénit aussi cette cérémonie que nous faisons et qu’un jour, Il en tirera les fruits qu’Il désire certainement et qu’Il nous aidera, en tous cas, à maintenir notre foi et à maintenir l’Eglise. Nous le demandons surtout à la Très Sainte Vierge, à Saint Pierre et à Saint Paul, aujourd’hui. Nous demandons à la Très Sainte Vierge, qui est la Mère du sacerdoce, d’obtenir pour ces jeunes la véritable grâce du sacerdoce, de leur obtenir l’Esprit-Saint, qui a été donné par son intermédiaire, aux Apôtres le jour de la Pentecôte. Et nous demandons à Saint Pierre et à Saint Paul de maintenir en nous cette foi en Pierre. Oh! oui, nous avons la foi en Pierre, nous avons la foi dans le Successeur de Pierre. Mais comme le dit très bien le pape Pie IX dans sa constitution dogmatique sur le Pontife Romain: le pape a reçu le Saint-Esprit non pour faire des vérités nouvelles, mais pour nous maintenir dans la foi de toujours. Voilà la définition dogmatique de l’infaillibilité pontificale faite au moment du premier concile du Vatican par le pape Pie IX. Et c’est pourquoi nous sommes persuadés qu’en maintenant ces traditions, nous manifestons notre amour, notre docilité et notre obéissance. »


17 juillet 1976

Lettre de Mgr Lefebvre à Paul VI où il se justifie d'avoir procéder aux ordinations :

          « Très Saint-Père,

     Tous les accès permettant de parvenir jusqu’à Votre Sainteté m’étant interdits, que Dieu fasse que cette lettre La rejoigne pour Lui exprimer nos sentiments de profonde vénération, et par la même occasion Lui formuler avec une prière instante l’objet de nos désirs les plus ardents qui, hélas ! semblent être sujet à litige entre le Saint-Siège et de nombreux catholiques fidèles.

     Très Saint-Père, daignez manifester votre volonté de voir s’étendre le Règne de Notre Seigneur Jésus-Christ en ce monde, en restaurant le Droit public de l’Église :

  • en rendant à la Liturgie toute sa valeur dogmatique et son expression hiérarchique, selon le rite latin romain consacré par tant de siècles d’usage,

  • en remettant en honneur la Vulgate,

  • en redonnant aux catéchismes leur vrai modèle, celui du concile de Trente.

     Ce faisant, Votre Sainteté restaurera le sacerdoce catholique et le règne de Notre Seigneur Jésus-Christ sur les personnes, sur les familles et sur les sociétés civiles.Elle rendra leur juste conception aux idées falsifiées devenues les idoles de l’homme moderne : la liberté, l’égalité, la fraternité, la démocratie, à l’exemple de ses prédécesseurs.

     Que Votre Sainteté abandonne cette néfaste entreprise de compromission avec les idées de l’homme moderne, entreprise qui tire son origine d’une entente secrète entre de hauts dignitaires de l’Église et ceux des loges maçonniques, dès avant le Concile.

     Persévérer dans cette orientation, c’est poursuivre la destruction de l’Église. Votre Sainteté comprendra aisément que nous ne pouvons collaborer à un si funeste dessein, ce que nous ferions si nous consentions à fermer nos séminaires.

     Que l’Esprit Saint daigne donner à Votre Sainteté les grâces du don de force, afin qu’Elle manifeste par des actes non équivoques qu’Elle est vraiment et authentiquement le successeur de Pierre proclamant qu’il n’y a de salut qu’en Jésus-Christ et en son épouse mystique, la sainte Église catholique et romaine.

Et que Dieu… » 


22 juillet 1976

Notification de la suspens a divinis de Mgr Lefebvre par la Congrégation pour les évêques :

          « Monseigneur,Le 6 juillet 1976 (Prot. N. 514/76), le cardinal Sebastiano Baggio vous adressait une monition formelle, aux termes de laquelle vous étiez averti que des peines canoniques vous seraient infligées, si une preuve de résipiscence ne parvenait pas à la Congrégation pour les Evêques dans le délai de dix jours qui suivrait la réception de la monition.

     Attendu que :d’une part, Mgr le nonce apostolique en Suisse atteste que vous avez eu communication, le 11 juillet de la monition formelle du cardinal préfet de cette congrégation, et que vous avez signé un accusé de réception en faisait foi ;et que, d’autre part, le délai fixé à dix jours est à présent écoulé sans que la preuve de résipiscence espérée soit parvenue au siège de cette même congrégation ;en exécution des instructions laissées par le cardinal Baggio, actuellement absent de Rome, j’ai référé à Sa Sainteté.Le Saint-Père m’a confié qu’il avait reçu, de votre part, une lettre datée du 17 juillet. À ses yeux, elle ne saurait malheureusement être considérée, bien au contraire, comme satisfaisante ; je puis même vous dire qu’il est très affligé de l’attitude manifestée envers Lui dans cet écrit.

     Par conséquent, le Souverain Pontife Paul VI, en date du 22 juillet 1976 et conformément au canon 2227, §1, en vertu duquel les peines pouvant être appliquées à un évêque lui sont expressément réservées, vous a infligé la suspens a divinis prévue au canon 2279 §2, 2°, et a ordonné quelle prenne immédiatement effet.Le soussigné secrétaire de la Congrégation pour les Evêques a reçu mandat de vous en donner notification par la présente lettre.Mais c’est, vous le pensez bien, avec une grande douleur que le Saint-Père s’est résolu à prendre cette mesure disciplinaire, en raison du scandale causé dans le peuple chrétien par votre obstination, après tant d’essais fraternels pour vous détourner de l’impasse où vous vous engagez. 

Sa Sainteté garde toujours l’espérance que vous voudrez y réfléchir encore, et prie Notre-Seigneur de vous inspirer la décision de renouer au plus tôt votre communion avec Elle. » 


29 juillet 1976

Réflexions de Mgr Lefebvre à propos de la suspens a divinis :

« Quelques réflexions à propos de la suspens a divinis.

Elle pose un problème grave et fera encore couler des flots d'encre, quand bien même je viendrais à disparaître de la scène de l'Eglise militante.En quoi consiste-t-elle en réalité ? Elle me prive du droit inhérent au prêtre, et à plus forte raison à l'évêque, de célébrer la sainte messe, de conférer les sacrements et de prêcher dans les lieux consacrés, c'est-à-dire qu'il m'est interdit de célébrer la messe nouvelle, de conférer les sacrements nouveaux, de prêcher la nouvelle doctrine.

     Ainsi, parce que je refuse, précisément, depuis leur institution, ces nouveautés, on m'interdit désormais, officiellement, de les utiliser. C'est parce que je refuse la nouvelle messe qu'on me prive de la dire. On peut par là deviner le peu de dommage que me cause cette suspense. C'est une preuve de plus que cette nouvelle Eglise, qu'ils ont désormais qualifiée eux-mêmes de conciliaire, se détruit elle-même. C'est S. Exc. Mgr Benelli, dans sa lettre du 25 juin dernier, qui la désigne ainsi parlant des séminaristes, il écrit:

     « Il n'y a rien de désespérant dans leur cas; s'ils sont de bonne volonté, et sérieusement préparés à un ministère pastoral, dans la fidélité véritable à l'Eglise conciliaire, on se chargera ensuite de trouver la meilleure solution pour eux ; mais qu'ils commencent d'abord, eux aussi, par cet acte d'obéissance à l'Eglise. »

     Quoi de plus clair ! Désormais, c'est à l'Eglise conciliaire qu'il faut obéir et être fidèle et non plus à l'Eglise catholique. C'est précisément tout notre problème; nous sommes suspens a divinis par l'Eglise conciliaire et pour l'Eglise conciliaire dont nous ne voulons pas faire partie.Cette Eglise conciliaire est une Eglise schismatique parce qu'elle rompt avec l'Eglise catholique de toujours. Elle a ses nouveaux dogmes, son nouveau sacerdoce, ses nouvelles institutions, son nouveau culte déjà condamné par l'Eglise en maints documents officiels et définitifs. C'est pourquoi le fondateur de l'Eglise conciliaire insiste tant sur l'obéissance à l'Eglise d'aujourd'hui, faisant abstraction de l'Eglise d'hier comme si elle n'existait plus.

     Cette Eglise conciliaire est schismatique parce qu'elle a pris pour base de sa mise à jour des principes opposés à ceux de l'Eglise catholique: ainsi la nouvelle conception de la messe, exprimée dans le n° 5 de la préface du Missale romanum et le n° 7 du premier chapitre qui donne à l'assemblée un rôle sacerdotal qu'elle ne peut avoir; ainsi également le droit naturel, c'est-à-dire divin, de toute personne et de toute groupe de personnes à la liberté religieuse.Ce droit à la liberté religieuse est blasphématoire car c'est prêter à Dieu des intentions qui détruisent sa majesté, sa gloire, sa royauté. Ce droit implique la liberté de conscience, la liberté de pensée et toutes les libertés maçonniques. L'Eglise qui affirme de pareilles erreurs est à la fois schismatique et hérétique. Cette Eglise conciliaire n'est donc pas catholique. Dans la mesure où le Pape, les évêques, prêtres et fidèles, adhèrent à cette nouvelle Eglise, ils se séparent de l'Eglise catholique. 

     L'Eglise d'aujourd'hui n'est la véritable Eglise que dans la mesure où elle continue et fait corps avec l'Eglise d'hier et de toujours. La norme de la foi catholique, c'est la Tradition. La demande de S Exc. Mgr Benelli est donc éclairante : soumission à l'Eglise conciliaireliaire, à l'Eglise de Vatican Il, à l'Eglise schismatique. Pour nous, nous persévérons dans l'Eglise catholique avec la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ et l'intercession de la Bienheureuse Vierge Marie. » 



9 août 1976

Lettre d'intellectuels français à Paul VI pour soutenir Mgr Lefebvre :

          « Très Saint-Père,Les sanctions qui viennent d'être prises contre Mgr Lefebvre et son séminaire d'Ecône ont créé une grande émotion en France. Bien au-delà des traditionalistes proprement dits, c'est la foule immense des catholiques français qui se sont sentis touchés. Depuis des années, ils s'inquiètent de l'évolution de leur religion. Ils ne disent rien, n'ayant aucune qualité pour parler. Simplement, ils s'éloignent. 

     C'est le cardinal Marty lui-même qui nous a récemment révélé que, de 1962 à 1975, la pratique dominicale avait baissé de 54 % dans les paroisses parisiennes. 

     Pourquoi? 

    Parce que les fidèles ne reconnaissaient plus leur religion dans certaine liturgie et certaine pastorale nouvelles.Ils ne la reconnaissent pas davantage dans le catéchisme qu'on enseigne maintenant à leurs enfants, dans le mépris de la morale élémentaire, dans les hérésies professées par des théologiens écoutés, dans la politisation de l'Evangile.Ils avaient accueilli le Concile avec joie parce qu'ils y avaient vu l'annonce d'un rajeunissement, une certaine souplesse apportée à des structures et à des règles que le temps avait peu à peu durcies, un accueil plus fraternel à tous ceux qui cherchent la vérité et la justice sans avoir encore le bénéfice du grand héritage de l'Eglise. Mais ce qui est advenu n'a pas répondu à leur attente. Ils ont l'impression désormais d'assister au sac de Rome. 

     N'est-ce pas vous-même, très Saint-Père, qui avez parlé de l'autodémolition de l'Eglise? Le fait est qu'en France cette autodestruction bat son plein — et nous en sommes les témoins.

     De Mgr Lefebvre et du séminaire d'Ecône, ces catholiques du rang connaissaient fort peu de chose. Mais ce qu'ils en apprenaient peu à peu par les journaux, la radio et la télévision leur était plutôt sympathique. Mgr Lefebvre avait passé le plus clair de sa vie dans une activité de missionnaire, il avait été délégué apostolique en Afrique. Votre prédécesseur, le Pape Jean XXIII, qui l'estimait beaucoup et l'aimait bien, l'avait nommé membre de la Commission centrale de préparation du Concile. Il avait formé des générations de séminaristes; parmi les prêtres issus de ses séminaires, quatre sont devenus évêques et c'est vous-même qui aviez fait cardinal l'un d'entre eux, Mgr Thiandoum. Comment un tel évêque qui, toute sa vie, a servi l'Eglise de manière insigne pourrait-il y être soudainement un étranger ? N'est-il pas plutôt l'évêque dont Vatican Il semble avoir tracé le portrait: un évêque fort dans la foi, orienté vers la mission, ouvert au monde à évangéliser ? Désolé de la ruine des séminaires français et convaincu que les vocations ne manquaient pas chez les jeunes, il a ouvert un séminaire qui, strictement fidèle aux normes mêmes de Vatican II et de la Congrégation de l'éducation catholique, proposait à ceux qui voulaient y entrer une vie de prière, d'étude et de discipline. Aussitôt les candidatures ont afflué et le séminaire s'est rempli. La très grande majorité de ces catholiques du rang dont nous parlons savent aujourd'hui tout cela.

     L'unité de l'Eglise est l'argument que nous voyons partout mis en avant pour justifier les mesures sévères prises contre Ecône. Mais, très Saint-Père, que le petit noyau d'Ecône soit écrasé, et la division s'aggrave encore! Car la division n'est pas entre Mgr Lefebvre et les autres évêques français. Elle est au sein même de l'Eglise hiérarchique. Il existe actuellement autant de rites, autant de pratiques, autant d'opinions qu'il y a d'églises, de prêtres, de communautés, de groupes et de groupuscules. C'est le pullulement de ces petits schismes intérieurs, c'est cette prolifération de religions particulières qui est la marque de l'Eglise de France car nous ne parlons que pour la France. Et la désobéissance à Rome, au Pape, au Concile éclate dans tout ce qui concerne la liturgie, le sacerdoce, la formation des séminaristes et la foi elle-même. D'étranges messes — parfois oecuméniques —, et qui n'ont rien à voir avec la messe de Paul VI, sont célébrées un peu partout dans la plus parfaite impunité. Toute « célébration eucharistique » serait-elle permise sauf la messe traditionnelle ? Toute église pourrait-elle être ouverte aux musulmans, aux israélites, aux bouddhistes et fermée aux seuls prêtres en soutane ? Tout dialogue serait-il bienvenu avec les francs-maçons, les communistes, les athées et condamnable avec les traditionalistes ? La hiérarchie, en France, tiendrait-elle davantage à imposer un certain esprit nouveau qu'à annoncer et à défendre les vérités de la foi ?

     Voilà, très Saint-Père, ce que finit par se demander le peuple chrétien de la base, que nous évoquons ici. Chaque jour nous apporte les échos — de plus en plus forts, de plus en plus nombreux — de sa stupeur et de son angoisse. C'est pourquoi nous nous tournons vers vous, car vers qui un catholique se tournerait-il, sinon vers le Pape, successeur de Pierre, Vicaire de Jésus-Christ ? Nous déposons à vos pieds notre supplique. Quelle supplique? Celle de l'amour et du pardon. C'est plutôt une plainte, un gémissement que nous espérons faire monter jusqu'à vous. Nous ne sommes pas versés dans le Droit canonique et nous ne doutons pas que des condamnations romaines aient des assises juridiques. Mais justement le juridique, le légalisme, le formalisme nous semblaient avoir été bannis, dans ce qu'ils peuvent avoir d'excessif, par Vatican Il. Ce très grave procès fait à Mgr Lefebvre et à son séminaire ne pourrait-il être reconsidéré ? L'amour que vous éprouvez pour le peuple chrétien de France ne pourrait-il l'emporter sur une rigueur qui, frappant le plus notoire de nos défenseurs de la Tradition, achèverait de traumatiser irrémédiablement ce peuple ? La charité ne pourrait-elle inspirer la restauration de l'unité dans la vérité unique ? Il nous semble même que la messe traditionnelle et le sacerdoce de toujours seraient susceptibles de trouver leur place dans la consolidation et l'extension d'une Eglise qui n'a jamais cessé de garder ses dogmes et ses formes essentielles, à travers ses adaptations successives aux vicissitudes de l'Histoire. 

     Que deviendrait une Eglise sans prêtres et sans messe ?

     C'est par cet acte de confiance, très Saint-Père, que nous voulons témoigner de notre fidélité au Pontife romain, sûrs que nous sommes d'être entendus par le Père de tous les catholiques, détenteur des pouvoirs qui lui ont été remis dès l'origine par le Fondateur pour conduire l'Eglise jusqu'à la fin des siècles. »


Michel de Saint-Pierre (président du mouvement Credo), Michel Droit, Louis Salleron, Jean Dutourd, Henri Sauguet, Colonel Remy, Michel Siry, Gustave Thibon 



15 août 1976

Lettre de Paul VI à Mgr Lefebvre :

          « A notre vénéré Frère Marcel Lefebvre,

     En cette fête de l'Assomption de la Très Sainte Vierge Marie, nous tenons à vous assurer de notre souvenir, accompagné d'une prière spéciale pour une solution positive et prompte de la question qui regarde votre personne et votre activité à l'égard de la Sainte Eglise.

Notre souvenir s'exprime en ce souhait fraternel et paternel : que vous vouliez bien considérer, devant le Seigneur et devant l'Eglise, dans le silence et la responsabilité de votre conscience d'évêque, l'insoutenable irrégularité de votre position présente. Elle n'est pas conforme à la vérité et à la justice. Elle s'arroge le droit de déclarer que notre ministère apostolique s'écarte de la règle de la foi, et de juger comme inacceptable l'enseignement d'un Concile oecuménique célébré selon une observance parfaite des normes ecclésiastiques : ce sont là des accusations extrêmement graves. 

Votre position n'est pas selon l'Evangile et selon la foi.Persister dans cette voie serait un grave dommage pour votre personne sacrée et pour ceux qui vous suivraient comme guide, en désobéissance aux lois canoniques. Au lieu de porter remède aux abus que l'on veut corriger, cela en ajouterait un autre d'une incalculable gravité. Ayez l'humilité, Frère, et le courage de rompre la chaîne illogique qui vous rend étranger et hostile à l'Eglise, à cette Eglise que pourtant vous avez tant servie et que vous désirez aimer et édifier encore. Combien d'âmes attendent de vous cet exemple d'héroïque et simple fidélité !

     Invoquant l'Esprit-Saint et confiant à la Très Sainte Vierge Marie cette heure qui est, pour vous et pour nous, grande et amère, nous prions et espérons. »Castel Gandolfo, 15 août 1976


29 août 1976

 À Lille, Mgr Lefebvre célèbre la messe devant 7000 fidèles.


11 septembre 1976

Mgr Lefebvre se présente à Castelgandolfo et est reçu par Paul VI.

 Mgr Lefebvre relate à ses séminaristes cet entretien le 18 septembre :

     "Alors je suis rentré jusqu’au bureau du Saint-Père où j’ai trouvé le Saint-Père avec Mgr Benelli à côté de lui. Alors j’ai salué le Saint-Père puis j’ai salué Mgr Benelli, immédiatement on s’est assis, il a commencé l’audience. Le Saint-Père a été assez vif au début, enfin, on peut presque violent d’une certaine manière. Enfin on le sentait, on le sentait profondément blessé et agacé enfin par la pensée de ce que je faisais, de ce que nous faisions. Alors il a dit : vous me condamnez, vous me condamnez. Je suis moderniste, je suis protestant, je suis, je ne sais pas enfin. C’est inadmissible enfin, vous faites une mauvaise œuvre, vous ne devez pas continuer, il faut… vous faites un scandale dans l’Eglise. Enfin tout ce qu’il… ça l’agaçait d’énervement. Bon, je me suis tu bien sûr. Alors c’est lui-même qui m’a dit, eh bien, parlez maintenant, parlez qu’est-ce que vous avez à dire. 

     Alors j’ai dit : Très Saint-Père, je viens  ici non pas comme chef des traditionalistes, vous m’avez dit que j’étais le chef des traditionalistes, je nie absolument que je sois le chef des traditionalistes. Je ne suis qu’un catholique, un prêtre, un évêque parmi des millions de catholiques, parmi des milliers de prêtres et d’autres évêques sans doute qui sommes déchirés, écartelés dans notre conscience, dans notre esprit, dans notre cœur enfin. D’une part, nous avons un immense désir de vous être soumis entièrement, de vous suivre en tout, de ne faire aucune réserve quant à votre personne. Mais d’autre part, nous nous rendons compte que enfin les orientations qui sont prises par le Saint-Siège depuis le concile et toute cette orientation nouvelle nous éloigne de vos prédécesseurs. Alors que devons nous faire, nous nous trouvons ou devoir nous attacher à vos prédécesseurs ou devoir nous attacher à votre personne et nous éloigner de vos prédécesseurs. C’est un déchirement invraisemblable, incroyable pour les catholiques. Et cela ce n’est pas moi qui l’ai provoqué, ce n’est pas un mouvement que j’ai fait, c’est un sentiment qui sort du cœur des fidèles, et de millions de fidèles que je ne connais pas, je ne sais pas combien ils sont, il y en a dans le monde entier, il y en a partout. Tout le monde est inquiet de ce bouleversement qui s’est fait dans l’Eglise depuis 10 ans, de ces ruines qui s’accumulent dans l’Eglise. Voici des exemples. Et il y a une attitude foncière chez ces gens, une attitude intérieure qui fait qu’ils ne changeront plus maintenant, ils ne changeront plus parce qu’ils ont fait leur choix pour la tradition, pour ceux qui maintiennent la tradition. Parce que, voyez des exemples comme ceux des religieuses que j’ai vues il y a deux jours, de bonnes religieuses qui veulent garder leur vie religieuse, qui enseignent les enfants comme les parents veulent qu’on les enseigne, beaucoup de parents viennent leur porter leurs enfants parce qu’ils savent qu’ils auront une éducation catholique chez ces religieuses, eh bien, des religieuses qui gardent l’habit religieux. Et uniquement parce qu’elles veulent garder la prière de toujours, parce qu’elles veulent garder le catéchisme de toujours, elles sont excommuniées, la supérieure générale destituée, cinq fois l’évêque est venu leur demander de quitter leur habit parce qu’elles sont réduites à l’état laïc. Vous comprenez c’est une situation… les gens qui voient cela ne comprennent plus. Et à côté de cela des religieuses qui quittent l’habit qui reprennent toutes les vanités du monde, qui n’ont plus de règlement religieux, qui ne prient plus, celles-là sont agréées officiellement par les épiscopats, et personne ne leur fait aucun reproche. Alors les gens de la rue, le peuple chrétien qui voit ces choses-là ne peut pas accepter, ce n’est pas possible. Ensuite, pour les prêtres c’est la même chose. De bons prêtres qui disent bien leur messe, qui prient, qui sont au confessionnal, qui prêchent la vraie doctrine, qui visitent les malades, qui portent la soutane, qui sont encore de vrais prêtres aimés de leur population, parce qu’ils gardent la messe de toujours, la messe de leur ordination, parce qu’ils gardent le catéchisme de toujours, sont jetés à la rue comme des misérables, quasiment excommuniés, et des prêtres qui vont dans les usines, qui ne s’habillent plus en prêtre, on ne sait pas ce qu’ils sont, qui n’est-ce pas, prêchent la révolution, ceux-là sont admis officiellement, personne ne leur dit rien. Et moi, mon cas c’est le même. J’essaye de faire des prêtres, de bons prêtres comme on les faisait autrefois, beaucoup de vocations viennent, ces jeunes sont admirés par la population qui les voit dans les trains, dans les métros, partout on les salue, on les admire, on les félicite de leur tenue, de leur attitude, et je suis suspens a divinis. Et les évêques qui n’ont plus de séminaristes, qui n’ont plus de jeunes prêtres, qui n’ont plus rien et qui ont des séminaires qui ne font plus de bons prêtres, ceux-là on ne leur dit rien. Alors vous comprenez, le chrétien moyen, le pauvre chrétien voit clair, il a choisi, il ne bougera plus maintenant, c’est terminé, c’est impossible.      

     C’est pas vrai, vous ne formez pas de bons prêtres, il me dit, vous ne formez pas de bons prêtres puisque vous leur faites faire un serment contre le pape. Oh, j’ai dit, comment, un serment contre le pape, moi, un serment contre le pape. Moi au contraire qui cherche à leur donner le respect du pape, le respect du successeur de Pierre, absolument, au contraire nous prions pour vous, nous prions pour le Saint-Père, jamais vous, pouvez-vous me montrer ce serment qu’ils font contre le pape, pouvez-vous m’en donner une copie ? Alors, officiellement, les rapporteurs du Vatican ont dit dans le journal d’aujourd’hui, vous pourrez lire, enfin vous ne lirez pas aujourd’hui, vous lirez ça plus tard. Mais le Vatican dément, dit que ce n’est pas vrai, que le Saint-Père ne m’a pas dit ça. Alors ça. Le Saint-Père ne m’a pas dit que les séminaristes… que je faisais faire un serment contre le pape à mes séminaristes et à mes jeunes prêtres. Mais comment aurais-je pu inventer cela moi ? une chose comme cela, c’est inimaginable. Alors, ils démentent cela maintenant, que le Saint-Père n’a pas dit cela. C’est inouï, alors évidemment, moi je n’ai pas de bande, je n’ai pas la bande, je n’ai pas écrit toute la conversation, alors je ne peux pas matériellement prouver le contraire. Mais ma simple réaction, je ne peux pas oublier la réaction que j’ai eue devant cette affirmation du Saint-Père. Je me vois encore faisant ce geste, mais enfin, comment est-ce possible ? Très Saint-Père que vous dites une chose pareille, pouvez-vous me montrer le, la copie du serment. Et maintenant ils disent que ce n’est pas vrai ! C’est inouï.

     Alors le Saint-Père… ensuite m’a encore dit : vous me condamnez, vous me condamnez. On avait l’impression que ça revenait toujours un peu à sa personne, enfin qu’il était blessé personnellement. Vous me condamnez, vous me condamnez, alors qu’est-ce que je dois faire, qu’est-ce que je dois faire ? Je dois donner ma démission et puis vous prenez ma place ?

     Vous prenez ma place ? Oh ! Je me suis mis la tête dans les mains en disant : Très Saint-Père, ne dites pas de choses comme ça. Alors bon, alors j’ai dit : Très Saint-Père, j’ai dit, si vous permettez que je continue, vous avez la solution du problème dans les mains, vous n’avez qu’un seul mot à dire aux évêques. Dites accueillez  fraternellement, accueillez avec compréhension, avec charité tous ceux, les groupes de traditionalistes, tous ceux qui veulent garder la prière d’autrefois, les sacrements comme autrefois, le catéchisme comme autrefois, recevez-les, donnez-leur des lieux de culte, arrangez-vous avec eux afin qu’ils puissent prier et qu’ils restent en relation avec vous, en relation intime avec leurs évêques. Vous n’avez qu’un mot à dire aux évêques et tout rentre dans l’ordre, et nous n’avons plus de problème à ce moment-là les choses sont en ordre. Et pour moi, pour le séminaire, j’aurai pas de difficulté non plus, je pourrai aller trouver les évêques et leur demander l’implantation de mes prêtres dans leur diocèse et les choses se feront normalement. Et moi je veux bien entrer en relation avec une commission que vous pourriez nommer de la Congrégation des religieux qui viendrait au séminaire. Mais nous garderons et nous voulons continuer l’expérience de la tradition. Qu’on nous laisse faire cette expérience, qu’on nous laisse faire… Mais je veux bien entrer en relation normale et officielle avec le Saint-Siège, avec les Congrégations. Au contraire, je ne demande que ça. Alors il me dit : il faut que je réfléchisse, il faut que je prie, il faut que, il faut que je consulte la Consistoriale, il faut que je consulte la Curie, je ne peux pas vous répondre, nous verrons, nous verrons cela… Après il m’a dit eh bien nous allons prier ensemble, nous allons prier ensemble. J’ai dit : bien volontiers Très Saint-Père, volontiers.

     Alors nous avons récité le Pater noster, le Veni Sancte Spiritus, l’Ave Maria et puis ensuite, il m’a reconduit très aimablement, difficilement, il marchait très péniblement, traînant les jambes un peu. Dans la salle à côté où on a attendu que Don Domenico vienne me rechercher. Et il a fait remettre une petite médaille à Don Domenico et ensuite nous nous sommes quittés. Et Mgr Benelli n’a  pas ouvert la bouche, il n’a fait qu’écrire tout le temps, enfin secrétaire. Alors je dirais il ne m’a pas gêné du tout, la présence de Mgr Benelli était comme inexistante. Je crois que ça n’a pas gêné le Saint-Père. En tout cas, moi ça ne m’a pas gêné du tout. Parce que il n’a pas ouvert la bouche, il n’a rien manifesté. Alors je lui ai répété par deux fois qu’il avait dans les mains la solution du problème. Alors maintenant ma foi. Enfin il a manifesté sa satisfaction d’avoir pu avoir cet entretien, ce dialogue. J’ai dit que j’étais toujours à sa disposition quand il faudrait que je parte. Puis ensuite nous sommes rentrés.


 

27 février 1977

 Occupation de l’église Saint-Nicolas du Chardonnet à Paris, qui est rendue au culte catholique traditionnel.


11 et 12 janvier 1979

Entretiens de Mgr Lefebvre à Rome. Il rappelle pourquoi il estime que la suppression de la Fraternité est illégitime :

  1. Le décret de suppression de la Fraternité Saint-Pie X ne devait pas être pris par S.E. Mgr Mamie, mais par le Saint-Siège.

  2. On ne m'a communiqué aucun résultat ni aucun acte relatif à la visite apostolique effectuée au Séminaire d'Ecône.

  3. La commission cardinalice devant laquelle j'ai été convoqué n'avait ni mandat ni objet précis ; malgré les promesses faites, on m'a refusé le procès-verbal et l'enregistrement des entretiens.

  4. J'ai déposé un recours devant le Suprême Tribunal de la Signature Apostolique. Cinq jours après, une lettre du Cardinal Secrétaire d'Etat interdisait à ce Tribunal de donner suite à ma demande : il s'agissait là d'une pression du pouvoir exécutif sur le pouvoir judiciaire.

Pour toutes ces raisons, je ne pouvais considérer comme valides les décisions prises à mon égard.




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