29 Jan
29Jan

Les Preuves de l’Existence de Dieu

Introduction :

La question de l’existence de Dieu requiert de la part de celui qui se la pose un minimum d’effort de réflexion. Et si les prémisses de la réponse sont à la portée de tout un chacun, une réponse solidement charpentée afin de répondre aux objections parfois judicieuses de nos détracteurs demande à la fois de bien poser le problème et d’épuiser les bonnes solutions parmi les mauvaises.

Plan :

Après un préambule survolant quelques points techniques concernant la question de la certitude, nous nous poserons deux questions générales : l’existence de Dieu est-elle (vraiment) évidente et est-elle (vraiment) démontrable ? Nous développerons alors les preuves, distinguant les bonnes des mauvaises avant de terminer sur la question de l’athéisme.

Préambule : La certitude

L’esprit de l’homme peut-il connaître la réalité des choses et arriver à la certitude objective ? Que vaut la ‘‘raison’’ comme instrument ?

I Notion :

C’est l’état d’esprit qui à l’intime persuasion de se trouver d’accord avec la vérité; elle s’oppose au doute et à l’opinion. Et si elle n’admet pas de degré, elle se conçoit selon divers ordres ou espèces.

1/ selon la nature des vérités atteintes :

- La certitude métaphysique (le tout est plus grand que la partie);- La certitude physique (les corps tombent vers le centre de la terre);- La certitude morale (les vérités historiques ou religieuses).

2/ selon le mode connaissance :

- La certitude immédiate, intuitive ou directe (le tout est plus grand que la partie);- La certitude médiate, discursive ou indirecte (la somme des angles d’un triangle est égale à deux droits).

3/ selon l’évidence :

- La certitude intrinsèque à l’objet (la science);- La certitude extrinsèque à l’objet (l’histoire).Le critérium de la vérité (signe qui permet de déterminer qu’une chose est vraie) ne peut être que l’évidence (le consentement universel, la révélation divine ou même le sentiment sont insuffisants). L’évidence apporte une telle clarté à l’esprit qu’elle constitue une contrainte pour notre conscience. 

IILes fausses solutions :

Selon certains, il est impossible de connaître la vérité ! Ce sont les sceptiques, les criticistes, les positivistes et les intuitionnistes niant, voire dépréciant, la valeur de la raison.

1/ Le scepticisme : l’homme est incapable de discerner le vrai du faux.Motifs invoqués : l’ignorance (nous savons le tout de rien !), l’erreur (errare humanum est; on ne sait pas toujours où se trouve l’erreur), la contradiction (désaccord entre les hommes; la vérité change selon l’espace et le temps), le diallèle (cercle vicieux; la raison ne peut prouver sa propre infaillibilité).2/ Le criticisme kantien : les jugements se conforment aux lois de notre esprit et non de l’expérience. Les objets ne sont que ce que notre esprit les fait être. Ainsi, n’atteignant que nos idées, il faut effectuer la critique de nos facultés de connaître et la raison ne peut avoir aucune connaissance de l’être en soi.3/ Le positivisme : l’esprit ne peut atteindre que les vérités de l’ordre expérimental et l’absolu ne peut donc pas être connu.4/ L’intuitionnisme bergsonien, dont le modernisme a adopté le système philosophique pour son apologétique.

IIILa vraie solution :

C’est le ‘‘dogmatisme’’ qui affirme que l’esprit peut atteindre les choses avec certitude et que cette certitude correspond à la réalité des choses. Voyons pourquoi.

ALa fausseté des systèmes opposés :

Contre les sceptiques : ne savoir le tout de rien n’implique pas ne rien savoir. Et découvrir ses propres erreurs en est la preuve. Et le diallèle invoqué vaut également pour eux.Contre les criticistes kantiens : il faut affirmer que les principes de causalité sont déductible de l’expérience.

BL’intuition immédiate de la vérité objective :

Ce sont les premiers principes (dit de non-contradiction par exemple).

CLe sens commun :

Les théories issues de l’expérience lui sont en étroit rapport.Remarque : la raison a sa valeur mais aussi ses limites. Nous aurions un esprit et nous nous tromperions sans cesse ? En fait, il faut dire que la science peut - en dépassant les phénomènes de l’expérience - atteindre l’être en soi, même si la raison a des limites.

IVLa certitude religieuse :

Les vérités religieuses sont plutôt d’ordre moral n’étant pas ou peu fondées sur l’expérience. La vérité est connue non par le sentiment ou la volonté mais par la raison même si la volonté prépare l’esprit à être éclairé et aide à accepter la vérité parfois difficile.Le syllogisme - technique logique de raisonnement - sera donc insuffisant (s’adressant seulement à l’intelligence). En effet, on ne croit pas pour des motifs intellectuels mais parce que qu’il y a la Grâce et la volonté.

Scholion : Le syllogisme.C’est un outil de la philosophie scolastique (c’est-à-dire du moyen-âge). Il est de nos jours occulté par il véhicule par sa puissance jusqu’au terme de la vérité niée pas beaucoup !Il comporte une majeure (M)- une loi en générale, un principe, une mineure (m) - concernant l’exemple concret, un fait, et une conclusion (Ccl), tirée des prémisses.Ex : Tous les hommes sont mortels; Socrates est un homme; Donc Socrates est mortel.Notons cependant que certains syllogismes peuvent être faux s’ils sont mal posés.

L’Existence de Dieu est-elle évidente ?

Notion

Posons les termes : existence - évidence - Dieu.Cette évidence de Dieu est - si elle se vérifie - une preuve en elle-même. C’est l’existence de Dieu tirée de sa notion même. Cette évidence de l’existence de Dieu est affirmée par des grands noms de la pensée : saint Anselme (au xième siècle), saint Bonaventure (au xiiiè siècle), Duns Scot (au xiiiè siècle), puis Descartes, Leibniz et Spinoza (au xviiè siècle).Cette preuve est une preuve dite à quasi priori (ou a simultaneo) [Car elle conclut à l’existence de Dieu non à partir des effets mais par l’analyse du concept] ou ontologique [Car Kant l’opposera aux preuves basées sur l’expérience].Sans plus attendre, disons que cette évidence est rejetée par le Docteur angélique Saint Thomas d’Aquin toutes les fois qu’il l’envisage cette preuve ‘‘pour nous’’.

Qu’est-ce qui est connu par soi ?

Par exemple, si on sait ce qu’est le tout, ce qu’est la partie, alors on sait que le tout est plus grand que la partie.Et voici le raisonnement qui veut prouver l’évidence de Dieu :

Dieu est « un être tel qu’on ne peut s’en représenter de plus grand ». Un tel être existe dans l’intelligence de tout le monde; (Essayons de nous imaginer un tel être). (M)Or, et là c’est subtil, ce qui est dans l’intelligence, c’est-à-dire cet être tel qu’on ne puisse en imaginer de plus grand, doit exister dans la réalité, car sinon, rien ne nous empêcherait d’en imaginer un de plus grand encore (m) qui lui existerait dans la réalité (car comparé avec celui qui n’existe pas, celui qui existe lui est plus grand : il a l’existence en plus);Donc, cet être imaginé existe dans la réalité ! (Ccl).

Critique de l’argument :Il y a là une confusion entre l’évident en soi et l’évident pour nous. En soi, et absolument parlant, l’existence de Dieu est connue. En effet, dire ‘‘Dieu est’’ est évident puisque le significat du mot Dieu est l’être même (Pour Dieu dire ‘‘est-il ?’’ et ‘‘qu’est-il ?’’ est la même chose). Le problème, c’est que la réalité de Dieu ne peut en fait être conçue par notre esprit (Dieu étant si grand). Donc, pour nous, Il n’est pas évident. Car, tout d’abord, il faut constater que beaucoup se sont trompés sur ce qu’était Dieu (les mythologies grecques par exemple). Puis, ce n’est pas parce qu’on pense un être qu’il existe nécessairement dans la réalité. C’est là le problème majeur.C’est là où s’applique la rigueur de la logique. Car d’après les règles du syllogisme, en admettant que l’existence soit un attribut (ce qui est déjà douteux), l’attribut doit être de même nature que le sujet. Or, quand j’affirme que l’idée d’être parfait implique l’existence de cet être, il s’agit de l’être parfait conçu par mon intelligence; l’attribut que je lui donne (l’existence) appartient à l’être idéal conçu par moi et non à un être réél. Tout demeure dans l’ordre de l’hypothèse.

Remarquons malgré tout que cet argument de saint Anselme a l’avantage non pas d’amener l’homme à la foi, car cet argument part du principe que l’homme a déjà en lui cette idée de Dieu, mais de le conforter dans sa foi.

L’Existence de Dieu est-elle démontrable ?

Ceux qui affirment que Dieu ne peut nous être connu que par la foi nient sa démontrabilité. Ils affirment cela car leurs arguments ne peuvent y parvenir (déficience) ou bien parce que l’existence (Dieu est-il ?) et l’essence (Qu’est ce Dieu ?) étant une seule et même chose, ne pouvant connaître totalement ce qu’est Dieu, on ne pourrait savoir s’Il existe ! Et a fortiori si on ne peut connaître que par le sensible !

Peut-on démontrer

Théisme.

l’existence

Erreurs

Matérialisme.

de Dieu ?

Agnosticisme.

Comment peut-on

Ontologisme et Intuitionnisme.

démontrer l’existence

Erreurs

Fidéisme et Traditionalisme.

de Dieu ?

Criticisme.

Modernisme.

L’autorité:

Même si l’Ecriture Sainte ne constitue pas une autorité en apologétique, elle nous éclaire sur la conclusion puisque raison et foi ne peuvent s’opposer. Cf. Rom.I : 18 En effet, la colère de Dieu se révèle du haut du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes, qui tiennent la vérité captive dans l’injustice; 19 car ce qu’on peut connaître de Dieu est pour eux manifeste: Dieu en effet le leur a manifesté. 20 Ce qu’il a d’invisible depuis la création du monde se laisse voir à l’intelligence à travers ses œuvres, son éternelle puissance et sa divinité, en sorte qu’ils sont inexcusables;Ainsi, le Concile Vatican I dira dans la Constitution De Fide « Notre Mère la Saint Eglise tient et enseigne que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connu avec certitude, en partant des choses créées, par la lumière naturelle de notre raison humaine. En effet, ses perfections invisibles, depuis la création du monde, sont rendues visibles à l’intelligence par le moyen de ses œuvres ».

L’Existence de Dieu est démontrable :

Si les matérialistes nient sa démontrabilité, les théistes l’affirment. Mais les deux se trompent. Les premiers affirmant au départ que Dieu n’existant pas, Il ne peut être démontré… De plus, selon eux, la matière éternelle et douée d’énergie se suffit à elle-même.Ce n’est pas très scientifique. Les seconds se trompent sur les arguments. Enfin, les agnostiques déclarent que l’existence de Dieu est du domaine de l’inconnaissable, car il est au-delà de l’expérience.

Comment démontrer l’existence de Dieu ?

Par la raison, le sentiment et la conscience, même si on peut toujours arriver à Dieu par la foi seule. Le fondement, comme nous le verrons, est le principe de causalité. Pour les intuitionnistes {Bergson} et les ontologistes {Malebranche}, Dieu n’est pas démontrable par la raison. Ce n’est même pas nécessaire selon eux puisque nous avons l’idée innée de Dieu ou bien son intuition directe.Pour les fidéistes et les traditionalistes {Joseph de Maistre, Lamennais}, Dieu est inconnaissable par la raison. Pour les criticistes {Kant}, la raison théorique est incapable de prouver Dieu et seule la raison pratique, sous le motif d’un postulat moral, permet d’exiger l’existence de Dieu [Sans Dieu, tout est permis].Enfin, pour les modernistes {Loisy}, seule l’expérience individuelle a valeur de preuve. Le cœur découvre Dieu. C’est l’expérience religieuse qui tient lieu de tout. C’est tout à fait ce que nous entendons aujoud’hui. Remarquons que si l’Eglise a condamné la théorie moderniste de l’immanence c’est parce qu’elle établit que nos raisons de croire se fondent sur la seule présence de Dieu dans l’âme.

Les Preuves de l’Existence de Dieu

Le principe général est le suivant : Il n’y a pas d’effet sans cause proportionnée. Ou encore, du plus ne peut sortir du moins. Tous les arguments sont tirés de l’étude de l’univers et de l’humanité. (Ils sont donc à posteriori, quia, et non à priori, propter quid). On conclura qu’il existe un Dieu, acte pur, nécessaire, cause première & parfait.

Les différentes classifications des preuves

Saint Thomas :

La classification adoptée par Saint Thomas d’Aquin qui part de l’observation du monde qui l’entoure est la suivante :Nous voyons qu’il y a des choses qui sont mues,des êtres qui sont causés par d’autres,des choses qui peuvent être et ne pas être, des créatures qui sont plus ou moins parfaites,des êtres dépourvus d’intelligence qui sont conformes à leur fin.Or,tout être mû ne s’explique que par l’immobile [argument du premier moteur];tout être causé par une cause première [argument des causes efficientes];tout être contingent par l’être nécessaire [argument de la contingence];tout être imparfait par l’être parfait [argument des degrés d’être];tout être ordonné par un ordonnateur [argument tiré de l’ordre du monde].

La classification courante :

La classification la plus courante se fonde sur la nature du fait de départ : nous avons les preuves physiques, métaphysiques et morales. Notons que de cette manière, les preuves se recoupent un peu entre elles, et l’argument de l’évidence peut constituer une ‘‘preuve’’.

La meilleure classification :

La meilleure classification semble donc de distinguer les preuves entre celles tirées du monde extérieur (regroupant les cinq Voies de Saint Thomas), de l’âme humaine puis du consentement universel. Nous l’adopterons. En effet, nous observons dans le monde qui nous entoure trois choses : son existence, son mouvement et l’ordre qui y règne.

Les preuves tirées du monde extérieur

Ce sont les preuves cosmologiques ou physiques.

Préliminaire:

- L’acte est antérieur à la puissance;- La passage de la puissance à l’acte requiert un être en acte.

Première preuve : l’être créé comme causé et contingent.

L’existence d’un monde contingent ne s’explique pas sans Dieu. (Il s’agit des Deuxième, Troisième et Quatrième Voies de Saint Thomas d’Aquin). 

Syllogisme:

M : Les causes secondes supposent une cause première et les êtres contingents supposent un être nécessaire.

===== Une cause seconde est à la fois cause et effet. Un être contingent est celui qui n’a pas en soi la raison de son existence et qui pourrait ne pas être. Mais seconde et contingente signifient la même chose. Seul le point de vue diffère.De plus, il n’est pas possible de remonter les êtres contingents à l’infini: il faut arriver à un être existant par la nécessité de son essence. =====

m : Or, il n’y a dans le monde que des causes secondes et des êtres contingents.

===== La matière brute peut très bien ne pas exister. Toute créature peut nous dire ce qu’elle est, si elle existe, mais pas le fait de son existence. =====

C : Donc, le monde suppose une cause première et un être nécessaire, Dieu.

===== Cet être nécessaire n’est ni la collection des êtres nécessaires, ni le devenir (passage de la puissance à l’acte) et encore moins une substance commune à tous les êtres (qui serait alors sujet et non cause du devenir) [contre le panthéisme].Remarquons qu’ici, à la différence de l’argument ontologique qui affirme qu’un être parfait est nécessaire, nous concluons qu’un être nécessaire est parfait. =====

Objections :

Donner le syllogisme comme suit : Tout ce qui a commencé d’exister n’existe pas par soi et suppose un créateur. Or le monde a commencé d’exister. Donc…est insuffisant car dans ce cas, il faut prouver au préalable l’éternité du monde.

Contre la majeure:

  • Les kantiens et les positivistes rejettent le Principe de causalité qui n’existent selon eux que dans les esprit… Réponse : Tous reconnaissent pourtant que tout ce qui n’a pas sa raison d’être a une cause et qu’une cause n’est pas seulement suivie de son effet mais le produit.

  • La causalité exige le changement de la part de celui qui cause… Réponse : Certes l’acte créateur n’est pas éternel, mais nous avons déjà dit que le mouvement est du coté de la création. et que si la réalisation de la création n’est pas éternelle, l’acte de volonté de créer l’est quant à lui.

Contre la mineure:

  • Puisque le monde est éternel, rien ne nous empêche - à part notre esprit - de remonter les causes à l’infini… Réponse : Nous ne connaissons toujours pas la cause de cette série de causes secondes !

  • Les matérialistes modernes - soutenant la théorie de l’immanence - affirment que le monde contient le principe de son activité du fait qu’il est éternel (selon eux). Ils invoquent l’éternité de la matière, la formation du monde par l’évolution et la génération spontanée… Réponse : Le monde quel qu’il soit est contingent. De plus, les arguments invoqués ne sont pas prouvés, bien au contraire ! Une évolution éternelle vers une fin est contradictoire.

Deuxième Preuve : L’être créé comme mobile.

Le mouvement que nous constatons dans le monde ne s’explique pas sans Dieu. (Il s’agit de la Première Voie de Saint Thomas d’Aquin). C’est la voie ‘‘la plus manifeste’’ et la plus compréhensible car on peut la concrétiser.

Syllogisme:

M : Toute chose immobile est en puissance et tout ce qui se meut est en acte.

===== Tout ce qui est mû est mû au moins partiellement par un autre (on ne donne que ce qu’on a). =====

De plus, sous le même rapport, une chose ne peut à la fois être en puissance et en acte, i.e. mue et mouvante ou bien se mouvoir elle-même.

===== Est en puissance, celui qui a la capacité de recevoir une qualité. L’immobilité n’est pas l’inactivité. =====

Tous les moteurs seconds supposent un premier immobile.

===== Un moteur second n’a pas en lui sa raison d’être et le reçoit d’une impulsion étrangère. =====

En outre, les motions successives ne peuvent remonter à l’infini, car, pour qu’il y ait des moteurs seconds, il faut un premier moteur.

===== On ne peut remonter à l’infini dans la série des moteurs mus. Il faut un moteur non mû qui ait en lui la raison suffisante de tous ces mouvements (un canal prolongé ne supplée pas à l’eau de sa source). =====

m : Or dans ce monde, certaines choses se meuvent.

===== Il y a du mouvement dans les êtres qui nous entourent, non seulement au sens mécanique mais également au sens métaphysique. =====

C : Donc, si une chose se meut, elle est mue par une autre qui, pour se mouvoir à son tour, doit être mue également par une autre.

===== Donc, il existe un premier moteur immobile , acte pur, (panthéisme impossible), donc parfait, spirituel (la matière est un élément potentiel), intelligent, libre, omniprésent (il meut tout et il n’existe aucune action à distance), éternel et illimité (immuable dans sa perfection et unique). =====

Objections :

Contre la majeure:

  • Un moteur immobile est une contradiction… Réponse : un être mû change; un moteur, qui a reçu, son acte change. Mais un moteur - en tant que moteur - ne change pas. Ainsi, un moteur n’est pas mû lui-même par le fait qu’il meut sauf s’il reçoit son activité d’un autre. Il y a immobilité non pas d’inertie mais du moteur en acte de toute perfection. L’opération du moteur s’identifie avec son essence. 

  • La Création constitue un mouvement pour le Créateur… Réponse : le mouvement est du coté de la création. si la réalisation de la création n’est pas éternelle, l’acte de volonté de créer l’est.

Contre la mineure:

  • L’hypothèse mécaniste (la loi d’inertie) suppose le mouvement comme éternel… Réponse : la science a prouvé de puis longtemps que le mouvement perpétuel n’existait pas (Laplace). En outre, qu’est-ce qui expliquerait que tel corps soit éternellement en mouvement ?

  • L’hypothèse dynamiste de l’attraction universelle… Réponse : Ceci s’oppose à l’éternité du monde qui aurait du parvenir à l’équilibre !

Troisième preuve : l’être créé comme ordonné.

L’ordre du monde ne s’explique pas sans Dieu. (Il s’agit de la Cinquième Voie de Saint Thomas d’Aquin). Souvenons-nous de Voltaire lui-même qui écrivait « L’univers m’embarrasse, et je ne puis songer Que cette horloge marche et n’ai point d’horloger ». Cette preuve est appelée téléologique. La fin est ce à quoi une chose est destinée. Le moyen est ce par quoi l’on atteint une fin.Cette preuve remonte à Dieu - intelligence suprême - par le gouvernement des choses.

Syllogisme:

M : Tout ordre [tendre vers une fin] requiert une intelligence ordonnatrice.

===== L’ordre consiste en l’adaptation des moyens à une fin. L’ordre est un effet et suppose donc une cause. Seule une cause efficiente intelligente est capable de percevoir les relations de moyen à fin. =====

m : Or, il y a de l’ordre dans le monde lorsque les choses tendent vers une fin.

===== Cette finalité est interne (fin déterminée grâce à des moyens appropriés) et externe (conspiration au bien général par la hiérarchie). =====

C : Donc, l’ordre du monde suppose une intelligence ordonnatrice qui fait tendre les choses vers leur fin.

===== Donc, il existe un ordonnateur vers lequel tend tout être. =====

Objections :

Contre la majeure:

  • L’ordonnateur (requis) est le hasard… Réponse : Les athées ne donnent là aucune explication. (Cf. la montre de Saint Maximilien Kolbe !). De plus, le hasard a plutôt pour caractéristique l’inconstance et l’irrégularité, c’est-à-dire le contraire de l’ordre. Si l’un n’est pas prévisible, l’autre l’est.

  • La nature est elle-même l’auteur du monde… Réponse : Si on entend par nature la Nature (avec un grand N), oui. Nous l’appellerons Dieu. S’il s’agit de l’œuvre elle-même, non car l’ordre de la nature ne peut pas plus être causé par la nature elle-même que l’ordre de la montre peut l’être par la montre elle-même.

  • L’évolution a abouti à l’ordre du monde. Ainsi l’oiseau n’a pas des ailes pour voler mais il vole parce qu’il a des ailes !…Réponse : L’évolution explique le comment et non le pourquoi des choses. De plus, il y aurait interaction entre fonction et organe, ce qui est absurde. Et cette adaptation des moyens (les ailes) à la fin (voler) suppose un plan, une finalité bien réelle ! Newton écrivait « Celui qui a fait l’œil a-t-il pu ne pas connaître les lois de l’optique ? ». Enfin, si l’évolution est une loi, qui a fait cette loi ? L’évolution… ? Elle peut être une loi mais non une cause.

Contre la mineure:

  • Les pessimistes ne reconnaissent pas l’ordre du monde… Réponse : Le cours sur la Providence répond à l’objection - bien difficile il est vrai - du mal. Les désordre demeure exceptionnel, laissant place à l’harmonie. Affirmer l’existence d’une déchirure dans une trame, c’est déjà affirmer la trame.

Critique et limites des trois premières preuves :

Si les deux premières preuves nous permettent de déterminer un être nécessaire (et donc éternel ne pouvant ne pas être), distinct du monde (qui lui est contingent) et immuable, la troisième preuve a ses limites.En effet, malgré l’ordre, le monde qui a ses imperfections ne requiert par un art infini mais seulement un ou plusieurs architectes (plusieurs dieux ?). Ces organisateurs ne sont pas en outre nécessairement créateurs. Si l’ordre requiert une intelligence supérieure, il n’exige point un Être infini, unique et créateur.

Les preuves tirées de l’âme humaine

L’observation de notre être, après celle du monde qui nous entoure, nous conduit également à Dieu. Dans notre intelligencese trouve l’idée de parfait; dans notre cœur, les aspirations d’infini; et dans notre conscience, l’existence d’une loi morale. Ce sont les preuves psychologiques.

Première preuve : l’idée de parfait.

Nous l’avons déjà vue : il s’agit moins d’une preuve que d’un argument. C’est l’argument ontologique ou métaphysique. Il a ses déficiences, nous l’avons vu [c’est que cette preuve est à priori (propter quid) et non à posteriori (quia), partant de l’observation sensible de la nature] mais sa qualité de pérennité.

Deuxième preuve : les aspirations infinies de l’âme humaine.

C’est la preuve psychologique à proprement parler. La science ou la philosophie admet qu’un désir de la nature ne saurait être vain (M);Or l’homme appelle Dieu de tous ses désirs (m). Donc Dieu doit exister (Ccl).

Critique de la preuve : Il n’est pas absolument prouvé que le bonheur fini ne puisse satisfaire les désirs de l’homme ni que le désir implique l’existence de l’objet désiré.

Troisième preuve : l’existence de la loi morale.

Notre conscience nous demande de faire le bien et d’éviter le mal sous peine de sanction (M); Or la loi morale suppose un législateur et un juge (m); Ce ne peut être que Dieu (Ccl); Remarquons que ni la morale évolutionniste (dictée par le plaisir, l’intérêt ou la sympathie) ni la morale rationnelle (dictée par l’homme lui-même) ne sont satisfaisantes.Critique de la preuve : La majeure est déficiente car la connaissance claire et distincte de la loi morale présuppose l’existence de Dieu comme législateur qui a le pouvoir de lier les consciences. Donc, la notion de Dieu est antérieure à la loi morale ! (Argument tautologique).






Développement des cinq preuves thomistes

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Sébastien Lutz



Nous allons exposer ici cinq preuves de l’existence de Dieu. Il s’agit des cinq voies proposées, il y a six siècles, par saint Thomas d’Aquin dans sa Somme de Théologie ( I, q. 2, a. 3 ). Nous croyons qu’elles n’ont rien perdu de leur efficacité et de la valeur, et nous nous contenterons juste de les développer pour les faire comprendre à un esprit moderne, par nature peu métaphysicien. 

Première voie : la preuve par le mouvement.

LES FAITS : il y a dans le monde des êtres qui changent c’est-à-dire des êtres qui passent de la puissance à l’acte.

L’existence du changement est sans doute l’expérience la plus universelle qui soit. Certains philosophes, Parménide par exemple, ont nié l’existence du changement, mais cela n’est pas raisonnable : toute l’expérience proteste contre une telle affirmation. Il y a différentes sortes de changement. Nous en voyons d’abord hors de nous : le mouvement local (celui des planètes, des astres, des animaux qui volent ou qui nagent ; au niveau microscopique, le mouvement des électrons autour du noyau etc.), les changements qualitatifs ou quantitatifs (le chaton que j’ai eu pour mon anniversaire est devenu chat) et enfin des changements substantiels (des êtres naissent ou meurent, des corps se combinent et se désintègrent). Nous constatons également des changements en nous : nous prenons des décisions, nous changeons d’avis, nous passons de l’ignorance à la connaissance. Ces changements peuvent être exprimés d’une manière métaphysique. Tout changement en effet comporte un terme a quo (à partir duquel) , un terme ad quem (vers lequel) et un sujet qui change, c’est-à-dire un élément permanent entre ces deux termes. En effet, pour reprendre l’exemple précédent, le chaton que j’ai reçu l’année dernière est bien le même individu que le chat qui ronronne sur mon canapé actuellement. Et pourtant, entre les deux, quels changements ! Or ici se pose un problème : si l’on applique le principe d’identité, il semble bien que le changement soit impossible. D’où vient que le terme ancien (le chaton) peut devenir le terme nouveau (le chat) ? 

  • Ce ne peut pas être selon ce qu’il est, puisqu’il est déjà tout ce qu’il est et n’a plus à la devenir: on ne saurait blanchir la blancheur. L’être ne peut pas venir de l’être, puisque l’être existe déjà. 

  • Ce ne peut pas être selon ce qu’il n’est pas, puisque à ce point de vue il n’est rien. L’être ne peut pas venir du non-être, car le non-être n’est pas et du néant rien ne vient. 

Historiquement, cette antinomie entre le changement et l’apparente contraction qu’il implique a provoqué deux attitudes. Soit on a voulu maintenir le principe d’identité et à ce moment là, on a dû abandonner le changement (Parménide, Spinoza) ; soit on a voulu maintenir la réalité du mouvement, et alors là, il a fallu abandonner le principe d’identité (Héraclite, Bergson), mais, du coup, le changement est devenu inintelligible. Or il est clair, qu’on ne peut nier aucun des deux points. Le changement, tout comme le principe d’identité, sont tous les deux aussi incontestables. On ne peut choisir, sous peine de rejeter une des deux données du problème, entre le devenir pur et le monisme de l’être immuable. Rien n’est plus absurde et anti-intellectuel qu’une philosophie qui ne rend compte que d’une partie de la réalité. Par conséquent, si l’on veut que le changement soit possible (contre Parménide) et intelligible (contre Héraclite), il faut admettre qu’il se produit dans un sujet apte à recevoir une nouvelle perfection : cette aptitude est appelée puissance ; la perfection reçue acte et le changement passage de l’acte à la puissance. Ainsi, le sujet est et n’est pas ce qu’il va devenir, il ne l’est pas en acte, mais il l’est déjà en puissance. En d’autres termes, si l’on envisage le changement, il faut admettre une perfection à acquérir (nous appelons ce terme ad quemacte "), un manque ou une privation de cet acte (terme a quo) et un sujet qui a une aptitude réelle à acquérir cet acte manquant (nous appelons ce sujet " puissance ") . Le chaton n’était pas encore le chat qu’il est devenu, mais il avait réellement en lui de quoi devenir ce chat. Par contre, il n’aurait pas pu devenir lion ou oiseau. Une fois devenu chat, il est être en acte. Avant, il était en puissance de cet acte : il avait l’aptitude à recevoir cette détermination définie. Un changement comprendra donc 1° un acte déjà présent (l’acte d’être chaton), 2° un acte absent (la privation de l’acte d’être chat) et réellement possible (la puissance d’être chat). Il se définira donc comme le passage de la puissance à l’acte ou plus exactement comme le passage de l’état privation-puissance à l’état d’acte par rapport à l’acte absent. Il est l’acte d’un être en puissance en tant qu’il est puissance. 

PRINCIPES d’INTERPRETATION DES FAITS :

  • Tout ce qui est mû, est mû par un autre.

  • Il est impossible de remonter à l’infini dans une série de moteurs subordonnés ; il faut un moteur non mû.

  • Tout ce qui est mû, est mû par un autre ; Le mouvement dont il est question ici tout est compris dans son sens le plus général et dans son explication métaphysique que nous avons donnée : la puissance de la puissance à l’acte. Nous incluons ainsi toutes les formes de devenir de quelque nature qu’elles soient. Nous affirmons ainsi que tout être qui passe de la puissance à l’acte, ne peut effectuer ce passage de lui-même, mais a besoin d’être mis sous la dépendance essentielle d’un autre être en acte. Pourquoi ? Parce que l’être en puissance, ne possède pas encore l’acte de la réalité vers laquelle il tend. S’il la possédait, il serait en effet en acte de cette réalité et non en puissance. Or, personne ne donne ce qu’il n’a pas. S’il se donnait lui-même l’acte dont il est la puissance, cela voudrait dire qu’il est en même temps en puissance d’une réalité –puisqu’il est sujet du mouvement- et en acte de cette même réalité, puisqu’il serait l’auteur du même mouvement. Or une telle affirmation est contradictoire. Par conséquent, tout être en puissance passe à l’acte en vertu d’un autre être que lui-même : tout ce qui est mû, est mû par un autre. 

Difficulté : il semble bien que ce principe ne s’applique pas aux êtres vivants : la plante pousse toute seule, l’animal bondit sur sa proie, nous prenons nos décisions du fait de notre propre volonté. Réponse : le principe exposé plus haut s’applique également aux mouvements vitaux. La croissance des plantes par exemple dépend d’énergies cosmiques (le soleil, la terre, l’eau) et est donc un effet de celles-ci. De même, c’est cette gazelle et non une autre qui a provoqué le bond du lion. Ce sont les cellules du lion, qui ont provoqué la contraction de ses muscles, c’est tel motif qui a provoqué notre décision, telle sensation qui a permis d’élaborer tel acte d’intelligence. 

  • Il est impossible de remonter à l’infini dans une série de moteurs subordonnés ; il faut un moteur non mû.

Nous venons de voir que tout ce qui est mû, est mû par un autre. Appelons ce qui meut " moteur ". Ce moteur, suffit-il à expliquer le changement ? Si ce moteur, pour mouvoir, a dû passer de la puissance à l’acte, le problème reste intact, car il faut un autre moteur. Or, il impossible d’imaginer une série infinie de moteurs mus, l’infinité des moteurs ne change rien au problème, car il faut expliquer la cause première du mouvement. Sans un premier moteur non mû, il n’y a rien qui est mû. Les moteurs seconds ne meuvent que selon qu’ils sont mus par un moteur premier. A. D. SERTILLANGES donne un exemple très frappant pour faire comprendre cette vérité : " Multipliez les causes intermédiaires jusqu’à l’infini, vous compliquez l’instrument, vous ne fabriquez pas une cause ; vous allongez le canal, vous ne faites pas une source. Si la source n’existe pas, l’intermédiaire reste impuissant et le résultat ne saurait se produire, ou plutôt il n’y aurait ni intermédiaire ni résultat c’est-à-dire que tout disparaît. " Autre exemple, si on prend un train, le wagon par lui-même n’a pas le pouvoir d’avancer ; il ne peut avancer que s’il y a une locomotive qui le tire. On aura beau multiplier le nombre de wagons, et même imaginer un nombre infini de wagons, tant qu’on ne m’aura pas montré la motrice, on expliquera toujours comment le mouvement se transmet et jamais comme il se donne.

Conclusion : il existe un premier moteur non mû

La conclusion s’impose d’elle-même : il faut un moteur non mû, absolument immobile. Ce moteur est sans mélange d’acte et de puissance ; il est Acte pur. Sujet lui-même d’aucun devenir, il est Celui par qui tout devenir peut être réalisé. Il existe par soi et ne dépend d’aucun d’autre. Il est également immuable, puisqu’il est Acte pur et qu’il n’a rien à acquérir. Enfin, parce qu’il échappe au changement, il est hors du temps : il n’a ni commencement ni fin. Il est l’éternel présent qui embrasse dans son existence et dans son acte, toutes les successions. Son action s’exerce sur tous les moteurs seconds dans un même acte indivis. En un mot, il est la transcendance même. Difficulté : Un moteur immobile est une notion contradictoire. En effet faire passer de la puissance à l’acte, implique un avant et un après, un commencement. Or l’immobilité est opposée au commencement. On reconnaît ici la 4eme antinomie de Kant " Supposez qu’il y ait hors du monde une cause absolument nécessaire, cette cause étant le premier membre dans la série de causes des changements du monde, commencerait d’abord l’existence de ces changements et de leur série. Or il faudrait qu’elle commençât à agir et sa causalité entrerait dans le temps, par conséquent dans l’ensemble des phénomènes, c’est-à-dire dans le monde. D’où il suit qu’elle-même, la cause, ne serait pas hors du temps, ce qui est contraire à l’hypothèse. " Réponse :  Le raisonnement de Kant est faux car il suppose que l’exercice de la causalité implique un changement dans la cause elle-même. Or ce n’est pas dans la cause que le changement se produit, mais dans l’effet : tout le changement se produit du côté de l’être qui reçoit le mouvement de la cause. L’acte de causer est donc formellement immanent du côté de Dieu (il ne se distingue pas de lui) et virtuellement transitif du côté de la créature. De même, le temps étant la mesure du mouvement selon l’avant et l’après, seul ce qui change appartient au temps, Celui qui ne change pas est hors du temps, car hors du mouvement.  

Scolion : L’absurdité du devenir pur

" Les choses étant mouvement, il n’y a plus à se demander comment elles reçoivent celui-ci ". Il est vrai que l’expérience ne nous donne que des êtres en mouvement. Mieux, elle ne peut nous donner que cela, car c’est la caractéristique de l’être contingent que d’être soumis au devenir perpétuel. Pour autant, cette même expérience nous fait voir au sein des êtres en mouvement une certaine stabilité : l’arbre perd ses feuilles, mais il garde ses branches ; le chaton est devenu chat, mais c’est toujours le même individu. Or cette stabilité est une nécessité pour rendre le devenir intelligible, en effet si ce n’est pas le même individu qui change, il n’y a plus mouvement, mais pure succession d’êtres sans lien les uns avec les autres, plus de mouvement mais substitution. Par conséquent, le mouvement exige une réalité permanente au sein même du devenir, c’est-à-dire, on l’a vu, une puissance qui passe à l’acte.   

Deuxième voie : la preuve par les causes efficientes

LES FAITS : il existe des causes subordonnées les unes aux autres

L’expérience la plus évidente est que tous les phénomènes que nous percevons apparaissent comme une chaîne non seulement chronologique mais causale. Deux cas peuvent être considérés ici. 1° Un phénomène ne peut exister que sous l’action d’un autre phénomène : la rose dans mon jardin n’a pu germer que parce qu’il a y eu une génération successive de graines. Le phénomène A. a été causé par le phénomène B., lui-même causé par le phénomène C. etc. 2° Un phénomène ne peut agir que sous l’action de plusieurs autres phénomènes concomitants. Cette même rose ne peut germer que sous l’action conjuguée de plusieurs phénomènes : la présence d’oxygène, d’eau ou de chaleur suffisante. Cette deuxième causalité a été envisagée dans la première preuve.

PRINCIPES d’INTERPRETATION DES FAITS

  • Rien ne se cause soi-même

  • Il est impossible de remonter à l’infini dans les causes subordonnées

  • Rien ne se cause soi-même

1° Causer, en tant que faire exister, implique l’existence car ce qui n’est pas ne fait rien. 2° Causer, en tant qu’agir, implique l’existence, car ce qui n’existe pas n’agit pas. Or si une chose qui n’existe pas, était cause d’elle-même, elle serait antérieure à elle-même, elle pourrait être avant d’être, ce qui veut dire qu’elle serait à la fois existante et non existante, ce qui est contradictoire. De même, on l’a vu à propos de la première preuve, commencer d’exister dans un sujet préexistant, c’est-à-dire être agi, suppose de passer de la puissance à l’acte. Or si une chose pouvant passer elle-même de la puissance à l’acte (c’est-à-dire se donner d’elle-même telle ou telle détermination), il faudrait qu’elle la possède déjà en acte, c’est-à-dire qu’elle soit en même temps et sous le même acte et puissance, être et non-être. On voit par-là l’inanité des critiques sur principe de causalité. Rappelons pour mémoire sa formulation par Auguste Comte : " Nos études réelles sont strictement circonscrites à l’analyse des causes effectives, c’est-à-dire leurs relations constantes de succession et de similitudes, et ne peuvent nullement concerner leur nature intime, ni leur cause, ou première ou finale, ni leur mode essentiel de production. ". De même pour Kant, c’est notre esprit qui imagine un ordre dans les faits, la causalité n’est qu’une forme a priori de l’entendement : on ne fait que relier deux perceptions. Cela ne tient pas la route. Il faut bien distinguer les phénomènes et la causalité. Prenons un exemple pour faire apparaître la différence. J’expérimente tous les jours de façon équivalente que le soleil se lève et que chaque chose qui commence d’exister a besoin d’une cause. Cependant, je peux très bien imaginer que le soleil cesse de se lever à la suite d’une perturbation du cours des astres, mais je ne peux concevoir qu’une chose puisse exister sans cause. La relation de cause est donc une relation fondée sur l’être même, car l’intellect saisit qu’il existe entre relation ontologique entre la cause et son effet. Les sens ne nous offrent qu’une pure succession, mais l’intelligence est capable de saisir dans le donné sensible l’intelligibilité de cette succession et voit bien que refuser cette intelligibilité conduit à l’absurde. Le principe de causalité est donc par conséquent une loi de l’esprit parce que c’est avant tout et premièrement une loi de l’être.D’autres critiques voient une remise en cause du principe de causalité au nom la mécanique quantique qui a montré les limites du déterminisme dans les lois de la physique. Réponse : Il faut là encore opérer une distinction entre trois degrés d'abstraction. 1° On laisse de côté les phénomènes particuliers pour ne considérer que les natures universelles et les lois universelles des phénomènes physiques et sensibles par lesquels la réalité se manifeste à notre expérience... 2° On laisse de côté les propriétés physiques et sensibles des choses pour ne considérer que ce qu'il y a en elles de quantitatif et les relations entre les quantités, ce degré d'abstraction est celui des sciences mathématiques et, pour une certaine part, de la physique moderne quantique, qui construit un modèle mathématique à partir de la réalité observée. 3° On laisse de cotés les quantités comme les propriétés physiques des choses, et on ne considère plus dans les choses que ce qui a de premier: leur être même. Chacun de ces trois degrés a une manière propre de raisonner. Ceci est particulièrement vrai pour les preuves de l'existence de Dieu qui font appel au principe de causalité. Pour le physicien, la causalité est une régularité dans la succession de deux phénomènes sensibles : il dira que le phénomène A est la cause du phénomène B, si le phénomène A est toujours accompagné ou suivi du phénomène B. On a parfaitement raison de rappeler qu'au niveau micro-structural de la matière explorée par la physique quantique, c'est-à-dire par la science physico-mathématique, la notion de déterminisme entre les phénomènes physiques observables a été remplacée par l'idée beaucoup plus souple de probabilité entre ces phénomènes. Mais à partir de cette constatation, expérimentalement vraie, on effectue un saut épistémologique inacceptable en concluant que le principe de causalité n'est pas valide. En effet, pour le métaphysicien, la causalité est une dépendance d'existence : il dira que A est cause de B si l'être de B dépend de l'être de A. Or on confond ici deux domaines totalement distincts. Pour le physicien, en mécanique quantique, il est impossible de prévoir grâce à ces modèles mathématiques un conséquent, à partir d'un antécédent connu. Il dira simplement qu'à partir de cet antécédent il est probable que tel conséquent surviendra. Ceci est vrai, mais prouve seulement les limites d'efficacité des lois physico-mathématiques. Il ne faut pas confondre le déterminisme du côté de la nature des phénomènes et le déterminisme du côté du physicien. Dans la nature le déterminisme est absolu sinon le réel est inintelligible car l'être passerait seul de la puissance à l'acte : il se donnerait ce qu'il n'a pas. Le physicien, lui, se place à un autre point de vue : il juge qu'un phénomène qui ne peut pas être atteint par ses instruments et ses mesures est pour luiinexistant. Or ce n'est pas parce que un phénomène est pour nous inexistant (parce que inatteignable par nos instruments), qu'il n'existe pas dans la nature. Il est impossible de trouver un physicien qui niera en fait que l'apparition d'un nouveau phénomène met en jeu directement ou indirectement un agent physique qui le produit à titre nécessaire. Même en physique quantique, le déterminisme du côté de la nature reste absolu. Louis de Broglie dans son ouvrage, Continu et discontinu est formel là dessus. Il rappelle bien que un fait "indéterminé" au sens physique n'est pas un fait sans cause, il a au contraire sa cause proportionnée, ce qui veut dire sa cause prédéterminée à le produire. Mais cette cause n'est pas connaissable à l'expérience physique. Ces longues précisions donnent exactement le statut de notre preuve. Celle-ci n'est pas une preuve mécaniste, mais métaphysique. La preuve métaphysique que nous développons n'explique pas le mouvement en terme d'énergie potentielle ou réelle (explication fondée sur le 2eme degré d’abstraction), mais en terme d'acte et de puissance. 

  • Il est impossible de remonter à l’infini dans les causes subordonnées

Cela a déjà été montré dans la première voie. Est-il possible d’imaginer cependant une circularité de causes, de sorte que les éléments de l’univers soient en causalité réciproque ? Non, car une telle hypothèse se ramène à celles examinées précédemment. En effet, que l’enchaînement des causes soit circulaire ou linéaire, cela importe peu, car ce qui est recherché ici ce n’est pas la transmission des causes, mais la source de celles-ci. Si l’on admet un enchaînement circulaire cela veut dire que chaque partie de cet enchaînement se produit lui-même au moins à titre médiat. Or cela répugne, car il agirait avant d’exister. En effet, il n’existerait qu’en tant que produit par un autre à partir de ses propres effets, et dans ce cas, alors qu’il n’est pas encore produit, il a déjà produit son effet. En d’autres termes, le même être serait à la fois et dans le même moment causant et causé. Or en tant que causant, il devrait exister pour causer et en tant que causé, il ne devrait pas avoir l’existence. Il devrait à la fois être et ne pas être. 

Conclusion : il existe un être par soi, non causé et donc absolument indépendant.

Troisième voie : la preuve par la contingence.

LES FAITS : il existe des êtres contingents

Là encore nous partons d’un fait d’expérience évident : il y des êtres qui commencent et finissent d’exister. Cela est particulièrement évident pour nous-mêmes : nous sommes nés et nous mourrons un jour. Voilà une certitude inattaquable. De même dans l’ordre minéral, des substances nouvelles apparaissent et disparaissent. Ces êtres appelons-les contingents c’est-à-dire êtres qui pourraient ne pas être ou ne pas exister.

PRINCIPE d’INTERPRETATION DES FAITS

Or tout être contingent ne peut exister que s’il reçoit actuellement l’existence par un être nécessaire ou non contingent.

Un être contingent se définit, on l’a dit, par son aptitude à pouvoir ou ne pas pouvoir exister. Or s’il peut ne pas exister, c’est qui ne trouve pas en lui-même la raison de son existence : s’il trouvait en lui-même, l’existence lui conviendrait nécessairement à titre de propriété essentielle. Du coup, il ne pourrait pas ne pas exister ; il ne serait pas contingent, et il existerait depuis toujours. Or s’il ne trouve pas en lui-même son existence, il la tient d’un autre. Maintenant, posons-nous la question : cet autre dont il tient son existence, est-il contingent ou nécessaire ? S’il est nécessaire, l’affaire est entendue, nous tenons là Dieu. S’il est contingent, on ne fait que repousser le problème car il faut se poser la même question jusqu’à ce qu’on trouve la raison qui rende compte de l’existence de cette collection d’êtres contingents. Cela sera soit dans une collection infinie d’êtres contingents, soit dans un être nécessaire. Or il est impossible que ce soit dans une collection infinie d’êtres contingents, car un ensemble même infini d’êtres contingents, est suffisant pour exister : si aucun d’eux n’a de raison suffisante pour rendre compte de sa propre existence, le tout lui-même est contingent. Il faut donc, pour expliquer l’existence des êtres contingents, un être nécessaire. 

Difficulté n° 1 : L’existence d’un monde éternel

Notre preuve, comme la précédente, n’établit absolument pas que le monde ait été créé. En effet, elle reste également valide même dans l’hypothèse d’un monde éternel. Il faut en effet distinguer deux sortes de subordinations : une accidentelle et une essentielle. La première est celle où l’effet dépend de la cause comme d’une condition sine qua non de son existence, mais sans en dépendre actuellement pour exister. C’est le fameux problème de l’œuf et de la poule. L’oeuf pour commencer d’exister dépend de la poule, mais une fois pondu l’œuf peut continuer d’exister même si la poule disparaît. Une telle série peut donc exister depuis toute éternité et la régression à l’infini est de soi possible. Dans la subordination essentielle en revanche l’effet ne peut exister que sous l’influence actuelle de la cause. Ainsi, si l’on supprime le premier terme, toute la série s’effondre. Dans une montre, pour reprendre encore une fois un exemple mille fois cité, le mouvement des aiguilles dépend d’une série de rouages qui sont en dépendance essentielle et actuelle du ressort. Par conséquent, le nombre infini de rouages est de soi insuffisant pour expliquer le mouvement des aiguilles, il faut, en dernière analyse, un ressort. Or dans le cas de la preuve que nous venons d’exposer, la contingence est une subordination essentielle à un être nécessaire. On peut donc très bien imaginer un monde éternel, sans pour autant penser une notion contradictoire. Pourtant, ce monde éternel n’en serait pas moins sous la dépendance depuis toute éternité d’un être non-contigent. Notre preuve est donc valide, non parce que nous affirmons qu’il faut que le monde ait commencé, mais parce que nous constatons qu’il y a dans le monde des êtres qui ont commencé d’exister.     

Difficulté n° 2 : Les lois de la nature.

La preuve établit l’existence du nécessaire, mais ce nécessaire n’est pas forcément Dieu, il peut être les lois de la nature 

Réponse : Les lois de la nature n’expliquent que la succession des phénomènes et non l’existence ce ceux-ci ; elles ne fondent pas l’existence de ces phénomènes mais la présupposent au contraire. Les lois de fait sont elles-mêmes contingentes, car si l’on supprime les phénomènes auxquels elles s’appliquent, les lois n’ont plus de raison d’être. " Supprimez l’existence contingente des phénomènes, cet être nécessaire qu’est la loi n’est plus qu’une vérité hypothétique, qui demande à être fondée sur un absolu en fait (..) mais qui ne peut être cet absolu. " Notre preuve ne porte pas sur le commentou le pourquoi des phénomènes mais sur l’existence de ceux-ci. Elle ne cherche pas à savoir dans quelles conditions et à cause de quelles lois, les êtres commencement et finissent ; elle va plus loin, elle monte plus haut : elle permet d’expliquer pourquoi l’être contingent qui n’a pas en lui-même de quoi exister, existe en fait.

Conclusion : il existe un être qui est absolument nécessaire

Cette voie met en lumière la " fragilité ontologique " des êtres de notre expérience. En effet, la présence de Dieu est constamment nécessaire pour que nous ne retombions pas dans le néant. Dieu est donc présent jusqu’aux plus petites régions de l’être. Partout où quelque chose existe et quelque que soit cette chose, Dieu ne cesse à chaque instant de lui communiquer l’existence et de l’y soutenir. 

Quatrième voie : la preuve par les degrés de perfection.

LES FAITS : il existe des degrés de perfection dans les êtres.

On peut distinguer deux sortes de perfections. Les unes sont liées à l’étendue : qualités matérielles ou qualités sensibles : les intensités d’une même qualité ; ce corps est plus ou moins lumineux, la vie de mon chat est plus complexe que celle de mon rosier. Les autres, bien que données dans l’étendue ne lui sont pas liées. Ce sont les perfections transcendantales qui atteignent tout être, soit qu’on le considère en soi (unité), par rapport à l’intelligence (vérité), à l’appétit (la bonté) ou à l’intelligence et à l’appétit (la beauté). Ces perfections aussi ne sont pas données avec la même intensité dans tous les êtres : toutes les œuvres d’art n’ont pas la même beauté. De même, l’être en acte a plus de consistance ontologique que l’être en puissance, le bien moral est supérieur au bien utile ; l’unité d’un organisme vivant est supérieure à l’unité d’une machine. Or s’il y a des degrés dans les perfections, cela veut dire que ces perfections sont reçues dans l’être en étant limitées. En effet, si ce n’était pas le cas, on ne pourrait pas comparer deux êtres entre eux selon leur perfection, puisqu’ils ne pourraient pas se différencier l’un de l’autre : aucun des deux ne serait supérieur à l’autre.

PRINCIPE d’INTERPRETATION DES FAITS

Les êtres ne tirent donc pas leur perfection d’eux-mêmes mais d’un être qui les possède à l’infini.

Si les êtres avaient leur perfection d’eux-mêmes, ils l’auraient sans limite : rien ne peut limiter ce que l’on a par soi-même. Une perfection ne peut pas être le principe de sa propre limitation. De soi, par exemple, le Bien ne contient aucune limite, il n’implique aucune borne : le Bien en soi est indépassable, illimité. Or les êtres de notre expérience sont limités. La beauté par exemple est toujours limitée à tel degré ou tel ordre. Par conséquent, les êtres qui ont des perfections limitées, ne tiennent pas leur perfection d’eux-mêmes, mais d’un autre. C’est toujours le principe de causalité qui est à l’œuvre : ce qui n’existe pas par soi existe par un autre. 

Un tel être existe donc

Nous pouvons donc affirmer l’existence d’un être qui possède en soi, c’est-à-dire au plus haut degré, les perfections transcendantes de l’être. Un tel être sera souverainement en soi Un, Bon, Vrai et Beau. Il réalise à l’infini toutes ces perfections que nous trouvons dans la nature et il en sera la cause exemplaire : les êtres de l’univers ne feront qu’y participer.     

Cinquième voie : la preuve par la finalité

LES FAITS : il y a de l’ordre dans le monde, et spécialement un ordre de finalité

On peut distinguer deux types d’ordre : dynamique et statique. L’ordre dynamique est un rapport qui a pour fonction d’unifier des termes distincts pour en faire un tout. Ainsi, le chef d’une armée unifie l’action de ses soldats pour donner à leurs actions, qui de soi seraient diverses et contradictoires, une unité et une cohésion qui permettra de remporter la victoire. Au sens statique l’ordre est une disposition d’éléments selon un aspect défini de sorte les uns soient relatés aux autres. Si je classe une liste de mots par ordre alphabétique, ces mots sont en lien les uns avec les autres selon la suite des lettres dans l’alphabet. De même, une série de nombre est dite ordonnée s’il existe un rapport de proportion (arithmétique ou géométrique) entre les membres consécutifs de la suite. Pour faire bref, on peut définir l’ordre comme une unité dans la diversité.

Or l’ordre du monde tant au point de vue dynamique que statique est un fait les plus éclatants qui doit pour peu qu’on se donne la peine de réfléchir. 

Cet ordre éclate premièrement dans l’univers considéré dans sa stabilité. L’ensemble des êtres de l’univers est ainsi hiérarchisé suivant leur degré de perfection en genres et en espèces de plus en plus complexes du minéral jusqu’à l’homme. Cette hiérarchisation a permis aux scientifiques de dresser par induction des tables de classification. C’est ainsi que l’on trouve des sciences aussi diverses que la chimie, la géologie la botanique ou la biologie. Or au sien même de ces sciences on trouve des points communs car les perfections des formes les plus basses (molécules) se trouvent incluses dans les formes les plus hautes (la vie). Ces relations entre les différents êtres (dépendance, ressemblances) constituent bien une première forme d’ordre au sein de l’univers, car le divers possède bien une certaine unité. 

Cet ordre éclate clairement aussi dans l’univers considéré dans son dynamisme. Cela est vrai tout d’abord, quand on considère l’univers matériel dans sa structure macroscopique (les étoiles, les galaxies, les trous noirs…) ou microscopique ( l’atome). Toute la physique moderne en effet, découvre que celui-ci est régi par des lois mathématiques et intelligibles. 

Cela est encore plus vrai dans le vivant. 

Le corps humain par exemple est une unité organique. Pourtant cette unité organique regroupe en fait une multitude de cellules, de nerfs, de muscles très divers pour former des tissus. Ces tissus eux-mêmes sont ordonnés à des fonctions précises : la vue, l’ouïe, la digestion, la respiration. Chacun de ses tissus jouit d’une autonomie propre et des propriétés typiques, mais tous ont en commun de produire l’unité spécifique de la vie humaine. 

Cette unité de fonctions et de finalité se voit particulièrement dans la reproduction où deux gamètes s’unissent pour former un processus complexe qui est ordonné à la production d’un être vivant. Ceci n’est possible que grâce à l’ADN qui est un véritable code qui contient toute l’information nécessaire pour engager un processus parfaitement autonome et finalisé par l’être vivant à venir mais déjà contenu dans toutes ses caractéristiques. " Sitôt que les 23 chromosomes paternels sont réunis avec les 23 chromosomes maternels, toute l’information génétique, nécessaire pour exprimer toutes les qualités innées de l’individu nouveau, se trouve rassemblée. De même que l’introduction d’une mini cassette dans un magnétophone permet la restitution d’une symphonie, de même le nouvel être commence à s’exprimer sitôt qu’il est conçu ". De même l’œuf d’un saumon se développe d’un selon un plan spécifique : il ne donnera jamais un singe ou un éléphant. 

La finalité éclate encore dans le développement des cellules et la synthèse des protéines. Il est remarquable qu’à ce sujet, la science n’ait pas trouvé mieux pour décrire le phénomène que d’utiliser des métaphores de la communication intelligente et rationnelle: elle parle de " messages ", d’" instructions programmées " ou d’" informations programmées " stockées dans " des bibliothèques ", qu’il faut " coder " puis " décoder " ; " transcrire " puis " traduire ". 

Au niveau des animaux on constate une finalité similaire. Voici quelques exemples frappants de ce que les animaux réalisent sans avoir de connaissance intellectuelle de ce qu’ils font mais uniquement par instinct : 

" Les cellules des abeilles pourraient être rondes, triangulaires ou carrées. Or on s’est aperçu que le forme hexagonale était celle qui perdait le moins de place, qui utilisait le moins de matériaux et convenait le mieux à la stabilité des cellules. Pour construire une seule cellule il faut au moins 120 abeilles. Parfois celles-ci font erreurs de construction ; mais celles-ci sont capables de s’en apercevoir et font les retouches nécessaires. 

Le castor construit un barrage pour deux raisons : d’une part celui-ci lui sert de garde manger en conservant les branches –lestées avec des pierres- au fond de l’eau, à l’abri des épaisses couches de glace d’hiver. D’autre part, il lui sert à maintenir l’entrée de son abri au-dessous du niveau de l’eau, ce qui empêche aux prédateurs non aquatiques d’y pénétrer. La construction du barrage obéit aux lois de la physique hydraulique : les rondins de bois sont arrangés, enchevêtrés et assemblés de telle sorte qu’ils donnent de la cohésion à l’ensemble. L’abattage et la découpe se font en amont du barrage pour que la force du courant aide au transport. 

Le phasme, par photomimétisme, c’est-à-dire en ressemblant parfaitement à un végétal, passe inaperçu dans les forêts tropicales. Il a même la faculté de changer l’intensité de sa couleur et donc de passer encore mieux inaperçu suivant l’éclairage. 

L’indicateur, petit oiseau, et le ratel, sorte de blaireau, vivent dans le sud du Sahara. Lorsque l’indicateur a trouvé un nid d’abeille, il pousse un cri particulier pour faire venir le ratel. Celui-ci, de ses puissantes griffe, évente le nid d’abeilles pour manger le miel, ce qui permet à l’indicateur de manger de cire son aliment préféré. 

Il existe une araignée en Australie qui au bout d’un fil de cinq centimètres attache une boulette de gomme très adhésive qu’elle a sécrétée secrètement. Cette boulette sert de leurre par son aspect et dégage une odeur de fleur qui attire les papillons la nuit. A l’approche de sa proie, l’araignée fait tourner la boulette comme une fronde et englue sa proie. "

 

PRINCIPE d’INTERPRETATION DES FAITS

L’ordre, c’est-à-dire la tendance à une fin, exige une cause d’ordre intellectuel. Il exclut donc le hasard.

Preuve inductive tirée d’exemples analogiques.

Qu’on permette de donner ici une longue citation de FENELON, qui a particulièrement bien illustré ce point dans ouvrage méconnu sur l’existence de Dieu : " Mais enfin toute la nature montre l'art infini de son auteur. Quand je parle d'un art, je veux dire un assemblage de moyens choisis tout exprès pour parvenir à une fin précise : c' est un ordre, un arrangement, une industrie, un dessein suivi. Le hasard est tout au contraire une cause aveugle et nécessaire, qui ne prépare, qui n'arrange, qui ne choisit rien, et qui n'a ni volonté ni intelligence. Or je soutiens que l'univers porte le caractère d'une cause infiniment puissante et industrieuse. Je soutiens que le hasard, c'est-à-dire le concours aveugle et fortuit des causes nécessaires et privées de raison, ne peut avoir formé ce tout. C'est ici qu'il est bon de rappeler les célèbres comparaisons des anciens. Qui trouverait dans une île déserte et inconnue à tous les hommes une belle statue de marbre, dirait aussitôt : sans doute il y a eu ici autrefois des hommes : je reconnais la main d'un habile sculpteur : j'admire avec quelle délicatesse il a su proportionner tous les membres de ce corps, pour leur donner tant de beauté, de grâce, de majesté, de vie, de tendresse, de mouvement et d'action. Que répondrait cet homme si quelqu'un s'avisait de lui dire : non, un sculpteur ne fit jamais cette statue. Elle est faite, il est vrai, selon le goût le plus exquis, et dans les règles de la perfection ; mais c'est le hasard tout seul qui l'a faite. Parmi tant de morceaux de marbre, il y en a eu un qui s'est formé ainsi de lui-même ; les pluies et les vents l'ont détaché de la montagne ; un orage très violent l'a jeté tout droit sur ce piédestal, qui s’était préparé de lui-même dans cette place. C'est un Apollon parfait comme celui du Belvedère : c'est une Vénus qui égale celle de Médicis : c'est un Hercule qui ressemble à celui de Farnèse. Vous croiriez, il est vrai, que cette figure marche, qu'elle vit, qu'elle pense, et qu'elle va parler : mais elle ne doit rien à l'art ; et c' est un coup aveugle du hasard, qui l'a si bien finie et placée. Si on avait devant les yeux un beau tableau qui représentât, par exemple, le passage de la mer Rouge, avec Moïse, à la voix duquel les eaux se fendent, et s'élèvent comme deux murs, pour faire passer les israélites à pied sec au travers des abîmes ; on verrait d'un côté cette multitude innombrable de peuples pleins de confiance et de joie, levant les mains au ciel ; de l'autre côté on apercevrait Pharaon avec les égyptiens, pleins de trouble et d'effroi à la vue des vagues qui se rassembleraient pour les engloutir. En vérité, où serait l'homme qui osât dire qu'une servante barbouillant au hasard cette toile avec un balai, les couleurs se seraient rangées d'elles-mêmes pour former ce vif coloris, ces attitudes si variées, ces airs de tête si passionnés, cette belle ordonnance de figures en si grand nombre sans confusion, ces accommodements de draperies, ces distributions de lumière, ces dégradations de couleurs, cette exacte perspective, enfin tout ce que le plus beau génie d'un peintre peut rassembler ? Encore s'il n'était question que d'un peu d’écume à la bouche d'un cheval, j'avoue, suivant l'histoire qu'on en raconte, et que je suppose sans l'examiner, qu'un coup de pinceau jeté de dépit par le peintre pourrait une seule fois dans la suite des siècles la bien représenter. Mais au moins le peintre avait-il déjà choisi avec dessein les couleurs les plus propres à représenter cette écume pour les préparer au bout du pinceau. Ainsi ce n'est qu'un peu de hasard qui a achevé ce que l'art avait déjà commencé. De plus, cet ouvrage de l'art et du hasard tout ensemble n'était qu'un peu d'écume, objet confus, et propre à faire honneur à un coup de hasard ; objet informe, qui ne demande qu'un peu de couleur blanchâtre échappée au pinceau, sans aucune figure précise, ni aucune correction de dessin. Quelle comparaison de cette écume avec tout un dessin d'histoire suivie, où l'imagination la plus féconde, et le génie le plus hardi, étant soutenus par la science des règles, suffisent à peine pour exécuter ce qui compose un tableau excellent ? " Difficulté : La valeur de l’analogie dépend de la valeur de l’induction qui porte par définition sur des phénomènes concrets, individuels et singuliers. Or les phénomènes sont, potentiellement du moins, en nombre infini. Qui sait si demain, un autre phénomène ne viendra pas contredire cette induction. Il est donc impossible, tant qu’on n'a pas vérifié tous les phénomènes, de tirer une loi universelle. Réponse : Cette difficulté naît de l’empirisme dont nous avons déjà parlé. Pour faire bref, il est évident que si l’induction avait uniquement son fondement dans l’énumération des singuliers, la conclusion ne serait que probable. Cela arrive quelquefois. Ainsi, si une personne voit une dizaine d’individus appartenants à la même nationalité affectés de tel défaut, elle en conclut que tous les individus de cette nationalité ont ce défaut. Elle dira ainsi " Micha est polonais et boit beaucoup donc tous les polonais sont des alcooliques ". Pourtant, il arrive le fondement de l’induction n’est pas dans l’énumération des singuliers, mais dans la perception d’un lien essentiel entre deux phénomènes. L’esprit humain dégageant du sensible une propriété d’un être voit qu’il s’agit là d’un prédicat essentiel et peut ainsi affirmer, sans connaître tous les singuliers, que ce prédicat lui convient nécessairement. Or pour le principe qui nous occupe, nous voyons bien que l’intelligence n’est pas une cause accidentelle de l’ordre, mais nécessaire et que seule elle est capable de la causer. L’induction bien qu’incomplète est donc parfaite, et l’on peut passer des œuvres humaines aux organismes sans difficulté. 

Preuve déductive tirée de l’analyse de la notion d’ordre et de fin

  • L’univers est composé d’une multitude d’êtres indépendants entre eux qui peuvent se combiner de façon infinie sans pour autant que ces combinaisons engendrent de soi une unité  ; or aucune cause irrationnelle ne peut réduire à l’unité des éléments qui de soi sont indifférents à toute unité (en effet, chaque cause particulière est déterminée à son effet propre et non à unifier la pluralité) ; il est donc nécessaire d’admettre une cause rationnelle à l’origine de cet ordre. 

  • On l’a vu, l’ordre peut être défini comme un rapport entre la partie et le tout, l’adaptation des moyens à un but déterminé ou encore la domination de l’un sur le multiple. Affirmer que les multiplicités sont ordonnées suppose donc que la fin exerce une véritable causalité sur le multiple sans quoi cet ordre serait sans raison d’être. Il faut bien que l’efficience soit déterminée par la fin, sans quoi il n’y a pas d’efficience : si je ne me dirige ni en haut, ni en bas, ni à droite, ni à gauche, je ne vais nulle part. La préexistence de la fin est donc nécessaire à deux titres : 


    • pour provoquer l’efficience 

    • pour adapter les éléments du divers vers l’un à titre de moyens. 

Or la fin dans son être naturel ne peut pas être cause : elle est l’effet et le résultat de l’action. La forme d’Apollon ou de Vénus n’est pas la cause, mais l’effet du sculpteur ; la vision est l’effet de l’œil et non la cause de celui-ci. Elle ne peut donc préexister qu’à titre intentionnel c’est-à-dire dans une intelligence qui, transcendant le temps dans sa successivité, est capable de la voir pré réalisée et, d’autre part, connaissant la convenance des moyens, est seule capable de les adapter à leur fin. C’est la leçon de saint Thomas : " L’ordonnancement de plusieurs choses ne peut se faire que par la connaissance du rapport et de la proportion que les choses ordonnées ont entre elles, et à quelque chose de plus haut qu’elles qui est leur fin ; car l’ordre de plusieurs choses entres elles est subordonné à leur ordonnancement à leur fin. Or connaître le rapport et les proportions de certaines choses, c’est le propre de celui qui a leur intellect (…) Tout ordonnancement doit donc se faire par la sagesse d’un être pensant " (SCG, II, 23)

  • Le hasard est par nature incapable de réaliser l’unité du divers. En effet, par nature le hasard est indéterminé et il est indifférent à réaliser tel ou tel effet. Il n’est rien d’autre que la rencontre accidentelle des deux séries de causes indépendantes. Mon chat renverse un verre en cristal et le fait tomber (1ere cause), sur un coussin oublié par terre (2eme cause indépendante de la 1ere). Le verre ne se brise pas (effet du hasard). Or une rencontre accidentelle par définition n’arrive que rarement et ne peut produire qu’un effet qui n’a pas raison de fin. Si donc le monde était régi par le hasard les notions d’ordre et de stabilité n’auraient aucun sens. Prétendre que le hasard est cause c’est assigner comme signe intelligible de l’ordre, le désordre lui-même et que l’accidentel se confond avec le nécessaire : " Comment peut-on croire que des processus aléatoires aient pu construire une réalité dont les plus petits éléments –une protéine ou un gène- sont d’une complexité bien au-delà de la portée de nos capacités créatrices ? Cette réalité est l’antithèse même du hasard, elle dépasse de loin tout ce que l’intelligence humaine a produit. A côte du niveau d’ingéniosité et de complexité moléculaire, nos objets même les plus avancés paraissent grossiers " 

  • Expliquer enfin l’ordre par les lois de la nature ou la nécessité revient à faire une pétition de principe car, les lois sont l’ordre même et ne peuvent servir à l’expliquer. Par ailleurs, nous avons vu dans la troisième preuve que le monde est contingent, les lois qui régissent le monde sont donc elles-mêmes contingentes. En d’autres termes, si les lois sont nécessitantes, elles ne sont pas nécessitées. Qui donc a fait ces lois ? 

Difficulté n° 1 : La science moderne a prouvé que les êtres vivants sont apparus par l’évolutionnisme. Réponse : Acceptons le fait de l’évolutionnisme. Cela ne pose en soi aucune difficulté à notre preuve, car l’évolution est très nettement finalisée ; elle suppose que le vivant converge vers une finalité d’ensemble et se complexifie au fur et à mesure. Or si la science peut à la rigueur prouver le fait de l’évolutionnisme, elle reste bien incapable d’expliquer le pourquoi autrement qu’en parlant de hasard, ce qui, on l’a vu, ne tient pas la route Elle peut ainsi expliquer la succession des causes efficientes qui ont présidé à l’apparition de l’homme, mais cette succession est une description du phénomène et non son explication. C’est comme si, pour expliquer l’apparition d’une horloge, on se contentait de décrire les étapes et les lois mécaniques qui ont présidé à sa fabrication en oubliant de considérer l’horloger qui les a réalisées. Difficulté n° 2 : La loi d’indétermination d’Heisemberg affirme qu’il n’y a pas de lois pour les particules prises en particulier, mais seulement pour un ensemble de particules ; ainsi dans un récipient le mouvement des particules est désordonné ; nous ne pouvons seulement prédire que la pression sur les parois du récipient sera constante en tous points. Or cette prédiction se fait, non en raison de lois dynamiques, mais en raison de lois statistiques. Il n’y a donc pas d’ordre dans le monde, parce qu’il n’y a pas de lois fixes, mais seulement le hasard. Réponse : Il faut bien s’entendre sur les mots. La loi d’indétermination d’Heisemberg ne doit pas faire illusion ; ce n’est pas parce que les particules ont un mouvement indéterminable que leur mouvement est indéterminé ; il dépend juste d’un certain nombre de facteurs qui échappent pour le moment à l’investigation scientifique. Que le mouvement des particules soit déterminé c’est en effet une évidence. Tout mouvement consiste, on l’a dit, dans le passage de puissance à l’acte ; l’acte est le terme de l’action ; son point d’arrivée. Or affirmer qu’une action existe et n’a pas de terme, revient à dire qu’elle a sa nature déterminée (puisqu’elle existe) et qu’elle ne l’a (puisqu’elle n’a pas de terme). C’est nier le principe de contradiction. Or le terme d’une action, c’est sa fin. Par conséquent, le mouvement d’une particule est finalisé, même si, en ce qui nous concerne, nous sommes incapables de déterminer sa position, au vu du nombre très important de paramètres qui la conditionnent et qui peuvent se télescoper. Ce qui vient d’être dit est très important, car cela prouve que le hasard pur n’existe pas. En effet, le hasard, on l’a vu, n’est rien d’autre que la rencontre accidentelle de deux causes déterminées. Le hasard vient donc de notre ignorance des séries causales dans leur complétude. Mais pour une Intelligence qui tient sous son regard tous les événements en connaissant les séries causales dans tous leurs aspects, il n’y a pas de hasard. Nous verrons que c’est là l’attribut de la Providence pour laquelle tous les événements qui nous paraissent fortuits sont pré-connus car causés depuis toute éternité. Difficulté n° 3 : Le hasard est bien capable de produire des systèmes très complexes mais en nombre très faible par rapport aux systèmes plus élémentaires. Jetons 10 dés simultanément , il est tout à fait possible que l’on obtienne dix " 1 " dès le premier jet. La probabilité est très faible mais pas nulle. Il est donc inutile d’invoquer une Intelligence divine, les lois des probabilités sont suffisantes. Réponse : Si l’on veut se placer du côté des lois de la statistique, il faut également rappeler le théorème de Borel qui dit que, lorsque la probabilité d'un événement est située au-dessous d'un certain seuil, même si elle n'est pas nulle, on doit considérer, pour des raisons fondées sur la limite des suites, que cet événement est rigoureusement impossible. Il donne comme exemple le fait que l'humanité puisse disparaître suite à la naissance exclusive de garçons ou le départ de trains de la SNCF vides un jour de départ en vacances parce que tout le monde a décidé de partir le lendemain, phénomènes dont la probabilité est certes non nulle, mais dont tout le monde admet intuitivement qu'ils sont impossibles. Il ne faut pas oublier que la probabilité d'un événement se calcule dans des conditions d'espace temps limitées. Le polytechnicien Georges Salet s'est donné la peine de calculer dans son ouvrage Hasard et certitude, les probabilités au-dessous desquelles un événement chimique n'a pas pu se réaliser sur la terre. Il fait rentrer dans son calcul trois variables : la quantité de matière disponible sur la terre, la durée minimale de ces réactions et l'âge de la terre. Il estime ainsi qu'un événement dont la probabilité est inférieure à 10 puissance 100 n'a pas pu se produire. Certes, ce nombre n'est pas une évaluation rigoureuse, il ne représente qu'une limite certaine et signifie qu'un événement d'une probabilité inférieure ne pourrait se produire que si, par exemple, la quantité de matière mise en jeu était beaucoup plus importante. Il calcule ensuite pour qu'une mutation sélection fasse apparaître dans l'ADN un nouvel organe, ou qu'une séquence d'acides animés donne une cellule vivante très simple. L'auteur montre que ces probabilités sont très faibles et dépassent le seuil minimal. Il retrouve ainsi par-là, mais d'une manière différente, le principe métaphysique simple que nous énonçons dans notre thèse : le hasard pur est inapte à expliquer la notion d'ordre. Nous sommes donc confrontés à une contradiction espistémologique : comment se fait-il que l'évolutionnisme ait pu avoir lieu alors qu'il est en fait statistiquement impossible ? Le seul moyen de sortir de cette aporie est d'affirmer qu'il y a eu une intelligence rectrice.     

CONCLUSION : Il existe une intelligence ordonnatrice ; cette intelligence est un être infini.

L’argument que nous venons d’exposer conduit à l’existence d’une intelligence. Kant pourtant fait une difficulté. Bien qu’il traite cette preuve avec beaucoup de respect, il affirme que la preuve conduit à l’existence d’une intelligence, mais que rien ne nous garantit que cette intelligence soit infinie. Elle peut seulement être très puissante ; c’est une sorte de démiurge, de " grand architecte " de l’univers, mais en aucun cas, on peut formellement l’identifier avec Dieu, qui s’il existe, est une intelligence infinie. L’objection ne porte pas. Premièrement, cette intelligence à laquelle nous sommes parvenus, existe par soi-même, ou par un autre. Si elle existe par soi-même, elle reçoit de cet autre le pouvoir de produire l’ordre. Elle est donc elle-même ordonnée à produire l’ordre, et c’est donc de cet autre qu’elle dépend. Cet autre est également intelligence ordonnatrice, puisqu’il l’a lui-même ordonnée. Or on ne peut pas remonter à l’infini dans ce processus ; il faut donc un être qui existe par soi et qui est donc intelligence infinie. D’autre part, si cette intelligence n’est pas infinie, elle est limitée. Sa vie intellectuelle est donc un mélange de perfection et d’imperfection. Elle demande donc en vertu de la 4eme preuve, qui traite de principe de participation, une source explicative de cette perfection, c’est-à-dire une Intelligence réalisée à l’infini.     

Article 3 : Synthèse des preuves

Différences entre les cinq voies

Les cinq voies partent toutes de l’observation du monde qui nous entoure, mais elles sont fondées sur cinq aspects différents de cette réalité ; elles nous révèlent donc cinq aspects différents de l’Etre suprême auquel elles aboutissent. On peut les synthétiser dans le schéma suivant :   

Tout être qui tombe sous notre observation est 

Il dépend donc 

1° changeant

1° d’un moteur immobile, Acte Pur

2° causé et causant

2° d’une cause incausée

3° contingent

3° d’un être nécessaire

4 ° composé de perfection et d’imperfection

4° d’un être parfait et simple

5° ordonné à quelque chose

5° d’une intelligence ordonnatrice

Ressemblances entre les cinq voies

Les cinq voies se ressemblent pourtant par : 

  • Leur point de départ : l’existence du monde. On peut finalement les résumer à ceci " Dieu existe parce que le monde existe. " 

  • Le moyen terme qu’elles utilisent qui est le principe de causalité ou du principe de raison suffisante : "  tout être qui n’a pas en soi sa raison d’être, l’a dans un autre. En d’autres termes, sous une forme plus populaire  : " l’être ne sort pas du néant ", ou " le plus ne sort pas du moins ". 

  • Leur mouvement ascendant : elles nous obligent à nous élever à chaque fois vers le même terme en convergeant toutes vers l’Etre existant par soi, celui dont l’essence est identique à l’existence. Chacune se suffit à elle-même, il n’est pas nécessaire de les utiliser toutes, car quelque soit le point de vue adopté, l’esprit est tenu de choisir entre ces deux conclusions : 

ou Dieu, ou l’absurdité radicale (Garrigou-Lagrange).    

Leur hiérarchie

La preuve par le mouvement est la première. C’est tout naturel, car c’est l’aspect le plus flagrant de l’univers. S’il n’y avait pas de changement, nous ne percevrions ni la causalité, ni la contingence, ni la finalité des êtres. Le point de départ des preuves sont toujours des êtres changeants ; simplement, le changement est analysé en lui-même (1ere voie), comme causé ( 2eme voie), comme contingent (3eme), en fonction des degrés d’être parcourus par lui (4eme), et enfin dans sa destination et son ordination (5eme voie). L’être est toujours dans ces cas composé d’acte et de puissance et il réclame en dernière instance et quelque soit le point de vue adopté, l’Acte Pur. La preuve par la finalité est naturellement la dernière parce que la finalité est le terme du changement ; elle englobe toutes les autres causalités. La finalité arrive enfin à l’attribut le plus précis de Dieu : l’intelligence pure ; elle permet de préciser et de dépasser tous les autres attributs déjà découverts.     

Annexe

Voici un texte de saint Augustin qui, sous une forme poétique, traduit bien la démarche réaliste qui a présidé aux preuves de l’existence de Dieu que nous venons d’exposer. " J’ai interrogé la terre pour savoir si elle était mon Dieu, et elle m’a dit qu’elle ne l’était pas ; et toutes les créatures qui l’habitent m’ont fait la même réponse ; alors j’ai interrogé la mer et les abysses et les reptiles qui l’habitent ; et ils m’ont répondu : Nous ne sommes pas ton Dieu ; recherche au-dessus de nous. J’ai interrogé les airs mais le ciel et tous ses habitants m’ont répondu : Anaximène se trompe, nous ne sommes pas ton Dieu. J’ai interrogé le firmament, le soleil, la lune et les étoiles et ils m’ont dit : nous ne sommes pas non plus ton Dieu. Alors j’ai dit à tous les êtres qui m’environnent : vous m’avez dit que vous n’êtes pas mon Dieu, mais dites-moi quelque chose de lui. Alors tous se sont exclamés d’une voie forte : C’est lui qui nous a faits. J’ai interrogé enfin la masse de l’univers : dis-moi oui ou non si tu es mon Dieu  et il m’a répondu d’une voix puissante : Je ne le suis pas, mais je suis par lui, celui que tu cherches en moi, c’est lui qui m’a fait ; cherche au-dessus de moi celui qui me gouverne et qui t’a fait toi aussi. Pour interroger les créatures, il faut les observer attentivement, et leur réponse c’est l’attestation de l’existence de Dieu, parce que toutes crient : Dieu nous a faits, parce que, comme le dit l’Apôtre Ce qu’il y a d’invisible depuis la création du monde se laisse voir à l’intelligence à travers ses œuvres. ( Rom 1, 20) "


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