31 Jan
31Jan


L’Église conciliaire face à l’Église catholique (VIII)

 par le frère Pierre-Marie de KERGORLAY O.P.

⚜       ⚜


Source

https://www.seldelaterre.fr/articles/sdt105/l'%C3%A9glise-conciliaire-face-%C3%A0-l'%C3%A9glise-catholique-(viii)-la-satisfaction-du-christ


     Le cardinal Ottaviani (1890-1979), responsable de la foi catholique en tant que secrétaire de la congrégation du Saint-Office, avait rédigé pour le concile Vatican II le schéma préparatoire d’une « constitution dogmatique sur le dépôt de la foi à conserver dans sa pureté ». Ce schéma résume, avec une certaine autorité, les enseignements du magistère anté-conciliaire. On sait qu’il a été écarté dès la première session du Concile.Nous en avons déjà publié les neuf premiers chapitres [1]. Nous traduisons et commentons ici le chapitre 10 sur la satisfaction du Christ qui traite un sujet fondamental de notre foi, bien mis à mal par l’Église conciliaire.

Le Sel de la terre.


« CERTAINS TEXTES DE DÉVOTION semblent suggérer que la foi chrétienne en la Croix se représente un Dieu dont la justice inexorable a réclamé un sacrifice humain, le sacrifice de son propre Fils. Et l’on se détourne avec horreur d’une justice dont la sombre colère enlève toute crédibilité au message de l’amour [2]. »C’est ainsi que Josef Ratzinger, futur pape Benoît XVI, traitait l’enseignement traditionnel de l’Église sur la satisfaction que le Sauveur du monde offrit pour nos péchés.S’appuyant sur ce texte, Mgr Gérard Huyghe, alors évêque d’Arras, s’écriait :Comment pourrait-on s’ouvrir à un Dieu qui n’est pas un Père, un Dieu qui n’aime pas, un Moloch qui attend sa ration de sang, de souffrances et de victimes [3] ?On trouve plus ou moins la même question dans la Somme théologique de saint Thomas d’Aquin, mais en termes moins outrés et à titre d’objection :Il semble inique et cruel qu’un innocent soit livré à la passion et à la mort. Or « Dieu est fidèle et sans aucune iniquité » (Dt 32, 4). Donc il n’a pas livré le Christ innocent à la passion et à la mort [4].Lisons maintenant la réponse du docteur Angélique :Il est impie et cruel de livrer un homme innocent à la passion et à la mort contre sa volonté. Ce n’est pas ainsi que le Père a livré le Christ, mais en lui inspirant la volonté de souffrir pour nous. Par là on constate tout d’abord la sévérité de Dieu qui n’a pas voulu remettre le péché sans châtiment, ce que souligne l’Apôtre (Rm 8, 32) : « Il n’a pas épargné son propre Fils » ; et sa bonté en ce que l’homme ne pouvant pas satisfaire en souffrant n’importe quel châtiment, il lui a donné quelqu’un qui satisferait pour lui, ce que l’Apôtre a souligné ainsi : « Il l’a livré pour nous tous. » Et il dit (Rm 3, 25) : « Lui dont Dieu a fait notre propitiation par son sang. »Les modernistes du début du 20e siècle s’attaquèrent aussi à la doctrine de la propitiation [5], à la suite des protestants libéraux :Ils disent : « Le Christ n’est pas mort pour expier nos fautes et nous obtenir la grâce et la vie éternelle ; mais il nous a sauvés seulement par sa doctrine et son exemple, comme les prophètes et les martyrs, bien que son héroïsme ait dépassé le leur » [6].Les modernistes ayant introduit ces erreurs dans l’Église, on comprend que le cardinal Ottaviani ait voulu leur répondre et traiter la question dans un chapitre entier (le chapitre 10) du schéma sur la foi, préparé par la commission de théologie pour le concile Vatican II [7].La première version de ce schéma fut présentée à la commission centrale préparatoire le 23 janvier 1962 [8].Le 10 février suivant, le cardinal Confalonieri, président de la sous-commission des amendements, envoya au cardinal Ottaviani un résumé des observations faites par les Pères de la commission centrale préparatoire [9].Le 13 avril suivant, le père Sébastien Tromp S.J., secrétaire de la commission de théologie, répondit au cardinal Confalonieri en proposant des corrections tenant compte des observations [10].Le 27 avril, le cardinal Confalonieri écrivait aux membres de la sous-commission des amendements, les invitant à se réunir le 7 mai, en leur adressant une « positio » sur les corrections à faire [11].A cette réunion du 7 mai, tous les membres de la sous-commission (les cardinaux Confalonieri, Micara, Copello, Léger, Siri) furent présents. Ils approuvèrent sans discussion les modifications proposées par la commission de théologie [12].


En présentant ce chapitre à la commission centrale, le cardinal Ottaviani déclara qu’il le trouvait consolant pour les âmes, bien rédigé et émaillé de citations bien choisies.Au nom de la commission de théologie, le cardinal Felici expliqua que ce chapitre reprenait les condamnations déjà portées par Pie XII, dans Humani generis, contre ceux qui pervertissent les notions de péché et de satisfaction. Il mentionna les requêtes adressées à Rome pour demander que le Concile précise comment la rédemption et la satisfaction du Christ sont à la fois œuvre d’amour, de miséricorde et de justice, et qu’il réponde ainsi à ceux qui font du sacrifice du Christ un objet de la seule justice vindicative (erreur de nombreux protestants et de quelques catholiques), mais aussi à l’erreur opposée, celle des moralistes qui ne voient dans la passion du Christ qu’un exemple de vertu héroïque.Plusieurs avaient exprimé le souhait qu’on reprenne le schéma sur le Christ rédempteur préparé pour le concile Vatican I ; d’autres insistaient pour qu’on rappelle la doctrine sur le péché, car beaucoup oublient qu’il est, par nature, une offense personnelle à Dieu et la perte de la vie surnaturelle [13]. Ce chapitre entendait répondre à toutes ces demandes.

Le Christ a vraiment et proprement satisfait envers Dieu

Mais avant de l’étudier, revenons aux thèses de Mgr Huyghe :On présente quelquefois ce mystère comme une simple (et affreuse) démarche juridique. Dieu (le Père !) ayant subi par le péché de l’homme une offense infinie (pourquoi ?) n’aurait accepté de pardonner à l’homme qu’après une « satisfaction » (quel mot horrible) infinie [14].Le mot « satisfaction », que Mgr Huyghe qualifie d’« horrible », a pourtant été employé et comme canonisé par le concile de Trente :« A cause du grand amour dont il nous a aimés » (Ep 2, 4), [Notre-Seigneur Jésus-Christ] par sa très sainte passion sur le bois de la croix nous a mérité la justification et a satisfait pour nous à Dieu son Père [15].Ce mot vient du latin « satis facere » qui veut dire : « faire assez » pour que le créancier consente à accorder remise de tout ou partie de la dette [16].Dès le premier paragraphe, le schéma confirmait cette doctrine : le Christ, Verbe de Dieu, a proprement et vraiment satisfait à Dieu pour les péchés des hommes en souffrant et mourant dans la chair qu’il avait assumée. Il s’appuyait sur l’Épître aux Romains et reprenait presque textuellement le second schéma préparatoire du concile Vatican I :

56. [Christus, Dei Verbum, in assumpta carne patiendo et moriendo, pro peccatis hominum Deo vere et proprie satisfecit].Divini Redemptoris Sponsa, memor verborum S. Pauli : « Christus dilexit Ecclesiam, et seipsum tradidit pro ea, ut illam sanctificaret » (Ep 5, 25-26), iugiter Crucem Domini gratissime agnovit ut fontem bonorum omnium supernaturalium hisce in terris et in cælis. In ea et per eam Salvator Ecclesiam acquisivit Sanguine suo (cf. Ac 20, 28), seipsum Patri obtulit pro totius mundi salute, pro genere humano intercessit clamore valido et lacrymis (cf. He 5, 7), exemplum heroicum dedit virtutum omnium, Ecclesiæ meruit inexhauribilem gratiarum fontem, pro peccatis hominum satisfecit, idque superabundanter. Quare Ecclesia, ex latere secundi Adæ velut in Cruce dormienti orta, ferre nequit mysterium salvationis nostræ quibusdam doctrinæ corruptionibus maculari. Ob errores autem qui hodie evulgantur, nunc in hac Vaticana Synodo secunda, ne officio suo matris et magistræ deficiat, peculiari modo confirmat, tamquam veritatem quæ inter præcipuas christianæ religionis merito ponenda est, valorem piacularem mortis Christi, declaratque Dei Verbum, in assumpta humana natura patiendo et moriendo, pro peccatis nostris Deo vere et proprie satisfecisse. « Omnes enim, ait Apostolus, peccaverunt, et egent gloria Dei, iustificari gratis per gratiam ipsius, per redemptionem quæ est in Christo Iesu, quem proposuit Deus propitiationem, per fidem in sanguine ipsius » (Rm 3, 23-25).

56. [Le Christ, Verbe de Dieu, en souffrant et en mourant dans la chair qu’il avait assumée, a vraiment et proprement satisfait envers Dieu pour les péchés des hommes.] L’Épouse du divin Rédempteur [l’Église], qui se rappelle avec une grande reconnaissance les paroles de saint Paul : « Le Christ a aimé l’Église et s’est livré pour elle, afin de la sanctifier » (Ep 5, 25-26), a toujours considéré la croix du Seigneur comme la source de tous les biens surnaturels sur cette terre et au ciel. C’est en elle et par elle que le Sauveur s’est acquis l’Église au prix de son propre sang (Ac 20, 28), s’est offert au Père pour le salut du monde entier, a intercédé pour l’humanité avec de grands cris et des larmes (He 5, 7), a donné un exemple héroïque de toutes les vertus, a mérité pour l’Église une source inépuisable de grâces, et a satisfait pour les péchés des hommes. Pour cette raison, l’Église, sortie, pour ainsi dire, des flancs du nouvel Adam dormant sur la croix [17], ne peut laisser le mystère du salut être souillé par des doctrines corrompues. A cause des erreurs qui se répandent aujourd’hui, pour ne pas faillir dans son devoir de Mère et de Maîtresse, elle confirme d’une manière spéciale dans ce deuxième Synode du Vatican, comme une vérité qui doit être considérée parmi les principales de la religion chrétienne, la valeur expiatoire de la mort du Christ, et déclare que le Verbe de Dieu, souffrant et mourant dans la nature humaine qu’il avait assumée, a véritablement et proprement satisfait à Dieu pour nos péchés [18]. « Tous ont péché, dit l’Apôtre, et ont besoin de la gloire de Dieu, étant justifiés gratuitement par sa grâce, par la rédemption qui est en Jésus-Christ. C’est lui que Dieu avait destiné à être une victime de propitiation, par la foi en son sang, pour manifester sa justice par le pardon des péchés passés » (Rm 3, 23-25) [19].

Le péché est une véritable offense à Dieu

Le second paragraphe rappelle une vérité importante oubliée par les uns, et niée explicitement par d’autres, à savoir que le péché est une vraie et propre offense à Dieu, qu’aucune force créée n’est capable de réparer [20]. Le schéma s’attache à montrer que cette doctrine s’appuie sur les paroles même de la sainte Écriture.

57. [Peccatum est vera et propria iniuria Deo allata]. Revera, saltem in præsenti œconomia salutis, nulla creata vis hominum sceleribus plene expiandis erat satis, nisi humanam naturam Dei Filius reparandam assumpsisset. Peccatum enim, iuxta Spiritus Sancti oracula, est iniquitas ac iniuria in Deum ; nam peccator, legem divinam violans, coram Deo peccat eumque contemnit, divinam maiestatem lædit et Dei inimicus fit 5. Unde pariter edocemur quod iniquitates nostræ nos a Deo nostro seiungunt, clamant vindictam coram Deo, efficiunt homines Deo debitores et filios iræ, egentes misericordia Dei qua gratis reconcilientur illi. Proinde ad reparandam iniuriam divinæ maiestati illatam, ipse Dei Filius proprium sanguinem æterno Patri per Spiritum Sanctum obtulit (cf. He 9, 14) ac ita per mortem suam Deo nos reconciliavit (cf. Rm 5, 10). Ei etenim uni, utpote innocentissimo ac Deo Patri dignitate æquali, congruunt verba Ioannis Baptistæ : « Ecce Agnus Dei, ecce qui tollit peccatum mundi » (Io. 1, 29).

57. [Le péché est une véritable offense à Dieu.] En vérité, pour expier les crimes des hommes, aucune force créée ne pouvait suffire, au moins dans l’actuelle économie du salut, si le Fils de Dieu n’avait pas assumé la nature humaine à restaurer [21]. Car les livres inspirés par l’Esprit-Saint présentent clairement le péché comme une iniquité et une offense envers Dieu : le pécheur violant la loi divine, pèche à la face de Dieu, il le méprise, il offense la majesté divine et se fait l’ennemi de Dieu [22]. Il est aussi révélé que nos péchés nous séparent de Dieu, qu’ils crient vengeance au Ciel, qu’ils rendent les hommes fils de colère et débiteurs envers Dieu, de telle sorte qu’ils ont besoin de la miséricorde gratuite de Dieu pour être réconciliés avec lui [23]. Aussi, pour réparer l’injure faite à la majesté divine, le Fils de Dieu lui-même a offert son propre sang au Père éternel par l’Esprit Saint (He 9, 14) et nous a ainsi réconciliés avec Dieu au moyen de sa mort (Rm 5, 10). Pour lui seul, parfaitement innocent et égal au Père en dignité, valent les paroles de Jean-Baptiste : « Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui ôte le péché du monde » (Jn 1, 29).

Satisfaction vicaire du Christ pour tous les hommes

Ce paragraphe affirme une autre vérité fondamentale : la satisfaction offerte par le Christ est une satisfaction vicaire pour tous les hommes. Cette doctrine est contenue dans les paroles mêmes de la sainte Écriture, interprétées par les Pères et les Docteurs de l’Église, et elle a été confirmée par le pape Léon XIII dans son encyclique Tametsi futura du 1er novembre 1890 [24].

58. [Christus satisfactione vicaria pro cunctis hominibus iustitiam Dei placavit]. Opus vero miræ caritatis Dei et Christi erga nos, quo peccatum mundi tollitur, contemplans Ioannes Evangelista, divino Spiritu actus fatetur: « In hoc est caritas, non quasi nos dilexerimus Deum, sed quoniam ipse prior dilexit nos et misit Filium suum propitiationem pro peccatis nostris » (1 Io. 4, 10). Propitiatio autem illa, quæ est Iesus Christus iustus, pro peccatis totius mundi (cf. 1 Io. 2, 2), efficaciam satisfactoriam, quam “vicariam” vocant, revera habuit. Non solum enim Redemptor noster « semel pro peccatis nostris mortuus est, iustus pro iniustis » (1 Petr. 3, 18), sed etiam ut Caput nostrum et novus Adam, nomine et loco totius humani generis, peccatum originale atque culpas omnium hominum et pœnas iisdem debitas expiavit, quatenus, ex amore et obœdientia patiendo, longe maiorem gloriam Deo reddidit, quam exigeret recompensatio totius offensæ humani generis. Hoc Redemptoris munus iam præcinerat Isaias propheta, qui de Servo Iahweh ait: “Vere languores nostros ipse tulit et dolores nostros ipse portavit” (Is. 53, 4). Apertius autem docet Apostolus: “Christus nos redemit de maledicto legis, factus pro nobis maledictum, quia scriptum est: Maledictus omnis qui pendet in ligno; ut in gentibus benedictio Abrahæ fieret in Christo Iesu” (Ga 3, 13-14). Quamvis enim Deus, ex suprema sua bonitate, potuisset delicta hominum contra se commissa absque satisfactione dimittere, amoris miserentis propensiones tantum persecutus, maluit tamen ad suam misericordiam etiam in iustitia superabundanter manifestandam (cf. Rm 5, 20) atque ad dignitatem hominis plenius servandam, mittere Filium suum in mundum, ut per ipsum, Deum‑hominem, mundum non quidem iudicaret, sed salvaret; idcirco proprio Filio suo non pepercit, sed pro nobis omnibus tradidit illum (cf. Rm 8, 32). Christus vero, decreto Patris miserentissimi ac iustissimi obœdiens usque ad mortem crucis (cf. Phil. 2, 8), « dilexit nos et tradidit semetipsum pro nobis oblationem et hostiam Deo in odorem suavitatis » (Eph. 5, 2). Concors igitur fuit voluntas Patris in decernendo, et Filii incarnati in offerendo sacrificio crucis pro salute humani generis, ita ut Apostolus integrum mysterium redemptionis complexus sit his verbis : « Omnia autem ex Deo, qui nos reconciliavit sibi per Christum » (2 Cor. 5, 18)

58. [Par sa satisfaction vicaire pour tous les hommes, le Christ a apaisé la justice de Dieu.] Contemplant l’œuvre de la charité admirable de Dieu et de son Christ envers nous, par laquelle a été enlevé le péché du monde, Jean l’Évangéliste, mû par l’Esprit-Saint, affirme : « L’amour consiste en ce que ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais que c’est lui qui nous a aimés le premier, et qui a envoyé son Fils comme une propitiation pour nos péchés » (1 Jn 4, 10). Cette propitiation pour les péchés du monde entier, qui est Jésus-Christ, le Juste (1 Jn 2, 2), a vraiment eu une efficacité satisfactoire qu’on appelle « vicaire ». Parce que non seulement le Sauveur « est mort une fois pour nos péchés, lui juste pour des injustes » (1 P 3, 18), mais encore en tant que notre chef et nouvel Adam, il a expié au nom et à la place de toute l’humanité le péché originel et les fautes de tous les hommes ainsi que les peines dues pour ces fautes, dans la mesure où, souffrant par amour et obéissance, il a donné beaucoup plus de gloire à Dieu que ne l’aurait exigé la compensation de toute l’offense du genre humain [25]. Le prophète Isaïe a chanté à l’avance ce rôle du Rédempteur lorsqu’il a parlé du Serviteur de Yahvé : « Vraiment il a porté nos langueurs, et il s’est chargé lui-même de nos douleurs » (Is 53, 4). Encore plus ouvertement, l’Apôtre enseigne : « Le Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, étant devenu malédiction pour nous ; car il est écrit : Maudit est quiconque est pendu au bois ; afin que la bénédiction d’Abraham fût communiquée aux Gentils par le Christ Jésus » (Ga 3, 13-14). Parce que, même si Dieu dans sa bonté suprême, pouvait remettre sans aucune satisfaction les péchés que les hommes avaient commis contre lui [26], cependant, suivant l’inclination de son amour miséricordieux [27], pour manifester surabondamment sa miséricorde tout en conservant la justice (Rm 5, 20), et pour mieux préserver la dignité de l’homme, il a préféré envoyer son Fils dans le monde, non pas afin de juger le monde mais de le sauver par lui, le Dieu-Homme ; ainsi, il n’a pas épargné son propre Fils, mais il l’a livré pour nous tous (Rm 8, 32). Et le Christ, obéissant au décret de son très miséricordieux et très juste Père jusqu’à la mort sur la croix (Ph 2, 8), « nous a aimés, et s’est livré lui-même pour nous à Dieu, comme une oblation et un sacrifice d’agréable odeur » (Ep 5, 2). Par conséquent, il y avait accord entre la volonté du Père décidant le sacrifice de la croix pour le salut du genre humain et celle du Fils incarné offrant le même sacrifice ; ainsi l’Apôtre a pu résumer tout le mystère de la rédemption par ces mots : « Tout cela vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec lui par le Christ » (2 Co 5, 18).

Ce paragraphe contient quelques améliorations apportées lors de sa présentation à la commission centrale : le cardinal Pizzaro avait suggéré qu’on mentionne dès le début que la satisfaction est une œuvre admirable de charité de Dieu et du Christ, et le cardinal Léger avait demandé qu’on précise que le Christ a agi en tant que « notre chef et nouvel Adam », ce qui rendait sa passion salutaire pour nous et sa satisfaction, vicaire.

Condamnation de quelques erreurs

Dans ce paragraphe, comme dans un corollaire, on condamne quelques erreurs déjà réprouvées par l’encyclique Humani generis.

59. [Reprobantur opiniones pervertentes notionem peccati, prout est offensa Dei, et satisfactionis a Christo pro nobis exhibitæ]. Quapropter hæc Sancta Synodus, doctrinam de humana redemptione ex purissimis divinæ revelationis fontibus hauriens prælucente perenni Ecclesiæ magisterio, reiicit opiniones illorum, qui falso æstimantes peccato nullam veri nominis offensam Deo inferri, affirmare præsumunt sacrificium Christi in cruce valorem tantummodo et efficaciam habuisse exempli, meriti et liberationis, non autem veræ et proprie dictæ satisfactionis pro humanis sceleribus, quasi hoc divinæ iustitiæ repugnaret, dum e contra tam misericordiæ quam iustitiæ æterni Patris maxime congruit.

59. [Sont condamnées les opinions qui pervertissent la notion de péché en tant qu’offense à Dieu, et la notion de satisfaction offerte pour nous par le Christ.] Ce saint synode, puisant la doctrine de la rédemption humaine aux sources les plus pures de la Révélation divine et à la lumière du magistère pérenne de l’Église [28], rejette donc les opinions de ceux qui, pensant à tort que le péché ne porte pas atteinte à Dieu, osent soutenir que le sacrifice du Christ sur la Croix n’a de valeur et d’efficacité qu’à titre d’exemple, de mérite et de libération, et non en tant que satisfaction vraie et proprement dite pour les crimes humains, comme si cela répugnait à la justice divine, alors qu’au contraire, cela s’accorde suprêmement tant avec la miséricorde qu’avec la justice du Père éternel [29].

Parmi « les sources les plus pures de révélation divine » dans lesquelles le schéma avait puisé, il indique celles-ci :a) Parmi les saints Pères :Saint Augustin : « Or, le Christ a accepté notre punition sans la faute, afin de payer lui-même la dette de notre faute, et de mettre par là un terme à notre punition [30]. » « Sa mort a été, en effet, un vrai sacrifice, dont les mérites nous sont appliqués, et qui a racheté, expié et effacé entièrement nos péchés, en sorte que les principautés et les puissances de l’enfer ne peuvent plus réclamer notre condamnation  [31]. »Saint Grégoire le Grand : « [Le Fils de Dieu] a réalisé pour nous un sacrifice, il a offert pour les pécheurs son corps comme une victime sans péché, qui pouvait mourir par son humanité et purifier par sa justice [32]. »b) Parmi les docteurs de l’Église, saint Thomas d’Aquin : « La satisfaction ne correspond au péché qu’en tant qu’il est offense à Dieu [33]. »c) Dans le magistère de l’Église : « Si quelqu’un dit que [le Verbe de Dieu] a présenté l’offrande pour lui-même et non pas plutôt pour nous seuls […], qu’il soit anathème [34]. » [Le concile de Trente, parle des mérites de Jésus-Christ] « qui nous a réconciliés avec Dieu dans son sang, “devenu pour nous justice, sanctification et rédemption” 1 Co 1, 30 [35]. » « De fait, à l’heure marquée dans le plan divin, le Fils unique de Dieu fait homme, en versant son sang, satisfit pleinement et abondamment pour les hommes à la majesté outragée de son Père et affranchit à ce prix l’humanité [36]. » « Pour se rendre propice la majesté divine, offensée par tant et de telles insultes et offenses [37]. »Pour appuyer l’affirmation finale : « Une satisfaction vraie et proprement dite pour les crimes humains, ne répugne pas à la justice divine, au contraire, elle s’accorde suprêmement, tant avec la miséricorde qu’avec la justice du Père éternel » ; le schéma renvoyait en note à divers documents :– un ouvrage du père F. Ceuppens O.P. [38], qui cite abondamment les deux Testaments pour montrer que la justice distributive, convient formellement à Dieu, en qui, cependant, elle comprend seulement la justice rémunérative et la justice vindicative ;– le schéma préparatoire d’une constitution dogmatique sur la foi préparé pour le Concile du Vatican [39] ;– l’encyclique Humani generis de Pie XII (12 août 1950) : « Ce n’est pas assez ! Au mépris de toutes définitions du concile de Trente, on a perverti la notion du péché originel, et du même coup, la notion du péché en général, dans le sens même où il est une offense à Dieu, et ainsi la notion de la satisfaction offerte pour nous par le Christ [40] » ;– l’encyclique Haurietis aquas du même Pie XII (15 mai 1956 [41]), qui cite saint Thomas d’Aquin : « Que l’homme soit délivré par la passion du Christ, cela convenait et à la justice et à la miséricorde de celui-ci. A sa justice, parce que le Christ, par sa passion, a satisfait pour le péché du genre humain, et ainsi l’homme a été délivré par la justice du Christ. Mais cela convenait aussi à la miséricorde parce que, l’homme ne pouvant par lui-même satisfaire pour le péché de toute la nature humaine, comme nous l’avons déjà dit, Dieu lui a donné son Fils pour opérer cette satisfaction [42]. »– saint Augustin, qui entend montrer que Dieu « ne manquait pas d’autres moyens également possibles » pour libérer la race humaine », mais qu’ « il n’y en avait pas, et ne pouvait y en avoir de plus convenable pour guérir notre misère [43] » ;– l’ouvrage de A. Hacault, La satisfaction du Christ-Jésus à la lumière de l’encyclique Humani generis (Montréal, Canada, 1960).Il faut citer ici, à nouveau, le cardinal Ratzinger :Pour un très grand nombre de chrétiens, et surtout pour ceux qui ne connaissent la foi que d’assez loin, la Croix se situerait à l’intérieur d’un mécanisme de droit lésé et rétabli. Ce serait la manière dont la justice de Dieu infiniment offensée aurait été à nouveau réconciliée par une satisfaction infinie. […] Autant cette image est répandue, autant elle est fausse [44].Ce « très grand nombre de chrétiens » qui ne connaîtraient la foi « que d’assez loin », ce sont les papes, les conciles, les Pères de l’Église et saint Thomas d’Aquin, appuyés sur le témoignage de la sainte Écriture [45].

Une proposition de Mgr Lefebvre

Les membres de la commission centrale accueillirent favorablement ce chapitre, avec quelques remarques de détail que nous avons notées dans le texte.Il faut signaler une longue et belle intervention de Mgr Marcel Lefebvre, qui porte « sur les questions théologiques » en général, et qui est d’un grand intérêt. Nous la traduisons intégralement :Assurément, au cours de l’examen des propositions et des schémas de la commission théologique, l’éminent cardinal rapporteur [le cardinal Felici] a clairement répondu aux remarques que nous avons pu faire, et notamment sur la méthode d’exposition de la doctrine.Il est également certain que des canons tels qu’en ont faits tous les conciles sont nécessaires pour repousser, de manière particulière et quasi scientifique les erreurs contemporaines, et qu’il est donc tout à fait nécessaire de conserver les schémas qui nous ont été proposés.Cependant, si je ne me trompe, un bon nombre de membres de cette assemblée ont manifesté leur désir d’une exposition de la doctrine, faite de manière plus positive. Ainsi ont parlé les éminents cardinaux Liénart, Agagianian, Frings et d’autres. Tout au moins, d’une manière plus logique et sous forme de synthèse, comme l’ont dit les éminents cardinaux Döpfner et Frings.A mon humble avis, ne manquera-t-il pas quelque chose si aucune réponse n’est donnée à ce désir si fondé dans les aspirations de beaucoup de prêtres professeurs et de fidèles, qui cherchent le pain de la foi contre les terribles faux systèmes contemporains, que ce soit le matérialisme dialectique et athée, mais aussi le matérialisme chrétien, pour ainsi dire, professé par Teilhard de Chardin… et le matérialisme laïciste de toute la société contemporaine ? Ces systèmes cherchent à donner des réponses à toutes les questions sur l’origine, l’évolution et la fin du monde et de l’homme.C’est pourquoi je propose humblement cette suggestion :Comme cela fut une tradition sainte dans les conciles de rédiger des professions de foi contre les erreurs de leur époque, comme l’a fait de façon très sage le concile de Trente, en faisant, outre la profession de foi, une admirable synthèse de toute la foi catholique dans son Catéchisme, source et modèle de tous nos catéchismes, le concile Vatican II ne pourrait-il pas rédiger un opuscule exposant brièvement la synthèse de toute l’économie chrétienne, dans lequel l’origine du monde et de l’homme serait expliquée, de sorte à réfuter de facto le polygénisme, comme l’a exposé si clairement l’éminent cardinal Ruffini ; dans lequel l’ordre naturel et surnaturel, l’intime connexion des principes de la philosophie pérenne et de la foi catholique seraient soigneusement montrés comme l’a bien dit l’éminent cardinal Agagianian ; dans lequel apparaîtrait lumineusement qu’aucun salut n’est possible en dehors de Jésus Notre Sauveur et de son Corps mystique qui est l’Église, et ainsi on montrera clairement le christocentrisme, comme le souhaitait l’éminent cardinal Döpfner ; dans lequel, enfin, l’eschatologie chrétienne sera exposée clairement avec les fins dernières, selon le souhait de plusieurs membres de la commission.De cette manière, les premiers documents, avec les canons, garderont toute leur valeur, très utile pour la conservation du dépôt de la foi, et l’autre document, même s’il n’est pas aussi strictement scientifique, serait une source très utile pour l’apostolat, les prédications et les conférences, et pourrait facilement être traduit en toutes les langues. Il apporterait ainsi la lumière de la foi à tous, fidèles et infidèles, qui attendent aujourd’hui une exposition lumineuse de toute l’économie chrétienne contre les horribles systèmes du matérialisme, du laïcisme, du panthéisme, et contre la fausse opposition entre la science et la foi [46].Cette proposition de Mgr Lefebvre fut appuyée par vingt autres membres de la commission centrale, surtout lorsque le cardinal Ottaviani eut donné son avis :Je dois louer avec les plus grands éloges la proposition que son Excellence l’archevêque de Dakar a faite, car il me semble que ce qu’il a proposé serait quelque chose qui complèterait le travail du Concile ; et comme le Concile lui-même ne peut, dans ses définitions, traiter toutes les questions, il serait bon qu’on prépare une exposition complète de la doctrine sous forme de catéchisme. C’est pourquoi il me semble qu’il faut œuvrer tout de suite à ce qu’une commission prépare ce catéchisme, cette synthèse de toute la doctrine, qui, même si elle ne propose pas tout sous une forme bien définie, montre cependant un schéma complet de la doctrine catholique, soit pour ceux qui enseignent, soit pour ceux qui apprennent. C’est pourquoi je souhaiterais que le votum de son Excellence l’archevêque de Dakar soit accepté par tous [47].Malheureusement le Concile s’engagea sur une autre voie. Après avoir abandonné les schémas qui donnaient une doctrine précise, il proposa des textes « pastoraux » imprécis, mêlant le vrai et le faux sous une apparence ambiguë.

Dès que Mgr Lefebvre s’en aperçut, il repris sa proposition de deux enseignements distincts, l’un « pastoral », l’autre « dogmatique ». Il fit donc dès le début du Concile, le 27 novembre 1962, une nouvelle proposition. Voici comment il l’explique dans son livre J’accuse le Concile.L’ambiguïté de ce Concile apparut dès les premières séances. Pour quel but nous sommes-nous réunis ? Le discours du pape Jean XXIII avait bien parlé de la manière dont il entendait orienter le Concile, vers un exposé pastoral de la doctrine (discours du 11 octobre 1962). Mais l’ambiguïté demeurait et l’on percevait la difficulté, à travers les interventions et discussions, de savoir ce que voulait le Concile. D’où ma proposition du 27 novembre, que j’avais déjà soumise à la commission centrale préconciliaire [48] et qui avait réuni une grande majorité des voix des 120 membres [49].Dans l’intervention qu’il lut publiquement, il reprit la proposition de faire « deux documents, l’un plus dogmatique, à l’usage des théologiens ; l’autre, plus pastoral, à l’usage des autres gens, soit catholiques, soit non-catholiques, soit infidèles ». Il rappelait qu’il avait « soumis aux Pères de cette commission centrale, afin d’arriver à l’unité de vue, cette même proposition, laquelle avait obtenu l’unanimité morale ».Mais cette fois-ci, Mgr Lefebvre ne parlait plus devant la commission centrale mais devant un concile dont les libéraux avaient pris les commandes. Aussi, sa demande fut-elle rejetée :Elle fut l’objet de violentes oppositions : « Le Concile n’est pas un Concile dogmatique, mais pastoral ; nous ne voulons pas définir de nouveaux dogmes, mais exposer la vérité pastoralement. » Les libéraux et progressistes aiment vivre dans un climat d’ambiguïté. Clarifier la finalité du Concile les agaçait souverainement. Ma proposition fut donc rejetée [50].Le rejet de cette proposition de Mgr Lefebvre permit au clan libéral de livrer un enseignement flou, ambigu, parfois même franchement erroné, mais toujours orienté dans la direction de la « nouvelle théologie », c’est-à-dire vers le culte de l’homme au lieu du culte de Dieu.On comprend, dès lors, que des personnalités aussi éminentes que le cardinal Ratzinger, le futur Benoît XVI, aient pu continuer à enseigner, sur le thème de la satisfaction, des doctrines modernistes qui auraient dues être condamnées au Concile.Avec le pape François, la situation ne s’est pas améliorée. Voici un exemple de son enseignement sur le mystère de la rédemption :Quand Jésus se lamente : « Père, pourquoi m’as-tu abandonné ? », blasphème-t-il ? Le mystère est là. Très souvent j’ai écouté des gens qui vivaient des situations difficiles, douloureuses, qui avaient tout perdu ou qui se sentaient seuls et abandonnés et qui s’interrogeaient : « Pourquoi ? Pourquoi ? » Ils se révoltaient contre Dieu. Et je leur disais : « Continuez de prier comme cela, car cela aussi est une prière. » Car c’était bien une prière quand Jésus disait à son Père : « Pourquoi m’as-tu abandonné ? » [51].

     Après le pape Benoît, qui « se détourne avec horreur d’une justice dont la sombre colère enlève toute crédibilité au message de l’amour », vient le pape François pour qui il paraît logique que Notre-Seigneur se révolte devant une telle « justice ».En réalité, ces paroles : « Père, pourquoi m’avez-vous abandonné ? », sont les premières du psaume 21 ; elles n’expriment pas la révolte de Jésus – impossible chez le Fils bien-aimé, qui est Dieu comme son Père –, mais sa grande douleur d’être livré par son Père aux mains de ses ennemis et sa souffrance devant les péchés des hommes qui en sont la cause. Ce psaume s’achève par un chant de triomphe devant les bienfaits qui seront les fruits de ce sacrifice et de la satisfaction vicaire.

Par où l’on voit que cet enseignement que le Concile aurait dû donner demeure plus actuel que jamais. 


⚜       ⚜


[1] — Dans Le Sel de la terre 89 (été 2014) le chapitre 1 sur la connaissance de la vérité ; dans Le Sel de la terre 91 (hiver 2014-2015) le chapitre 2 sur Dieu et le chapitre 3 sur la création et l’évolution du monde ; dans Le Sel de la terre 92 (printemps 2015) le chapitre 4 sur la Révélation et la foi et le chapitre 5 sur le progrès doctrinal ; dans Le Sel de la terre 96 (printemps 2016) le chapitre 6 sur les révélations privées et le spiritisme ; dans Le Sel de la terre 98 (automne 2016) le chapitre 7 sur l’ordre naturel et l’ordre surnaturel ; dans Le Sel de la terre 102 (automne 2017) le chapitre 8 sur le péché originel ; et dans Le Sel de la terre 104 (printemps 2018) le chapitre 9 sur les fins dernières.

[2] — Cardinal Ratzinger, Foi chrétienne hier et aujourd’hui, Paris, Mame, 1969 ; réédition à l’identique, Paris, Cerf, 2005, p. 197.

[3] — Mgr Gérard Huyghe, Des Évêques disent la foi de l’Église, Paris, Éd. du Cerf, 1978, p. 229.

[4] — III, q. 47, a. 3, ad 1m.

[5] — Saint Pie X, dans le Décret Lamentabili (3 juillet 1907), a condamné cette erreur moderniste : « La doctrine de la mort expiatoire du Christ n’est pas évangélique mais seulement paulinienne » (proposition 38, DS 3948).

[6] — Père Garrigou-Lagrange, Le Sauveur et son amour pour nous, Juvisy, Éd. du Cerf, 1933, p. 239.

[7] — « Schéma d’une constitution dogmatique sur le dépôt de la foi à conserver dans sa pureté », Acta Synodalia Sacrosancti Concilii Œcumenici Vaticani II [dans la suite : AS], volumen I (Periodus prima), pars IV (Congregationes generales XXXI-XXXVI), Typis Polyglottis Vaticanis, 1971, p. 653 et sq. — Le schéma a été envoyé aux Pères conciliaires le 23 juillet 1962 dans un volume intitulé : Sacrosanctum Œcumenicum Concilium Vaticanum Secundum. Schemata Constitutionum et Decretorum de quibus disceptabitur in Concilii sessionibus. Series prima, Typis Polyglottis Vaticanis, 1962, p. 25-69. — On trouve sur internet le texte latin du schéma avec une traduction italienne faite par le cardinal Schuster (https :­//cardinalschusteravarese.files.wordpress.com).[8] — C’était la 8e congrégation de la 3e session de la commission centrale préparatoire (Acta et Documenta Concilio Œcumenico Vaticano II apparando, series II (præparatoria), vol. II, pars II [dans la suite : AD II, II, II], p. 412-423). Le schéma présenté à la commission centrale se trouve aussi en AD II, III, I, p. 54-89.

[9] — AD II, IV, III-1, p. 418-419.

[10] — AD II, IV, III-1, p. 427-428.

[11] — AD II, IV, III-1, p. 431-432 et 443-445.

[12] — AD II, IV, III-1, p. 452.

[13] — Voir Acta, append., II, p. 184.

[14] — Mgr Gérard Huyghe, Des Évêques disent la foi de l’Église, Paris, Éd. du Cerf, 1978, p. 229. — Cet évêque a-t-il la foi ?

[15] — Concile de Trente, DS 1529.

[16]DTC, « Satisfaction », col. 1135.

[17] — Léon XIII, encyclique Divinum illud, 9 mai 1897 : ASS 29 (1897), p. 649.

[18] — Ier Concile du Vatican, 2e schéma d’une constitution dogmatique sur la foi catholique, can. IV, 3, sur le mystère du Verbe incarné : « Si quelqu’un nie que le Verbe de Dieu lui-même, souffrant et mourant dans la chair assumée, a véritablement et proprement satisfait à Dieu pour nos péchés, et a mérité la grâce et la gloire, ou qu’il ose affirmer que la satisfaction vicaire de l’unique Médiateur de tous les hommes répugne à la justice divine : qu’il soit anathème. » (Mansi 53, 294).

[19] — Voir par exemple Fr. Ceuppens, Quæstiones selectæ ex Epist. S. Pauli (1951), p. 32-36. L’auteur (avec saint Thomas et, parmi les exégètes les plus récents, M.-J. Lagrange, A. Lemonnyer, J. Sickenberger, G. Ricciotti) rend la pensée de l’Apôtre de cette façon : « De toute éternité Dieu a voulu présenter le Christ comme une victime expiatoire et propitiatoire et que l’homme participe à son expiation par la foi en son sang, c’est-à-dire dans l’efficacité du sang du Christ, laquelle foi conduit l’homme à la justification » (p. 34).

[20] — Voir l’encyclique Miserentissimus Redemptor de Pie XI du 8 mai 1928.

[21] — Voir Pie XI, encyclique Miserentissimus Redemptor, 8 mai 1928 : AAS 20 (1928) 170.

[22] — Voir 1 Jn 3, 4 ; Ps 50, 6 ; Lc 15, 18 ; 1 R 2, 30 ; Dt 9, 23 ; Ez 20, 8; 20, 21 ; Rm 5, 10.

[23] — Voir Is 59, 2 ; Gn 4, 10 ; Jc 5, 4 ; Rm 12, 19 ; Mt 6, 12 ; Ep 2, 3 ; Rm 3, 23 ; Col 1, 21.

[24] — « Déshéritée et exilée pendant tant de siècles, la race des hommes s’acheminait tous les jours vers la mort, plongée dans ces maux redoutables et en d’autres encore, conséquence de la chute originelle, et sans aucune ressource humaine de guérison, quand parut le Christ Notre-Seigneur, le Libérateur envoyé du ciel. Dieu lui-même, au berceau du monde, l’avait promis pour vaincre et terrasser le serpent : et tour à tour les siècles regardaient, attendant son avènement avec une vive impatience. En lui reposait toute espérance ; longtemps et clairement les prophètes sacrés l’avaient chanté dans leurs oracles ; bien plus, les changements de fortune, les entreprises, les institutions, les lois, les cérémonies, les sacrifices avaient signifié à l’avance avec une précision lumineuse que le salut du genre humain résiderait complètement et parfaitement en celui qu’on représentait comme le futur prêtre et en même temps la victime d’expiation, comme le Restaurateur de la liberté humaine, le Prince de la paix, le Docteur de toutes les nations, le Fondateur d’un royaume qui serait éternel. Ces titres, ces figures, ces prédictions variées en apparence et concordantes dans leur objet, désignaient celui-là seul qui, dans l’amour extrême dont il nous aima, se sacrifierait un jour pour notre salut. De fait, à l’heure marquée dans le plan divin, le Fils unique de Dieu fait homme, en versant son sang, satisfit pleinement et abondamment pour les hommes à la majesté outragée de son Père et affranchit à ce prix l’humanité. « Ce n’est pas avec de l’or ou de l’argent corruptibles que vous avez été rachetés, mais avec le précieux sang de Jésus-Christ qui fut comme l’agneau pur et sans tache » (1 P 1, 18-19). Ainsi, en les rachetant à la lettre et en vérité, il refit la conquête de tous les hommes, déjà soumis à son autorité et à son empire, parce qu’il en est le créateur et le conservateur. « Vous n’êtes pas à vous-mêmes, vous avez été achetés à un grand prix » (1 Co 6, 19-20). D’où tout s’est restauré par Dieu dans le Christ. « Le serment de sa volonté porta, selon son bon plaisir, que, dans la plénitude des temps, il restaurerait tout dans le Christ » (Ep 1, 9-10). Quand Jésus eut détruit le décret rendu contre nous en l’attachant à la croix, les colères du ciel aussitôt s’apaisèrent ; troublé et errant, le genre humain secoua les chaînes de son antique servitude, la réconciliation se fit avec Dieu, la grâce fut rendue avec l’accès de l’éternelle béatitude, avec le droit et les moyens de l’acquérir. »

[25] — Saint Thomas, III, q. 48, a. 2 : « Le Christ, en souffrant par charité et par obéissance, a offert à Dieu quelque chose de plus grand que ne l’exigeait la compensation de toutes les offenses du genre humain. »

[26] — Le texte soumis à la commission centrale contenait « satisfaction pénale ». A la demande de Mgr Yago, on supprima cet adjectif que saint Thomas n’utilise pas et qui pouvait être mal compris.

[27] — Saint Thomas, III, q. 46, a. 2, ad 3m : « Si Dieu avait voulu libérer l’homme sans aucune satisfaction, cela n’aurait pas été contraire à la justice. […] Dieu n’a pas de supérieurs, mais il est lui-même le bien suprême et commun de tout l’univers. Par conséquent, s’il pardonne le péché, qui a la nature de la culpabilité parce qu’il est commis contre lui, il ne nuit à personne. »

[28] — Ici le schéma indique un certain nombre de sources que nous donnerons à la suite du paragraphe.

[29] — Ici, une longue note que nous reportons à la suite du paragraphe.

[30] — «Suscepit autem Christus sine reatu supplicium nostrum, ut inde solveret reatum nostrum et finiret etiam supplicium nostrum » (Contra Faustum, XIV, 4 : PL 42, 297).

[31] — « Morte sua quippe uno verissimo sacrificio pro nobis oblato, quidquid culparum erat unde nos principatus et potestates ad luenda supplicia iure detinebant, purgavit, abolevit, exstinxit » (De Trinitate, IV, 13, 17 : PL 42, 899).

[32] — « Fecit [Filius Dei] pro nobis sacrificium, corpus suum exhibuit pro peccatoribus victimam sine pecato, quæ et humanitate mori et iustitia mundare potuisset » (Morales sur Job, XVII, 30, 46 : PL 76, 33).

[33] — « Satisfactio non respondet peccato nisi secundum quod est offensa Dei » (Suppl., q. 13, a. 1).

[34] — « Si quis dicit […] [Dei Verbum] pro se obtulisse semetipsum oblationem et non potius pro nobis solis […] A.S. » (Concile d’Éphèse, DS 261).

[35] — « Iesu Christi qui nos Deo reconciliavit, […] factus nobis iustitia, sanctificatio et redemptio (1 Co 1, 30) » (Concile de Trente, session V, décret sur le péché originel, DS 1513).

[36] — « Sane cum divini venisset maturitas consilii, unigenitus Filius Dei, factus homo, violato Patris Numini cumulatissime pro hominibus uberrimeque satisfecit de sanguine suo, tantoque redemptum pretio vindicavit sibi genus humanus » (Léon XIII, encyclique Tametsi futura, 1er novembre 1900 : ASS 33 (1900-1901), p. 275).

[37] — « Ad propitiandam tot tantisque iniuriis offensisque læsam divinam maiestatem » (Pie XII, encyclique Orientales Ecclesiæ, 15 décembre 1952 : AAS 45 (1953), p. 13).

[38] — F. Ceuppens O.P., De Deo uno, vol. I (1938), p. 226-227.

[39] — Mansi, t. 53, col. 289 et sq.

[40] — AAS 42 (1950), p. 570.

[41] — AAS 48 (1956), p. 322.

[42] — III, q. 46, a. 1, ad 3.

[43]De Trinitate, XIII, 10, 13 (PL 42, 1042).

[44] — Cardinal Ratzinger, Foi chrétienne hier et aujourd’hui, Paris, Éd. Mame, 1969 ; réédition à l’identique, Paris, Cerf, 2005, p. 197.

[45] — Nous conseillons sur ce sujet le livre du père Édouard Hugon O.P : Le Mystère de la rédemption (plusieurs éditions, dont une récente de 2016 – téléchargeable aussi sur le site liberius.net).

[46] — AD II, II, II, p. 417-418.

[47] — Texte transcrit d’après l’enregistrement. AD II, II, II, p. 421.

[48] — C’est le texte que nous avons donné ci-dessus dans une traduction inédite.

[49] — Mgr Marcel Lefebvre, J’accuse le Concile, Éditions Saint-Gabriel, Martigny, 1976, p. 17.

[50] — Mgr Marcel Lefebvre, J’accuse le Concile, p. 17.

[51] — Homélie à Sainte-Marthe, le 30 septembre 2014.



Commentaires
* L'e-mail ne sera pas publié sur le site web.