L'économie, la monnaie, la finance : essai de doctrine catholique
L'économie, la monnaie, la finance : essai de doctrine catholique
31 Dec
31Dec
I : Introduction
Nous savons tous que la situation économique et financière actuelle est déficiente, mais très peu savent en quoi consiste exactement l’injustice du système.
N’ayant pas fait d’études en économie, on pense que c’est une affaire très compliquée, et on laisse ces questions aux « experts ». Ces derniers ont tout fait pour entretenir le mystère en créant un jargon incompréhensible aux non-initiés.
Cependant, l’essentiel du problème est extrêmement simple, tellement simple (et tellement «gros») que la chose la plus difficile n’est pas de comprendre, mais d’y croire !
Le système est vicié à la base, dans ses principes mêmes.
Pour y porter un jugement, point n’est besoin d’examiner les innombrables procédures par lesquelles l’argent peut changer de mains. Ces opérations souvent complexes ne sont que secondaires : c’est la notion même de l’argent qui a été corrompue. La première chose à faire, donc, est de nous rappeler à quoi sert l’argent. Ensuite, nous verrons comment l’argent a été détourné de sa fin. Nous le ferons avec l’aide du Père Denis Fahey et de Maurice Allais.
II : Le rôle de l’argent
A : L’argent n’est qu’un instrument
La raison d’être de l’argent est de faciliter les échanges entre les hommes, pour permettre aux familles de se procurer commodément et en suffisance les biens matériels requis pour mener une vie vertueuse. En effet, s’il est vrai qu’il est “plus difficile pour un riche d’entrer dans le royaume des cieux que pour un chameau d’entrer par le trou d’une aiguille”, il n’est pas moins vrai que la misère est aussi un grand danger pour l’âme.
Cette facilité d’échange permet une production plus efficace et une distribution plus équitable de ces mêmes biens. De là il est évident que l’argent n’est qu’un instrument employé en vue d’obtenir autre chose : il est un moyen, et non pas une fin en lui-même.
On peut établir la hiérarchie suivant :
Argent ➪ production/distribution ➪ l’homme
L’argent doit être au service de l’homme, et non pas l’inverse.
B : Son fonctionnement
L’argent facilite les échanges en les simplifiant. Le troc peut suffire pour les échanges simples entre deux personnes voulant échanger deux choses de valeur égale. Par exemple, l’agriculteur qui a un surplus de blé peut échanger un sac de blé contre un tonneau de vin chez le viticulteur qui a un surplus de vin. Cependant, dès que les échanges deviennent un peu compliqués, on aura besoin d’un « moyen d’échange », comme l’argent. L’argent sert de moyen terme (intermédiaire) pour convertir un bien en un autre. Par exemple, au lieu d’échanger le sac de blé contre le tonneau de vin, on échange le sac de blé contre de l’argent, qui peut ensuite être échangé contre un tonneau de vin. A première vue, cela semble compliquer les échanges, parce que cela ajoute une étape au processus. Mais cette nouvelle étape ouvre tout un monde de possibilités. Un moyen d’échange permet :
⚜les échanges entre plus de deux personnes.
Par exemple, que faire quand l’agriculteur a besoin de vin, mais le viticulteur a besoin d’œufs et non pas du blé de l’agriculteur ? L’agriculteur sera obligé d’aller d’abord chez le fermier échanger son blé contre des œufs, et ensuite aller chez le viticulteur échanger ces œufs contre du vin. Et si le fermier n’a pas besoin de blé, l’agriculteur aura besoin de produire luimême des œufs … Il est plus simple quand l’agriculteur peut payer son vin avec de l’argent que le viticulteur peut ensuite échanger contre des œufs. Comme le moyen d’échange correspond à une valeur, et non pas à tel bien déterminé, il peut être échangé contre une multitude de biens selon le choix de son possesseur. Autrement dit, l’acheteur n’est plus obligé de présenter au vendeur l’objet précis dont le vendeur a besoin ; il peut lui donner de l’argent et lui laisser le soin d’aller trouver lui-même la chose qu’il désire.
⚜la réalisation d’une proportion exacte entre des matières inégales et disparates.
Par exemple, une voiture vaut combien d’œufs ? Que faire si mon produit vaut trois vaches et demie ? Soit l’échange ne pourra pas avoir lieu, soit un des contractants sera lésé (le vendeur si on ne donne que trois vaches, l’acheteur s’il doit en donner quatre). Un moyen d’échange est divisible à souhait.
⚜les échanges à distance, à cause de sa maniabilité.
⚜l’épargne, c'est-à-dire la possibilité d’attendre pour user de son pouvoir d’achat. Peut-être le fermier a un surplus d’œufs, mais il n’a besoin de rien pour le moment. Plutôt que de les laisser pourrir, il peut échanger ses œufs contre le moyen d’échange. Il peut ensuite garder ce moyen d’échange (et même l’accumuler) pour obtenir d’autres biens plus tard.
Grâce à tout cela, on évite le gaspillage, on gagne du temps, et la production et distribution des biens matériels sont rendues plus efficaces. La production est stimulée pour deux raisons. D’abord, la facilité d’épargne donne un motif pour produire un surplus. Deuxièmement, un tel arrangement permet à chacun de se spécialiser en ce qu’il aime faire.
L’agriculteur peut se consacrer à la culture du blé (ce qui le passionne), sans se soucier des poules (qui l’agacent souverainement). Il sait que grâce au moyen d’échange, il peut aisément convertir son blé en vin, en œufs, et en toute autre chose dont il aura besoin. Plus libre de faire ce qu’il aime, chacun devient plus compétant et plus productif dans son domaine. Un moyen d’échange étant plus facilement divisé (à la différence d’une vache, une paire de chaussures et autres biens matériels « indivisibles »), son utilisation permet de rendre des valeurs plus précises, et donc plus justes. La distribution des biens peut se faire alors de façon plus impartiale.
C : Un moyen d’échange, en tant que tel, est une mesure
Un moyen d’échange, en tant que moyen d’échange, est la mesure de la valeur des choses. Pour cela, comme pour toute mesure, deux choses sont requises :
⚜stabilité
⚜reconnaissance publique (c’est-à-dire, il faut que cette mesure soit reconnue par tous)
Stabilité :
Par définition, toute mesure doit être stable. Elle sert de terme de comparaison, de repère. Pensez au kilomètre ; si sa longueur changeait tout le temps, il faudrait changer sans cesse tous les panneaux de la route ! Imaginez s’il fallait regarder chaque matin dans le journal pour savoir à quoi correspond un kilogramme ! Nous avons vu que l’argent permet d’attendre pour acheter. Si, entre temps, la valeur de l’argent change notablement, il y aura une subséquente inégalité d’échange, et donc une injustice. Par exemple, l’agriculteur qui a vendu son sac de blé pensait recevoir un billet qui valait un tonneau de vin. Maintenant, si ce billet n’achète qu’un demi-tonneau, l’agriculteur sera victime d’une injustice.
Reconnaissance publique :
Pour fonctionner, il est nécessaire que la valeur de l’argent soit reconnue par tous. Il faut qu’il soit accepté à la même valeur chez l’agriculteur, chez le viticulteur et chez le fermier. Si le gouvernement est assez puissant pour imposer cette valeur à tous ceux qui sont soumis à son autorité, cela suffit pour garantir le bon fonctionnement de cet argent. Il n’est pas absolument nécessaire que l’argent soit lui-même confectionné à partir de quelque matière précieuse ayant une utilité indépendamment de son rôle de moyen d’échange. En soi, une mesure est quelque chose d’immatériel, une appréciation de la raison ; son support matériel n’a pas d’importance. L’argent ne sert qu’à signaler le droit de son possesseur de recevoir, en présentant cet argent, une chose correspondant à la valeur désignée par le billet, la pièce de monnaie, etc. Bien sûr, à défaut d’une autorité publique assez forte et stable, tout naturellement on choisira comme monnaie une chose qui est utile en elle-même (comme l’or ou l’argent), pour être sûr qu’elle gardera sa valeur. Cependant, cela ne serait qu’une forme de troc plus ou moins perfectionnée.
D : Comment assurer ces deux qualités essentielles de l’argent
Une masse monétaire en proportion avec la masse des richesses
Imaginez un marché de blé où tout à coup il y a deux fois plus de blé à vendre. De toute évidence, le prix du blé va tomber. Par contre, s’il y a une mauvaise récolte et il y a deux fois moins de blé à vendre, c’est l’inverse qui arrivera : le prix du blé va augmenter. Pareillement, si la quantité de blé reste inchangée, mais des faux monnayeurs arrivent avec beaucoup de faux billets, le prix augmentera aussi. Plus la quantité de l’argent en circulation augmente par rapport aux biens à vendre, plus les prix augmentent aussi. Plus la quantité des biens à vendre augmente par rapport à la quantité d’argent en circulation, plus les prix vont baisser. Donc, pour obtenir la stabilité de la valeur de l’argent, il faut assurer une parité entre la quantité d’argent en circulation et la quantité des biens réels (ou services) susceptibles d’être achetés. Autrement dit, il faut garder une proportion constante entre la masse monétaire (c’est-à-dire la quantité d’argent en circulation) et la richesse réelle existant dans le pays.
C’est le rôle du gouvernement d’assurer cette stabilité
L’autorité publique aura soin d’accroitre ou de diminuer la masse monétaire en fonction de l’expansion ou de la diminution de la masse des biens réels (ou services offerts) dans le pays. S’il y a une augmentation de productivité dans le pays, le gouvernement augmentera la masse monétaire en créant de l’argent. En construisant des ponts, des routes ou tout simplement en payant les fonctionnaires, cet argent est mis en circulation, et agrandit la masse monétaire. Quand il faut restreindre la masse monétaire, l’argent reçu par les impôts sera détruit au lieu d’être remis en circulation. Autrement dit, dans la mesure où les choses à vendre se multiplient, le gouvernement peut créer de l’argent. Dans la même mesure, il aura moins besoin de lever des impôts…
Ainsi, tous les citoyens profitent du développement économique du pays, parce que plus de productivité signifie moins d’impôts. C’est à noter que la stabilité souhaitée n’implique pas la fixation du prix de chaque produit. Une stabilité générale suffit. Le prix d’un produit peut monter tandis que le prix d’un autre produit diminue, pourvu que globalement le coût de la vie ne subisse pas de secousses violentes. Le gouvernement surveillera le prix d’un « panier échantillon » des denrées nécessaires pour soutenir une famille moyenne, et il modifiera la masse monétaire en conséquence. Le fait de modifier la masse monétaire est le devoir du gouvernement ; c’est aussi son droit exclusif. Ce pouvoir est indissociable de la souveraineté nationale. Qui a le pouvoir de transformer la masse monétaire d’un pays (en créant ou en détruisant l’argent), a le pouvoir de changer la valeur de l’argent, et donc a le pouvoir de changer les termes de tous les contrats économiques du pays portant sur l’avenir.
Quand un Etat donne ce pouvoir à un autre, il perd sa souveraineté.
III : Le désordre actuel
A : Ce pouvoir a été cédé aux banques privées
Ce pouvoir de modifier la masse monétaire en créant ou en détruisant l’argent a été donné aux banques privées.
Au lieu d’en user pour assurer la stabilité de la valeur de l’argent, elles abusent de ce pouvoir pour s’emparer des richesses de nos pays.
Des citations des hommes politiques et des banquiers eux-mêmes à ce sujet foisonnent. En voici une: Reginald Mc Kenna, Président de la Midland Bank et ancien Chancelier anglais de l’échiquier, lors de l’Assemblée de la Midland Bank en janvier 1924 :
“Je crains que le simple citoyen n’aime pas apprendre que les banques peuvent créer de la monnaie et qu’elles le font. La quantité de la monnaie varie seulement par l’action des banques lorsqu’elles accroissent ou diminuent les dépôts et les achats bancaires. Tout prêt, solde débiteur ou achat bancaire crée un dépôt, et tout remboursement de prêt, de solde débiteur ou vente bancaire détruit un dépôt. Et ceux qui contrôle le crédit d’une nation dirigent la politique du gouvernement et tiennent en main le destin de la population.”
C’est la situation qui existe aujourd’hui. L’argent est créé sous la forme d’un prêt d’une banque. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, quand la banque prête de l’argent elle ne prête pas de l’argent qu’elle a reçu en dépôt d’un autre client. L’argent qu’elle prête est créé pour l’occasion; c’est une création monétaire qui gonfle la masse d’argent en circulation.Quand ce prêt est remboursé, l’argent est détruit. La masse monétaire augmentera ou diminuera selon que les prêts dépassent les remboursements ou non. Le célèbre économiste, John Kenneth Galbraith, dans son livre “L’argent”, avoue: “Le processus par lequel les banques créent de l’argent est si simple que l’esprit résiste à y croire”. Comment en sommes-nous arrivés là?
B: Histoire
Avec le développement des banques, il devint plus simple pour les gens de faire leurs achats en échangeant entre eux, non pas de la monnaie, mais des billets qui transféraient à une autre personne la possession d’une partie de la monnaie qu’ils avaient déposée dans une banque. (C’est plus facile que d’aller à la banque pour retirer de la monnaie chaque fois qu’on veut faire un achat.) Quand cet usage se généralisa au XVIIe siècle, les banquiers se rendirent compte qu’environ 90% de leur stock d’argent demeuraient dans les chambres fortes, pratiquement immobile, et que seulement 10% servaient aux transactions d’affaires normales. Ils commencèrent donc à prêter (à intérêt bien sûr !) l’argent d’autrui... Ce n’était pas très honnête (parce qu’ils étaient censés pouvoir rendre ces dépôts sur demande aux vrais propriétaires), mais au moins cet argent existait dans la réalité. Ensuite ils commencèrent à préter non seulement cet argent qui existait réellement, mais même jusqu’à dix fois la quantité de l’argent resté dans leurs coffres, car ils avaient toujours les nécessaires 10% du total pour couvrir les transactions quotidiennes. Grâce à cette pratique de réserve fractionnée, autorisée par l'autorité, qui leur permettait de percevoir de l’intérêt sur de l’argent qu’ils avaient crée à partir de rien, les banquiers décupleront l’influence déjà grande qu’ils exerçaient sur les gouvernements. Sous la pression de ces banquiers puissants, cet abus sera légalisé plus tard par la fondation de la Banque d’Angleterre (fondée en 1694) et la Réserve Fédérale (fondée aux Etats-Unis en 1913, qui n'est ni réserve, ni fédérale...mais un consortium de banquiers privées ayant après l'assassinat de Kennedy obtenu le monopole de la production des dollars des Etats-Unis au détriment de leur propre gouvernement). Beaucoup pensent que la Réserve Fédérale est une institution publique, sous l’autorité du gouvernement américain, mais il n’en est rien. Elle est une banque privée, appartenant à des particuliers, qui prête de l’argent au gouvernement en lui dictant ses conditions (taux d’intérêt, etc.).
C: Perversité du système
Un double désordre
Ce système met l’usure à la base de l’économie. La création même de l’argent est liée à la pratique de l’usure parce que l’argent est créé et mis en circulation sous forme de prêt à intérêt. Cela implique deux désordres fondamentaux.
D’abord, cela institue une sorte de “super usure” qui consiste à gagner de l’intérêt sur l’argent créé à partir de rien. Maurice Allais appelle les financiers des “faux monnayeurs”, mais c’est encore pire que cela : ce sont des faux monnayeurs qui prêtent à intérêt leur fausse monnaie!
Le deuxième désordre est que la création de l’argent n’a plus aucun rapport avec la quantité des richesses réelles existant dans le pays. Au lieu d’augmenter ou de diminuer en fonction de la productivité de la nation (ce qui est nécessaire pour garantir la stabilité de la valeur de l’argent – cf supra), la masse monétaire varie au gré des banquiers. Ce pouvoir n’est pourtant pas illimité. Les modalités varient selon les pays. La Réserve Fédérale aux Etats-Unis a trois moyens pour effectuer l’expansion ou la contraction du crédit :
1) : un changement du taux d’escompte,
2) : un changement des “obligations de réserve” que les banques doivent avoir (la création de nouvel argent étant en proportion avec ces réserves),
3) : “Open Market Opérations” (ventes ou achats des fonds d’Etat sur le marché public, ce qui diminue ou augmente les réserves dans les banques, et donc la quantité d’argent qu’elles peuvent prêter. Ce troisième moyen est le plus usité
D’où l’instabilité de sa valeur. L’argent ne remplit plus son rôle de moyen d’échange, de mesure stable de la valeur des choses. Ceci a des conséquences catastrophiques. La “Grande Dépression” après le krach de 1929 est une parfaite illustration. Le lendemain du krach, il y avait dans les pays sous développés autant de ressources naturelles qu’avant. En Europe, il y avait autant de bateaux pour les transporter, autant de matelots qui ne demandaient qu’à partir, et autant d’ouvriers et d’usines pour transformer ces marchandises en produits vendables... Qu’est-ce qui manquait? Uniquement l’argent. Le commerce était bloqué, non pas à cause de quelque désastre naturel, mais à cause d’une manoeuvre des financiers. Cette situation absurde a fait réflechir le jeune Maurice Allais, et l’a décidé à se consacrer à l’étude de l’économie. Ce manque de proportion stable entre la productivité et la masse monétaire explique aussi pourquoi des pays si riches en ressources naturelles demeurent pauvres. (Cependant, cela touche également à un autre sujet: l’injustice dans les échanges internationales résultant du système de l’étalon or.)
L’éponge
Détourné de sa fin véritable, l’argent est devenu dans les mains des financiers un instrument de fraude.
Le manque de lien stable entre la masse monétaire et la masse de richesses réelles a permis un jeux machiavélique qui repose sur un cycle sans fin d'expansion et de contraction du crédit.
Dans un premier temps les banques prêtent de l’argent en abondance, ce qui augmente la masse monétaire et baisse la valeur de la monnaie.
Au bout d’un certain temps elles refusent de renouveler ces prêts, ou bien elles rendent les prêts impossibles en haussant les taux d’intérêts, ce qui revient au même, obligeant les emprunteurs à les rembourser. La masse monétaire se contracte et la valeur de la monnaie monte. Du coup, les gens doivent rembourser les banques avec une monnaie dont la valeur réelle est plus grande que celle de la monnaie qu’ils ont reçue de la banque ! Les entrepreneurs n’arrivent pas à payer, beaucoup font faillite, et leurs biens sont confisqués par les banques. C’est par le jeu de ces cycles, souvent brutaux (au moins jusqu’à la deuxième guerre mondiale), que les financiers se sont emparés du capital de nos pays. Un exemple frappant est le cas de l’Angleterre dans les années 20, où le peuple anglais devait rembourser des emprunts faits pendant la guerre, avec une monnaie qui valait deux fois plus que la monnaie empruntée. Ce procédé peut être comparé à une éponge. Par l’expansion du crédit, l’éponge se dilate en absorbant l’eau (c’est-à-dire la richesse réelle mise en hypothèque pour obtenir les prêts). Par la contraction du crédit, l’éponge est essorée et toute l’eau (les biens réels confisqués à ceux qui font faillite) tombe dans le seau (la poche des banquiers) !
Dans un sous-chapitre sur “quelques exemples historiques de déflations planifiées”, le Père Fahey cite une lettre circulaire aux banquiers aux Etats-Unis quelques années avant le krach de 1894 : “Nous autorisons nos agents de prêts aux Etats-Unis à concéder des prêts sur garantie hypothécaire à l’échéance du 1er septembre 1894, et en aucun cas à une échéance plus lointaine. Le 1er septembre 1894, nous ne renouvellerons nos prêts en aucun cas. Nous ferons saisir et deviendrons propriétaires des biens hypothéqués. Nous sommes à même de prendre les deux tiers des fermes à l’ouest du Mississippi et des milliers d’autres à l’est du grand fleuve également au prix que nous fixerons...”
La faillite d’un certain nombre dans chaque cycle sera même inévitable, étant donné qu’il n’y aura jamais assez d’argent dans le système pour que tous puissent rembourser leurs dettes. Ceci est dû au fait que l’argent est crée sous forme de dette donnant droit à l’intérêt. Par exemple, si mille euros sont prêtés (et donc créés), comment rembourser le capital (mille euros) et aussi l’intérêt, car il n’y avait que mille euros qui ont été créés? Certains seront contraints d’emprunter encore pour que cet intérêt soit payé. Cela marche jusqu’au jour où les banques décident la “contraction” du crédit (c’est-à-dire de ne plus renouveler les prêts), ce qui entraine nécessairement la faillite. Ceci explique la compétition féroce entre les entreprises. Etant toujours un pas en arrière par rapport à l’intérêt, chacune se trouve dans la nécessité de gagner le plus d’argent possible, le plus vite possible, quitte à sacrifier l’honnêteté morale et la qualité de ses produits pour y arriver. Grâce à ce jeu de “chaises musicales” diabolique, des entreprises qui seraient rentables à un niveau suffisant pour fonctionner, mais pas suffisant pour payer l’intérêt toujours croissant, sont obligés de fermer leurs portes – et licencier leurs salariés. Ici sont décrites les injustices causées par une brusque déflation, mais l’inflation à long terme est aussi génératrice d’injustices. En particulier, elle dévalorise l’argent mis dans les caisses d’épargne. En plus, avec toutes les lois contre les héritages, il devient impossible pour les familles de constituer un patrimoine. Evidemment, cela ne fait qu’ajouter à l’instabilité de l’économie. Mais n’oublions pas que le prêt à intérêt est déjà injuste, indépendamment de la question d’inflation et déflation.
Conséquences
Les maux produits par ce système sont nombreux. D’abord, l’agriculture est dénaturée. La nature a ses rythmes et ses saisons qui ne sont pas les mêmes que le rythme des cycles de crédit imposés par les banques. La nécessité de produire “toujours plus, toujours plus vite” pour payer les intérêts, a forcé les agriculteurs à adopter des moyens qui permettent de tirer le plus possible de la terre dans le court terme, mais qui l’épuisent à long terme (engrais chimiques, champs immenses qui favorisent l’érosion...), sans parler des effets délétères sur la qualité de la nourriture elle-même.
Les fermes ont été transformées en de vastes usines en plein air, et la jeunesse a fui la campagne pour les villes. Ensuite ce système a pour résultat le chômage, et un énorme gaspillage des ressources naturelles. Le chomage est rendu nécessaire par l’effet de faillite inévitable expliqué plus haut. Quant au gaspillage, pendant la Grande Dépression, on a vu la destruction de grosses quantités de nourriture dans un effort d’empêcher la baisse des prix, tandis que des milliers de personnes mouraient de faim. Aujourd’hui ce gaspillage est institutionnalisé. Des tonnes de fruits et de légumes qui ne correspondent pas au gabarit pour une “vente optimale”, sont jetées. Item pour les denrées qui ont dépassé d’un jour leur date de péremption. Des ingénieurs sont payés pour trouver des procédés permettant de fabriquer un produit de telle façon qu’il se casse deux semaines après l’expiration de la garantie! Cette science, assurément parmi les plus utiles pour la société, a été affublé du nom pédant “obsolescence calculée”.
Un autre effet de ce désordre est l’incitation à la spéculation. On joue sur les hausses et les baisses des prix comme on jouerait à la roulette. On sait la réputation morale dont jouissent les casinos et ceux qui les fréquentent... Non seulement cette pratique exacerbe encore l’instabilité de l’économie (en accentuant les hausses et les baisses), mais elle crée une classe de personnes qui gagnent de l’argent sans rien produire et sans fournir aucun service réel. Surtout, ce système conduit à la concentration des richesses du pays dans les mains d’un petit nombre (au moyen de “l’éponge”), et ensuite la socialisation de l’industrie.
Ce n’est pas le moindre mérite du Père Fahey d’avoir su mettre en relief le processus apparemment paradoxal par lequel le capitalisme libéral se transforme nécessairement en communisme (c’est-à-dire le socialisme mondialiste). Les financiers, en usurpant le rôle du gouvernement (dans la création de la monnaie) et en confisquant les moyens de production (par l’usure) ont réuni les deux institutions en les absorbant : gouvernement et industrie s’identifient dans leur sein. Ce système opposa les nations les unes contre les autres dans une course pour accaparer les marchés des pays moins développés, tout comme il oppose les entrepreneurs les uns contre les autres à l’intérieur d’un pays. D’où les guerres sans nombre.
Signalons au passage une autre conséquence de ce système qui n’est pas forcément un mal en soi : un développement spectaculaire de la technologie. Poussés par l’usure, les hommes ont trouvé des moyens toujours plus perfectionnés pour transformer la matière. Si l’abondance de biens qui en résulte était équitablement distribuée, la semaine de travail serait réduite non pas à 35 heures, mais à 10 ou 12 ! Le triomphe du Cœur Immaculé de Marie entraînera certainement cette distribution plus juste des biens, et une fin au règne de l’usure. On peut penser que cela déclenchera une période de prospérité et de progrès sans précédent dans l’histoire. Cependant, elle sera sans doute de courte durée : éblouis par ce bonheur matériel, les hommes oublieront vite Celle qui les aurait sauvés de l’abîme. Toutes ces nouvelles ressources pourront être ensuite utilisées pour préparer le règne de l’Antéchrist.
Quant à la vie morale des citoyens il est évident qu’un tel état de choses ne peut être que désastreux : recours à des moyens malhonnêtes pour écraser la compétition – ou tout simplement pour nourrir sa famille ; la tentation de réduire celle-ci… Nous sommes très loin de cette « facilitation de la vie vertueuse des familles » pour laquelle l’argent a été inventé par les hommes. La hiérarchie est complètement renversée : l’argent, qui ne doit être qu’un instrument au service de l’homme, est devenu une fin en lui-même, et l’homme est devenu l’esclave de l’argent.
Au lieu de :
Argent ➪ production ➪ homme, l’argent au service de la production, qui elle-même est au service de l’homme,
la hiérarchie des fins est devenue :
homme ➪ production ➪argent.
L’homme devient un simple outil de production, sacrifié aux intérêts de la finance.
IV : Réforme nécessaire
Beaucoup pensent que les cycles de “boom” et de “krach” sont comme une loi inéluctable de la nature contre laquelle les hommes ne peuvent rien. Ce n’est pas vrai! Nous l’avons vu dans la première partie: l’argent est un instument, un outil. Si l’outil est cassé, on le répare ou on le change! Ce système, par sa nature même, “s’emballe”. Si les banques arrêtaient complètement de prêter de l’argent, il n’y aurait plus d’argent pour faire tourner l’économie.
« Si tous les prêts bancaires étaient remboursés, personne ne pourrait avoir de dépôt bancaire, et il n'y aurait pas un seul dollar en pièces ou en billets en circulation. C'est une pensée stupéfiante. Nous sommes complètement dépendants des banques commerciales. Quelqu'un doit emprunter chaque dollar que nous avons en circulation, en espèces ou à crédit. Si les banques créent suffisamment de monnaie synthétique, nous sommes prospères ; sinon, nous mourons de faim. Nous sommes absolument dépourvus d'un système monétaire permanent. Lorsque l'on comprend parfaitement la situation, l'absurdité tragique de notre situation désespérée est presque incroyable, mais elle est bien réelle. »
—Robert Hemphill. Directeur du crédit, Banque fédérale de réserve d'Atlanta, dans la préface d'un livre d'IrvingFisher intitulé « 100 % Money » (1935) Traduit avec DeepL.com (version gratuite)
Mais à cause des intérêts, la dette s’accroit indéfiniment, de façon exponentielle. Si la production ne fait pas de même (pour pouvoir rembourser cette dette), tout s’écroule. Cependant, la production ne peut pas croitre indéfiniment.
« Quiconque croit que la croissance exponentielle peut se poursuivre indéfiniment dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste. »
Kenneth E. Boulding (1996) [1966] "The Economics of the Coming Spaceship Earth", in Victor D. Lippit, ed., Radical Political Economy, Armonk, NY: M.E. Sharpe. p 362
La seule solution est de tout arrêter.
Il faudrait annuler toutes les dettes gouvernementales. Les pays ne devraient plus un centime aux banques. On ferait de même pour les particuliers, mais en trouvant une manière de récompenser aussi ceux qui ont fait des efforts pour ne pas s’endetter (une sorte de prime, prélevé sur les biens des banques), pour que toute la société puissent profiter de l’amnistie. Il faudrait voir dans quelle proportion les banques pourraient rester en possession des biens qui leur appartiennent actuellement. Ensuite, il faudrait recommencer à zéro, en se fondant sur les principes suivants.
Evidemment, vu les circonstances actuelles, il serait humainement impossible de réaliser un tel programme : comment les banquiers pourraient-ils, d'eux-mêmes, renoncer à une telle manne ? Ce nouveau départ ne se fera certainement qu’à la suite d’un grand bouleversement socio-politique mondial, sans doute d’origine surnaturelle.
Première mesure : la création de la monnaie doit remise aux mains de l’Etat seul.
Le pouvoir de créer l’argent doit redevenir le droit exclusif du gouvernement, qui en usera uniquement pour assurer la stabilité de sa valeur. Ainsi, la société entière profitera de toute augmentation de productivité et de richesse dans le pays. Il y aurait moins d’impôts, et cette stabilité permettra aux familles d’établir un patrimoine et de rester à la campagne. Le soin jaloux qu’aura le gouvernement pour maintenir la permanence des prix l’amènera à interdire toute spéculation. En principe, la spéculation ne tentera plus grand ’monde dans une économie où les prix restent relativement stationnaires, mais il est plus sûr de l’interdire avant qu’elle n’entraine des fluctuations nuisibles, si minimes qu’elles soient.
Deuxième mesure : obligation pour les banques de ne prêter que l’argent déposé réellement.
Les prêts des banques doivent être “couvertes” à 100% par de l’argent déposé et entièrement à la disposition des dépositaires (et non pas promis simultanément à d’autres).
Troisième mesure : séparation absolue entre la création de l’argent et le prêt de l’argent.
Si le pouvoir de créer l’argent doit appartenir uniquement au gouvernement, il ne s’ensuit pas que le gouvernement doit pouvoir prêter de l’argent. Au contraire, les deux institutions doivent rester non seulement parfaitement distinctes, mais parfaitement séparées. Selon le Père Fahey, le fait de réunir ces deux rôles constitue l’essence du socialisme.