56. [Christus, Dei Verbum, in assumpta carne patiendo et moriendo, pro peccatis hominum Deo vere et proprie satisfecit].Divini Redemptoris Sponsa, memor verborum S. Pauli : « Christus dilexit Ecclesiam, et seipsum tradidit pro ea, ut illam sanctificaret » (Ep 5, 25-26), iugiter Crucem Domini gratissime agnovit ut fontem bonorum omnium supernaturalium hisce in terris et in cælis. In ea et per eam Salvator Ecclesiam acquisivit Sanguine suo (cf. Ac 20, 28), seipsum Patri obtulit pro totius mundi salute, pro genere humano intercessit clamore valido et lacrymis (cf. He 5, 7), exemplum heroicum dedit virtutum omnium, Ecclesiæ meruit inexhauribilem gratiarum fontem, pro peccatis hominum satisfecit, idque superabundanter. Quare Ecclesia, ex latere secundi Adæ velut in Cruce dormienti orta, ferre nequit mysterium salvationis nostræ quibusdam doctrinæ corruptionibus maculari. Ob errores autem qui hodie evulgantur, nunc in hac Vaticana Synodo secunda, ne officio suo matris et magistræ deficiat, peculiari modo confirmat, tamquam veritatem quæ inter præcipuas christianæ religionis merito ponenda est, valorem piacularem mortis Christi, declaratque Dei Verbum, in assumpta humana natura patiendo et moriendo, pro peccatis nostris Deo vere et proprie satisfecisse. « Omnes enim, ait Apostolus, peccaverunt, et egent gloria Dei, iustificari gratis per gratiam ipsius, per redemptionem quæ est in Christo Iesu, quem proposuit Deus propitiationem, per fidem in sanguine ipsius » (Rm 3, 23-25). | 56. [Le Christ, Verbe de Dieu, en souffrant et en mourant dans la chair qu’il avait assumée, a vraiment et proprement satisfait envers Dieu pour les péchés des hommes.] L’Épouse du divin Rédempteur [l’Église], qui se rappelle avec une grande reconnaissance les paroles de saint Paul : « Le Christ a aimé l’Église et s’est livré pour elle, afin de la sanctifier » (Ep 5, 25-26), a toujours considéré la croix du Seigneur comme la source de tous les biens surnaturels sur cette terre et au ciel. C’est en elle et par elle que le Sauveur s’est acquis l’Église au prix de son propre sang (Ac 20, 28), s’est offert au Père pour le salut du monde entier, a intercédé pour l’humanité avec de grands cris et des larmes (He 5, 7), a donné un exemple héroïque de toutes les vertus, a mérité pour l’Église une source inépuisable de grâces, et a satisfait pour les péchés des hommes. Pour cette raison, l’Église, sortie, pour ainsi dire, des flancs du nouvel Adam dormant sur la croix [17], ne peut laisser le mystère du salut être souillé par des doctrines corrompues. A cause des erreurs qui se répandent aujourd’hui, pour ne pas faillir dans son devoir de Mère et de Maîtresse, elle confirme d’une manière spéciale dans ce deuxième Synode du Vatican, comme une vérité qui doit être considérée parmi les principales de la religion chrétienne, la valeur expiatoire de la mort du Christ, et déclare que le Verbe de Dieu, souffrant et mourant dans la nature humaine qu’il avait assumée, a véritablement et proprement satisfait à Dieu pour nos péchés [18]. « Tous ont péché, dit l’Apôtre, et ont besoin de la gloire de Dieu, étant justifiés gratuitement par sa grâce, par la rédemption qui est en Jésus-Christ. C’est lui que Dieu avait destiné à être une victime de propitiation, par la foi en son sang, pour manifester sa justice par le pardon des péchés passés » (Rm 3, 23-25) [19]. |
57. [Peccatum est vera et propria iniuria Deo allata]. Revera, saltem in præsenti œconomia salutis, nulla creata vis hominum sceleribus plene expiandis erat satis, nisi humanam naturam Dei Filius reparandam assumpsisset. Peccatum enim, iuxta Spiritus Sancti oracula, est iniquitas ac iniuria in Deum ; nam peccator, legem divinam violans, coram Deo peccat eumque contemnit, divinam maiestatem lædit et Dei inimicus fit 5. Unde pariter edocemur quod iniquitates nostræ nos a Deo nostro seiungunt, clamant vindictam coram Deo, efficiunt homines Deo debitores et filios iræ, egentes misericordia Dei qua gratis reconcilientur illi. Proinde ad reparandam iniuriam divinæ maiestati illatam, ipse Dei Filius proprium sanguinem æterno Patri per Spiritum Sanctum obtulit (cf. He 9, 14) ac ita per mortem suam Deo nos reconciliavit (cf. Rm 5, 10). Ei etenim uni, utpote innocentissimo ac Deo Patri dignitate æquali, congruunt verba Ioannis Baptistæ : « Ecce Agnus Dei, ecce qui tollit peccatum mundi » (Io. 1, 29). | 57. [Le péché est une véritable offense à Dieu.] En vérité, pour expier les crimes des hommes, aucune force créée ne pouvait suffire, au moins dans l’actuelle économie du salut, si le Fils de Dieu n’avait pas assumé la nature humaine à restaurer [21]. Car les livres inspirés par l’Esprit-Saint présentent clairement le péché comme une iniquité et une offense envers Dieu : le pécheur violant la loi divine, pèche à la face de Dieu, il le méprise, il offense la majesté divine et se fait l’ennemi de Dieu [22]. Il est aussi révélé que nos péchés nous séparent de Dieu, qu’ils crient vengeance au Ciel, qu’ils rendent les hommes fils de colère et débiteurs envers Dieu, de telle sorte qu’ils ont besoin de la miséricorde gratuite de Dieu pour être réconciliés avec lui [23]. Aussi, pour réparer l’injure faite à la majesté divine, le Fils de Dieu lui-même a offert son propre sang au Père éternel par l’Esprit Saint (He 9, 14) et nous a ainsi réconciliés avec Dieu au moyen de sa mort (Rm 5, 10). Pour lui seul, parfaitement innocent et égal au Père en dignité, valent les paroles de Jean-Baptiste : « Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui ôte le péché du monde » (Jn 1, 29). |
58. [Christus satisfactione vicaria pro cunctis hominibus iustitiam Dei placavit]. Opus vero miræ caritatis Dei et Christi erga nos, quo peccatum mundi tollitur, contemplans Ioannes Evangelista, divino Spiritu actus fatetur: « In hoc est caritas, non quasi nos dilexerimus Deum, sed quoniam ipse prior dilexit nos et misit Filium suum propitiationem pro peccatis nostris » (1 Io. 4, 10). Propitiatio autem illa, quæ est Iesus Christus iustus, pro peccatis totius mundi (cf. 1 Io. 2, 2), efficaciam satisfactoriam, quam “vicariam” vocant, revera habuit. Non solum enim Redemptor noster « semel pro peccatis nostris mortuus est, iustus pro iniustis » (1 Petr. 3, 18), sed etiam ut Caput nostrum et novus Adam, nomine et loco totius humani generis, peccatum originale atque culpas omnium hominum et pœnas iisdem debitas expiavit, quatenus, ex amore et obœdientia patiendo, longe maiorem gloriam Deo reddidit, quam exigeret recompensatio totius offensæ humani generis. Hoc Redemptoris munus iam præcinerat Isaias propheta, qui de Servo Iahweh ait: “Vere languores nostros ipse tulit et dolores nostros ipse portavit” (Is. 53, 4). Apertius autem docet Apostolus: “Christus nos redemit de maledicto legis, factus pro nobis maledictum, quia scriptum est: Maledictus omnis qui pendet in ligno; ut in gentibus benedictio Abrahæ fieret in Christo Iesu” (Ga 3, 13-14). Quamvis enim Deus, ex suprema sua bonitate, potuisset delicta hominum contra se commissa absque satisfactione dimittere, amoris miserentis propensiones tantum persecutus, maluit tamen ad suam misericordiam etiam in iustitia superabundanter manifestandam (cf. Rm 5, 20) atque ad dignitatem hominis plenius servandam, mittere Filium suum in mundum, ut per ipsum, Deum‑hominem, mundum non quidem iudicaret, sed salvaret; idcirco proprio Filio suo non pepercit, sed pro nobis omnibus tradidit illum (cf. Rm 8, 32). Christus vero, decreto Patris miserentissimi ac iustissimi obœdiens usque ad mortem crucis (cf. Phil. 2, 8), « dilexit nos et tradidit semetipsum pro nobis oblationem et hostiam Deo in odorem suavitatis » (Eph. 5, 2). Concors igitur fuit voluntas Patris in decernendo, et Filii incarnati in offerendo sacrificio crucis pro salute humani generis, ita ut Apostolus integrum mysterium redemptionis complexus sit his verbis : « Omnia autem ex Deo, qui nos reconciliavit sibi per Christum » (2 Cor. 5, 18) | 58. [Par sa satisfaction vicaire pour tous les hommes, le Christ a apaisé la justice de Dieu.] Contemplant l’œuvre de la charité admirable de Dieu et de son Christ envers nous, par laquelle a été enlevé le péché du monde, Jean l’Évangéliste, mû par l’Esprit-Saint, affirme : « L’amour consiste en ce que ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais que c’est lui qui nous a aimés le premier, et qui a envoyé son Fils comme une propitiation pour nos péchés » (1 Jn 4, 10). Cette propitiation pour les péchés du monde entier, qui est Jésus-Christ, le Juste (1 Jn 2, 2), a vraiment eu une efficacité satisfactoire qu’on appelle « vicaire ». Parce que non seulement le Sauveur « est mort une fois pour nos péchés, lui juste pour des injustes » (1 P 3, 18), mais encore en tant que notre chef et nouvel Adam, il a expié au nom et à la place de toute l’humanité le péché originel et les fautes de tous les hommes ainsi que les peines dues pour ces fautes, dans la mesure où, souffrant par amour et obéissance, il a donné beaucoup plus de gloire à Dieu que ne l’aurait exigé la compensation de toute l’offense du genre humain [25]. Le prophète Isaïe a chanté à l’avance ce rôle du Rédempteur lorsqu’il a parlé du Serviteur de Yahvé : « Vraiment il a porté nos langueurs, et il s’est chargé lui-même de nos douleurs » (Is 53, 4). Encore plus ouvertement, l’Apôtre enseigne : « Le Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, étant devenu malédiction pour nous ; car il est écrit : Maudit est quiconque est pendu au bois ; afin que la bénédiction d’Abraham fût communiquée aux Gentils par le Christ Jésus » (Ga 3, 13-14). Parce que, même si Dieu dans sa bonté suprême, pouvait remettre sans aucune satisfaction les péchés que les hommes avaient commis contre lui [26], cependant, suivant l’inclination de son amour miséricordieux [27], pour manifester surabondamment sa miséricorde tout en conservant la justice (Rm 5, 20), et pour mieux préserver la dignité de l’homme, il a préféré envoyer son Fils dans le monde, non pas afin de juger le monde mais de le sauver par lui, le Dieu-Homme ; ainsi, il n’a pas épargné son propre Fils, mais il l’a livré pour nous tous (Rm 8, 32). Et le Christ, obéissant au décret de son très miséricordieux et très juste Père jusqu’à la mort sur la croix (Ph 2, 8), « nous a aimés, et s’est livré lui-même pour nous à Dieu, comme une oblation et un sacrifice d’agréable odeur » (Ep 5, 2). Par conséquent, il y avait accord entre la volonté du Père décidant le sacrifice de la croix pour le salut du genre humain et celle du Fils incarné offrant le même sacrifice ; ainsi l’Apôtre a pu résumer tout le mystère de la rédemption par ces mots : « Tout cela vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec lui par le Christ » (2 Co 5, 18). |
59. [Reprobantur opiniones pervertentes notionem peccati, prout est offensa Dei, et satisfactionis a Christo pro nobis exhibitæ]. Quapropter hæc Sancta Synodus, doctrinam de humana redemptione ex purissimis divinæ revelationis fontibus hauriens prælucente perenni Ecclesiæ magisterio, reiicit opiniones illorum, qui falso æstimantes peccato nullam veri nominis offensam Deo inferri, affirmare præsumunt sacrificium Christi in cruce valorem tantummodo et efficaciam habuisse exempli, meriti et liberationis, non autem veræ et proprie dictæ satisfactionis pro humanis sceleribus, quasi hoc divinæ iustitiæ repugnaret, dum e contra tam misericordiæ quam iustitiæ æterni Patris maxime congruit. | 59. [Sont condamnées les opinions qui pervertissent la notion de péché en tant qu’offense à Dieu, et la notion de satisfaction offerte pour nous par le Christ.] Ce saint synode, puisant la doctrine de la rédemption humaine aux sources les plus pures de la Révélation divine et à la lumière du magistère pérenne de l’Église [28], rejette donc les opinions de ceux qui, pensant à tort que le péché ne porte pas atteinte à Dieu, osent soutenir que le sacrifice du Christ sur la Croix n’a de valeur et d’efficacité qu’à titre d’exemple, de mérite et de libération, et non en tant que satisfaction vraie et proprement dite pour les crimes humains, comme si cela répugnait à la justice divine, alors qu’au contraire, cela s’accorde suprêmement tant avec la miséricorde qu’avec la justice du Père éternel [29]. |
