BIOGRAPHIE
Famille et enfance
C’est dans son voyage de noces en visitant à Rome l’étable où le Pape saint Marcel avait été ignominieusement rejeté, que sa Maman, indignée d’un tel sort réservé à un Pape, résolut de venger l’outrage qui lui avait été fait, en donnant à son second fils le nom de Marcel, l’aîné, dans les familles du Nord, devant porter le nom de son père nécessairement, pour que le nom se perpétue dans l’industrie. Et ainsi Marcel arrivait le 29 novembre 1905, trop tard dans la nuit pour être baptisé le même jour, mais baptisé dans les 24 heures, et sa Maman après le baptême lui prédisait son grand rôle auprès des papes :
« Il aura un grand rôle à jouer dans la Sainte Eglise, à Rome, auprès du Saint Père ».
La tradition familiale rapporte que Madame Lefebvre n’embrassait ses enfants, à leur venue au monde, qu’après le baptême, en évoquant leur destin.
Une des nombreuses vocations de sa lignée
Marcel est un des descendants de Louis Lorthiois-Duquennoy (1764-1810), qui a vécu sous la révolution française. Si on comptabilise les vocations issues de sa descendance jusque parmi ses arrières-arrières-petits-enfants, on obtient un total de 55 vocations qui se répartissent en 16 prêtres et 39 religieuses). Marcel Lefebvre n’est qu’une de ces très nombreuses vocations...
La maison où il est né n’existe plus. Elle se trouvait à proximité du Théâtre de Tourcoing, au bout de la rue Leverrier, et se trouvait aussi à proximité de la maison de Jules Watteeuw, (ancienne rue Jacquard) dit « Le Brouteux », poète, chansonnier, acteur et journaliste né en 1849 et mort en 1947 à l’âge de 98 ans, contemporain des parents de Mgr Lefebvre. Elle a été détruite et remplacée par une clinique qui a déjà disparu également. Leverrier est un savant catholique qui a découvert la planète Neptune. Après sa découverte, Mgr de Coutances lui dit gracieusement : « Cher maître, vous voilà maintenant porté jusqu’aux astres. –Je compte bien, Monseigneur, répondit Leverrier, m’élever plus haut encore : j’espère aller au ciel » (rapporté par Mgr Baunard dans Le Vieillard, p. 76). Ces propos d’un savant catholique auraient bien plus à Mgr Marcel Lefebvre !
Il est le troisième d’une fratrie de huit enfants, dont cinq se consacreront à Dieu : René et Marcel, prêtres et missionnaires, Jeanne, religieuse de Marie Réparatrice, Bernadette, Sœur du Saint-Esprit, et Christiane, carmélite. Le père du futur Mgr Lefebvre, René Lefebvre, arrêté en 1941 par la Gestapo pour ses activités dans la résistance mourra en février 1944 au bagne nazi de Sonneburg, le chapelet à la main, victime des mauvais traitements.
La mère de famille, Gabrielle Lefebvre, issue elle aussi du patronat du Nord, est Tertiaire franciscaine, infirmière de la Croix Rouge ; elle sait unir les œuvres à la vie intérieure, offrant à Dieu ses peines comme ses succès. Elle décédera saintement en 1938.
A l’époque de sa naissance, ses parents habitant la rue Leverrier étaient paroissiens de cette grande et belle église. Exemple rare de néo- gothique échappant aux normes recommandées à l’époque, cette église a été reconstruite entre 1857 et 1865. Le style flamboyant procure une grande richesse architecturale. Des édifices antérieurs, sont conservés, le porche (XIII° et 1550), les murs en pierre et briques (1525) et une partie des colonnes (vers 1550). L’église Saint Christophe mesure 60 m de long. Le clocher a été surélevé en 1895 par l’auteur des sacristies (1892) et du décor sculpté extérieur. Près d’un pilier, presque dans l’entrée, on peut voir les fonts baptismaux qui ont dû servir à la régénération spirituelle du petit Marcel. L’église possède un des plus beaux carillons français.

La maison de l’enfance se trouve à l’actuel n°151 de la rue Nationale côté rue Jean Froissart (à l’époque, le 131 rue Royale).Les parents de Mgr Lefebvre y ont habité jusqu’en 1925 (à cette date, Marcel était déjà au Séminaire français de Rome).A cette date, ils sont partis habiter à La Croix Blanche, située sur la commune de Bondues. Mais là-bas, Madame Lefebvre souffrait d’être éloignée du Tiers-Ordre franciscain de Tourcoing.Marcel Lefebvre y a donc habité officiellement 20 ans, mais les deux dernières années de ces 20 ans, il les a passées à Rome.
La maison de famille au 37, rue du Dr Dewyn

Cette maison a été construite par « Carlos » arrière-grand-père de Mgr Lefebvre pour son fils jeune marié (le grand-père de Mgr Lefebvre).
En 1926, le grand-père de Mgr Lefebvre habitant rue du Dr Dewyn décède et des Soeurs cherchent à s’installer à La Croix Blanche. Monsieur Lefebvre ne veut pas faire obstacle aux Soeurs, et Madame Lefebvre veut se rapprocher du Tiers-Ordre... Ils décident donc de reprendre, en 1926 ou 1927, la maison au n° 37 de la rue du Dr Dewyn. Mr Lefebvre n’y est venu que quelques fois en vacances.Cette maison est devenue, en quelque sorte, la Maison de famille. Michel Lefebvre dernier frère de Marcel Lefebvre y a habité jusqu’en 1998. Presque en face, se trouvait l’usine de la famille Lefebvre.
Scolarité au Sacré-Coeur rue de Lille
Marcel Lefebvre a fait sa scolarité au Collège du Sacré-Coeur de Tourcoing, situé dans la rue de Lille, rue parallèle à la rue Nationale et aussi longue qu’elle. Ce collège existe toujours. On peut y voir la chapelle transformée en ... salle polyvalente. Au dessus du faux-plafond, on peut voir les ruines supérieures de la magnifique chapelle gothique qu’a connue Marcel Lefebvre. Un morceau de vitrail cassé est conservé dans la chapelle du prieuré Notre-Dame de Fatima à Prunay (une étoile jaune sur fond bleu, figure de la Vierge Marie). L’état actuel de cette chapelle illustre parfaitement les propos de Mgr Lefebvre dans son Itinéraire spirituel :
« Au soir d’une longue vie –puisque né en 1905 [...] – je puis dire que cette vie a été marquée par des évènements mondiaux exceptionnels : 3 guerres mondiales, celle de 1914-1918, celle de 1939-1945 et celle du Concile Vatican II de 1962 à 1965. Les désastres accumulés par ces trois guerres, et spécialement la dernière, sont incalculables dans le domaine des ruines matérielles, mais bien plus encore spirituelles. [...] Le résultat de ce concile est bien pire que celui de la Révolution ; les exécutions et les martyrs sont silencieux ; des dizaines de milliers de prêtres, de religieux et religieuses abandonnent leursengagements, les autres se laïcisent, les clôtures disparaissent, le vandalisme envahit les églises, les autels sont détruits, les croix disparaissent... les séminaires et les noviciats se vident, etc. ».
C’est entre la rue Nationale où il habitait et la rue de Lille où était le collège que se trouve la rue des Poutrains. Mère Marie-Christiane raconte cette anecdote qui s’est passée durant la première guerre mondiale, tandis qu’à la fin de la guerre, les Allemands devenaient de plus en plus menaçants contre la population : « Un matin, arrivant au coin de la rue des Poutrains, Marcel, heureusement s’est aperçu de la présence de deux allemands, l’un vers le début de la rue, l’autre plus éloigné, qui ne faisaient que l’attendre. Il n’était pas rare que les pauvres gens, qui passaient dans la rue à ces heures interdites, se voyaient dépouillées de leurs vêtements, laissés nus et parfois blessés des coups qu’ils recevaient. Cette fois, les bons Anges veillaient sans doute. Marcel avait aperçu ces rôdeurs assez tôt, il n’a fait qu’un bond de retour jusqu’à la maison, mais il n’avait pas pu servir la messe » (La Cloche d’Ecône, p. 6. Une vie, p. 27-29).
La neuvaine de pèlerinages
Le lieu même de La Marlière, à l’intersection des villes de Tourcoing, Wattrelos et Mouscron (B), est sanctifié par une longue tradition de pèlerinages, dont l’origine se perd dans une coutume immémoriale. Il est même possible que ce sanctuaire dédié à la Vierge ait remplacé un lieu de culte plus ancien, peut-être même gaulois. Au XVI° siècle, le bâtiment est une simple chapelle en torchis sous un toit de chaume.
Cette chapelle est bâtie sur un terrain triangulaire situé entre 3 chemins. Le dimanche de la Trinité, les 3 paroisses y font rencontrer leurs processions. En 1628, une chapelle en briques, couverte d’ardoises, est élevée. Elle remplace la précédente tombée en ruine.
En 1634, un ermitage est élevé près de cette chapelle. La paroisse Saint Christophe organise un pèlerinage qui devient traditionnel après 1667, le mardi de la Pentecôte. En 1668, la chapelle est agrandie, mais ce n’est qu’en 1670 que la messe pourra y être célébrée le dimanche.
Au XVII° siècle, le pèlerinage connaît une grande faveur : une chapelle plus grande est nécessaire.En 1746, le nouveau sanctuaire est achevé, bâti dans le style classique et meublé avec richesse. Une partie de la chapelle du XVII° est conservée.
En 1789, l’édifice échappe à la Révolution et le culte y est rétabli en 1803.
Au XIX° siècle, les pèlerinages connaissent un succès sans précédent : une nouvelle chapelle de style romano-bysantin est entreprise dont la première pierre est posée le 13 mai 1875. Elle est achevée en 1877. Les deux chapelles anciennes (XVII° et XVIII°) sont conservées et incorporées dans le nouvel édifice, formant un ensemble assez rare par la juxtaposition des divers sanctuaires.
Le 4 juillet 1907, le quartier est érigé en paroisse.Marcel faisait chaque année son pèlerinage à La Marlière. Voici le récit de Mère Marie-Christiane (La Cloche d’Ecône, p. 5) : « Nous tâchions de faire la neuvaine de pèlerinages pendant le mois. Il fallait se lever à 5 heures, nous avions trois-quarts d’heure de route à pied, pour assister à la messe de 6 heures et revenir à temps pour nos classes. Et pourtant, même si la fatigue se faisait sentir sur le chemin, nous pouvions reconnaître qu’à la fin du pèlerinage, notre bonne Mère du Ciel n’avait que ranimé notre courage ».
En ce qui concerne la statue de Notre-Dame de La Marlière, il s’agissait d’une Vierge allaitant son enfant, en bois polychrome, haute d’environ 85 cms. Le jansénisme (Tourcoing est à quelques kilomètres d’Ypres où Jansénius était évêque) trouvera ce thème déplacé et indécent, et plusieurs oeuvres dans le même style furent mutilées.Ce qui est certain, c’est que cette statue est totalement perdue et que les actuelles n’ont rien à voir avec l’original.
Vers le sacerdoce
Il fut élève de l’institution libre du Sacré-Cœur avant d’entrer au Séminaire français de Rome en 1923, alors que l’institution était dirigée par le père Henri Le Floch, de la Cogrégation des Pères du Saint Esprit.
Ce religieux avait à cœur de regarder les évènements du monde à la lumière de l’enseignement des Souverains Pontifes sur la cité catholique et le Christ Roi, en apprenant à ses séminaristes à éviter les erreurs modernes du libéralisme, du socialisme, du communisme ou encore du modernisme.
À son retour de la Ville Éternelle, il était docteur en philosophie et en théologie. Il fut ordonné prêtre le 21 septembre 1929 à la chapelle du Sacré Cœur de la rue Royale à Lille par Mgr Liénart et deux autres évêques. Mgr Lefebvre et Mgr Liénart étaient des cousins issus de germains à la huitième génération en lignée de LEPOUTRE Jean (1630-1702) et DELEBECQUE Marie (1638-1704).
Vie religieuse….en Afrique
Ayant émis sa profession religieuse le 8 septembre 1932, le 12 novembre de la même année il s’embarque pour Libreville (Gabon) où il est nommé professeur au séminaire, poste qu’il occupera jusqu’en 1934, date à laquelle il se verra confier la responsabilité de directeur jusqu’en 1938. A cette date, souffrant de paludisme et absolument épuisé, il est envoyé « se reposer en brousse ».
De 1938 à 1945, le Père Marcel est supérieur de diverses missions au Gabon. Il y montre un grand sens de l’organisation, et se révèle excellent administrateur, attentif à moderniser les installations pour faciliter la tâche de tous : il fait ainsi installer groupes électrogènes, machines, eau courante…
Directeur de Scolasticat
Il fut nommé en 1945 supérieur du scolasticat des spiritains à Mortain en Normandie, où il entreprit de résumer la formation spirituelle sur trois années en partant de l’homme pécheur, de sa chute et de ses blessures, de la restauration opérée par Notre Seigneur par sa rédemption et satisfaction vicaire, et de l’œuvre des sacrements, de l’Eglise et des vertus pour accéder à l’état de justice.
De nouveau l’Afrique...et le sacre épiscopal
Le 12 juin 1947, il fut nommé vicaire apostolique de Dakar et évêque titulaire d’Anthedon. Il fut sacré évêque le 18 septembre suivant.
Mgr Lefebvre a été sacré évêque le 18 septembre 1947 par le cardinal Liénart en l’église Notre-Dame des Anges, rue Nationale (côté Mairie et Saint Christophe). Les co-consécrateurs étaient Mgr Ancel, son aîné au séminaire à Rome devenu auxiliaire de Lyon, et son ami Mgr Fauret.L’église a été bâtie de 1845 à 1849. On adopta pour l’édifice une imitation du style dit « desJésuites ». Mais en ses débuts, le manque de ressources en avait exclu toute décoration. Plus tard, des changements furent apportés au plan primitif, modifiant avantageusement l’aspect intérieur. C’est ainsi que des fenêtres furent ouvertes dans le choeur, que la proportion des piliers fut changée pour permettre une meilleure visibilité, et que les niches en forme de triforium furent établies dans la grandenef. Ce fut alors le style de la Renaissance Française qui servit de type pour l’ornementation et l’ameublement. Elle est aujourd’hui intacte. A voir : la grande nef, avec les statues des saints en bois sculpté et peint : chaque statue représente le saint patron d’un des donateurs ; les grisailles classées dans le choeur ; la chaire de vérité (1865) ; le banc de communion sculpté sur le thème de l’eucharistie (1875) ; le grand choeur avec l’autel moderne reprenant les portes du banc de communion ; la série de stalles sculptées représentant les mystères de la vie de Jésus (1873) ; les portes monumentales sculptées des sacristies (saint Grégoire et saint Ambroise) ; l’autel de Saint Joseph ; les fonts baptismaux avec l’Ecce Homo ; les confessionnaux avec leurs saints et allégories ; les grandes orgues (1847, actuellement 47 jeux, 3 claviers).
Il fait aussitôt la visite de son vicariat, situé autour du Cap vert, à la pointe Ouest de l’Afrique. C’est un pays semi désertique qui contraste avec le Gabon. Cinquante mille catholiques répartis entre la ville de Dakar et les villages du littoral, avec des missions à l’intérieur du Sénégal, sont confrontés à un million et demi de musulmans. Mgr Lefebvre doit faire face à une situation toute nouvelle pour lui. Pendant la guerre, son prédécesseur Mgr Grimault a maintenu tant bien que mal les postes existants, mais une remise en ordre est nécessaire, et il faut relancer la mission parmi les païens.
Alors que Mgr Lefebvre se demande comment relancer la mission moribonde en pays païen, voici que se produit la soudaine percée tant attendue en pays Sérère. L’évêque obtient aussitôt un renfort de missionnaires. Pour faire immédiatement barrage à l’islam qui, venant du Nord, déferle sur les contrées animistes, il approuve et appuie le « zèle inventif et ingénieux » d’un de ses pères : fonder pour les païens, encore polygames mais favorables à l’Eglise, une association appelée ‘Fog Ola’ : Les Amis des chrétiens, avec carte d’identité et promesse de se faire baptiser avant la mort. Ce sera un succès. Ces gens, sans être encore chrétiens, seront tous reliés à l’Eglise. Quant aux jeunes, ils seront catéchisés, baptisés, mariés, et l’Eglise s’implantera dans le Sine et le Selloum.

En ville, il faut bâtir de nouvelles églises. A son arrivée, Marcel Lefebvre a trouvé à Dakar deux paroisses et trois églises ; à son successeur, il laissera neuf paroisses et treize églises.
Autre chantier, couronné de succès : le collège de garçons, construit dans les dunes de Hann, aux portes de la capitale. D’emblée il est conçu pour recevoir 700 élèves : son but est de préparer une élite de jeunes catholiques pour ce pays musulman qui va prochainement accéder à l’indépendance. Certes, avec les chefs religieux musulmans, l’évêque se montre respectueux et cordial, mais l’Islam n’en demeure pas moins un carcan, et l’Eglise se doit d’apporter la vraie liberté, celle des enfants de Dieu.

En 1948, Pie XII le nomme délégué apostolique pour l’Afrique noire francophone, c’est-à-dire l’équivalent d’un nonce apostolique. En outre, le délégué devant avoir le rang d’archevêque, Mgr Lefebvre était nommé archevêque titulaire d’Arcadiopolis in Europa le 22 septembre. Il était représentant du pape dans un diocèse, 26 vicariats et 17 préfectures apostoliques, sur un territoire s’étendant du Maroc et du Sahara à Madagascar et à la Réunion en passant par l’AOF, le Cameroun français, l’AEF et la Somalie, soit une population catholique de plus de deux millions de fidèles. Il y accomplit une grande œuvre de développement des paroisses, des écoles, des dispensaires, se dépensant sans compter pour l’apostolat auprès des Africains.
Quelques années plus tard, le 14 septembre 1955, il fut intronisé premier archevêque de Dakar. Pie XII dira un jour à un visiteur, M. Winckler : « Vous avez vu cet homme qui vient de sortir de chez moi ? C’est Mgr Lefebvre, le meilleur de mes délégués apostoliques ».
Après l’élection de Jean XXIII, il est relevé de sa charge de délégué apostolique, mais reste archevêque de Dakar. Président de la Conférence épiscopale de l’Ouest africain, il est appelé le 5 juin 1960 à siéger à la Commission centrale préparatoire du Concile en préparation. Le 15 novembre 1960 le pape le nomme Assistant au Trône pontifical. Mais sa franchise inflexible pour défendre l’enseignement des papes et dénoncer le « socialisme croyant » du président Senghor lui vaut la colère de ce dernier et contribua sans doute à hâter sa démission, souhaitée (silencieusement) par Rome. Mgr Lefebvre quitte l’Afrique après y avoir organisé 21 nouveaux diocèses.

Retour en France
Le 23 janvier 1962, il fut transféré au siège épiscopal de Tulle, alors que sa charge précédente le faisant pressentir pour un diocèse comme Albi, mais déjà les évêques français ne l'appréciaient pas à cause de ses positions traditionnelles, affichées par son soutien à la Cité Catholique, en préfaçant leur maître-livre, Pour qu’Il règne.
A Tulle, la situation était sombre, les vocations en baisse, la pratique aussi, les prêtres vivaient dans la misère et se décourageaient. Monseigneur Lefebvre envisagea des mesures énergiques, remonta le courage de ses prêtres, les visitant et les soutenant. Il fut très impressionné par la différence qu’il put constater entre la mission florissante qu’il quittait et la désolation qu’il trouvait en France.
Six mois plus tard, le 26 juillet 1962, il fut élu Supérieur général de la Congrégation du Saint-Esprit. Le 11 août suivant, il démissionna de sa charge à Tulle et fut nommé archevêque titulaire de Synnada in Phrygia.
Le deuxième concile du Vatican
Durant le concile, devant l’importance prise par les thèses modernistes, soutenues par un véritable lobby, préparé et organisé, il sera à l’origine avec quelques autres évêques du Coetus internationalis Patrum dont il sera le président. Il fait la connaissance de Mgr de Antonio de Castro Mayer, évêque de Campos au Brésil, qui participera au Coetus. Par son combat au sein du Coetus et par ses interventions, il lutte contre l’influence moderniste qui s’étend sur le concile, mais les résultats seront insuffisants. Comme supérieur général des Spiritains, il lutte contre le relâchement et les déviations théologiques, malheureusement encore sans un succès complet, car les hommes qu’il met en place ne sont pas toujours dignes de sa confiance. Il réforme l’organisation de la congrégation, transfère la maison mère à Rome, sillonne le monde pour visiter les maisons, encourager et organiser.
Après le concile, il refusa la modification de la règle des Spiritains et démissionna de sa charge de supérieur
général le 29 octobre 1968.
Ecône et la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X
En 1970, à la demande de plusieurs séminaristes français, désireux d’une vaie formation sacerdotale alors que la subversion dans les séminaires les détruisait, il fonda la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) et un séminaire international à Écône dans le Valais, en Suisse. Basé sur l’enseignement de saint Thomas, des Pères de l’Eglise, des conciles dogmatiques, de mille neuf cent trente ans de papes traditionnels de saint Pierre à Pie XII, abreuvés à la piété de la liturgie romaine traditionnelle, ses séminaristes seront ces prêtres dont le peuple chrétien a tant besoin pour se sanctifier. L’abbé La Praz offrira un merveilleux exemple de prêtre zélé et saint, rempli de doctrine et de piété.
Le 21 novembre 1974, suite à la visite scandaleuse de deux visiteurs de Rome, il publia sa déclaration de fidélité à la Rome éternelle.
Première condamnation de la Rome conciliaire…mais la Tradition continue
Mgr Lefebvre est convoqué à Rome pour un « entretien », en fait il s’agit d’une mise en accusation. Le 6 mai, la Fraternité est illégitimement « supprimée ». Mgr Lefebvre fait alors appel auprès de la Signature apostolique, mais cet appel est bloqué par le cardinal Jean Villot, Secrétaire d’État. Dans le calme et dans la paix, face à ce déni de justice, le prélat décide de poursuivre son œuvre considérant que la Fraternité continue à exister, sa suppression étant irrégulière et en tous cas injuste.
Le 29 juin 1976, passant outre aux menaces de Rome, estimant que le combat qu’il mène est fondamental pour la défense de la messe et de la foi, Mgr Lefebvre ordonne 13 prêtres et 14 sous-diacres sans lettres dimissoires. Il est frappé de suspens a divinis qui devrait le priver de l’exercice de tout acte sacramentel, lui interdisant de conférer les sacrements…dans la forme conciliaire, que précisément il refusait de célébrer. Cette sanction ne le trouble ni ne le prend de court, mais, dans une vision supérieure de son devoir, il va continuer à mener le bon combat contre toutes les déviations qui, déjà, font vaciller l’Église.
Le 29 août 1976 il célèbre une messe solennelle publique, à Lille, devant 7000 fidèles, que la presse médiatise fortement, parlant de l’évêque « rebelle ».
Il est cependant reçu en audience par Paul VI le 11 septembre 1976. Il découvre qu’il a été gravement calomnié auprès du pape. Ce dernier ne veut toutefois rien céder quant à la messe traditionnelle dite de saint Pie V, désireux d’imposer sa réforme, en prétendant qu’elle est interdite alors que saint Pie V a autorisé tout prêtre à la célébrer à perpétuité et que, trente ans plus tard, dans Summorum Potificum, Benoît XVI reconnaîtra qu’elle n’a jamais été juridiquement interdite, rendant ainsi justice à la résistance courageuse de nombreux prêtres qui tinrent bons face à leur évêque ou supérieurs désirant interdire la messe de toujours, envers la tradition de la messe.
Mais Mgr Lefebvre, au nom de la fidélité à l’Église pérenne, ne veut et ne peut accepter l’Église conciliaire ni la nouvelle messe.
En septembre 1976, il fait paraître son livre J’accuse le concile.
Le 18 novembre 1978, à peine un mois après son élection, le pape Jean-Paul II reçoit Mgr Lefebvre. L’entretien débute favorablement, mais l’intervention du cardinal Seper, président de la Congrégation pour la doctrine de la foi, gâte les choses. Le dossier est d’ailleurs remis entre ses mains. C’est le début d’un processus qui durera des années, au cours duquel le fondateur d’Ecône viendra souvent à Rome pour s’expliquer et pour tâcher d’obtenir un retour à la Tradition, gardienne de la foi, ou tout au moins que celle-là puisse être suivie librement par la Fraternité en dehors des influences modernistes des évêques et de Rome. Mais ni le cardinal Seper, ni son successeur, le cardinal Ratzinger ne se montreront disposés à faire un quelconque geste.

En 1983, Mgr Lefebvre déjà progressivement déçu par les textes à saveur moderniste du pape Jean-Paul II, est profondément choqué par le nouveau code de droit canon qui réduit en lois les déviations du concile. Il envisage alors sérieusement un sacre épiscopal et s’engage dans la voie des protestations publiques contre les scandales perpétrés au sommet de l’Église.
En 1985, Mgr Lefebvre soumet à Rome ses dubia : trente-neuf propositions ou « doutes » concernant la discordance de la doctrine de la liberté religieuse conciliaire avec l’enseignement antérieur de l’Église.
En octobre 1986, c’est le terrible scandale d’Assise auquel Mgr Lefebvre répliquera par une lettre cosignée avec Mgr de Castro Mayer.
Mars 1987 voit arriver la réponse de Rome aux dubia. Réponse insatisfaisante, Rome affirme son libéralisme et ses erreurs. En juin 1987, l’archevêque publie son livre traitant de la destruction du Règne social du Christ, Ils l’ont découronné.
L’opération survie de la Tradition
Le 29 Juin 1987, Mgr Lefebvre annonce publiquement son intention de se donner des successeurs dans l’épiscopat. La réponse aux dubia est le signe qu’il attendait, car il est plus grave, explique-t-il, d’affirmer des principes faux que d’accomplir une action scandaleuse. Il fixe la date de la consécration à la fête du Christ-Roi.
Rome réagit alors et propose la visite d’un cardinal qui n’aurait qu’une tâche d’information. Mgr Lefebvre accepte ce visiteur et communique la nouvelle aux 4000 fidèles venus assister à la messe d’action de grâces pour ses 40 ans d’épiscopat, le 3 octobre.
Le 11 novembre le cardinal Cagnon commence sa visite qui s’achèvera le 8 décembre à Ecône. Le cardinal n’hésitera pas à assister à la messe pontificale de l’archevêque suspens et à l’engagement de jeunes gens dans une Fraternité supprimée ! Le rapport du visiteur est favorable. Monseigneur Lefebvre a dit clairement ses exigences. Le 2 février 1988 il confirme qu’il sacrera au moins trois évêques avec ou sans l’approbation du pape, pour le bien de l’Église et la perpétuité de la Tradition. Des négociations sont alors engagées à Rome entre des représentants de la Fraternité et des membres de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Elles aboutissent le 5 mai à la signature d’un protocole d’accord avec Rome ; mais, se rendant vite compte que le cardinal Ratzinger n’est pas prêt à lui accorder ce qu’il demande, il se rétracte. Il consulte, puis le 2 juin 1988, il écrit au pape sa décision de sacrer 4 évêques le 30 juin.
Le 30 juin 1988, il procède à la consécration de 4 évêques devant 10000 fidèles et une foule de journalistes. Au cours de la cérémonie Mgr Lefebvre explique clairement la nécessité où il se trouve de transmettre l’épiscopat, pour le bien de l’Église, et malgré l’opposition de la hiérarchie. L’excommunication, logique dans l’esprit des autorités romaines, tombera le lendemain, mais elle porte à faux. Elle ne fait que signer l’impuissance d’un modernisme autrefois triomphant, mais qui déjà se désagrège en une corruption qui fait sentir désormais ses relents dans toute l’Église.
Mgr Lefebvre sacra quatre évêques afin de continuer son œuvre de formation sacerdotale, encourant ainsi l’excommunication latae sententiae.

Cette excommunication automatique avait été introduite par Pie XII afin de contrer l’établissement d’une fausse église patriotique chinoise. Le nouveau code de Droit canon de 1984 avait repris cette disposition, la rendant automatique si un évêque consacrait sans l’aval de Rome. Or ici, Mgr Lefebvre ne voulait pas créer une Eglise parallèle avec des diocèses, mais pouvoir continuer à ordonner des prêtres dans la Tradition loin des influences modernistes et libérales vant de Rome, ce qui n’eût pas manqué si Rome avait choisi les candidats ou si un évêque concilaire venait sacrer les candidats au sacerdoce. Il considéra celle-ci comme invalide en raison de l’état de nécessité dans lequel se trouvait l’Église.
Il fut rappelé à Dieu le 25 mars 1991 lors de la fête de l’Annonciation, Lundi Saint cette année.
Voici le jugement que laissa M. l’abbé Victor-Alain Berto, théologien privé de Mgr Lefebvre au concile
Vatican II, qui écrivait le 3 janvier 1964 :
« J’avais l’honneur, très grand et très immérité, je le dis devant Dieu, d’être son théologien.
Le secret que j’ai juré couvre le travail que j’ai fait sous lui, mais je ne trahis aucun secret en vous disant que Mgr Lefebvre est un théologien, et de beaucoup supérieur à son propre théologien et plût à Dieu que tous les Pères le fussent au degré où il est ! Il a un «habitus» théologique parfaitement sûr et affiné, auquel sa très grande piété envers le Saint-Siège ajoute cette connaturalité qui permet, avant même que l’habitus discursif intervienne, de discerner d’intuition ce qui est et ce qui n’est pas compatible avec les prérogatives du Rocher de l’Eglise. Il ne ressemble en rien à ces Pères qui, comme l’un d’eux a eu le front de s’en vanter publiquement, prenaient des mains d’un « peritus », dans la voiture même qui les amenait à Saint-Pierre, le texte « tout cuit » de leur invention « in aula ».
Pas une fois je ne lui ai soumis un mémoire, une note, un canevas, sans qu’il les ait revus, rebrassés, repensés et parfois refaits de fond en comble, de son travail personnel et assidu. Je n’ai pas « collaboré » avec lui ; si le mot était français, je dirais que j’ai vraiment « sublaboré » avec lui, selon mon rang de théologien particulier et selon son honneur et sa dignité de Père d’un concile œcuménique, Juge et Docteur de la Foi avec le Pontife Romain ».
« Alors, oh ! n’est-ce pas il fallait qu’un Evêque,
Dans un quartier de Rome, méconnu, méprisé,
Trouvât sur son chemin deux jeunes clercs, les derniers,
Et rompît avec Jésus le Pain Mystique,
Et qu’avec eux, il fonde une Fraternité :
Séminaires et couvents, écoles et prieurés,
Et de ses saintes mains des Evêques sacrer...
Et qu’il envoie ses prêtres aux quatre coins du monde,
Pour semer à nouveau la parole féconde.
Alors, tous, revenant au Dieu de Vérité,
De nouveau s’écriront : Il est ressuscité ! ».