Dans les nº 23 à 26 de la revue {Le Sel de la terre}, nous avons expliqué comment le concile Vatican I (1870) avait prévu de faire une constitution sur l’Église et nous en avons commenté les schémas préparatoires.Nous avons expliqué comment quelques fragments du premier schéma, révélés le 10 février 1870 par la Gazette d’Augsbourg, soulevèrent une violente tempête contre l’Église. Quelques mois plus tard, la révolution envahissait Rome, interrompant le Concile et l’empêchant de publier cette vérité }.Le diable savait que si le concile Vatican I avait pu publier solennellement la véritable doctrine au sujet de l’Église, il aurait beaucoup plus de mal à réaliser son dessein de promouvoir, pour détruire cette même Église, l’œcuménisme et la nouvelle religion universelle.Un des objectifs du concile Vatican II était de reprendre la tâche laissée inachevée par le concile Vatican I. Mais le diable veillait. Cette fois-ci, au lieu de déclencher une guerre extérieure et militaire, il déclencha une guerre spirituelle à l’intérieur même de l’Église, guerre que Mgr Lefebvre n’hésitait pas à qualifier de « troisième guerre mondiale ».C’est cette guerre que nous allons suivre ici, en donnant l’historique et le commentaire du schéma préparatoire élaboré par la Commission théologique du cardinal Ottaviani, puis combattu et rejeté par les partisans de la « nouvelle théologie » qui réussirent à faire passer leurs idées dans la Constitution sur l’Église Lumen Gentium. Le Sel de la terre.
• BibliographieActa et Documenta Concilio Œcumenico Vaticano II apparando, Series II (præparatoria), Volumen II : Acta Pontificiæ Commissionis Centralis Præparatoriæ Concilii Œcuminici Vaticani II, Pars III (sessio quinta : 26 martii-3 aprilis 1962 ; sessio sexta : 3-12 maii 1962), Typis polyglottis Vaticanis, 1968. Dans la suite : AD 2/2/3.Acta et Documenta Concilio Œcumenico Vaticano II apparando, Series II (præparatoria), Volumen II : Acta Pontificiæ Commissionis Centralis Præparatoriæ Concilii Œcuminici Vaticani II, Pars IV (sessio septima : 12-19 junii 1962), Typis polyglottis Vaticanis, 1968. Dans la suite : AD 2/2/4.Acta et Documenta Concilio Œcumenico Vaticano II apparando, Series II (præparatoria), Volumen IV : Acta Subcommissionum Commissionis Centralis Præparatoriæ, Pars III – 2 : Subcommissio de Schematibus emendandis (sessiones VIII-XIV : 15 junii – 20 julii 1962), Typis Vaticanis, 1995. Dans la suite : AD 2/4/3–2.Acta Synodalia Sacrosancti Concilii Œcumenici Vaticani II, Volumen I (Periodus prima), Pars IV (congregationes generales XXXI-XXXVI), Typis polyglottis Vaticanis, 1971. Dans la suite : AS 1/4.Alberigo Giuseppe, Histoire du concile Vatican II, 1959-1965, I Le Catholicisme vers une nouvelle époque. L’annonce et la préparation, Paris, Cerf, 1997. Dans la suite : Alberigo.Betti Umberto O.F.M., « Histoire chronologique de la constitution », in L’Église de Vatican II, t. II commentaires, Paris, Cerf, « Unam Sanctam », 51b, 1967, p. 57-83. Dans la suite : Betti.Komonchac, « The initial debate about the church », in Fouilloux É., Vatican II commence… Approches francophones, Louvain, 1993. Dans la suite : Komonchac.Melloni Alberto, « Ecclesiologie al Vaticano II (autunno 1962 – estate 1963), in Lamberigts M. – Soetens Cl. – Grootaers J., Les Commissions conciliaires à Vatican II, Louvain, 1996. Dans la suite : Melloni.Wiltgen Ralph M. S.V.D., Le Rhin se jette dans le Tibre, Le Concile inconnu, Paris, Éd. du Cèdre, 1973. Dans la suite : Wiltgen.
• AbréviationsCC = Commission centrale préparatoire composée de quatre-vingts membres, la plupart cardinaux ou supérieurs de congrégations religieuses.CT = Commission théologique préparatoire composée de trente-et-un membres sous la présidence du cardinal Ottaviani.CRT = Commission de révision théologique (pères Tromp S.J., Gagnebet O.P. et Schauf) ; petit comité de la CT qui fut chargée de réviser le schéma suite aux observations de la CC. Historique du schéma LE 25 janvier 1959, le pape Jean XXIII annonçait aux cardinaux présents avec lui au monastère de Saint-Paul-hors-les-murs qu’il allait lancer une consultation mondiale en vue de la préparation du concile.Le 17 mai de la même année, il créa une Commission anté-préparatoire dont le Président était le cardinal secrétaire d’État, D. Tardini. Le 18 juin, celui-ci invitait les intéressés (épiscopat, prélats ayant juridictions, congrégations romaines) à faire les propositions que chacun estimait opportunes. Le 18 juillet, la même invitation était faite aux universités. Il en résulta un afflux de réponses qui furent analysées et classées en 15 gros volumes.Les propositions concernant l’Église avaient une sorte de dénominateur commun : il fallait que Vatican II complétât et intégrât l’enseignement de Vatican I. Il fallait donc donner une structure organique aux principaux points doctrinaux suivants : la nature et la constitution de l’Église, son ministère et son magistère, ses rapports avec la société civile et avec les communautés chrétiennes non catholiques, sans oublier les incidences de la doctrine mariologique sur la doctrine ecclésiologique et vice versa[1]. Le 5 juin 1960, le pape Jean XXIII ouvrait la phase préparatoire du concile Vatican II par le motu proprio Superno Dei nutu et créait un certain nombre de Commissions préparatoires.L’élaboration du schéma sur l’Église devait revenir à la Commission théologique préparatoire (CT). Elle était présidée par le cardinal Ottaviani, secrétaire de la S. Congrégation du Saint-Office. En faisaient partie, comme membres ou consulteurs, divers évêques et théologiens parmi lesquels Sébastien Tromp S.J. fut choisi comme secrétaire de ladite Commission [2].Le 9 juillet 1960, le secrétariat de la Commission anté-préparatoire envoyait aux présidents désignés les Quaestiones commissionibus præparatoriis Concilii Oecumenici Vaticani II positæ, approuvées par le pape le 2 juillet. Vraisemblablement rédigées à partir de la synthèse finale de la consultation épiscopale (les 15 gros volumes), « elles suggèrent un concile attaché à préserver l’intégrité catholique des erreurs doctrinales qui la menacent [3]. » A l’aide de ces directives, la CT rédige un projet de 13 points destiné à être la plate-forme de l’élaboration du schéma sur l’Église. Depuis l’heure où le pape Jean annonça le concile, presque tout le monde reconnut que l’une de ses tâches principales serait de définir la nature et la mission de l’Église. Ce fut en effet le mandat donné à la CT par les Quaestiones [4], qui lui demandèrent de compléter la constitution de Vatican I De Ecclesia, en abordant en particulier les thèmes du Corps mystique, de l’épiscopat et du laïcat [5]. Dès la seconde quinzaine de juin, le père Tromp, dont le rôle dans l’élaboration de l’encyclique Mystici Corporis sur l’Église (par Pie XII, en 1943) était bien connu, avait proposé un premier projet de schéma De Ecclesia.Toutefois, le cardinal Ottaviani ne confia pas au père Tromp la présidence de la Sous-Commission chargée de discuter et d’élaborer le schéma, mais au père Gagnebet O.P. Cette Sous-Commission fut créée le 27 octobre et se réunit la première fois le 26 novembre. Elle tint des réunions quasi hebdomadaires, plus deux sessions de 9 et 8 jours, en tout 80 sessions de travail, sans parler des nombreuses consultations. Certains chapitres furent refaits cinq à six fois [6].Les résultats de son travail furent soumis au fur et à mesure à l’examen de la CT qui l’approuva après de longues séances. Les quatre premiers chapitres furent approuvés à l’assemblée tenue du 18 au 30 septembre 1961 ; les sept autres à celle tenue du 5 au 10 mars 1962.Ce fut « un examen aveugle » dit Melloni [7]. Ce schéma ne lui plaît visiblement pas, ainsi qu’aux partisans de la « nouvelle théologie ». Voici le jugement qu’il porte : [Ce schéma] transformait les soupirails ouverts par Mystici Corporis en définitions paralysantes pour la recherche ecclésiologique. On croyait utile de se bloquer dans un siège ecclésiologique, avec un De membris [8] particulièrement radical dans la réception de l’optique de la société parfaite [9]. Le schéma comprenait donc onze chapitres. Les six premiers furent examinés par la Commission centrale préparatoire [10] (CC) les 8 et 9 mai 1962 ; les cinq derniers les 19 et 20 juin. Nous étions déjà à la veille du concile, et la CC fut obligée de « parcourir rapidement le sujet qui était considéré depuis le début comme le cœur du programme conciliaire [11] ». De nombreuses critiques, générales ou particulières, furent exprimées, suffisantes pour remplir un document de cent quatre-vingt-dix-sept pages, qui fut envoyé à la CT. Un petit comité de celle-ci entreprit la révision, dans des conditions de travail si bousculées et si hâtives que cela peut expliquer le caractère encore plus agressif des réponses de la Commission, qui atteint ici le sommet de ses prétentions à l’autorité [12].Cela commence par une défense de son autorité exclusive en matière théologique : « sola est competens in rebus dogmaticis [elle est seule compétente dans les questions dogmatiques] », raison pour laquelle elle ne s’était pas sentie tenue de former des commissions mixtes avec les autres organes, « multo minus cum Secretariatibus, quorum finis non est studium [encore moins avec les Secrétariats [13] dont le but n’est pas l’étude] ». La CT acceptait volontiers les suggestions, mais elle n’était pas obligée d’être d’accord avec toutes [14]. Cette citation d’Alberigo est intéressante, car nous touchons là un point qui nous semble très important.Le cardinal Ottaviani et la CT qu’il présidait soutenaient que leur Commission avait une prééminence sur toutes les autres. Et cela se comprend bien, car la théologie est la reine des sciences [15]. A Rome c’est le Saint-Office qui doit avoir la prééminence sur toutes les autres Congrégations. D’abord je dois affirmer que je n’admets pas que la CT doive agir avec d’autres Commissions pour ce qui regarde la doctrine. En ce domaine elle est indépendante [16]. Certains trouvèrent cette attitude exagérée, et taxèrent la CT « d’auto-suffisance dans la volonté de traiter la matière, en excluant toute forme de collaboration de la part d’autres Commissions [17] ». Et pourtant elle nous paraît juste sur le fond.En effet, pour traiter d’une question avec autorité, il faut la compétence juridique (le pouvoir de magistère), ou la compétence pratique (bien connaître la matière). Mais, comme l’explique la CT elle-même, la CC (et a fortiori les autres Commissions) manque tant de la compétence juridique que de la compétence pratique [18]. Elle n’avait pas reçu du pape une autorité doctrinale particulière et, si elle comprenait des membres éminents, tous n’étaient pas également compétents dans les questions théologiques et les conditions de travail ne permettaient pas un travail sérieux et approfondi.Jusqu’au concile, grâce à l’énergie du cardinal Ottaviani, du père Tromp et des autres membres de la CT, il semble qu’aucune modification atteignant la doctrine ne fut introduite dans le schéma De Ecclesia[19].Mais, déjà, on sentait que la CT était assiégée comme une citadelle. Dès la première session du concile, n’étant pas soutenue par le pape, elle fut submergée. Nous en avons un aveu émouvant dans l’intervention du cardinal Ottaviani [20] du 1er décembre 1962, lors de la XXXIe congrégation. Le cardinal était chargé de présenter son schéma à l’aula conciliaire [21]. Il vint comme un martyr entrant dans la fosse aux lions, affrontant ses adversaires avec un courage et un panache qui lui font honneur et qui furent longuement applaudis : Vénérables Pères,En soumettant à votre examen le schéma d’une constitution sur l’Église, je vous le recommande, car il a été préparé avec grand soin par une Commission préparatoire de près de 70 membres, puis examiné par la CC, et encore pesé attentivement par la Commission des amendements, après que lui ont été soumises les propositions de modification faites par la CC. Après tout ce cheminement, le souverain pontife a ordonné qu’il soit soumis à votre examen.Le souci de ceux qui ont préparé ce schéma fut de le rendre aussi pastoral que possible, biblique et accessible à la compréhension même des foules, non pas scolastique, mais plutôt d’une forme qui puisse être comprise aujourd’hui par tous. Je dis cela car je m’attends à entendre les habituelles litanies des Pères conciliaires [« rident Patres et etiam orator [22] »] : il n’est pas œcuménique, il est scolastique, il n’est pas pastoral, il est négatif, et d’autres du même style [« rident Patres et etiam orator »].De plus, je dois vous faire une confidence. Je pense que moi-même et les rapporteurs nous allons parler en vain, car l’affaire est déjà jugée d’avance. Ceux qui ont l’habitude de dire : enlevez-le [23] ! enlevez-le ! remplacez-le ! [« rident Patres »], sont prêts à engager ce combat. Je vais vous révéler quelque chose : avant même que ce shéma soit distribué – écoutez ! écoutez ! – avant qu’il soit distribué, déjà était confectionné un schéma destiné à le remplacer. Ainsi, avant la prévision des mérites il est déjà jugé [24] [« rident Patres et etiam orator »] !Il ne me reste plus qu’à me taire, car la sainte Écriture enseigne : Là où l’on n’écoute pas, ne multiplie pas les paroles [« rident Patres et plausus magnus [25] »]. La partie était effectivement déjà jouée. Les principales scènes du drame conciliaire avaient déjà eu lieu (le discours d’ouverture de Jean XXIII, la composition des Commissions, la majorité exprimée en faveur d’une réforme liturgique, les critiques dévastatrices du schéma sur les sources de la Révélation, etc.). Ce matin-là, quatorze Pères conciliaires vinrent au microphone. Six d’entre eux demandèrent des révisions si totales qu’elles équivalaient à un rejet absolu du texte tel qu’il se présentait. On reprocha au schéma d’être trop théorique, d’être trop légaliste, d’identifier purement et simplement le Corps mystique avec l’Église catholique, de ne parler qu’avec condescendance du laïcat, d’insister de manière excessive sur les droits et l’autorité de la hiérarchie, de manquer d’esprit charitable, missionnaire, œcuménique.Mgr De Smedt résuma ses critiques en trois mots , le schéma était coupable de triomphalisme, de cléricalisme et de légalisme. (…)Les jours qui suivirent révélèrent de sérieux désaccords parmi les Pères conciliaires. Certains orateurs affirmaient le caractère pastoral du schéma ; d’autres le niaient. Les uns estimaient qu’il donnait assez d’importance au laïcat ; d’autres que le sujet était traité de façon trop superficielle. Le cardinal Béa objecta à la façon dont était citée la sainte Écriture ; il souhaitait que les préoccupations pastorales ressortissent davantage du texte même, et non seulement de l’exhortation qui lui avait été ajoutée comme entre parenthèses [26]. Les évêques critiquèrent le manque de vision complète et organique de l’Église, l’insistance excessive sur les dimensions institutionnelles jusqu’à négliger les aspects mystiques de l’Église, l’identification préhistorique du Corps mystique du Christ avec l’Église catholique romaine, l’insistance excessive sur la papauté et le manque de considération de la collégialité de l’épiscopat, la manière d’envisager les laïcs et les religieux, sa négligence sur le presbytérat, sa manière anachronique de traiter la question de l’Église et de l’État, etc. [27] Le schéma De Ecclesia fut révisé par la Commission doctrinale à partir du 21 février 1963.Le 25 février, la Sous-Commission De Ecclesia, malgré l’avis du président de la Commission de coordination, décida de prendre pour base de travail un autre schéma, déjà en circulation depuis le début du concile, reconnu comme étant d’origine belge…
Schéma d’une constitutiondogmatique sur l’Église
Table logique du schéma : • Nature intime de l’Église (chapitre 1). • Les personnes : – En général : Les membres de l’Église (2). – En particulier : – Les évêques : – Nature de l’épiscopat (3). – Les évêques résidentiels (4). – Les religieux (5). – Les laïcs (6). • Les réalités spirituelles : – Le magistère (7). – L’autorité de juridiction (8). – Les relations entre l’Église et l’État (9). – La prédication de l’Évangile (10). – L’œcuménisme (11). Nous allons commenter ici les deux premiers chapitres du schéma. Lorsque ces deux chapitres furent discutés dans la CC, de graves dissensions sont apparues entre les partisans de la théologie traditionnelle (représentés par la CT), et ceux de la nouvelle théologie. Voici le résumé de ces discussions qui concernaient les domaines suivants [28] : a) L’identité de l’Église catholique romaine avec le Corps mystique sur terre. La CT pense que cette question a été réglée par Humani Generis[29].C’est pourquoi la CT ne peut admettre la doctrine de ceux qui disent que l’Église a perdu son unité et qu’il y a maintenant plusieurs Églises chrétiennes. Ni même la sentence plus modérée qui soutient que l’incorporation au Corps mystique est plus large que l’incorporation à l’Église catholique.D’ailleurs Pie XII n’a fait que confirmer ce qui avait été dit par d’autres, notamment saint Pie X (Vehementer, ASS 39, p. 8) et Pie XI (Mortalium Animos, ASS 20, p. 14-15). b) Les membres de l’Église. Même si toute comparaison est déficiente, elle doit au moins être pertinente pour les points principaux : par exemple, dans un corps vivant, aucun membre n’est hors du corps et tout membre doit être sous l’influx du principe vital. Donc quelqu’un qui n’a pas la foi n’est qu’un membre putatif du Corps mystique.Suivant l’enseignement de Pie XII (Mystici Corporis), la CT distingue ceux qui sont reapse (réellement) membres, et ceux qui sont ordonnés par le vœu à l’Église. A la place de reapse certains préfèrent sensu vero et proprio (au sens vrai et propre). Cela revient au même, mais cela ouvre aux novateurs la possibilité qu’il y ait des membres sensu improprio.En revanche, dire que les hérétiques et schismatiques sont membres au sens propre quoique « imparfaitement, inadéquatement, pas pleinement », conduit à des conséquences inacceptables :– Qui est le plus parfaitement membre : l’hérétique en état de grâce ou le catholique en état de péché mortel ? On répondra : l’hérétique.– Cela pose un problème pour l’unité et l’indivisibilité de l’Église (il y a 40 % de chrétiens non catholiques).– Cela pose aussi une difficulté pour l’indéfectibilité et l’infaillibilité de l’Église, et donc pour celle du pape.– Cela pose encore un problème pour la sainteté de l’Église, laquelle consiste essentiellement à garder pur le dépôt de la foi.– Enfin, comment un concile où il manque 40 % des membres peut-il être dit œcuménique ?C’est pourquoi la CRT n’a pas voulu changer la doctrine sur cette question, ni éviter d’en traiter comme s’il s’agissait d’une chose secondaire. c) Par où commencer quand on parle du Corps du Christ : parl’aspect juridico-social ou par l’aspect mystique ?Le Christ aurait pu donner ses grâces sans l’Église. Il y aurait eu union avec lui, mais pas de Corps mystique. Le Corps est un organisme vital hétérogène, et le Christ a voulu que l’union se fasse dans cet organisme. Nous sommes unis au Christ parce que nous sommes unis au moins par le vœu à son Église, et non pas l’inverse. De même qu’il a voulu qu’on vienne à Dieu par le Christ-homme, de même on ne vient au Christ que par l’institution sociale. Dieu a d’abord fait Adam du limon avant de lui insuffler une âme. d) Peut-on, au baptême, poser un obex [un obstacle] à l’incorporation dans l’Église ?Pour un enfant non, mais pour un adulte, oui. En effet la foi n’est pas nécessaire à la validité du baptême d’un adulte, mais l’infidèle n’est pas membre de l’Église. Ainsi, un hérétique peut recevoir un baptême valide qui ne le rend pas membre de l’Église. C’est la même chose pour un schismatique. Sinon, il faudrait admettre que le schismatique ou l’hérétique sont, au sens propre, membres de l’Église (voir b) [30]. e) La distinction entre les hérétiques ou schismatiques debonne foi et de mauvaise foi. Il y a une grande différence entre les deux puisque les uns peuvent se sauver, les autres non. Mais cela n’intervient pas dans la question de l’incorporation dans l’Église : même celui qui est de bonne foi ne veut pas adhérer à l’Église. On retombe dans les mêmes difficultés que celles signalées en b. Ainsi Clément VIII, dans sa Bulle concernant le retour des Ukrainiens, dit-il qu’ils ont compris « qu’ils n’étaient pas membres du Corps du Christ qui est l’Église [31] », ni incorporés dans le bercail du Christ, dans l’arche de salut, dans la maison construite sur la pierre.On ne peut satisfaire sur ce point les frères séparés. Si on leur dit la vérité, ils se scandalisent, mais si on la cache, on leur fait encore plus de mal. Le primat et le magistère infaillible sont des dogmes de foi et non pas des questions disciplinaires. f) Une question assez subtile : Quelle est l’autorité qui prévaut, celle de Pierre, ou celle du collège des apôtres, avec et sous Pierre ? Il semble qu’il faut répondre : celle de Pierre, car, par rapport aux autres apôtres, il tient la place du Christ. Le pape, en tant qu’évêque de Rome, est dans le corps épiscopal ; en tant que Vicaire du Christ, il est au-dessus. Et le corps épiscopal n’est pas en vue du gouvernement ordinaire de l’Église, sinon elle ne serait plus une monarchie. g) Enfin, une question de terminologie. Pour ne pas scandaliser les frères séparés, il faudrait ne pas parler de schisme, d’hérésie, ni même, selon le cardinal Döpfner, d’appartenance à l’Église par le vœu, ou, selon le cardinal Béa, d’acatholiques. On parle des églises chrétiennes comme si elles étaient de même dignité que l’Église unique du Christ. Ce n’est pas l’esprit de Notre-Seigneur (Mt 18, 17) et c’est contraire à notre devoir de faire d’abord du bien à nos frères dans la foi (Ga 6, 10). C’est aussi encourager les protestants à rester ce qu’ils sont. Ch. 1 : Nature de l’Église militante * En présentant le schéma aux Pères conciliaires, le rapporteur, Mgr François Franic, expliquait qu’on avait voulu montrer dans ce chapitre, en termes clairs, qu’il n’y a pas de distinction réelle entre le Corps mystique du Christ et l’Église visible, entre l’Église juridique et l’Église « pneumatique », comme on dit, c’est-à-dire l’Église de la charité, mais que ces mots signifient seulement divers aspects de la même réalité.C’est précisément ce qui déplait aux partisans de la nouvelle théologie. « Tout dans les paragraphes précédents vise à préparer la conclusion du chapitre : l’identification de l’Église catholique au Corps mystique [32]. »Ainsi, le cardinal Liénart déclara-t-il, lors de l’examen par la CC, que le schéma ne lui plaisait pas. Il ne croyait pas qu’on puisse professer solennellement l’identité de l’Église et du Corps mystique, comme si le Corps mystique était totalement inclus dans les limites de l’Église romaine. Le Corps mystique est beaucoup plus large que l’Église militante : il y a l’Église souffrante et l’Église triomphante. Quant aux chrétiens séparés, même s’ils ne sont pas incorporés à l’Église, on ne peut pas dire qu’ils n’adhèrent en rien au Corps mystique. Il demandait donc que l’article 7 soit détruit et que tout ce chapitre soit revu [33].
Le schéma commence par montrer le lien de l’Église et de la sainte Trinité :
1. [Prologue : Le dessein de Dieu le Père]. Le Père éternel du Fils unique, comme il avait décidé, dans un conseil très libre et secret de sa sagesse, de racheter, par la mort de son Fils incarné, le genre humain misérablement déchu de l’état de justice originelle par le péché d’Adam, son premier parent, et de transférer ce genre humain dans le royaume de son Fils [34], lorsque fut venue la plénitude des temps, envoya celui-ci afin que, s’offrant par le Saint-Esprit comme une hostie immaculée à Dieu, il s’acquière un peuple en le purifiant [35]. Il a plu en effet au Père que les rachetés, surtout dans le nouveau et éternel Testament, se tiennent devant lui pour se sanctifier, non pas entièrement séparés, sans aucune relation ni connexion, mais que, appelés et tirés de la multitude, ils forment un nouveau peuple élu, un sacerdoce royal, une nation sainte, sous une tête unique, Jésus-Christ, par la vertu duquel tous ne sont pas seulement rachetés, mais aussi rédempteurs dans l’œuvre salutaire du Christ à perpétuer [36]. Dans les paragraphes 2 et 3, le schéma montre le caractère christologique (fondé sur le Christ), sotériologique (pour le salut des hommes) et eschatologique (devant durer jusqu’à la fin du monde) de l’Église.On parle de l’Église « peuple de Dieu », image facilement comprise des simples chrétiens, mais en montrant bien que cette notion inclut une structure hiérarchique.Dans ce paragraphe 2 (et dans le 6) il est question du triple munus (fonction) messianique du Christ et de l’Église. Pour répondre aux objections de certains membres de la CC (Döpfner et König), la CRT fit les observations suivantes : a) ce n’est pas une invention protestante ; b) c’est à croire de foi divine ; c) c’est rappelé dans plusieurs documents ecclésiastiques ; d) une question disputée, dont il n’est pas question ici, est de savoir si le pouvoir d’enseignement est adéquatement distinct du pouvoir de gouvernement ou seulement une de ses espèces.
2. [Exécution du dessein du Père par le Fils]. Lorsque donc le Fils unique du Père, formé d’une femme, a habité parmi nous, constitué, comme un nouvel Adam, tête de tout le genre humain, il s’est soumis à la volonté du Père ; il a accompli pour nous les fonctions de Maître, Prêtre et Roi [37] ; et il sanctifie de façon multiple et gouverne avec sagesse le peuple de Dieu vers le salut éternel non seulement par lui-même mais par les préposés qu’il s’est choisis. Ces préposés qu’il a institués dans ce peuple, il les a parés des charges de héraut [38], de prêtre et de roi, charges à exercer sous Pierre, en leur disant : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc ! De toutes les nations, faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à observer tous les commandements que je vous ai donnés. Et maintenant, moi, je serai avec vous toujours, jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 18-20) ; et : « Allez-vous-en dans le monde entier et prêchez l’Évangile à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui ne croira pas sera condamné » (Mc 16, 15-16).Ainsi, ce nouveau peuple, que l’apôtre Paul a nommé l’Israël de Dieu, n’avance pas comme une cohue éparse, mais comme une troupe [39] bien ordonnée qui, nourrie par une nourriture spirituelle, abreuvée par la pierre spirituelle qui la suit, combattant victorieusement contre les portes de l’enfer et les pièges du diable, durera jusqu’à la fin du monde, dans l’unité de la foi, dans la communion des sacrements et dans l’apostolicité du gouvernement, unique et singulière, dans [la vie de] l’esprit et dans la charité. Puis le schéma dit quelques mots des diverses images décrivant l’Église. La comparaison avec « l’Église » de Moïse, même si elle est déficiente sur certains points, est valable, car celle-ci est la préparation et le type de l’Église du Christ, et saint Paul lui-même fait cette comparaison. Par ce parallèle il apparaît clairement que la notion de peuple de Dieu suppose un organisme social visible.
3. [Les caractéristiques de l’Israël de Dieu, exprimées par le mot « Église » et par diverses figures]. D’ailleurs de même que Moïse appela « Église de Dieu » l’Israël selon la chair qui pérégrinait dans le désert, de même le Christ donna aussi le nom d’Église à l’Israël de Dieu qui, en marchant dans ce monde présent, cherche la cité future et permanente, et il annonça d’avance qu’elle était sienne non seulement parce qu’il l’acheta de son sang, mais encore parce que, la pourvoyant des moyens adaptés à sa fin, il l’édifia sur Pierre et sur ses successeurs dans lesquels Pierre survit par son autorité perpétuelle.Afin de manifester aux hommes la nature de son Église de manière plus claire et plus précise, il la représenta, soit par lui-même, soit par ses apôtres, sous diverses figures et il l’appela de divers noms par lesquels son aspect social et son caractère mystique seraient principalement décrits : ainsi, celle qui est appelée d’avance royaume, maison, temple de Dieu, est-elle aussi proclamée troupeau ou bergerie, épouse du Christ, colonne et fondement de la vérité.
Dans les paragraphes 4, 5 et 6, le schéma donne la doctrine de Mystici Corporis pour expliquer l’Église comme Corps mystique. On dit pourquoi cette figure tient la première place (elle exprime plus que les autres les deux éléments social et mystique). Certes on ne sait pas toutes les raisons qui ont poussé saint Paul à prendre cette image, mais, certainement, il a pensé à un organisme social hétérogène où tous n’ont pas les mêmes offices et charismes. Les Pères y ont vu la distinction entre clercs et laïcs, continents et mariés, sains et malades, etc.
4. [La figure du Corps du Christ]. Parmi toutes les figures, du fait qu’elle exprime plus que les autres les deux éléments social et mystique, la figure du corps tient la première place, figure dont Paul s’est servi sous l’inspiration du Christ : « Lui-même est la tête du Corps de l’Église » (Col 1, 18) « qui est son Corps et la plénitude de celui qui remplit tout en toute chose » (Ep 1, 23) ; en effet, tous ceux qui sont entrés dans l’Église par le baptême et ont revêtu le Christ dans la communion des saints, comme ils participent d’un seul pain eucharistique, sont consommés [40] dans l’unité d’un seul Corps : « Parce qu’il y a un seul pain, nous sommes à plusieurs un seul corps, car nous participons tous à ce pain unique » (1 Co 10, 17 d’après le Grec).
5. [Explication de la figure du Corps]. L’Église, du fait qu’elle est un Corps, est visible ; ce qui est insinué aussi par d’autres de ses figures ; au surplus elle est un assemblage [41] de membres qui ne sont pas en réalité égaux, puisque les uns sont soumis aux autres, et puisque l’on trouve en elle des clercs et des laïcs, des préposés et des sujets, des maîtres et des disciples, et divers états, dont le Christ est la tête étant supérieur à tous par sa position, sa perfection et sa vertu.Dans cet assemblage des membres du corps, outre la connexion qui provient des liens sociaux, juridiques et ministériels, il y a aussi une connexion qui s’accomplit par leur croissance, leurs actions, leur souffrance, et même il y a cette conformité de nature et de vie que le Seigneur a mise en lumière quand il s’est comparé à la vigne et nous aux sarments, disant : « Je suis la vigne, vous les sarments : celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruits : car, sans moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15, 5).De même que le Christ est la tête du Corps, ainsi le Saint-Esprit, habitant dans la tête et dans les membres, est son âme ; étant un, il constitue et maintient tout le Corps dans l’unité [42], et, à tous les membres, selon la mesure du don du Christ, il administre la grâce et les dons et confère les charismes. C’est pourquoi l’Église est appelée une personne, à savoir mystique, dans le Christ Jésus : « Vous tous êtes un [au masculin] dans le Christ Jésus » (Ga 3, 28 d’après le grec).
En lui, toutefois, tous les membres ne jouissent pas de la sainteté, car il y a des membres malades [43] qui, privés de la grâce et de la charité, sont néanmoins unis au Christ Chef par la vertu de la foi [44]. Certes, leurs péchés offensent l’Église, mais ils ne blessent pas sa sainteté essentielle ; en effet l’Église est surtout sainte parce que, en tant qu’Épouse du Christ, comme elle a été instituée dans la sainteté, elle engendre ses membres pour la sainteté, elle ne manque jamais de membres qui sont doués de sainteté et, de plus, non seulement elle réprime les péchés de ses membres, mais elle rend, par son ministère aux membres malades eux-mêmes, la sainteté qu’ils avaient avant et parfois une plus grande. L’Église, en effet, est une pieuse Mère qui, non seulement conçoit ses membres par la prédication de la parole et les engendre par le baptême, mais encore les nourrit par l’aliment de la vérité salutaire et celui des sacrements, et les unit de plus en plus chaque jour à la vie divine.
Le schéma insiste sur la cohérence de la structure sociale avec l’influx des dons et charismes :6. [L’Église société est le Corps mystique du Christ]. Comme le Saint-Esprit a gratifié l’Église de nombreux charismes – correspondant à sa nature sociale et à sa mission divine – dans les divers offices et ministères, afin que ceux qui en sont pourvus opèrent avec lui, comme des coopérateurs de Dieu, à l’édification du Corps du Christ, c’est à tort qu’on dit que l’Église hiérarchique ou juridique diffère réellement de l’Église appelée charismatique ou d’amour. C’est pourquoi l’Église comme société et le Corps mystique du Christ ne sont pas deux réalités, mais une seule, qui présente un aspect humain et un aspect divin ; ce qui l’assimile au mystère de l’incarnation par une analogie expressive.De même en effet que, dans le Verbe incarné, la nature humaine a servi d’instrument vivant à sa nature divine pour notre salut et celui du monde entier, de même la société qu’est l’Église est ornée des charismes de héraut, de prêtre, de roi, afin de servir le Saint-Esprit dans l’édification du Corps du Christ ; ces charismes en effet, comme les autres qui sont donnés par le Saint-Esprit, doivent être exercés comme des services et des ministères de vérité et de charité, afin que le salut procuré par le Christ et tous les bienfaits qui en découlent se propagent dans tous les hommes et dans tous les temps.
Enfin le chapitre se termine sur l’affirmation de l’identification de l’Église catholique romaine avec le Corps mystique 7. [L’Église catholique romaine est le Corps mystique du Christ]. Le sacré Synode enseigne donc solennellement qu’il n’y a qu’une seule vraie Église de Jésus-Christ, à savoir celle que nous célébrons dans le Symbole comme étant une, sainte, catholique et apostolique [45], celle que le Sauveur s’est acquise sur la croix [46] et qu’il s’est jointe comme un corps à sa tête et une épouse à son époux, et celle que, après sa résurrection, il a confiée à saint Pierre et à ses successeurs, les Pontifes romains, pour la gouverner [47] ; c’est pourquoi, seule, en droit, l’Église catholique romaine est appelée Église [48].
Ch. 2 : Les membres de l’Église militante,et sa nécessité pour le salut
Le cardinal Béa, dans la discussion à la CC, avait longuement critiqué ce chapitre. Il était allé jusqu’à des affirmations comme celles-ci : « On pourrait difficilement nier (vix negari poterit) que la plus grande partie des hommes (longe majorem partem hominum), encore aujourd’hui, sont sauvés en dehors du moyen “normal”, c’est-à-dire de l’Église. (…) Pour éviter d’offenser les frères séparés, il faut procéder autrement, en exposant la chose sans utiliser des termes offensants. On pourrait procéder à peu près ainsi : (…) Dieu veut que tous reçoivent par le cœur et la vie le don du salut et qu’ils suivent les moyens institués et proposés par lui autant qu’on le peut (pro posse). Le don du salut est celui de la grâce qui est donnée à tous ceux qui sont bien disposés, c’est-à-dire qui acceptent les moyens et le salut, ou qui les accepteraient s’ils les connaissaient comme tels. Pour recevoir le salut, une seule chose est nécessaire de nécessité absolue : “Pour celui qui s’approche de Dieu, il faut croire que Dieu existe et qu’il est le rémunérateur de ceux qui le cherchent” (He 11, 6). (…) L’Église catholique, comme moyen de salut, n’est pas nécessaire de “nécessité de salut absolue”, en ce sens que Dieu, dans sa bienveillance et sa sagesse, n’a pas voulu imposer aux hommes le joug inique de devoir accepter en réalité (in re) un institut de salut dont ils n’ont jamais entendu parler, et l’Église catholique n’impose pas cela : il est seulement demandé cette disposition droite telle qu’ils accepteraient l’Église s’ils la connaissaient et la reconnaissaient comme un moyen de salut. Pour ceux qui la connaissent, l’adhésion à l’Église est, d’après la loi ordinaire (de lege ordinaria), strictement exigée, en tant que, par elle, comme moyen normal et complet de salut, la religion chrétienne de rédemption et de louange est exercée [49]. »
Le cardinal Ottaviani avait répondu avec une certaine vigueur : « On ne doit pas accueillir tout ce qu’a dit le cardinal Béa, car certaines affirmations sont très [50] dangereuses. Je comprends son zèle, la grande ardeur qui est la sienne, car le Secrétariat pour les non-catholiques lui a été confié, et il fera certainement en sorte que la porte leur soit plus grande ouverte, mais il ne faut pas exagérer, on ne peut pas dire, comme cela a été dit dans une certaine conférence – on l’a noté avec étonnement –, qu’à peine baptisé on devient sans aucun doute membre du Corps mystique, bien qu’on ne soit pas membre de l’Église. Cette affirmation est dangereuse, parce qu’il faudrait en débattre, comme on l’a fait, pour la comprendre ; mais dire face à la masse du peuple : “celui qui est baptisé est membre du Corps mystique bien qu’il ne soit pas membre de l’Église” est extrêmement dangereux. L’Église catholique et le Corps mystique s’identifient [51]. »Dans un premier paragraphe, ce chapitre du schéma traite de la nécessité de l’Église pour le salut. Il distingue la nécessité de précepte [52] et la nécessité de moyen [53] en évitant les termes techniques.Le cardinal Béa, dans son intervention à la CC que nous avons évoquée plus haut, semblait ne considérer que la nécessité de précepte. Or il faut bien maintenir que l’Église est nécessaire aussi d’une nécessité de moyen, à condition de distinguer une double nécessité de moyen : celle qui découle de la nature des choses (par exemple, la grâce pour le salut) et celle qui vient de la volonté positive de Dieu (par exemple, le baptême pour le salut). L’Église est nécessaire de cette seconde manière, puisque, selon la volonté de Dieu, elle est l’unique arche de salut (Dz 1647). Toutefois, quand il y a une nécessité de moyen de ce second type, l’effet peut être obtenu sans la chose, par le vœu.On retrouve dans ce paragraphe l’enseignement contenu dans la lettre du Saint-Office à l’archevêque de Boston du 8 août 1949 (DS 3866-3873). On termine par un avertissement sévère : il ne suffit pas d’être membre de l’Église pour être sauvé. 8. [Nécessité de l’Église pour le salut]. Le saint Synode enseigne, comme l’a toujours enseigné la sainte Église de Dieu, que l’Église est nécessaire au salut [54] et que personne ne peut être sauvé qui, sachant que l’Église catholique a été fondée par Dieu par l’intermédiaire de Jésus-Christ, refuse cependant d’y entrer ou d’y persévérer. De même en effet que personne ne peut se sauver sans le baptême réellement reçu, par le moyen duquel, si l’on ne met pas d’obstacle à l’incorporation, on devient membre de l’Église, ou, du moins, sans le vœu du baptême [55], de même, personne ne peut obtenir le salut à moins d’être membre de l’Église, ou d’y être ordonné par le vœu. Mais pour acquérir le salut, il ne suffit pas d’être réellement membre de l’Église ou de lui être ordonné par le vœu, il faut encore mourir en état de grâce, étant lié à Dieu par la foi, l’espérance et la charité [56]. Puis dans un deuxième paragraphe, le chapitre traite de la notion connexe de « membre de l’Église » (cette expression a d’ailleurs été employée dans le paragraphe précédent).
Dans sa présentation du schéma aux Pères conciliaires, le rapporteur, Mgr François Franic, expliquait qu’on avait voulu traiter dans ce chapitre des membres au sens vrai et propre, c’est-à-dire ceux dont l’Église est constituée, dans l’unité de foi, de sacrements et de gouvernement. On ne parle pas de membres au sens impropre ou analogique, voulant laisser cette question libre. Le schéma évite le terme de membre voto (par le vœu), car ce qu’on est par le vœu, on ne l’est pas reapse (réellement).Il y avait eu de longues discussions dans la CT et, finalement, on avait décidé de s’en tenir à la doctrine de Mystici Corporis [57]. On ne peut être membre de l’Église que si l’on est, au moins imparfaitement, sous l’influence de la tête et de l’âme. Donc, il faut la foi surnaturelle, même informe. Les enfants baptisés dans l’hérésie et le schisme appartiennent à l’Église, mais pas les adultes qui posent un obex (un obstacle) à l’incorporation : on peut recevoir validement le baptême sans la foi, mais alors, on ne devient pas membre de l’Église.Voir aussi ce qui a été dit au début, dans la présentation générale des deux premiers chapitres, sur la question des membres de l’Église (en b). 9. [Quels sont les membres au sens propre]. Même si plusieurs relations réelles existent dans l’ordre juridique [58] et sacramentel, et même peuvent exister dans l’ordre mystique [59], par lesquelles celui qui est seulement baptisé est lié à l’Église, cependant seuls, d’après la tradition très ancienne, sont appelés au sens vrai et propre [60] membres de l’Église, ceux qui constituent cette Église telle qu’elle est, une et indivisible, indéfectible et infaillible, dans l’unité de la foi, des sacrements et du gouvernement. Par conséquent, doivent être dits vraiment et proprement membres de l’Église ceux qui, lavés par le bain de la régénération, professant la vraie foi catholique et reconnaissant l’autorité de l’Église [61], se trouvent unis dans cette assemblée (compago) visible [62] avec sa tête, le Christ, qui règne sur la terre par son vicaire [63], et n’ont pas été séparés de l’ensemble (compages) du Corps mystique pour une faute très grave [64]. Par le vœu sont ordonnés à l’Église non seulement les catéchumènes [65] qui, sous l’inspiration du Saint-Esprit aspirent à l’Église d’un désir conscient et explicite, mais aussi ceux qui, ignorant que l’Église catholique est la vraie et unique Église du Christ, y aspirent aussi, par la grâce de Dieu, d’un désir implicite et inconscient [66], soit qu’ils veulent avec une volonté sincère ce que veut le Christ, soit que, tout en ignorant le Christ, ils désirent sincèrement accomplir la volonté de leur Dieu et de leur Créateur. Les dons de la grâce céleste ne sauraient nullement faire défaut à ceux qui désirent et demandent sincèrement à être réjouis de la lumière divine [67]. Enfin, dans un dernier paragraphe, ce chapitre a voulu indiquer de manière positive les liens avec les acatholiques.
Pour comprendre ce paragraphe, il faut savoir que l’hérétique de bonne foi peut avoir la foi divine, mais il n’a pas la foi divine-catholique. Au sujet de cette distinction, les trois membres de la CRT [68] s’expliquaient ainsi :Il faut bien distinguer la foi objective (les vérités que l’on doit croire [69]), que l’hérétique peut avoir en partie, et la foi subjective (la vertu de foi [70]) qui est divine parce qu’elle s’appuie sur l’autorité de Dieu, et catholique parce que le magistère de l’Église est la norme de la croyance et le motif de croire [71]. L’hérétique de bonne foi ne peut avoir cette foi (subjective) divine-catholique (sauf par le vœu) car il repousse l’autorité de la seule vraie Église. Cette foi divine-catholique est nécessaire pour être membre de l’Église. L’hérétique de bonne foi peut avoir la foi divine, mais pas la foi catholique, car il ne veut pas reconnaître le magistère de l’Église.
Une question disputée, que le schéma ne voulait pas aborder, est de savoir si le magistère de l’Église entre dans le motif de cette foi divine-catholique. 10. [Union avec les séparés]. Avec tous ceux qui, tout en ne professant ni la vraie foi ni l’unité de communion avec le Pontife romain, en ont le désir, même inconscient, la pieuse Église notre mère se sait unie pour de multiples raisons, spécialement si, étant baptisés, ils se glorifient du nom de chrétiens, et, quoiqu’ils ne croient pas par la foi catholique [72], ils croient cependant avec amour au Christ Dieu et Sauveur, surtout s’ils brillent par la foi et la dévotion envers la très sainte eucharistie et l’amour envers la Mère de Dieu. En effet, à cette foi commune dans le Christ s’ajoute la participation à la même consécration baptismale ; une certaine communion de prières, d’expiations et de bienfaits spirituels [73] ; et même un certain lien dans le Saint-Esprit, lequel non seulement opère par ses dons et ses grâces dans le Corps mystique lui-même, mais par sa vertu, sans exclure la grâce sanctifiante, agit aussi en dehors de ce Corps pour que les frères séparés, selon la manière établie par le Christ, y soient incorporés [74]. Pour que cette opération du Saint-Esprit en vue d’augmenter le Corps mystique obtienne un effet plus abondant, l’Église ne cesse de prier pour que les frères séparés, en se montrant dociles à suivre librement et de leur plein gré les impulsions internes de la divine grâce, s’efforcent de quitter cet état dans lequel, pour obtenir le salut éternel, ils manquent de si nombreux et de si importants bienfaits et aides célestes, dont ne peuvent jouir que ceux qui sont réellement membres de l’Église [75]. Par conséquent, que tous les fils de l’Église se souviennent de leur condition privilégiée, qui est due non à leurs propres mérites mais à une grâce particulière du Christ, à laquelle s’ils ne correspondent par leurs pensées, leurs paroles et leurs actions, bien loin d’être sauvés, ils seront plus sévèrement jugés.
On peut trouver dans la constitution sur l’Église Lumen Gentium du concile Vatican II des phrases qui ressemblent au contenu de ce dernier paragraphe, par exemple : « Avec ceux qui, étant baptisés, portent le beau nom de chrétiens sans professer pourtant intégralement la foi ou sans garder l’unité de la communion sous le successeur de Pierre, l’Église se sait unie pour de multiples raisons (LG, nº 15) » ; « enfin, quant à ceux qui n’ont pas encore reçu l’Évangile, sous des formes diverses, eux aussi sont ordonnés au peuple de Dieu (LG, nº 16). » Mais le contexte est bien différent. Dans le présent schéma, il est bien précisé qu’il y a une certaine union avec ceux qui « ont le désir » de la vraie foi et de l’unité de communion. Le mot désir est équivalent au mot « vœu » employé dans le paragraphe précédent. Les membres de la CRT disaient bien : « On ne peut pas omettre le vœu à cet endroit, car sans un vœu au moins implicite, tout le reste ne vaut rien. » Mais on a remplacé dans le schéma le mot vœu par celui de désir, car « le mot vœu semble aux acatholiques un morceau d’étoffe rouge présenté au taureau [76]. »Dans le texte parallèle du concile Vatican II que nous venons de citer, il n’est pas question de vœu, même implicite, d’appartenir à l’Église. « La grande tromperie de Vatican II est de faire croire que les éléments de sanctification et de vérité qui se trouvent dans les communautés séparées de l’Église catholique ont par eux-mêmes une tendance à l’unité qui permettrait de faire l’économie du désir de retour à l’Église [77]. »
Or, c’est tout à fait volontairement que l’on a voulu éliminer le vœu d’appartenir à l’Église : « En réalité les diverses communautés et les divers hommes sont ordonnés de manières variées à l’Église. Ces alternatives (in voto, in re) sont des distinctions récentes et discutées, donc à éviter, d’autant qu’elles mettent tous les non-catholiques dans le même genre. C’est aussi vrai que de distinguer l’humanité entre les Américains in re et ceux in voto [78]. » (à suivre)
[2] — Composée de 31 membres, plus 36 consulteurs appartenant à 15 nations, « la plupart professeurs d’université, ou enseignant dans de grandes institutions ecclésiastiques du monde entier. Chacun d’eux avait à son crédit plusieurs publications de grande valeur, dont certaines étaient utilisées comme manuels dans les séminaires et universités. Aussi la CT s’était-elle considérée comme bien équipée du point de vue intellectuel pour s’acquitter de la lourde tâche que représentait l’élaboration d’un schéma sur l’Église. » (Wiltgen, p. 56).
[4] — Indications envoyées par la Commission anté-préparatoire aux présidents des Commissions préparatoires.
[5] — Alberigo, p. 318-319 qui dit en note : « La Sintesi finale (f° 2-4) avait noté aussi chez les évêques le désir d’une “Constitution dogmatique, organique et complète, sur l’Église”, afin de compléter Vatican I. »
[12] — De emendatione schematis Constitutionis De Ecclesia (Typographie vaticane, 1962 ; republié dans AD 2/4/3–2, p. 187 sq.).Ce comité [que nous nommons CRT : Commission de révision théologique] fut composé des pères Tromp, Gagnebet et Schauf. « Des brouillons de réponses de ces deux derniers montrent clairement que le ton agressif et sarcastique des observations, dans le texte final envoyé à la Sous-Commission, est de Tromp » (Alberigo, p. 349 en note).
[13] — C’est le Secrétariat pour l’Unité des chrétiens, dont le Président était le cardinal Béa, qui est spécialement visé ici. A de nombreuses reprises, celui-ci réclama la constitution d’une Commission mixte, mais cela lui fut toujours refusé par le cardinal Ottaviani.
[14] — Alberigo, p. 349. Voici le texte exact de la réponse (traduction par nos soins) : « Selon les désirs du pape, la CT est seule compétente dans les affaires dogmatiques. Si d’autres Commissions veulent traiter des questions doctrinales, elles doivent se soumettre à la révision de la CT. Pour la même raison, la CT n’a pas constitué avec d’autres Commissions ce qu’on appelle des commissions mixtes : en effet une telle commission mixte suppose une compétence des deux côtés sur la même matière, comme cela arrive assez facilement dans les questions disciplinaires. Si, par conséquent, la CT ne peut admettre de commission mixte avec d’autres Commissions qui sont créées pour raison d’étude, encore moins avec les Secrétariats dont la fin n’est pas l’étude. Mais la CT ne prend pas ombrage de ce que des vœux ou des suggestions lui soient donnés par d’autres, Commissions ou Secrétariats. »
[15] — Voir Le Sel de la terre 6 (article sur la philosophie chrétienne) et Le Sel de la terre 25 (éditorial).
[16] — Cardinal Ottaviani à la CC le 19 juin 1962, AD 2/2/4, p. 691.
[17] — Cardinal Confalonieri le 17 juillet 1962, AD 2/4/3–2, p. 234.
[18] — De Emendatione Schematis Constitutionis de Ecclesia,AD 2/4/3–2, p. 192.
[19] — A l’heure où nous écrivons ces lignes nous n’avons pas encore terminé l’étude de tous les amendements faits au schéma jusqu’au concile. Il n’est pas toujours facile de savoir qui a fait ces amendements. Mais nous pouvons déjà remarquer que la CT acceptait volontiers les remarques et les suggestions, sauf lorsque cela touchait un point de doctrine capital sur lequel elle estimait – avec raison – ne pouvoir transiger. Après le passage devant la CC, le schéma passa encore devant les latinistes pour un ultime toilettage. Mais le père Tromp n’accepta pas toutes les corrections qu’ils proposèrent : « nonnumquam enim omnino concordant theologia et artes liberales – la théologie et les arts libéraux ne concordent pas toujours parfaitement », disait-il. Melloni, p. 101, note 45.
[20] — Il était Président de la Commission conciliaire De Doctrina Fidei et Morum, (« Commission doctrinale ») constituée le 4 septembre 1962, où seulement 6 membres de la CT furent élus par les Pères conciliaires. Il avait choisi pour secrétaire le père Tromp et pour vice-président le cardinal Browne.
[21] — Le schéma avait été distribué aux Pères conciliaires quelques jours plus tôt, le 23 novembre, après que le pape ait approuvé cette distribution le 10 novembre. Le cardinal Ottaviani, qui savait la partie perdue, avait tenté le 28 novembre d’empêcher la discussion au concile.
[23] — En latin : Tolle eum, expression par laquelle les Juifs demandèrent à grands cris la crucifixion de Jésus. Ce qui a donné le mot français tollé.
[24] — Allusion à un point disputé entre théologiens sur la question de la prédestination.
[25] — Les Pères rient et grand applaudissement.[26] — Wiltgen, p. 56-57.
[27] — Komonchac, p. 330.* — Acta Synodalia Sacrosancti Concilii Œcumenici Vaticani II, Volumen I (Periodus prima), Pars IV (congregationes generales XXXI-XXXVI), Typis polyglottis Vaticanis, 1971, p. 12-91. Traduction par nos soins.Distribué aux Pères conciliaires dans la XXVe congrégation générale, le 23 novembre 1962, discuté dans la XXXIe congrégation générale, le 1er décembre 1962. Les notes ne faisaient pas partie du schéma, elles étaient ajoutées pour aider les Pères conciliaires dans leurs discussions. Les titres placés en italique entre crochets droits [ ] devaient être enlevés dans le texte définitif.
[28] — Nous nous inspirons du rapport fait par la Commission de révision théologique (CRT : pères Tromp, Gagnebet et Schauf) paru dans AD 2/4/3–2, p. 187 sq.
[30] — Sur cette question, voir III, q. 69, a. 9-10.
[31] — Magnus Dominus, 23 décembre 1595, voir Le Sel de la terre 18, p. 168 sq.* — La rédaction de ce chapitre fut d’abord confiée, en novembre 1960, à Lattanzi, de l’Université du Latran, lequel remit un travail trop long et trop compliqué. Gagnebet chargea alors Tromp de la rédaction finale. Après quelques difficultés, en janvier 1961, un texte était rédigé, compromis entre Tromp et Lattanzi. (D’après Alberigo, p. 321-322.)
[34] — Voir Col 1, 13. Le schéma se réfère ainsi très souvent à l’Écriture sainte. Nous ne donnerons pas ici toutes les références pour ne pas trop allonger.
[36] — Voir Clément d’Alexandrie, Strom. 7, 2 ; – Pie XII, Mystici Corporis, 29 juin 1943 : AAS 35 (1943), p. 221.
[37] — Sur la triple fonction messianique, voir dans l’Écriture : Mt 23, 8-10 et Jn 13, 13-14 (pour la 1ère) ; – He 4, 14 ; 5, 10 ; 9, 11-14 (pour la 2e) ; – Lc 23, 3 ; Jn 18, 37 (pour la 3e).Dans la Tradition, voir Eusèbe de Césarée, Hist. Eccl. 1, 3 (PG 20, 68-73) et Demonstr. Evang. IV, 15 (PG 22, 290-291) ; – saint Jean Chrysostome, in 2 Cor. hom. 3, 5 (PG 61, 411) ; – Fastid. Britt. De Vita Christi, 1 (PL 50, 384) ; – Saint Thomas, Ad Rom. lect. 1 et Summa Theol. III, q. 31, a. 2 ; – Catéchisme du concile de Trente, I, cap. 3, 7.Parmi les documents du magistère, voir Satis Cognitum (Léon XIII), Vehementer Nos (saint Pie X), Mystici Corporis (Pie XII).
[38] — Le schéma emploie le mot præco (héraut) de préférence à magister (maître), pour manifester que la prédication se fait aussi aux infidèles.
[39] — Le schéma emploie ici le mot agmen (troupe) de préférence à populus (peuple), comme étant plus dynamique.
[40] — On ne dit pas que l’union au Christ commencée au baptême devient efficace par la sainte eucharistie, mais qu’elle y est consommée.
[41] — Voir Rm 12, 4-8 ; 1 Co 12, 1-31 ; Ep 4, 11-16 ; – Léon XIII, Sapientiae christianae, 10 janvier 1890 : ASS 22 (1889-90) p. 392 ; – Id., Satis Cognitum, ASS 28 (1895-96) p. 710 et 724 sq. ; – Pie XII, Mystici Corporis, ASS 35 (1953) p. 199-200.
[42] — Léon XIII, Divinum illud, 9 mai 1897 : ASS 29 (1896-97) p. 650 ; – Pie XII, Mystici Corporis, l. c., p. 219-220 (Dz 2288) ; – Saint Thomas, in Col 1, lect. 5 : « Sicut constituitur unum corpus ex unitate animae, ita ecclesia ex unitate spiritus ; comme le corps est constitué un par l’unité de l’âme, de même l’Église par l’unité de l’Esprit ».
[43] — Pour les pécheurs il ne faut pas parler de membres morts au sens strict (simpliciter), car ils ont encore la foi et l’espérance. Mieux vaut dire malades. En revanche, celui qui n’a plus la foi, n’est membre que d’une manière équivoque, de façon seulement putative (membrumsensu equivoco, seu mere putativum).
[44] — Voir le concile de Trente, sess. VI, Decr. De Iustificatione, c. 15 (Dz 808), et can. 28 (Dz 838) ; – Saint Pie V, Errores Baii, prop. 63-64 (Dz 1063-1064) ; – Saint Jean Chrysostome, In ep. ad Ep, cap. 6, hom. 22, 4 (PG 62, 161) : « Beaucoup sont unis au Christ, tout en ne l’aimant pas » ; – Saint Augustin, Serm. 349, 2 (PL 39, 1530) ; – Id., De Abstinentia, cap. 11 (PL 40, 366).
[45] — Dans le Symbole des apôtres (Dz 6-9), dans celui de Nicée-Constantinople (Dz 86) et dans la profession de foi tridentine (Dz 994 et 999).
[46] — 1 P 2, 9 ; Ac 20, 28 ; Ep 2, 15-16 ; hymne des Vêpres de la fête du Sacré-Cœur.
[47] — Le schéma renvoyait ici à Mystici Corporis, l. c., p. 221 sq., et à Humani Generis, 12 août 1950 : AAS 42 (1950) p. 571 (Dz 2319), en indiquant que Pie XII avait suivi les traces de beaucoup de ses prédécesseurs.
[48] — [Ecclesia Catholica Romana est Mysticum Christi Corpus]. Docet igitur Sacra Synodus et sollemniter profitetur non esse nisi unicam veram Iesu Christi Ecclesiam, eam nempe quam in Symbolo unam, sanctam, catholicam et apostolicam celebramus, quam Salvator sibi in Cruce acquisivit sibique tamquam corpus capiti et sponsam sponso coniunxit, quamque post resurrectionem suam S. Petro et Successoribus, qui sunt Romani Ponfices, tradidit gubernandam; ideoque sola iure Catholica Romana nuncupatur Ecclesia. Sur la dénomination de l’Église comme catholique romaine, voir DS 1868 (profession de foi tridentine) et DS 3001 (Vatican I). C’est à dessein qu’on évite l’expression romano-catholique qui sent la théorie des « trois branches ».
[49] — AD 2/2/3, p. 1014-1015. Le cardinal Béa a le front (ou l’ignorance ?) de prétendre qu’il donne ici la doctrine de la lettre du Saint-Office à l’archevêque de Boston (8 août 1949) « dans un ordre réel et non formel », alors qu’il fausse cet enseignement.
[50] — Alberigo traduit valde par assez. Mais c’est par très qu’il faut traduire.
[51] — Alberigo, p. 328 ; AD 2/2/3, p. 1024. Le cardinal Ottaviani n’a pas relevé ici tout ce qu’il y a de dangereux dans le discours de Béa. Par exemple il est très dangereux (voire tout à fait faux) de dire que l’Église, même reconnue comme moyen de salut, est nécessaire de par la loi ordinaire (de lege ordinaria), comme si certains pouvaient en être dispensés (on pourrait alors justifier Simone Weil [1909-1943] qui ne voulut pas recevoir le baptême pour rester – soi-disant – plus proche de son peuple). Il est également dangereux de ne rien dire de la nécessité d’un vœu implicite (qui contient la foi surnaturelle et la charité) chez ceux qui ne connaissent pas l’Église.
[52] — On appelle ainsi la nécessité qui provient uniquement d’un commandement humain arbitraire. Par exemple, il est nécessaire de conduire à gauche en Angleterre.
[53] — On appelle ainsi une nécessité qui provient de la nature des choses ou d’un commandement de Dieu. Par exemple, il faut un moyen de transport pour aller en Amérique (on ne peut y aller à pied ou à la nage), ou encore, il est nécessaire de sanctifier un jour de la semaine.
[54] — Ici le schéma renvoyait en note à un grand nombre de références. Pour les Pères, il renvoyait à l’ouvrage de Tromp, De Spiritu Christi Anima (p. 210-213), donnant des textes de saint Ignace d’Antioche, d’Origène, de saint Cyprien, de saint Jérôme, de saint Augustin et de saint Fulgence. Pour le magistère, voir Dz 40, 247, 423, 468, 570 b, 714, 1000, 1473, 1613, 1677, 1716-17, 2319, ainsi que Mystici Corporis (AAS 35, 1953, p. 242-243) et la lettre du Saint-Office à l’archevêque de Boston (8 août 1949, DS 3866 sq.).
[56] — Docet S. Synodus, sicut semper docuit sancta Dei Ecclesia, Ecclesiam esse necessariam ad salutem, neminemque salvari posse, qui sciens Ecclesiam Catholicam a Deo per Iesum Christum esse conditam, tamen eam renuat intrare, vel in eadem perseverare. Sicut autem nemo salvari potest, nisi per Baptismum re susceptum, quo quis non ponens obicem incorporationis fit membrum Ecclesiae, vel saltem per votum Baptismi, sic nemo salutem obtinere valet, nisi membrum Ecclesiae exsistat, vel voto ad eamdem ordinetur. Ut autem salutem quis acquirat, non sufficit, ut sit reapse membrum Ecclesiae vel voto ad eam ordinatus, sed insuper requiritur ut moriatur in statu gratiae, fide et spe et caritate cum Deo coniunctus.Pour la fin du paragraphe, le schéma renvoie en note à la lettre du Saint-Office à l’archevêque de Boston du 8 août 1949, DS 3872.
[57] — Dans la CT, la discussion eut lieu en février 1961 : Schmaus et Lécuyer défendaient une position semblable à celle de Béa (peu après la création du Secrétariat, Béa commença à déclarer qu’en vertu de leur baptême, les non-catholiques étaient membres du Corps mystique : voir Alberigo, p. 325), Fenton niant que quiconque, s’il n’est catholique romain, puisse être considéré comme membre de l’Église, d’autres cherchant une position moyenne qui reconnaisse les réalités spirituelles chez les non-catholiques. Finalement on décida de suivre Mystici Corporis « tout en cherchant une manière plus charitable d’en exprimer la doctrine » (!, d’après Alberigo, p. 325).
[58] — Tout baptisé est sujet de l’Église de par son baptême. Voir Benoît XIV, Singulari nobis, 9 février 1749, § 14 ; – Léon XIII, Annum sacrum, 25 mai 1899 : ASS 31 (1898-1899) p. 647 ; – Pie XI, Quas primas, 11 décembre 1925 : AAS 17 (1925) p. 601 (Dz 2196) ; – Can. 12.
[60] — Contre la demande de König (AD 2/2/3, p. 1005-1006), on ne laisse pas la possibilité pour un apostat, hérétique ou schismatique d’être membre au sens propre, même imparfaitement, inadéquatement, non pleinement, non de plein droit ; mais on laisse la possibilité qu’il soit membre dans un sens impropre. Le recours à CIC 87 est indû, car ce canon parle des sujets de l’Église et non de ses membres. Et on ne peut non plus recourir à l’encylique de Jean XXIII Aeterna Dei Sapientia, car elle parle de l’union au Christ (qui peut être imparfaite chez un hérétique matériel) et non pas de la qualité de membre de l’Église.
[61] — Le schéma change quelque peu les termes du Mystici Corporis, AAS 35 (1943), p. 202, car, parmi les baptisés qui ne reconnaissent pas l’autorité de l’Église, il y en a plusieurs qui n’ont jamais été personnellement séparés de l’Église, par exemple les baptistes qui, dans leur baptême, posent un obstacle à l’incorporation comme membre de l’Église.
[62] — Pie XII, Mystici Corporis, l. c., p. 199-200 ; p. 223-224.
[63] — Boniface VIII, Unam Sanctam, Dz 468 ; – Pie XII, Mystici Corporis, l. c., p. 211.
[64] — Ii igitur vere et proprie membra Ecclesiae dicendi sunt qui, regenerationis lavacro abluti, veram fidem catholicam profitentes et Ecclesiae auctoritatem agnoscentes, in compagine visibili eiusdem cum Capite eius, Christo videlicet eam regente per Vicarium suum, iunguntur, nec ob gravissima delicta a Corporis Mystici compage seiuncti sunt.Le schéma donnait en note de nombreux textes à l’appui de cette définition.
Voici les références pour les principaux :
1) Saint Pie V, bulle Regnans in Excelsis du 25 février 1570 : « § 3. — L’hérétique Elizabeth et ceux qui lui adhèrent dans les choses que nous avons dites, ont encouru la sentence de l’anathème et sont séparés de l’unité du Corps du Christ. »
2) Clément VIII, instruction Magnus Dominus du 23 décembre 1595 : « § 1. — Récemment notre vénérable frère Michel, archevêque et métropolitain de Kiev (…) et la plupart des autres évêques de la province (…), grâce à la lumière du Saint-Esprit qui illuminait leur cœur, ont commencé à penser en eux-mêmes et à s’entretenir entre eux avec prudence, et à considérer sérieusement qu’ils n’étaient pas membres du Corps du Christ qu’est l’Église puisqu’ils n’étaient pas liés avec sa tête visible qu’est le souverain Pontife de Rome. (…) C’est pourquoi ils décidèrent de rentrer dans l’Église romaine qui est leur mère et celle de tous les fidèles. »
3) Benoît XIV, encyclique Singulari Nobis, § 13 et 14, DS 2567-68 : « Ensuite, ceci également est établi : celui qui a reçu le baptême d’un hérétique de façon régulière, devient membre de l’Église catholique en vertu de celui-ci. (…) Enfin nous tenons pour assuré que ceux qui ont été baptisés par des hérétiques, lorsqu’ils sont parvenus à l’âge auquel ils peuvent distinguer par eux-mêmes le bien du mal et qu’ils adhèrent aux erreurs de celui qui les a baptisés, ils sont certes rejetés de l’unité de l’Église et privés des biens dont jouissent ceux qui ont leur demeure dans l’Église, mais ils ne sont pas cependant libérés de son autorité et de ses lois. »
4) Pie IX, In suprema du 6 janvier 1852 : « Il n’est pas possible que soient dans la communion de l’Église une, sainte, catholique et apostolique, ceux qui veulent être séparés de la solidité de la pierre sur laquelle cette même Église a été divinement fondée… C’est pourquoi nous ne vous imposons pas d’autre charge que celle qui est nécessaire, à savoir que, revenus à l’unité, vous consentiez avec nous dans la profession de la vraie foi que l’Église catholique tient et enseigne, et que vous gardiez la communion avec cette Église et le suprême siège de Pierre. »
5) Enfin voir Pie XII, Mystici Corporis, l. c., p. 202-203 et 242-243 et la lettre du Saint-Office à l’archevêque de Boston (8 août 1949, DS 3866 sq.).
[65] — Sur les catéchumènes, il y a de nombreuses références dans la Tradition, par exemple : saint Ambroise, De obitu Valentini 51 (PL 16, 1374) ; – saint Augustin, De Bapt. IV, 21, 28 (PL 43, 172) ; – Innocent II, Epist. ad Episc. Cremon. (PL 179, 624 s., DS 741) ; – Innocent III, Epist. ad Episc. Meten., 28 août 1206 (PL 215, 986 s., DS 788).
[66] — Pie XII, Mystici Corporis, l. c., p. 242-243 (cité en partie dans DS 3821) et la lettre du Saint-Office à l’archevêque de Boston (DS 3866 sq.).
[67] — Voto autem ad Ecclesiam ordinantur non catechumeni dumtaxat, qui, Spiritu Sancto movente, conscio et explicito desiderio ad Ecclesiam aspirant, sed ii quoque, qui etsi ignorantes Ecclesiam catholicam esse veram et unicam Christi Ecclesiam, tamen, gratia Dei implicito et inscio desiderio simile praestant [montrent, prouvent, exécutent], sive quod sincera voluntate id volunt quod vult ipse Christus, sive quod etsi ignorantes Christum, sincere adimplere desiderant voluntatem Dei et Creatoris sui. Gratiae autem caelestis dona nequaquam illis defutura sunt, qui luce divina recreari sincero animo velint ac postulent.Pour la fin de ce paragraphe, voir Pie IX, Allocution Singulari Quadam, 9 décembre 1854 (Dz 1648, absent de DS).
[69] — En Dz 1000 le concile de Trente dit qu’il faut professer la foi : il s’agit de la foi objective.
[70] — C’est de cette foi subjective dont il est question en Dz 1792.
[71] — « Evangelio non crederem, nisi me catholicæ Ecclesiæ moveret auctoritas, je ne croirais pas si l’autorité de l’Église catholique ne me poussait pas à croire » disait saint Augustin (Contra epist. fund. 5, 6).
[72] — Le schéma explique en note qu’il faut distinguer entre la foi divine simpliciter et la foi catholique. La foi catholique peut être considérée objectivement (par exemple, dans DS 1869 : la profession de foi tridentine) ou subjectivement (par exemple, dans DS 3011 : il faut croire de foi divine et catholique tout ce qui est contenu dans la sainte Écriture et la Tradition, et enseigné par la magistère…). La foi catholique subjective suppose le magistère de l’Église comme norme de foi et motif de crédibilité. Le baptême ne nous fait pas membre de l’Église s’il n’y a pas aussi la foi catholique subjective. Quand, dans le concile de Trente (DS 1530-1531), il est question de la foi qui constitue membre vivant du Corps (si la grâce est jointe), il s’agit de cette foi subjective que le catéchumène demande à l’Église, c’est-à-dire de la foi catholique formée par la charité.
[73] — Le schéma précise que c’est à dessein qu’on a pas employé l’expression Communio Sanctorum (communion des saints), qui est comprise de diverses manières par la Tradition. En effet, disaient les membres de la CRT, dans l’Église apostolique le mot « saints » désignait les fidèles et, par conséquent, l’expression « communion des saints » peut signifier l’Église catholique.
[74] — Ici le texte renvoie à saint Augustin : « Ducere in via et ad viam ; ducere in Christo et ad Christum – conduire dans la voie et vers la voie ; conduire dans le Christ et vers le Christ » (Voir In Ps. 85, 15 : PL 37, 1092). Et aussi à Clément VIII, Instr. Magnus Dominus du 23 décembre 1595 : « § 1. — Divina Spiritus Sancti luce eorum corda collustrante, coeperunt ipsi secum cogitare... se et greges quos pascerent non esse membra Corporis Christi, quod est Ecclesia – grâce à la lumière du Saint-Esprit qui illuminait leur cœur, ils ont commencé à penser en eux-mêmes (…) qu’eux-mêmes et les troupeaux qu’ils paissaient n’étaient pas membres du Corps du Christ qu’est l’Église ».
[75] — [Unio cum separatis.] Cum omnibus autem, qui veram fidem vel unitatem communionis sub Romano Pontifice non profitentur, tamen desiderio, etsi inscio, ea cupiunt, pia Mater Ecclesia semetipsam scit plures ob rationes coniunctam, singulari modo si baptizati christiano nomine gloriantur, et, quamquam non credunt fide catholica, tamen amanter in Christum credunt Deum et Salvatorem, imprimis autem si fide et devotione erga Sanctissimam Eucharistiam et amore erga Deiparam eminent. Nam fidei illi communi in Christum accedit eiusdem consecrationis baptismalis participatio ; orationum, expiationum et beneficiorum spiritualium aliqua saltem communio ; immo aliqua in Spiritu Sancto coniunctio, quippe qui non solum donis et gratiis in ipso mystico Corpore operatur, sed sua virtute, non exclusa gratia sanctificante, etiam extra venerandum illud Corpus agit, ut fratres separati, modo a Christo statuto, eidem incorporentur. Ut autem illa Spiritus Christi ad Corporis Mystici augmentum operatio uberiorem consequatur effectum, Ecclesia precari numquam desinit, ut fratres separati internis divinae gratiae impulsibus ultro libenterque dociles se praebendo, ab eo statu exire studeant, in quo ad salutem sempiternam obtinendam tot tantisque caelestibus muneribus adiumentisque carent, quibus illis solummodo frui licet, qui reapse sunt membra Ecclesiae.Pour la fin du paragraphe, le texte renvoie à Mystici Corporis, l. c., p. 242-243 (cité partiellement dans DS 3821) : Pie XII invite ceux « qui n’appartiennent pas à l’organisme visible de l’Église... à céder librement et de bon cœur aux impulsions intimes de la grâce divine et à s’efforcer de sortir d’un état où nul ne peut être sûr de son salut éternel ; car, même si, par un certain désir et souhait inconscient, ils se trouvent ordonnés au Corps mystique du Rédempteur, ils sont privés de tant et de si grands secours et faveurs célestes, dont on ne peut jouir que dans l’Église catholique ».Voir aussi Clément VIII, Instruction Magnus Dominus ; – Syllabus n. 17, DS 2917 ; – lettre du Saint-Office à l’archevêque de Boston.
[77] — Voir à ce sujet le texte de la conférence sur « L’Unité de l’Église » faite au troisième congrès de Si Si No No tenu en avril 1998 (publication en cours par le Courrier de Rome).
[78] — Citation du cardinal Béa à la CC le 8 mai 1962, AD 2/2/3, p. 1104. Le cardinal Béa devrait savoir qu’il n’y a pas de commandement divin de se faire Américain. Et, par conséquent, il est effectivement inutile de distinguer les Américains in re et ceux in voto. Il n’en va pas de même pour les membres de l’Église.