Valeur permanente de l’œuvre politique du Maréchal Pétain
Valeur permanente de l’œuvre politique du Maréchal Pétain
31 Dec
31Dec
Valeur permanente de l’œuvre politique du Maréchal par Paul Auphan
Revue Itinéraires n°154
Nous publions ici le texte de l’allocution prononcée par l’Amiral Auphan le 1er mai 1971 au Puy en Velay. L’Amiral Auphan vient d’autre part de terminer la rédaction d’une importante Histoire élémentaire de Vichy qui paraîtra en librairie à l’automne. Le moment est en effet venu de rétablir la vérité sur cette période de l’histoire de la France.
« IL EST VAIN de transformer les institutions si l’on ne transforme pas les âmes. » Cette pensée – reniée aujourd’hui où l’on ne rêve que de modifier les structures – n’est pas de moi : elle est du maréchal Pétain, dans un message aux Français du 4 avril 1943, au cours duquel il ajoutait :
« Notre pays ne se relèvera pas sans le concours des forces spirituelles qui l’ont fait naître. »
Ces réflexions éclairent d’un jour qui manque bien à la France depuis vingt-six ans l’œuvre politique, sociale et morale que le gouvernement de Vichy a essayé de réaliser en France malgré le drame de l’occupation. Il me semble qu’il n’y a pas de meilleur endroit pour l’évoquer que cette ville du Puy, haut lieu de la chrétienté depuis le Moyen-Age, ni de date plus appropriée que celle d’aujourd’hui. Pour nous, en effet, le premier mai est à la fois le jour où la société profane honore, depuis Vichy, le Travail et les travailleurs et où la société religieuse, après avoir jadis célébré la saint Philippe, fête maintenant saint Joseph en tant qu’artisan, type de travailleur pour lequel le Maréchal avait un faible.
Dire que l’homme a une âme et qu’il existe des forces spirituelles capables d’aider un pays à se relever, c’est sans doute une évidence pour beaucoup d’entre nous ; mais, de la part du plus haut magistrat de la nation, c’est définir les fondements métaphysiques de l’État et rendre manifeste l’esprit dans lequel il gouverne. Si l’on donne au mot de Révolution son plein sens subversif, la ligne de partage entre États ouverts à la Révolution, comme l’est la France d’aujourd’hui, et États résistants à la Révolution, comme l’était celle du Maréchal, ne passe pas entre les diverses formes libérales ou autoritaires de Constitution qu’un régime peut revêtir : cela n’est au fond que de la mécanique. Le clivage se fait entre États qui professent plus ou moins explicitement que l’homme est une créature relevant d’un Créateur, ce qui, à côté des droits qu’il tient ainsi de la nature, l’astreint à des devoirs, et, d’autre part, ceux qui posent en principe que l’homme ne relève que de lui-même sans rien devoir à personne et qu’il a tous les droits sous réserve de ne pas empiéter sur ceux du voisin. D’un côté les institutions sont pensées en fonction de l’être humain tout entier, corps et âme, et de ses exigences matérielles et spirituelles ; de l’autre, elles ne se soucient que de la moitié animale de l’homme et ne cherchent qu’à satisfaire, avec tant pour cent de plus chaque année, les besoins de ses organes ou de ses sens. Rien qu’à regarder autour de vous, vous pouvez constater où nous a conduits l’abandon de la première conception de l’homme pour la seconde. Si l’œuvre du Maréchal nous apparaît comme ayant dans ses principes une valeur permanente, toujours d’actualité, c’est qu’elle était nourrie de cette spiritualité, jamais provocante ni sectaire, toujours soucieuse du bien commun, qui situe les problèmes, pour mieux les résoudre, dans leur véritable perspective.
Ce soubassement spirituel affleure constamment dans les textes de Vichy. Vous savez, par exemple, que le maréchal Pétain, comme il en avait reçu le mandat, a établi un projet de Constitution pour la France. Il en a même établi deux : l’un paraphé en janvier 1944 et qui était surtout un travail de commission ; l’autre, plus personnel, signé le 27 juillet 1944 comme une sorte de testament, et qui avait ses préférences.
Mais les deux textes reposaient sur les mêmes principes, sur la même notion de l’homme. L’article premier, commun aux deux projets, disait : « La liberté et la dignité de la personne humaine sont des valeurs suprêmes et des biens intangibles. Leur sauvegarde exige de l’État l’ordre et la justice et, des citoyens, la discipline. La Constitution de la République française délimite à cet effet les devoirs et les droits respectifs de la puissance publique et des citoyens en instituant un État dont l’autorité s’appuie sur l’adhésion de la nation. » Rien que la différence de langage avec ce que nous avons entendu depuis mesure la différence d’inspiration. Suivaient, dans le texte constitutionnel, l’énumération des libertés (liberté de conscience, liberté de culte, liberté d’enseignement…) [cf note de fin d'article pour précisions] et celle des droits (droit de propriété, droits des communautés spirituelles, familiales, professionnelles…) pour finir, à l’article, par la désignation des devoirs : « Les devoirs des citoyens envers l’État sont l’obéissance aux lois, une participation équitable aux dépenses publiques, l’accomplissement de leurs obligations civiques pouvant aller jusqu’au sacrifice total pour le salut de la patrie. » Si l’on avait enseigné cela aux Français depuis un quart de siècle, nous n’en serions pas à constater, comme Monsieur le président de la République vient de le faire, que « le patriotisme est considéré par une grande partie de la jeunesse comme un sentiment dépassé et vétuste », ajoutant qu’il en est de même d’une partie des enseignants. Un tissu social qui n’est plus capable de se régénérer, de se prolonger en intégrant tous les ans dans sa trame une génération neuve éduquée à son image court fatalement à sa décadence. Voyez au contraire comment le maréchal Pétain définissait l’École : « L’École est le prolongement de la Famille. Elle doit faire comprendre à l’enfant les bienfaits de l’ordre humain qui l’encadre et le soutient. Elle doit le rendre sensible à la beauté, à la grandeur, à la continuité de la patrie. Elle doit lui enseigner le respect des croyances morales et religieuses, en particulier de celle que la France professe depuis les origines de son existence nationale. »
Ce qui se passe aujourd’hui dans nos établissements scolaires permet de mesurer, par comparaison, le niveau où nous sommes descendus depuis qu’ont été détruits les germes de vérité que de telles paroles avaient semés. Seule l’ivraie a continué à pousser. Le Maréchal avait dit le 15 août 1940 : « Le but de l’éducation est de faire de tous les Français des hommes ayant le goût du travail et l’amour de l’effort. »
En 1967 le Haut Comité consultatif de la Population déclare : « L’objectif de l’homme dans la société n’est et ne peut être que l’accès au confort. » Il ne faut pas s’étonner des conséquences.
Je n’insiste pas sur la Charte du Travail, qui comptait déjà en 1944 mille syndicats homologués et sept mille comités sociaux… Je rappelle simplement qu’elle n’était viable que dans un climat social de concertation et de dialogue s’élevant au-dessus de la revendication permanente. Faire ce qu’on appelle aujourd’hui de la participation dans une environnement de lutte de classes, de contestation systématique et de violence révolutionnaire est une hypocrisie qui stérilise les meilleures intentions, d’où qu’elles viennent. Comme je l’ai souvent dit, au cours de ma carrière, il vaut mieux un mauvais règlement appliqué par de bons esprits qui en tirent ce qu’ils peuvent, qu’un bon règlement détourné de ses possibilités par de mauvais esprits. C’est le cas de redire avec le Maréchal que les institutions ne sont rien si l’on ne se convertit pas soi-même. Même l’Église, qui a tant soutenu la politique sociale et familiale de Vichy, oublie de le rappeler aujourd’hui. [C'est déjà l'église postconciliaire ou conciliaire sont les mauvais fruits deviennent visibles].
Si j’ai tenu à souligner, pour commencer, l’enracinement profond du Maréchal dans les valeurs qui ont façonné la civilisation chrétienne, c’est qu’il vous explique le lien quasi mystique qui s’est établi entre Notre-Dame du Puy et lui, et dont je vais maintenant vous entretenir. L’enfance et la jeunesse du maréchal Pétain ont été sérieusement influencées par un oncle maternel qui était prêtre. Quand celui-ci est mort, le neveu Philippe avait déjà quarante trois ans, c’est-à-dire qu’il était tiré, imprimé, marqué pour la vie par le double culte de la patrie, qu’il avait vue envahie en 1870, et des vertus chrétiennes traditionnelles dont les vicissitudes de l’existence ne lui ont jamais fait perdre le respect. Quand il est venu ici, le dimanche 2 mars 1941, il y a trente ans, ce n’est donc pas seulement en tant que Chef d’État visitant protocolairement un chef-lieu de département, mais aussi comme pèlerin venant demander l’assistance du Ciel pour l’œuvre de redressement national qu’il avait entreprise. Il a expressément voulu, lui a dit ce jour-là Mgr Martin, évêque du Puy, « renouer le fil d’or d’une tradition nationale » qui, aux grands jours de l’histoire de l’Occident, avait conduit successivement ici, au cours des siècles, sept papes et quinze rois.
Le maréchal Pétain a lui-même comparé son pèlerinage à celui de Charles VII. Pour comprendre la profondeur émouvante du mot, il faut savoir que le Dauphin Charles – celui qu’on appelait par dérision le « petit roi de Bourges », car il n’avait plus qu’une enclave dans une France bien plus envahie par les Anglais que celle de 1941 ne l’était par les Allemands – était venu, dans sa détresse, implorer Notre-Dame du Puy. Neuf ans après, il avait gravi à nouveau les escaliers du sanctuaire pour déposer aux pieds de la Vierge les trophées et les oriflammes enlevés à l’envahisseur par les premiers succès de Jeanne d’Arc. Vous devinez combien ce précédent, présent à l’esprit de tous en 1941, réchauffait les cœurs et enflammait les prières. Un journal profane parlait le lendemain d’ « acte national de foi dans la pérennité de la France ». L’exemple est le meilleur levier d’éducation de la jeunesse à condition qu’elle sente que ce qu’on fait n’est pas une hypocrisie. L’acte de foi du Maréchal n’a pas tardé à porter ses fruits. Dans la nuit toujours plus épaisse et plus éprouvante de l’occupation allemande de notre pays, le 15 août 1942, en la fête de la Sainte Vierge, s’est tenu ici le plus vaste rassemblement de jeunes gens et de jeunes filles que Le Puy ait sans doute jamais vu. On estima à l’époque qu’ils étaient soixante mille, venus souvent de très loin, pour la plupart à pied ou à bicyclette, car je rappelle pour les jeunes qui m’écoutent que, depuis longtemps, il n’y avait plus d’essence pour les voitures. Ce qui a caractérisé ce pèlerinage, c’est son extension, dans une fervente prière commune, à toute la France et à son empire, un mot qu’on n’ose plus prononcer aujourd’hui. A l’heure même où se déroulait l’imposante procession du vœu de Louis XIII avec le Nonce apostolique, le cardinal Gerlier et onze évêques ou archevêques, des cérémonies analogues se déroulaient dans plusieurs capitales ou chefs-lieux de l’empire, dans beaucoup de diocèses de la métropole, surtout en zone occupée d’où personne, n’avait pu s’échapper, et, intention touchante, dans tous les camps des quinze cent mille prisonniers de guerre français en Allemagne, dont la métropole, en se privant, assurait la subsistance. C’était réellement toute la France souffrante qui était en prière
A Vichy, ce « Bourges » du maréchal Pétain, j’ai été témoin des hésitations du Chef de l’État.
Ce que les historiens d’aujourd’hui traitent de velléité de vieillard montre au contraire avec quel scrupule il prenait ses décisions. Dans un premier mouvement il avait déclaré qu’il viendrait en personne, ce jour-là, prendre à 86 ans la tête de ce rassemblement de jeunes, car on n’a jamais que l’âge de son cœur. Puis il s’était dit qu’il était placé à la tête d’une France divisée, dont il fallait respecter la pluralité des croyances et des opinions. Tout en s’estimant l’interprète naturel de la grande majorité de la population élevée dans le christianisme, il ne voulait pas donner l’impression d’accaparer au profit du pouvoir temporel une cérémonie qui relevait surtout du spirituel. Au dernier moment, par discrétion, il se borna à envoyer un message qui fut radiodiffusé à la foule et dont je vais vous relire les principaux passages : « Scouts de France, mes jeunes amis, j’aurais voulu me joindre à vous aujourd’hui pour renouer, je l’ai dit il y a un an, « le fil d’or d’une grande tradition nationale ». Aux jours de deuil et aux jours d’espérance, la France entière et ses rois sont venus au Puy pour manifester leur confiance, leur espérance et leur foi. Guidés par une même pensée, la volonté tendue vers un même but, scouts chrétiens de la Métropole et de l’Empire, scouts musulmans de l’Afrique, ouvriers, paysans, vous êtes arrivés par milliers. Vous avez ainsi réalisé l’image de cette union et ajouté aux difficultés du voyage la fatigue de longues marches à pied. La manifestation d’aujourd’hui est ainsi un symbole d’union, d’efforts dans le sacrifice et de foi dans l’avenir de la France. C’est aux scouts que revient l’honneur d’avoir réalisé ce rassemblement. Que cet hommage leur soit rendu ainsi qu’aux chefs qui les animent… Je suis venu, moi aussi, me recueillir dans cette cathédrale. Je suis donc près de vous par le cœur et par ma foi dans nos destinées. Ensemble, unissons-nous dans une prière fervente pour que notre pays soit libéré des épreuves qu’il subit en ces jours. Tournons notre pensée vers nos prisonniers. Il faut qu’ils sachent que tout a été mis en œuvre, dans le domaine spirituel comme dans le domaine temporel, afin qu’ils retrouvent le patrimoine dont nous avons la garde. La Vierge du Puy les protège. La France endeuillée les attend.
C’est sur la jeunesse et par la jeunesse que je veux rebâtir notre pays dans l’Europe nouvelle. Pour cette grande œuvre, je fais appel à tous les jeunes. Par votre exemple, votre goût de « servir », la chaleur de votre amitié, donnez à tous vos frères le désir de se rassembler, montrez-leur le chemin de l’avenir qui est celui de l’union de toutes les bonnes volontés en vue du bien commun. Ce grand effort, je vous demande de l’accomplir. C’est le sens profond du pèlerinage en ces hauts lieux, où, tant de fois, l’âme de la France s’est retrempée. En renouant une de nos plus anciennes traditions, vous montrez que cette âme est demeurée vivante en vous. Elle est, pour notre pays, le gage de sa résurrection. » J’aurais pu terminer sur cette citation et vous la laisser méditer, mais il m’a semblé que ce mot final de résurrection appelait un dernier commentaire. Pour le Maréchal, la résurrection de la France, ce n’était pas seulement la libération physique de son territoire par les occupants, c’était aussi la libération morale des tares, du laisser-aller, de l’égoïsme, des discordes qui avaient engendré nos malheurs, c’était surtout la réconciliation de tous les Français de bonne foi. A cet égard, nous sommes encore dans le tombeau, écrasés sous le poids des mensonges qui faussent les consciences et d’un matérialisme pire que celui d’autrefois. On s’évertue à chercher les raisons qui rendent la France d’aujourd’hui si renfrognée et si morose. Pour nous le diagnostic est évident car la souffrance aide à comprendre. Il ne peut y avoir de véritable résurrection de la France que par un retour, je ne dis pas aux formules d’alors, mais aux idées naturelles traditionnelles sur le Travail, la Famille, la Patrie, le respect de l’autorité, l’esprit de sacrifice, que le Maréchal avait essayé de restaurer chez nous. Tout le reste, y compris le salut de l’Europe, viendra par surcroît. Si nous espérons tous qu’on rendra un jour à la dépouille mortelle du Maréchal les honneurs dus à tout grand serviteur du pays, il importe encore davantage, pour rester fidèle à sa mémoire, de s’attacher à la réhabilitation des valeurs et des principes pour lesquels il s’est sacrifié. Alors, quand tous les Français se seront enfin réconciliés dans la vérité, nous ou nos descendants viendrons à nouveau ici, comme l’eût fait le maréchal Pétain à l’imitation de Charles VII, rendre grâces à Notre-Dame du Puy de la résurrection de notre pays.
Paul Auphan.
Note au sujet des libertés modernes (de conscience, de culte, ou religieuse) : la bonne doctrine nous est donnée par la Sainte Eglise romaine dans son infaillible enseignement du Magistère : voir Pie IX dans Quant Cura et le Syllabus, Grégoire XVI dans Mirari Vos, Léon XIII dans Libertas sur la vraie liberté, saint Pie X dans sa Lettre aux évêques français sur le Sillon et ses erreurs. Voir les développements par le Cardinal Pie, et Mgr Lefebvre.